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Full text of "Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de Poligny (Jura)"

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SOCIÉTÉ 

D'AGRICULTURE, SCIENCES ET ARTS 

DE POLIGNY 


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BULLETIN 


DE LA SOCIÉTÉ 


DE POLIGNY 


(JURA) 

HONORÉE DU PATRONAGE DE S. A. I. N<5 r LE PRINCE NAPOLÉON 



POUGNY 

IMPRIMERIE DE G. MARESCHAL 
1869 


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— I — 


>■ 

V-4 SCIENCES MEDICALES. 

44 2 3 e ) 

De» Hydroplsies en général; de leur mécanisme 
et de leurs divers mode» de développement, 

PAR K. CHOHIf ACX-DCBISSON, 

Docteur eu médecine à Vittors-Bocoge (Calvados), membre correspondant. 

DEFINITION. 

Le moi hyAropisie eut pendant bien longtemps une signification fort 
large et partant mal définie. On l’employait pour désigner la présence 
de liquides dans des cavités accidentelles, comme des kystes, ou dans 
des réservoirs tapissés pas des membranes muqueuses, tels que l'esto- 
mac, l’utérus, les sinus maxillaires, etc. On réunissait sous un nom 
commun des maladies très-différentes entr’clles, et qui n’offraient avec 
l’hydropisie aucune analogie. 

Aujourd’hui ce nom ne doit signifier autre chose que l’accumulation 
de la sérosité dans les mailles du tissu cellulaire , ou dans les cavités 
des membranes séreuses et synoviales. 

divisions. 

Asclcpiade, Lazare Rivière, admettaient des bydropisies aiguës , 
des bydropisies chroniques ; les unes avec fièvre, les autres sont apyré- 
tiques. 

Sauvages parle aussi de l’ascite fébrile . 

Pinel (Nosogr. philosoph., t. 3) divisa les bydropisies en essentielles 
et en symptomatiques . 

Breschet, après Dupuytren, fonda sa théorie des bydropisies sur les 
lésions des propriétés vitales. 

« Nous regardons, dit-il , les bydropisies actives comme produites 
« par une exhalation augmentée, précédée d’un dérangement dans les 
propriétés vitales des vaisseaux exhalants. 4e regarde en quelque sorte 
« toutes ces maladies (exhalations séreuses, exhalations sanguines, in- 
« flammation et suppuration) comme provenant de la même source, de 
« l’irritation. » 

Nous verrons plus loin que la théorie de ce physiologiste est appli- 
cable aux hydrophlegmasies. 

La stimulation des séreuses ou du tissu cellulaire , admise par M. 
Andral (Anat. palh., t. 1) comme cause d’hydropisie, nous parait s’en 
rapprocher sous plusieurs rapports. Mais M. Andral, moins exclusif 

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que Br esche l , n'explique pas la présence de loules les collections sé- 
reuses, même de celles dites actives, par la seule stimulation des or- 
ganes où elles se font ; d’autres conditions doivent souvent être invo- 
quées : ici, 1° la disparition d’une hydropisie; 2* la suppression de 
sécrétions; 3° une altération du sang; là, 4° un obstacle à la circulation 
veineuse. 

Pour M. Bouillaud, « les collections séreuses ne peuvent avoir lieu 
que d’une des manières suivantes : 1° ou parce que l'exhalation, la 
perspiration séreuse est augmentée, l’absorption restant la même; 2* ou 
parce que l’absorption est diminuée, sans changement dans l’exhalation; 
3° ou bien, enfin, parce que l’exhalation est augmentée, en même temps 
que l’absorption est diminuée.... Je conserverai le nom de passives aux 
hydropisics du second mode, cl celui d'actives aux hydropisies du pre- 
mier mode. On pourrait appeler mixtes les hydropisics qui dépendent 
à la fois et d’un excès d’exhalation, et d’une diminution dans l’absorp- 
tion. » (Dict. de méd., l rc édit.) 

En résumé, les hydropisies peuvent être essentielles (chose fort rare 
d’ailleurs), symptômatiques ; aiguës, chroniques; fébriles, apyrétiques; 
actives, sthéniques; passives, asthéniques; mixtes. 

Ces distinctions nous paraissent d’une grande valeur, et il importe 
de ne point les perdre de vue. Mais nous l’avons déjà dit, l’hydropisie 
est rarement un phénomène essentiel ; elle est, au contraire, dans l’im- 
roense majorité des cas, le symptôme d’autres maladies graves et nom- 
breuses : Hy drops enim morborum vitium est (Arctée). 

On se tromperait donc d’une manière étrange, si on se croyait en 
mesure de diriger contre elle une thérapeutique certaine, parce qu’on 
aurait reconnu la présence ou l’absence d’un état réactionnel, parce 
qu'on saurait que le sujet de l’investigation est pléthorique ou débile, 
etc. Sans doute on aurait déjà fait quelque chose; mais le plus impor- 
tant serait oublié : on ignorerait encore la cause qu’il est si important 
de détruire, quand on le peut, et qui perpétuera sans cesse, et aussi 
longtemps qu’elle existera, l’aiTcction symptômatique que l’on veut 
combattre. 

Connaître la cause de l’hydropisic est assurément ce qu’il y a de 
plus important dans l’étude de ccs maladies, et nous venons d’en donner 
la raison. 

Le professeur Andral rapporte aux quatre ordres de causes suivants 
tous les épanchements séreux : 

1° Obstacles au cours du sang veineux vers le cœur; 

2° Altération dans la composition du sang; 


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— 3 — 


3* Accomplissement anormal de l'exhalation cutanée cl pulmonaire; 

4° Certains arréls de développement. 

Ces quatre ordres de causes ont certainement une grande importance 
dans la production de l’hydropisie ; mais il est impossible, malgré l'au- 
torité en médecine du professeur Andral, de ne pas admettre deux 
autres ordres de causes : 

«5° Causes métastatiques * hydropisies métastatiques; 

6° Hydrctyblegmasies ; irritations sécrétoires. 

PREMIER ORDRE DE CAUSES. 

Obstacles au cours du sang veineux vers le cœur . 

Les hydropisies produites par ec genre de oauscs sont celles que M. 
Bouillaud appelle passives. Les anciens les attribuaient à une débilité 
.générale, à la faiblesse et à la laxité des extrémités vasculaires, ou a 
l’oblitération de ces mêmes extrémités. Ainsi W il lis, qui expliquait déjà 
les hydropisies par les altérations du sang et les maladies des vaisseaux 
lymphatiques et sanguins, dit, en parlant de l'ascite, que cette hydro- 
pisic a lieu lorsque les extrémités vasculaires sont ou trop lâches, ou 
complètement oblitérées (aut nimis laxa , aut prorsus occlusa existunt). 

Cruikshank , Mascagni , poursuivant leurs recherches sur la nature 
et les fonctions du système lymphatique, n'invoquèrent bientôt plus 
que les maladies de ce système pour expliquer les collections séreuses 
qu’ils observaient, et leurs idées théoriques étaient partagées par la 
majeure partie des médecins, lorsque M. Bouillaud, appuyé sur de nom- 
breuses observations, établit comme un fait incontestable que les hy- 
dropisics offrant un caractère passif, s'opèrent sous l'influence d'un 
obstacle à la circulation veineuse (Arch. gén. de méd.<, t. 2 et 4). 

Les expériences sur les animaux vivants et l’anatomie pathologique 
donnent à cette assertion une probabilité qui équivaut à une certitude. 

Lowcr assure, dans son Traité du cœur , qu'il détermina sur un chien 
le développement d'une ascite, en liant, dans la poitrine, la veine cave 
inférieure, près de son embouchure dans l'oreillette; le même auteur 
porta une ligature sur les jugulaires d’un chien, et la face de cet ani- 
mal gonfla, devint œdémateuse en très-peu de temps. 

Cependant, je ferai remarquer ici que l’oblitération des veines n'est 
pas constamment accompagnée d’hydropisic : témoin, l'oblitération 
des veines employée pour la cure radicale des varices, qui loin de 
produire l’œdéme, est quelquefois suivie de la disparition de celui qui 
existait. 

J’ai Hé, sur des lapins, la veine cave inférieure, au-dessous des 


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— 4 — 


veines émulgentes, la veine cave supérieure, les veines crurales, jugu- 
laires, axillaires, etc. Au bout de huit jours, ces animaux ont été sacri- 
fiés, et l'on ne découvrit aucun épanchement séreux, une fois excepté. 

Ces expériences prouvent que l’hydropisie n’est pas une suite néces- 
saire de l'oblitération des veines, et que, dans certaines circonstances, 
la circulation collatérale se développera assez rapidement et assez com- 
plètement pour empêcher la manifestation des hydropisies; faisons en- 
core remarquer que, si l'œdème, déterminé par les varices, disparait 
après l’oblitération des veines variqueuses, on doit attribuer ce résultat 
heureux à la circulation supplémentaire qui se préparait de longue 
main, lors du ralentissement de la circulation, causé par ces veines va- 
riqueuses : celles-ci entretenaient l’œdème; car, ne pouvant seules 
s’oblitérer par une inflammation adhésive, le sang stagnait dans leurs 
cavités, et la partie séreuse transsudait à travers leurs parois ; mais on 
les a oblitérées, et dès lors le sang a repassé par les veines profondes, 
qui, jouissant de toute leur force tonique, les reportent rapidement vers 
le centre circulatoire. 

Voyons les faits fournis par l’étude clinique et les autopsies ; ils ne 
manquent pas à la science. 

Dans trois cas d’infiltration des deux membres abdominaux, trois fois 
M. Bouillaud trouva l’oblitération des principales veines de ces mem- 
bres ; dans quatre autres cas, un seul des membres inférieurs était in- 
filtré, et l'observation démontra que, de son côté seulement, existait 
un obstacle à la circulation veineuse ; dans trois cas d’ascile passive, la 
veine porte était oblitérée, etc. (Arch. gén. de méd.) 

M. Chomel a publié (Gaz. des méd. prat., p. 90, ann. 1840) le fait 
remarquable d’un œdème qui n’occupait que la partie supérieure du 
tronc : l’autopsie démontra que cet œdème était le résultat de la com- 
pression qu’une tumeur, cachée dans l’intérieur de la poitrine, exerçait 
sur la veine cave supérieure. 

J’ai publié, en 1855, l'observation d’un œdème des conjonctives, 
déterminé par l’oblitération de la veine ophlhalmique. 

En 1857, au mois de juin, je fus appelé par deux de mes collègues 
pour visiter un jeune homme de vingt-neuf ans, qui présentait un 
œdème considérable du membre inférieur gauche, dont ils cherchaient 
en vain la cause ; après avoir percuté et palpé l’abdomen, j’ordonnai 
pour tout traitement le mélange suivant : 

Eau-de-vie allemande .... 30 grammes. 

Sirop de fleurs de pêcher ... 45 — 

Eau de fleurs doranger ... 12 — 


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à prendre en deux fois, à une dctoi-heure d'intervalle. 

Ce mélange purgatif produisit seize évacuations très-abondantes. Au 
bout de trois jours l'oedème avait disparu, l'intestin était devenu souple 
et sonore. 

Un mois après, je rencontrai ce jeune homme, il était très-bien por- 
tant , et m'assura n’avoir pas éprouvé la moindre indisposition depuis 
ma visite. 

L'œdème des membres abdominaux et des grandes lèvres, chez les 
femmes enceintes, résulte le plus souvent de la compression des veines 
pelviennes par l'utérus renfermant le produit de la conception; car cet 
œdème est d'autant plus prononcé que la grossesse est plus près de son 
terme, que la partie qui se présente s'engage plus facilement dans l'cx- 
cavation, que, par conséquent, on a affaire à une présentation du 
vertex. 

Par un mécanisme que tout le monde s'explique facilement, cet 
œdème se propage quelquefois dans tous les points du tronc, et déter- 
mine l’anasarque, d'où il résulte, pour la femme, une prédisposition 
aux convulsions puerpérales. 

Ce n'est pas seulement pendant la gestation que le développement 
de l’utérus peut produire l'œdème des extrémités; celui-ci aura lieu 
encore dans l’hydromètre considérable, et toutes les fois que des tu- 
meurs pathologiques auront augmenté considérablement les dimensions 
de b matrice, de manière à l'appliquer plus immédiatement sur les pa- 
rois veineuses. 

L’hydropisie enkistée de l’ovaire a un mode d'action analogue dans 
la production des épanchements séreux. 

Le docteur Le Grand a publié (Bull, de la Société anatomique) deux 
observations, dans lesquelles un œdème des membres inférieurs était 
causé par la présence de tumeurs squirrheuses et encéphaloïdcs, déve- 
loppées dans l'excavation pelvienne. 

Nous ne pouvons nous dispenser de signaler l’infiltration séreuse du 
membre abdominal , dans les luxations du fémur en haut et en dedans ; 
celle du membre thoracique, dans les luxations de l’humérus, lorsque 
la tète de eet os vient se loger dans le creux axillaire. 

Des tumeurs de diverses nature, développées sur le trajet des veines 
qui se distribuent à ccs membres, ont le même résultat : ainsi, l'avant- 
bras et le bras s'œdémalient dans les engorgements axillaires; la jambe 
et la cuisse, dans les hernies crurales, les abcès iliaques, etc. 

En 1860, une femme de 38 ans avait au pied un œdème très-opi- 
niâtre depuis cinq mois; celle femme, qui était alors cl qui est encore 


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- 6 - 

une Je mes clientes, fut guérie par la réduction d’une hernie épi- 
ploïque. 

Morgagni rapporte l’observation d’un œdème des membres infé- 
rieurs» qui fut déterminé par la compression qu'exerçait une tumeur 
abdominale sur les veines caves et iliaques. 

La phlébite est une cause fréquente d'hydropisie, quel que soit l’or- 
gane auquel se distribuent les veines enflammées. Un effet constant de 
cette maladie est le ralentissement ou l’arrêt plus ou moins complet 
de la circulation, se faisant sentir des radicules veineuses au point en- 
flammé. 

Cela se conçoit sans peine, si on réfléchit ù Ta turgescence des parois 
vasculaires atteintes de phlogose, à la facilité avec laquelle le sang se 
coagule en pareille circonstance, et avec quelle promptitude des adhé- 
rences peuvent s’établir, soit d’une manière médiate, au moyen de 
fausses membranes, soit d’une manière immédiate : toutes ces causes 
agissent dans le même sens. 

Des douleurs vives se font sentir le long du trajet de la veine ; la peau 
est chaude au toucher, tendue, rénitente, quelquefois rouge, plus sou- 
vent d’un blanc mat, surtout si les vaisseaux enflammés sont situés pro- 
fondément dans l’épaisseur des membres; il y a une vive réaction. 

L’inflammation des veines est une des causes productrices de ces by- 
dropisies appelées par les auteurs aiguës , chaudes , fébriles . La phleg - 
masia alba dolens n’est assurément qu’une phlébite accompagnée d’œ- 
dème; telle est mon opinion : Je suis en cela de l’avis de MM. Velpeau, 
Blandin, Andral; Bouillaud, Robert Lee, Bondaut, cle. 

Dans la phlébite, la cause de coagulation du sang est évidente : cette 
eause est l’inflammation même du vaisseau. Mais il est des circonstances 
où le calibre des veines se trouve obstrué par des caillots plus ou moins 
volumineux, et dont il n’est pas toujours facile de préciser le point de 
départ. 

Ces caillots sont-ils le résultat d’une altération du sang? d’une coa- 
gulation spontanée? d’une inflammation occulte en quelque sorte? 

Sont-ils produits par la pénétration dans la cavité vasculaire, d'un 
corps étranger, tel que matière tuberculeuse, cancéreuse, sur lequel le 
sang se concrélerait, et qui deviendrait, si je puis ainsi m’exprimer, le 
noyau d’une concrétion polypiforme, de la mémo manière que l’on voit 
un corps étranger, introduit dans les voies urinaires, devenir la matrice 
ou le noyau d’une concrétion lithique? 

Nous voulons parler de cet œdème que Ton remarque quelquefois aux 


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— 7 - 

jambes el aux pieds des phlbisiques, des femmes affectées de cancer utérin . 

La coagulation du sang est quelquefois spontanée ; ces cas sont cc~ 
pendant rares ; cependant pendant mon internat à l’Hôtel-Dieu, j’ai pu 
en constater un exemple remarquable. La coagulation s’était effectuée 
dans la veine basilique. 11 n’y eut pas d’œdème au membre thoracique, 
parce que la circulation collatérale continuait. 

Chez un autre malade atteint de phthisie pulmonaire parvenue au 
dernier degré, et que j’ai eu l’occasion d’observer dans mon service, 
les deux membres abdominaux étaient le siège d’un œdème très-mar- 
qué; les deux saphènes internes et les crurales étaient remplies d’un 
caillot solide dont nous pûmes reconnaître la nature et le siège pendant 
la vie du sujet. 

La veine cave inférieure était parfaitement libre; mais les veines 
iliaques primitives, externes et internes, la crurale et la saphène du 
côté droit, étaient oblitérées par un caillot adhérent aux parois des 
veines, dont la séreuse avait perdu son poli et était recouverte d’une 
fausse membrane rougeâtre. 

Une fistule borgne externe , de quelques lignes de profondeur, et 
dont le malade ne soupçonnait même pas l’existence à son entrée à 
l’hôpital, avait-elle été le point de départ de cette phlébite interne? 

Cela n’est point impossible ; mais il faut avouer alors que la marche 
de cette inflammation avait été bien sourde, puisque le malade n’avait 
point pris le lit un seul jour, et qu’au moment où il fut soumis pour 
la première fois à notre observation, il n’offrait aucun signe de phlébite. 

Ce n’est pas ici le lieu de soulever les graves questions que font 
naître les deux faits que nous venons de rapporter. Nous avons seule- 
ment voulu montrer que l’obstruction d’une veine par un caillot n’est 
pas toujours une preuve suffisante de phlébite , lorsqu’il n’y a pas eu 
d’autres symptômes; les caillots du cœur n’indiquent pas davantage une 
inflammation de l’endocarde. (A suivre. ) 


Encore le Tabac. 

Un des collègues de M. Tamisier, M. le docteur Baëlen, médecin- 
major de i re classe au 74 m# de ligne, à Lyon, ayant lu son arti- 
cle sur l'abus du tabac, lui a adressé la lettre suivante : 

J’ai lu avec grand plaisir l'article intéressant sur le tabac que vous 
avez publié dans le Bulletin de la Société d'agriculture , sciences et arts 
de Poligny , que vous m’avez fait l’amitié de m'adresser. Pcrmcttez-moi 


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de vous féliciter de la bonne idée que vous avez eue de faire connaître 
les graves accidents qui résultent de l’usage continuel du tabac. 11 serait 
à désirer que tous les médecins prêchassent une croisade contre le tabac, 
mais liélas! leurs voix se perdraient dans le désert : 

N’attendez rien de bon d’un peuple imitateur. (La Fontaine). 

Trop de confrères ont traité des influences pernicieuses du tabac sur 
l’organisme, pour que je me sente la moindre velléité de reprendre ex- 
professa une question que vous venez de traiter si judicieusement. C’est 
donc une simple causerie que je vous adresse. 

11 y a 30 ans, j’étais à l’hôpital militaire de Lille, et nous avions pour 
médecin en chef un homme très-honorable et très-instruit, M. Tyrbds 
de Chamberet ; il professait une telle horreur pour le tabac, qu’il fondait 
parfois à l’improviste sur nous et nous brisait nos pipes et nos cigares, 
en nous disant : « Malheureux enfants! puisque vous voulez vous titiller 
la langue, prenez une barbe de plume, une râpe, et grattez-là, mais ji 
vous en supplie, n’usez point de ce végétal abrutissant. » 

Il avait raison; beaucoup de eeux auxquels il adressait son anathème 
contre le tabac, ont été emportés par les maladies des centres nerveux 
que vous signalez, elle vénérable vieillard est encore vivant, nonagé- 
naire et jouissant de l’intégrité de toutes ses facultés physiques et 
intellectuelles. f 

Montaigne a dit avec raison : 

« Serait-il donc vrai que le tabac n’est venu du Nouveau Monde que 
pour tûer l’ancien. » 

En effet, n’avions-nous pas chez nous des éléments assez nombreux 
de destruction, sans que Christophe Colomb nous importât le tabac, la 
syphilis, l’or, etc., que sais-je encore? Tous ces poisons de l’àme et du 
corps , qui agiront de telle sorte sur notre Société que nous ne serons 
plus bientôt, comme le dit Byron : « que les magots du vaste tombeau 
terrestre. » 

Comme le disait Emile deGirardin, je ne sais où : « 11 serait bien temps 
de réagir énergiquement contre cette somnolence orientale que l’usage 
du tabac n’a pas peu contribué à répandre et à accroître et qu’il entre- 
tient. » 

Balzac , le plus fécond et le plus observateur de nos romaneiers , » 
écrit aussi contre le tabac, et permettez-moi de lui emprunter quelques 
lignes : « Entre le pain et du tabac à fumer, le pauvre n’hésite point; 
le jeune homme sans le sou, qui use ses bottes sur l’asphalte des bou- 
levards et dont la maîtresse travaille nuit et jour, imite le pauvre ; le 
bandit que vous trouvez dans les rochers inaccessibles ou sur une plage 


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— 9 — 


que son œil peut surveiller, vous offre de tuer votre ennemi pour une 
livre de tabac, » et plus loin : « Quel pouvoir a donc ce plaisir que le Roi 
des Rois aurait payé de la moilié de son empire! » 

L’Empereur 1 er disait qu’un pareil plaisir n’était bon qu’à empoison- 
ner les gens ou désennuyer les fainéants. L’homme de génic,a dit Goethe, 
ne peut cultiver à la fois la science et la pipe. 

Si je ne craignais de tomber dans l’absurde , j’irais même plus loin, 
et je dirais que les horreurs de 93 sont peut-être dues aux vertiges que 
produisait alors le labae. Il est à remarquer que c’est dans la Bretagne 
et dans l’Artois , où les tabacs contiennent le plus de nicotine, que la 
Terreur a fait le plus de victimes. 

Qui ne se souvient des Carrier et des Joseph Lebon, de triste mémoire ! 

L’époque de l’excitation est passée , l’hébétude seule reste, et peut- 
être avons-nous tort d’aller chercher dans les unions consanguines qui 
produisirent des Cléopâtre (i), les conséquences de notre impuissance et 
de notre dégénérescence. 

Le travail le plus complet qui ait paru sur le tabac est celui de M. Jolly 
( Etudes médicales sur le tabac . — Académie de Médecine du 21 février 
1865). ( Bulletin de thérapeutique , tome 68, année 1865). 

Depuis cette époque, de nombreux travaux ont fait leur apparition, 
condamnant sans cesse celte solanée. 

L’ophtbalmoscopc a fait découvrir chez les fumeurs ratroj>bie de la 
papille du nerf optique, et par suite les amauroses et l’amblyopic que 
vous signalez, et que j’ai été aussi à même d’observer chez un de nos con- 
frères militaires. 

II y a quelques mois à peine, M.Decroix, vétérinaire en 1 er de la Garde 
de Paris, publiait une série d’articles contre le tabac, dans le journal 
de l’Association contre l’abus du tabac. 

Hier, très-honoré confrère, c’était vous qui passiez en revue ces ter- 
ribles accidents nerveux qui nous sont si familiers. Eh bien ! permeltez- 
moi de dire avec découragement : Il n’est pas en notre pouvoir de reculer 
un penchant que donne la nature (Pindare). 

Si Loyola eût connu les effets du tabac, il n’eut pas propagé l’usage 
du chapelet (2); si cette solanée eût été connue autrefois de l’armée, la 
théorie n’eût point été créée. En effet : 

Que faire eu un bivouac à moins que l’on ne fume. 

Nous passerons, mais le tabac restera pour hâter la destruction des 
grandes civilisations. Il est le plaisir de tous les âges : ilù vieillard, de 

(I) La plus boUe femme de l’Égypte. 

(t) Le chapelet fut inventé par Pierre Lhermitc. 


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l’homme mûr, du jeune homme, de l'enfant qui l'a introduit dans sa pen- 
sion, et que parfois on tolère d'après l'avis des parents ou d’un médecin 
tabaphile. 

Comment se fait-il que l'on ait pris goût à une jouissance dégoûtante, 
que Jean Bart mit à la mode et fit sortir avec le brûle-gueule des antres 
infects des villes maritimes? Comment se fait-il que le vrai fumeur, 
entre un cigare et une femme adorée, n'hésite pas? O Mesdames, vous 
êtes bien coupables , si pour nous enchaîner et nous rendre esclaves, 
vous avez laissé propager un plaisir que vos mères reléguaient dans les 
basses-cours, et toléraient à peine chez les palefreniers. Prenez garde ! 
car, habituées à celte odeur, vous vous ferez facilement à celle des hordes 
sauvages qui viendront un jour, par la transfusion du sang, nous transfor- 
mer et nous régénérer, si toutefois nous ne devons pas dire avec Ducis : 

Tout gémit sur la terre et tout marche au tombeau. 

Sur ce, je vous prie de me pardonner mes élucubrations sur le tabac 
et de les juger comme une fumée. 


ARCHEOLOGIE. 

MONUMENTS ET TRADITIONS DRUIDIQUES. 

Culte de Bel ou Belin 9 dans le Jura 9 notamment dans les environs 
de Pontarlier (1). 

A l'un des points culminants de nos montagnes, sur les limites des 
départements du Doubs et du Jura, là où se confondent les chaînes 
des monts Champvent et Maclus , où finit le val de Mièges et commence 
la Chaux-d? Arlier, se fait un partage des eaux. — D'un côté, la Ser- 
penline descend du nord au sud , en passant près de Nozeroy, puis va 
se jeter dans la rivière d'Ain; — de l’autre côté, une branche du Dru - 
geon , sortie de l’étang de Frasnc, et réunie entre Bonneveau et Bou- 
verans à une seconde branche, issue des marais de Vaux, flue du sud 
au nord pour aller se mêler au Doubs en avant d'Arçon. — En consi- 
dération d’une semblable disposition topographique qui leur prêtait, 
dans les croyances superstitieuses d'un peuple naïf et ignorant, quel- 
que chose de surnaturel, ces hauteurs paraissent avoir, dans les temps 
antiques, été consacrées par un culte particulier aux Galls, habitants 

(I) Quelques éléments de cette courte dissertation ont ôté puisés dans la collection des inté- 
ressants Annuairtt du Jura , par feu I). Monnicr. 


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primitifs de nos contrées, et comme nous l'apprend César, adorateurs 
des quatre éléments, principalement du Feu. 

Sous quelle invocation nos ancêtres, — car il faut l'admettre ainsi, 
adoraient- ils le Feu? — Sous celle de Bel ou Belin , le dieu de la lu- 
mière, l'Apollon des Celtes, que les romains appelaient Belenus. Ce 
nom de Bel se retrouve si souvent comme radical dans la composition 
d'une foule de dénominations de lieux au sein de nos montagnes, qu’il 
nous a paru de quelque utilité d'appeler l’attention des archéologues 
sur ce grave sujet. 

Vers l’an 1775, un plan des bois situés entre Bicf-du-Four, Cuvier, 
Boujailles, Courvières et Frasne, déterminait le? limites territoriales 
de Frasne et de Bief-du-Four par un bloc de rocher connu alors sous 
le nom de Pierre qui vire . Une semblable dénomination , qui réveille 
l'idée des croyances druidiques, suffit pour attester le souvenir d'un 
monument de la religion de nos pères. — La Pierre qui vire, débris 
d’un Peulvan ou d'un Dolmen, était près de la fontaine de la Culle, 
autre appellation dont nos lecteurs feront ce qu’il leur plaira. Quant a 
nous, nous serions tenté d’y voir le mémorial d’un sanctuaire où le 
sang humain a pu couler dans ces lieux sous le couteau (cultrum) du 
sacrificateur. — N’y aurait-on pas trouvé, à une époque plus rapprochée 
de nous, un de ces instruments d’immolation dont, par corruption, tra- 
duisant le mot latin en roman du moyen-âge, on aurait donné le nom 
a la fontaine qui nous occupe ? 

Le site sauvage de cette fontaine, que nous avons tout récemment 
visitée dans une de nos excursions, à quelque distance des clôtures du 
chemin de fer jusqu’aux confins des deux départements, les blocs de 
rochers qui surgissent aux environs, nous ont paru confirmer pleine- 
ment l’opinion de feu Désiré Monnier sur l’existence d’un symbole 
religieux du culte celtique à côté de cette source également consacrée, 
comme généralement tous les cours d’eau à leur origine, par les prêtres 
gaulois. 

A l’appui des traditions et des monuments, qui témoignent, contre 
l’assertion de certains historiens franc-comtois, de l’habitation de nos 
montagnes avant la domination romaine, nous rappellerons que deux 
pierres tranchantes, de jade vert ou de serpentine, instruments d’ori- 
gine scythique à l’usage de nos pères, ont été trouvées sur le territoire 
de Cuvier et recueillies par M. le docteur Germain, savant archéolo- 
gue et naturaliste, qui habita longtemps Nozeroy, mort n Salins il y a une 
huitaine d'années* — Ce village est, comme on sait, aux abords de la route 
n° 16, entre Ccnscau et Frasne, sur la lisière des deux départements du 


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rr « — 

Doubs et du Jura. Il n’est pas très-éloigné du point où se croisaient la 
voie romaine d’Orbe à Salins par Pontarlicr, et' la grande route, non 
moins ancienne, qui parcourait le val de Mièges, le MEDIOLÀN de ces 
contrées. — S’il est permis de tirer de ces deux circonstances, — sans 
parler de celle de l’existence de la Pierre qui vire dans scs environs, — 
quelque indication en faveur de l’antiquité d’un village, on peut mettre 
celle de Cuvier au rang de ces sortes de probabilités historiques. 

Non loin de la fontaine de la Culte, et près de la grange du Valdalion, 
assise sur le territoire du Jura, a droite de la route départementale, n° 
16, de Lons-lc -Saunier à Pontarlicr, les mêmes plans, tracés par un 
sieur Charnier, de Poligny, représentent les bois de Billien, situés entre 
Courvières et Bief-du-Four, et peuplés de çapins. 

Que si, dans le voisinage du même canton , ou peu s’en faut , nous 
jetons les yeux au-delà de Boujailles, nous y voyons la grande forêt de 
Maublin, et, comme presque partout où l’on trouve des indices de Bel ou 
Belin, on rencontre généralement des lieux-dits, des localités du nom de 
Beauregard , Beauvoir , qui s’écrivaient autrefois Belvoir, Belregard et 
MiREBEL,nous avons à signaler un Beauregard près de celte forêt, du côté 
de Villers-sous-Chalamont. Si nous nous tournons à l’opposé, nous re- 
marquons à Montbcule(i ,006“ d’altitude), entre Mignovillard et Combe- 
Noire, la Vie Beun à l’extrémité méridionale de la Hautc-Joux ou Côte 
de Bonnevaux, entre ce village et Combe-Noire, près du bois de Béal, 
et enfin plus à l’est, au nord de Remoray, avec la grange de Beauregard, 
propriété de M 11 * Justine Demesmny (de Pontarlier), dans son voisinage, 
le bois de Chargebin, orthographié Charcebelin dans les vieux titres de 
l’abbaye de Mont-S u -Maric. De l’autre côté du lac de Remoray, sur la 
commune de Saint-Antoine , en face de Beauregard, nous trouvons la 
grange de Beaumont (Belmont), propriété de M. Deleulc père, aussi de 
Pontarlier. 

Des recherches, qui n’exigeraient pas une grande dépense d’attention 
ni de temps, nous montreraient aisément dans les atlas du cadastre de 
nos communes rurales, de nombreuses dénominations du genre de celles 
que nous venons de citer. — Et ce n'est pas rien que dans notre mon- 
tagne qu’elles se présentent sous notre plume ; nous n’avons que l’em- 
barras du choix. Ainsi, nous rencontrons dans le Jura, entr’autres, et 
près de nous : Blégny, faubourg de Salins, adossé à la pittoresque mon- 
tagne de Belin, appelée Cote^Beline . — Cette montagne , dont la cime 
escarpée fut couronnée des murs de Chatel-Belin dans le moyen-âge, 
et qui l’est par le fort Belin depuis les temps modernes,n’a-t-clle point 
été consacrée à Bel par les Druides qui possédaient évidemment un 


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— 13 — 


college sur la sommité prochaine du Mont-Poupet , où on a retrouvé 
des traces et des instruments de sacrifice en jade, en serpentine, en 
bronze, du culte des terribles Scmnolhées? 

11 existait un second Chàteau-Belin dans le Jura. Ce lieu, dont il ne 
reste plus que des décombres à fleur de terre aux environs de Marnésia 
(canton d’Orgelet), porte un nom que n'a jamais offert la nomenclature 
féodale. Le prétendu château n’est mentionné nulle part dans les ar- 
chives des anciens seigneurs franc-comtois. — Une des communes 
limitrophes se nomme Bléney, à peu de distance du château de Beau- 
regard . 

Cette dernière dénomination, nous le répétons, semble vouloir se 
reproduire presque partout à de pareils rendez-vous d’idées. — C’est 
ainsi, par exemple, que sur les bords de la Saône, en face de Béligny, 
se trouve un Beauregard ; — c’est ainsi également qu’aux environs de 
Dole, nous remarquons un Beauregard et un Belvoir, dans une contrée 
arrosée par la Belaine ; — c’est ainsi enfin qu’en face d’une aiguille 
isolée de rocher d’une hauteur de 10 mètres, qui a pu être consacrée 
à Beux, près du hameau de Bélien, à Nevy-s.-Seille, canton de Voitcur 
(Jura), il existe sur la montagne opposée (celle de Château-Cliâlon) un 
lieu nommé Beauregard , d’où l'on aperçoit cette idole naturelle, sans 
qu’on soit autorisé à dire qu’un pareil lieu doit son appellation à la 
beauté de la vue, puisque le paysage n’y a rien de remarquable, à part 
cette circonstance locale. — Ici, du moins, Beau regard ou Bel regard 
veut dire en regard de Bel ; les autres qualifications de Beauregard n'ont 
pas toutes cette acception. 

On pourrait faire la même application au village de Mirebel (Jura), 
dans un col élevé de la chaîne de l’Hcute, au pied et en face d’une des 
sommités les plus remarquables de celte chaîne, surmonté d’un rocher 
dont l’œil de l’homme le plus impassible ne peut, d’en bas, sans une 
certaine émotion, mesurer la hauteur. Ce monument de la nature est 
appelé Haute-Roche. Il était jadis couronné d’un château auquel on 
arrivait par une côte rapide et boisée qui a porté et porte encore le 
nom de Beléney ou Blrney. — Nous avons encore â signaler sur le ter- 
ritoire de Mirebel, un climat nommé la Combette au Beau (ou au Bel), 
et dans les environs des lieux presque inévitablement désignés, en pa- 
reille circonstance, sous le nom de Beacrecard. 

Cependant, qui est-ce qui ne nous objecterait pas, avec toute appa- 
rence de raison et de manière à faire tomber à plat toutes nos étymolo- 
gies, que Mirebel , Beauregard et Beauvoir indiquent évidemment de 
belles vues? — C’est â déconcerter l’écrivain le plus convaincu. Après 


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ce que nous venons d’avancer au sujet du lieu désert, en nature de 
friclic, où se trouve l’éminence insensible appelée Beacregaiid, en face 
de l’aiguille de Belien', nu milieu des anfractuosités de la montagne 
de Bonnay, du coté de Ncvy-sur-Scillc, nous sommes pourtant en 
droit d’affirmer que ce nom de Bcauregard , si généralement explica- 
ble par la situation avantageuse des sites, peut quelquefois causer des 
déceptions. 

Mais revenons à notre premier ordre d’idées, que Bel ou Belin étant 
reconnu comme la principale divinité des Celtes, il a eu des adorateurs 
dans nos contrées, et, qu’en conséquence, elles ont été aux temps antc- 
liisloriques habitées par les Celtes, dont nous descendons. Nous avons 
essaye de le démontrer par des étymologies appliquées à différents 
lieux, tant de nos environs que de la province franc-comtoise. — Si 
nous en sortons, sans dépasser les limites du vieux duché de Bourgo- 
gne, et seulement dans cette circonscription de son territoire dont est 
formé le département de la Côte-d’Or, nous n’aurons, il est vrai, à in- 
voquer à Bligny et à Beaune que des analogies pour appuyer notre con- 
jecture; mais ici l’étymologie est étayée sur des monuments de culte. 

D'après le témoignage du docteur Morlot (Mémoires de la Société des 
Antiquaires de France , tome F, page 91, el tome F JJ, p. 355 et suiv.J , 
le village de Bligny est appelé Beliniacum dans les titres latins; de plus, 
une tradition locale el fort accréditée rapporte qu'un temple antique 
avait existé dans ces parages. En 1819, on a rencontré dans un champ 
situé entre Merceuil et Taillv, aux environs de Bligny -sous-Beaune 
(c’est la même localité que Beliniacum ), une figure sculptée en demi- 
relief et portant, au rebours des satyres et des faunes dont les cornes 
sont recourbées en arrière, des cornes formant à peu près un quart de 
cercle autour de leur insertion jusqu’à leur extrémité, inclinant de 
droite a gauche et de gauche à droite. Dans cette disposition, on doit 
voir la forme des cornes naissantes du bélier, ce qui les rapproche un 
peu de celles d’AmioN, le Dieu-Soleil des Lybiens dont parle Macrobc 
ou plutôt de celles de notre dieu Belin. — Hàtons-nous de dire que, de 
nos jours encore, beaucoup de villages de Franche-Comté conservent 
en patois à l'agneau ce même nom de Belin qui, dans le vieux langage 
français, était pris pour Bélier (1). 

Dans son discours préliminaire de l'histoire de Beaune, la ville de 
Belna, la cité de Bclenus (le soleil), M. Baudclot donne une image de 
Belenus : 

(I) Deum soient occidentem Lybies existi niant, arietinis rom i bu? Angunt. quibusmaximo fri 
animal valet, aient radti * nol. (Macrobk). 


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— 45 — 


« II est ici représenté, dit-il, comme chez les Phéniciens et les Perses, 
« deux rayons de lumière au front (1), etc. » Apollon, sous le nom de 
Belenus , était honoré d'un culte particulier chez les Eduens : Apollon 
Beleixo (2). — Le buste de celte divinité a été découvert en 1760 dans 
une tour du vieux château de Beaune, Belna Castrum , Castrum Beleno 
dicatum , dénomination qui s’est conservée jusqu’à l’érection de Beaune 
en corps de commune, dit encore Baudelot (3). 

Une citation nous dispensera de tout raisonnement sur l'assimila- 
tion de Belenus à Bel. « Non-seulement, dit M. le baron Chodruc de 
« Crozanne dans une dissertation sur Belisana, déesse des Gaulois (4), 
« — non-seulement dans les Gaules, mais dans tout l’Orient, etc., le 
« mot Bel était consacré aux apcllations du soleil et de tout ce qui est 
u héliaque : Bel, Bal, Belis , Belus, Belenus , Belinus , Abelio et peut- 
« être le Beletucadrus des anciens Bretons , car Mars et Apollon sont 
« encore deux divinités identiques. » 

Bel était donc le même que Beun : c’était le soleil divinisé , selon 
Scrvius et les savants, comme la Belle était la pleine lune chez nos 
pères (5). On voit par la Belle, que Bel était le Beau (6). — Si donc, 
enfin, on a fini par dire Beau pour Bel, on ne trouvera pas extraordi- 
naire que sur la côte Beline , près de Salins, on rencontre encore (entre 
Chatel-Beun et Blègny ), trois autres lieux qui semblent porter des dé- 
nominations commémoratives du culte de Bel : C’est d’abord le village 
de Beau, tout voisin de Blégny ; ensuite Beaulieu , nom primitif de 
l’abbaye de Goailles, et enfin le bois de Beauvard qui pourrait être un 
reste d’une forêt sacrée, dont la côte Beline aurait été couverte. 

Cependant, toutes ces coïncidences de Blégny , de Châlel-Belin , de 
Côte-Beline, de Beau , de Beaulieu , de Beauvard , d’un côté; de Billien, 

(I) Ce sont des cornes dans le dessin. 

(9) Thomas, histoire d'Autun. — Ladox, Antiq. Augustod. civ. 

(3) La Tille de Beaune fut érigée en commune par Eudes III, en 4203, et porte : 

• D'azur à la vierge d'argent rayonnée d'or; elle porte Venfant Jésus de même rayonne 
d'or , tenant un globe d'or sommé de la Croix; la Vierge a à la main droite un pampre de 
Sinople ou raisin de sable; les robes frangées d'or. • 

Il est bon de remarquer que, même dans ses armoiries, la Tille de Beaune a conservé la Vierge 
à l’enfant, qui n’est qu’une transformation de la déesse Io ou Isis. 

Nous connaissons, du reste, dans cette localité, des fragments de sculpture proTenant de tem- 
ples païens qui ne laissent aucun doute sur leur origine. Us représentent soit Isis , soit Osiris .— 
La déesse Isis est alors représentée aTcc l’enfant sur ses genoux et tenant de sa main droite 
une fauciUe. 

(4) Mémoires de la Société des Antiquaires de France , nôuTelle série, tome VI. 

(5) Dccakge, la Belle luit, Bella lucet. 

(6) Belin , beau, suiTant La Combe (Dictionn. du vieux langage français). Ce mot, dit-il. 
Tient du Celtique. — Bellvs (basse latinité), beau. — Bel signifiait beau en Celtique. 


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— 16 — 


de Mautbelin , de Montbeule , de Bèale (1), de Fie Belin , de Charge - 
BeZin, de Beauregard, de Beaumont , d’un nuire côté, accumulées sur 
un seul point, pourraient èlre l’effet d’un concours fortuit ! — Nous 
n’y arrêterons pas plus longtemps les esprits sévères et difficiles ; mais 
ils ne sauraient disconvenir que la religion celtique a dû laisser des 
traces quelque part. Alors, pourquoi nos idées d'investigation sur ce 
culte autrefois pratiqué dans les monts Jura, au sein même de notre 
contrée, n’ iraient-elles pas se rallier de préférence aux dénominations 
les plus significatives et les plus concluantes? 

Le Bibliothécaire de la ville de Pontarlier, Ed. Girod. 


MÉTÉOROLOGIE. 


Causes de la fréquence des orages dans les 
montagnes du Jura, 

par M. Giîidre, membre fondateur, Vice-Président. 

Parmi les nombreuses connaissances humaines qui peuvent avanta- 
geusement servir d’adjuvantes à l’agriculture, la météorologie est sans 
contredit aux premiers rangs. Du moment où, pour germer, lever, gran- 
dir et mûrir, il faut aux produits de la terre des alternatives de pluie 
et de soleil , il est incontestable qu’entre la science des phénomènes 
aériens et celle que Cérès enseigna autrefois aux hommes , il y a une 
filiation comparable en quelque sorte à celle qui existe entre une cause 
et son effet. Parler météorologie aux cultivateurs dans nos séances 
agricoles n’est donc pas tout-à-fait un hors-d’œuvre. 

Ces réflexions faites, nous abordons, sans autre transition, le sujet que 
nous nous sommes donné à traiter, sujet qui, nous le pensons, du moins, 
intéressera à plus d’un litre ceux qui nous font l’honneur d’assister à 
nos conférences. 

Comme la France presqu’entière et bien d’autres pays encore, notre 
département a souffert à des degrés divers, suivant ses différentes zênes, 
de la sécheresse de 1868. Aussi a-t-on vu nos cultivateurs, dont les fenils 
étaient peu remplis , vendre à l’entrée de l’hiver une partie de leurs 
bestiaux , bien qu’à des prix relativement inférieurs , et malgré cela, 
formuler encore des craintes sur la suffisance de leurs approvisionne- 

(I) Béate, belle, pvlchra en 930 (La Combe). 


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— 17 — 


menls fourragera pour le cas où la froide saison viendra K à empiéter 
sur le printemps. Plusieurs d’entre eux ont aohelé du foin pour être en 
mesure de parer à toute fâcheuse éventualité. Nos hautes montagnes 
ont été le point où ont convergé les acheteurs, parce que favorisées par 
de fréquentes pluies d’orage, les denrées culturales de Tannée dernière 
y ont peu laissé à désirer sous tous les rapports, d’autant plus que les 
mans, qui ont causé ailleurs de si grands ravages, ne sont encore heu- 
reusement guère connus que de nom dans ces parties élevées du Jura. 

U semble que le sol, où les pluies et les précipités nocturnes fixent les 
émanations résineuses que l’air tient continuellement en suspension, y 
soit, sinon un toxique pour ces destructeurs souterrains, mais an moins 
un mansfuge . 

A quoi est duc cette climature particulière des régions alpestres de 
notre département, sous l'influence de laquelle ne peuvent manquer de 
sc développer de luxuriantes récoltes et qui neutralise plus ou moins 
Faction siccilivc du soleil sur les sources qui vont abreuver les contrées 
plus basses; en d’autres termes, quelles sont les causes de ces fréquents 
orages qui ont lieu dans nos montagnes? 

Pendant une partie du printemps et de Tété, spécialement dans les 
années sèches, on voit presque journellement, entre dix et douze heures 
du matin, s’élever de derrière les monts qui bomeut l’horizon du côté 
de l’Helvétie, des cumulus pareils aux jets de vapeur que lancerait vers 
le zénith une immense locomotive de chemin de fer. Le temps devient 
peu à peu d’une accalmie très-grande, et, l’évaporation étant nulle, la 
chaleur, de plus en plus asphyxiante, bien que le thermomètre n’accuse 
pas une température fort élevée. Ces cumulus se dilatent sans changer 
sensiblement de place, et finissent par se joindre et prendre une couleur 
plus foncée, ainsi que la forme cumulo-stralive à leur base, qui semble 
alors reposer sur la ligne culminante de notre système de surgissement 
géologique. En même temps, les légers cirrhus qui gazent le ciel se réu- 
nissent en nuages sur d’autres points de Tespace éthéré. Le bruit du 
tonnerre, d’abord sourd et lointain, devient plus distinct et prolongé à 
mesure que la tempête s’avance sur le chemin du premier plateau et 
de la plaine. A l’aspect de la nuée fulgurante , le cultivateur dont les 
terres commencent à se crevasser et les récoltes à souffrir sous l’in- 
fluence trop prolongée des feux du soleil, se sent renaître à Tcspéranee; 
mais, hélas l souvent la masse nuageuse s’épuise de l’eau fructifiante 
qu’elle contenait dans ses flancs, avant d’atteindre les premières limites 
de nos bois feuillus. 

Le spectateur qui, pour la première fois, verrait le commencement, 

2 


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— 48 — 

la marche et l'ensemble des phénomènes orageux de nos montagnes, n'y 
distinguerait rien qui ne soit commun à tous les orages en général; mais 
si ce spectateur, frappé de la fréquence des tempêtes sur nos gradins 
jurassiques, désirait en rechercher les causes, il ne tarderait pas à dis- 
tinguer certaines particularités, certains faits qui mettraient sa sagacité 
sur la voie de ces causes occasionnelles. 

Ces particularités, ces faits, les voici tels que nous avons cru les remar* 
quer dans une série de cas : 

4° En temps ordinaire, les orages prennent naissance sur les même» 
points du ciel ; 

2° Ces points sont au nombre de deux; 

3° A la direction du vent, on peut prévoir quelques heures à l’avance 
quel est celui de ces points où éclora l’orage et quelle en sera la marche 
probable. 

Lca cumulus nimbogènes apparaissent tantôt dans la direction de 
S 4 -Cergue (Suisse), ou mieux , de la Dole, et tantôt dans une direction 
intermédiaire entre Jougne et Pontarlier. 

Si le vent du sud est l’air prédominant de la matinée, il est très-pro-” 
bable que l’orage se formera derrière le bourg vaudois; si c’est le vent 
du nord ou du nord-est, il y a, au contraire, gros à parier que la tempête 
nailra dans la dernière direction. 

Nous manquons totalement de données ombromélriques pour évaluer 
le volume aqueux que ces orages déversent , aux époques que nous 
avons fait connaître ; néanmoins, ce volume parait assez considérable 
pour forcer à supposer qu’il est fourni par l’évaporation d'importantes 
nappes d’eau. 

Sans être un Œdipe, le lecteur devine aisément que nous faisons ici 
allusion au Léman et au lac d’Yvcrdun. Dans notre opinion, sans l’exis- 
tence sur nos frontières de ces mers^cn miniature, le nombre de nos ora- 
ges serait bien moindre. Que l’on suppose un instant ces lacs étrangers 
à la production de ccs tempêtes, il devient aussitôt impossible de se ren- 
dre compte d’une manière satisfaisante des faits spéciaux que l’on 
observe dans leur mode de formation. Ainsi, pourquoi, par tel ou tel 
vent, l’orage se déycloppe-l-il sur telle ou telle direction, plutôt que dans 
d’autres azimuths? Quelles seraient, dans ces directions et dans l’hypo- 
thèse où l’influence lacustrale serait complètement nulle, les surfaces 
assez humides pour que le 6oleil put en tirer si promptement des pluies 
aussi multipliées que celles qui arrosent les sommets et les versants de 
nos contrées?... A toutes ces questions, nous ne trouvons pas d’explica- 
tion tant soit peu plausible : mais il en devient tout autrement dès qu’on 


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— 19 — 

admet que les deux lacs suisses jouent le principal rôle dans la météo- 
rologie estivale du Jura supérieur. 

Avant d’ aller plus loin et pour l'intelligence de ce qui va suivre, il 
convient de rappeler deux faits généraux qui ressortissent de la Phys i- 
ique du globe . 

i° La colonne d’air reposant sur un liquide qui s’écoule, tend a suivre 
le mouvement de ce liquide, et elle a une vitesse d’autant plus grande 
que la marche de ce liquide est plus accélérée. 

2° De même que l’eau d'un fleuve offre, à pente égale, des courants 
plus rapides sur un lit hérissé de rochers que sur une surface unie, et que 
la ligne de ce lit est déterminée par les inégalités du sol, de même, dans 
les pays montagneux, les vents sont plus violents et subissent des chan- 
gements de direction occasionnés par celle des chaînes et des vallées. 

En jetant les yeux sur une carte de la confédération helvétique, on y 
remarquera que le lac de Neuchâtel cl celui de Genève s’étendent tous 
deux du nord-est au sud-ouest, suivant des lignes qui se rapprochent 
sensiblement de la position parallëlique. On y verra encore que le pre- 
mier, déchargeant par l'Aar dans le Rhin, a le flux de ses eaux vers le 
ttord-est, et que le second, s’écoulant par le Rhône, a le mouvement de 
ses ondes vers le sud-ouest. On y constatera également que la crête gé- 
nérale des Monts-Jura forme avec le méridien un angle oriental d’ à-peu- 
près 25*. A l’aide de ces quelques remarques, on comprendra ensuite 
facilement que, par un temps serein et parfaitement calme, les vapeurs 
du lac Neucbâtclais seront poussées et iront se condenser dans les mon- 
tagnes bernoises, et que celles du Léman iront se précipiter dans la tem- 
pérature aussi bassedes montagnes du Bugey. On comprendra tout aussi 
bien que le vent du nord doit dégénérer en nord-est, dans les parages 
de ccs lacs, et que, dans ce cas, les produits de l’évaporation du lac 
dHfverdun seront rejetés en arrière, vers les aspérités les plus saillantes 
de la chaînc,dans la direction Jougne-Pankirlier; on s’expliquera encore 
volontiers que le vent du 6ud , faisant rebrousser chemin aux vapeurs 
du lac de Genève, doive les accumuler aux abords du pic la Dole. 

Les vents de nord ou nord-est et ceux de sud ou sud-ouest étant de 
beaucoup les plus communs chez nous, été comme hiver, et chacun de 
ces vents pouvant, comme on l’a vu, produire de son côté un des hydro- 
météores dont nous venons de rechercher les causes, il s’ensuit que ces 
orages doivent être et sont en effet très-fréquents. 


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BIBLIOGRAPHIE. 


Histoire d'une guerre êchevinale de il! ans, ou les baillis et les échevins 
à S l -Omer> de 1500 à 1677, d'après des documents tirés des archives 
du baillage, par L. de Lauwereyns de Roosendaele, membre titulaire de 
la Société impériale des antiquaires de la Morinie , ouvrage recom- 
mandé à notre examen par M. le docteur Tamisier. — 2* partie (1). 

Celte seconde partie est précédée de réflexions aussi justes que sen- 
sées. Il ne faut voir dans cette œuvre , dit Fauteur, qu’un simple fait 
d’histoire, un pur tableau de mœurs, et non l'expression d’un cloge ou 
d’un regret de ce qui n’est plus et ne peut plus être. Cette tendance d’une 
commune à s’isoler de l’État dont elle fait partie, ne sc comprendrait 
pas plus de nos jours, que la prétention d’un individu à s’affranchir des 
liens qui l’attachent à la commune au sein de laquelle il vit , et qui a 
droit au sacrifice d’une partie de sa liberté, en retour de la protection 
qu’elle lui accorde. Celte longue résistance de près de deux siècles d’une 
localité contre le pouvoir central , ne pouvait avoir pour raison d’être 
qu’un régime exceptionnel, et pour excuse, que les abus humiliants de 
la tyrannie féodale, où le seigneur du lieu donnait l’exemple de l’an- 
tagonisme avec le seigneur d’une juridiction plus élevée, et où tous, de 
degré en degré, s’unissaient dans une lutte commune contre le chef de 
la province, lui-méme d’un dévouement équivoque envers la personne 
du souverain. En ce sens, les communes ont aidé la royauté à abattre les 
têtes de cette autre hydre de Lerne, et à préparer cette admirable unité 
française qui fait la sécurité de notre pays au dedans et sa force et sa 
dignité au dehors. 

L’auteur fait ensuite connaître les sources où il a puisé les documents 
de son histoire, sources d’une authenticité incontestable et qui ne peu- 
vent laisser de place ni à la défiance, ni au doute. 

Comme dans la première partie, suit une liste chronologique des bail- 
lis de SMJracr, ceux-ci de 1500 à 1677. 

1 ° Sous Maximilien d’Autriche. 

2° Sous Charles V. 

3* Sous Philippe II. 

4* Sous Philippe III. 

5* Sous Philippe IV. 

Chapitre 1 er . La première atteinte portée à la loi êchevinale de S % -Omer. 
1. Messire Denis de Morbecque, seigneur de Hondecoustre. 

(I) Voir le BvlleUn précédent. 


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— 21 — 


Le traité d'Arras n’ayant point été ratifié (1) , les choses restèrent 
dans le statu-quo , et SM)mer en possession de la maison d'Autriche. 
Toutefois, malgré l’avortement de ces tentatives de conciliation, le nou- 
veau bailli ne montra d’abord aucune répugnance à rassurer « Messieurs 
de la ville » sur la conservation des us et coutumes dont ils avaient la 
jouissance ; mais peu de jours avant la veille des Rois, époque du renou- 
vellement de la loi échevinale, une lettre de l'archiduc, k l’adresse des 
échevinsyvint inopinément ordonner de surseoir à la prochaine élection, 
et de la remettre après communication des moyens de nature k remédier 
k la diminution de jour en jour croissante de leur ville, ce qu’ils inter- 
prétèrent naturellement par une réduction des taxes et redevances im- 
posées è ladite ville, confiance qui fut bien trompée. 

2. Les ordonnances de l’an 1800. 

Ces ordonnances destinées , soit-disant , è obvier k un plus grand 
« appauvrissement de la ville, » étaient de deux espèces : les unes pure- 
ment financières, les autres de discipline et de police. Or, les premières 
se bornaient è amoindrir le revenu annuel « de Messieurs » en vin, cire 
et livres parisis, avec défense au mayeur et aux écbevins de faire aucune 
dépense de cent livres pour quelque affaire que ce fût sans le « sceu> 
advis et consentement du bailly, » et une amende de dix livres contre 
quiconque « aurait fait défaut de se trouver en balle sans raison légi- 
time promptement motivée. » 

Les autres, sur douze échevins, en réservaient quatre h la nomination 
de l'archiduc, alors Philrppe-le-Beau, outre la part effective qu’il pre- 
nait au choix du mayeur. 

2. Perplexités de l'Echevinage. 

On comprend que ces propositions, ou plutôt ces ordres, ne durent pas 
sonner bien agréablement è l’oreille de ces messieurs. Ils demandèrent 
à réfléchir. Mais quelle possibilité de recevoir un salaire et de jouer à 
l’indépendance? Ils comprirent bientôt qu’ils n'avaient qu’à opter entre 
une résistance ouverte et une prompte soumission, inaugurant ainsi le 
nauveau règlement par un aveu de leur défaite. 

Ciapitrb ii. Un mauvais calcul si calcul il y a eu . — Trois années après 
ces incidents, le calcul machiavélique supposé serait né à l’occasion d'un 
voyage de Philippe-le-Beau & S^mer. L’archiduc y ayant prononcé 
le serment de ses prédécesseurs, en présence des trois Etats rassemblés, 
le 27 mai, dans l’église de Notre-Dame, c’était le cas de présenter è Son 
Altesse les doléances de la ville et de lui faire comparer, les faits sous 


(I) Voir le numéro précédent. 


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les yeux, l’état troublé de la cité, depuis les nouveaux statuts, avec la 
tranquillité dont elle jouissait auparavant. L’Échevinage mécontent, 
comme bien on le présume, de la situation humiliante qui lui avait été 
faite, aima mieux, au lieu de se plaindre, fomenter des désordres,sinoi» 
par une action directe, au moins par sa connivence et son inertie; si telle 
fut sa tactique, elle tourna contre lui. Au premier tumulte, « le secré- 
taire en ordonnance de Monseigneur accourut en aide au bailli, et tous 
deux procédèrent à une nouvelle chambre, composée, bien entendu, 
d’éléments plus surs et plus dévoués à leur cause. Seconde débite* 

Chapitre ni. La revanche . — Celte revanche se Ût attendre trois ans, 
jusqu’en 1506, année où le bailli « alla de vie à trépas. » Aussitôt de 
s’assembler et de rédiger une supplique pour représenter très-liumbic- 
mcnt à Monseigneur que le remplacement des ordonnances de 1447 par 
celles de 1500, avait plongé la ville dans un état continuel de malaise 
et d’agitation. 11 fut fait droit à celte requête, et le conseil, fier de re- 
couvrer sa clière autonomie perdue un peu par sa faute, eut pu y appli- 
quer la parole d’un Père sur celle d’Adam : » heureuse faute, » fetîx 
eutpa! 

Chapitre iv. L* Echevinage, après avoir perdu ses libertés , les perd de 
nouveau u 

1. Elles avaient leur prix. 

Le mayeur redevenait capitaine de la ville; les électeurs nommaient 
comme autrefois les douze écbevins; tous les écbevins avaient un droit 
égal à la dignité de mayeur, et, à son entrée en charge, le bailli jurait 
« ès-mains du mayeur » qu’il maintiendrait et observerait les lois et 
coutumes de la chambre échevinale. 

La joie de ee succès ne fut pas de longue durée. Le 22 mai de l’année 
1507, un nouveau bailli présentait « à Messieurs » des lettres patentes 
par lesquelles l’archiduc Charles l’inslituait à la fois bailli et capitaine 
de S l -Omer. 

2. Tout est rends en question. 

Neuf ans plus tard, le bailli suivant arriva à S*-Omer avec des lettres 
de mandement qui investissaient le capitaine et bailli de la garde et de la 
défense de la ville, d’une part, et de l’autre, de la commission de nommer 
quatre écbevins, outre sa participation à l’élection du mayeur. Le con- 
seil se soumk, dans l'attente de jours meilleurs. 

3. Une insurrection. — Ordonnances de Charles-Quint. 

Ces jours parurent s’offrir en 1519. Charles-Quint, devenu empereur 
d’Allemagne , vit se dresser devant lui une foule d’ennemis à la fois. 
Alors « Messieurs de la ville » prirent la résolution hardie de « n’ad- 


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— 23 — 


mettre le signeur bailli à créer les quatre premiers échcvius. * 

Mais le bailli avait vu se former l’orage, il s’empressa d’en informer 
le gouverneur d’Artois qui, à son leur, se hâta d’en prévenir Sa Majesté. 
Soudain deux lettre suocessives « à ces Messieurs, » la première de 
Worms, de la main même de Charles^Quint, la 8* du gouverneur. 

4. Une Capitulation. 

Peu soucieux d’engager la partie avec l'empereur et le gouverneur 
d’Artois» « ces Messieurs » se contentèrent de demander que les quatre 
premiers échevins fussent créés par le bailli et non par son lieutenant, 
ce qui leur fut aeeordé. 

Chapitbe v. Obtention que ta capitainerie urbaine serait exercée par le 
Mayeur. — 1. L’Échevinage avait évidemment fait contre fortune bon 
coeur ; la capricieuse déesse parut lui en savoir gré. En 1537» l’empereur 
lui donnait pour bailli un enfant même de S^Oraer, et il se promit tout 
de sa piété filiale pour la ville qui l'avait vu naître. 

2. Lettres patentes. 

Malheureusement, les lieutenants de l’empereur recevaient leurs 
lettres patentes et nç les faisaient pas, et les récentes ne différaient en 
rien des anciennes. 

3. Autre contrariété. 

Retenu ailleurs pour le service de Sa Majesté, ce fut par procuration 
que le nouveau bailli s’acquitta de la double formalité de l'occupation 
de l’office et de la prestation du serment de fidélité à la ville. 

4. Enfin, au bout d’un mois, il vint prendre possession lui-même de 
ses fonctions de bailli et de capitaine, capitainerie dont il voulut bien, 
par déférence au désir de sa ville natale, abandonner de fait l’exercice 
au mayeur. 

11 nous serait agréable, assurément, de suivre l’auteur jusqu'au terme 
où il s'est arrêté, dans l’intention d'y revenir dans une troisième partie, 
mais outre l’étendue déjà peu ordinaire de cette analyse, les cinq autres 
chapitres qui suivent continuent à rouler dans le même cercle : C’est 
toujours l’Échevinage persistant obstinément à revendiquer les ancien- 
nes franchises , à ne vouloir qu’une chambre entièrement issue d'une 
élection libre, y compris le mayeur, doublé de la capitainerie, c’est-à- 
dire ayant à sa disposition les clefs et les portes de la place ; d'autre 
part, toujours les baillis non moins opiniâtres è s’assurer dans le conseil 
des voix à leur dévotion, à peser sur la nomination du mayeur, et à se 
réserver la surveillance et la garde intérieure et extérieure, diurne et 
nocturne de la cité, jusqu’à ce qu’il soit mis fin à ces débats par l’absor- 
bante et forte royauté de Louis XIV. 


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— Î4 — 


Il est vrai que la monotonie du fonds est vivifiée par la succession des 
personnages , par le piquant des détails, par l'originalité énergique et 
pittoresque du langage du temps, par l’observation exacte de la couleur 
locale, enfin par l'art de la mise en scène, qui fait de cette lutte de 477 
ans une sorte de drame émouvant auquel on s’intéresse vivement maîgré 
la distance ; et, comme il est probable que ce qui se passait durant cet 
intervalle dans une ville de l’Artois avait son pendant dans les autres 
communes, notamment eelies de la Comté sous les ducs de Bourgogne, 
le modèle qui leur est offert est en même temps un exemple propre à 
exhorter les jeunes écrivains à compulser à leur tour les archives lo- 
cales, premières bases de ces travaux sur les provinces que l’autorité 
supérieure se propose d’encourager par de justes rémunérations ; c’est 
déclarer que pour se mouvoir dans une sphère restreinte, la tâche n’en 
sera pas moins appréciée : « In tenui labor , at non tenuis glorio. » 

Le Secrétaire-Général , H. -G. Clea. 


POÉSIE. 

La Mère et l’Enfant» 

ÉLÉGIE 

PAR M. TBBODOMIRE CESLAIN, MEMBRE TITULAIRE. 

La Providence te fait grâce 
Des jours que tu devais couler. 
(J. Reboul). 

Cache-moi bien, petite mère, 

Je crois que je vais te quitter; 

Cache-moi bien, car sur la terre. 

Seul avec toi je veux rester. 

Une main touche mes épaules 
Et je ne vois rien près de nous 
Que les branches de ces vieux saules 
Qui s'inclinent vers tes genoux! 

Mère, vois donc! vois l’herbe tendre. 

Elle ressemble au grand soleil 
Qui le matin vient me surprendre 
Pour me sourire à mon réveil ! 


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— 25 — 


Vois le feu qui nous environne, 

Entends la voix qui vient des cieux : 

« Petit enfant, une couronne 
u Convient à ton front radieux ! 

« Suis-moi sur la rive éternelle, 

« Laisse le monde à ses plaisirs; 

« Je viens t'abriter sous mon aile, 

« Je viens pour combler tes désirs. 

a Laisse le sable de la plage : 

« Pour être jaune, il n'est pas d'or ; 

« Suis-moi : vers un autre rivage, 

« Tu pourras t’amuser encor! 

« La terre n'est rien pour ton âme, 

« Pour elle il est de plus doux lieux ; 

« La voix des anges te réclame : 

« Vite allons les rejoindre aux cieux !... » 

— Seigneur, laissez vivre sur terre 
Ce fruit charmant de mes amours ; 

Quand je vieillirai, moi, sa mère, 

11 consolera mes vieux jours ! 

Seigneur, vous avez d'autres anges, 

Je n’en ai qu'un, laissez-le-moi ! 

Prince des célestes phalanges. 

Ne prends pas mon enfant pour toi!... 

— Ne pleure pas, mère chérie, 

Il me faut quitter ces beaux lieux, 

Je pars,... ma nouvelle patrie 
Est un séjour délicieux ! 

— Mon enfant! mon amour!... — Courage ! 
La mort n’est rien, la vie est tout. 

— Je pars, il le faut : le rivage , 

0 mon Dieu! s’obscurcit partout.... 

Et dans un tourbillon de flamme 
L’enfant s’élance vers son Dieu ; 

La mère à genoux le réclame, 

Mais lui d’en haut criait : «Adieu.,.. 


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— 26 — 


DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES 
A la suite du Concours de 1868. 

Médaille de vermeil à M. Chonnaux-Dubisson, docteur en médecine 
à Villers-Bocage (Calvados), pour ; 1° un travail intitulé : La Mer au 
point de vue médical ; 2° un autre intitulé : Etudes sur la Coqueluche ; 
3° une poésie intitulée : Les Châtelaines ou Revenants ( au sujet des 
visions de Modène). 

Médaille d'argent à M. Bernard Prost, de Poligny (Jura), élève de 
l’école des chartes, pour une Notice historique sur l'Abbaye de Rosières 
(dans le Jura). 

Médaille d’argent a M. Jules Léon, pharmacien à Bordeaux, pour 
une Histoire abrégée de V arrondissement de Dole. 

Médaille d’argent à M. Jean Sénamaud, jeune, de Bordeaux, pour 
divers travaux intitulés : Nouvelles Considérations sur la Salaison et la 
Conservation des Jambons ; Influence de là Nourriture des Porcs sur le 
goût et la qualité de leurs produits ; Inconvénients de la multiplicité des 
Foires dans nos campagnes au point de vue social, agricole et commer- 
cial; Etude historique el archéologique sur le canton de Saint-Claude ; 
Biographie du Capitaine Lacuzon. 

Médaille d’argent à M. Périer, professeur à Bordeaux, pour un tra- 
vail intitulé : Recherches chimiques sur les Engrais. 

Médaille d'argent à M. Fernand Gibert, de Bordeaux, pour différents 
Mémoires sur la Météorologie. 

Médaille d’argent à M. Henri Donnet, fromager & Molain, pour pro- 
duire en moyenne , par an, le plus de poids en matière caséeuse sur une 
quantité donnée de lait , 20 litres par exemple. 

Médaille de bronze à M. Mouchot, peintre & Paris , pour un travail 
ntitulé : Les Ecoles contemporaines esquissées par un rapin . — Gustave 
Courbet. 

Médaille de bronze à M lle Arnoult, institutrice à Blois (Loir-et-Cher), 
pour trois sujets envoyés au Concours : Newton, le Courage , et Esquisse 
du XIll m * siècle. 

Médaille de bronze à M. Giboz, instituteur à Danipierre (Jura), pour 
un Traité d' Arithmétique (en deux parties). 


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— 27 — 


Médailles de bronze h MM. Casimir Blondeau cl Jean Micoulin, de 
Champagnole, pour Paroles et Musique d’un chant pour ks Ecoles pri- 
maires (paroles du premier, musique du second). 

Médaille de bronze à M lle Gabrielle de Poligny, pour une pièce de 
poésie intitulée : Les Captives . 

Médaille de bronze à M. Oppepin, directeur de l’Ecole du Château, 
à Nevers, pour diverses poésies intitulées : L'Ange des Fleurs ; le Luth 
du Poète; le Travail; les Harmonies du Soir; Aubes de la Fie . 

Médaille de bronze à M. Tbéodomire Geslain, homme de lettres & 
Saint-Mauricc-lès-Charencéy (Orne), pour une poésie intitulée : La 
Mère et l’Enfant. 

Mention très-honorable à M. Bonn efoy, officier au 21®* de ligne, 
pour deux pièces de poésies intitulées : Un Dévouement sublime^ et 
Dieu. 

Mention très-honorable à M. Adolphe Louvet, de Bordeaux, pour 
un poème intitulé : La jeune Chrétienne des Gaules . 

Mention très-honorable à M® 0 Eléontine Fit te, pour plusieurs poésies 
intitulées : Bérénice ; Mounette ; le Soir ; Charlotte. 

Mention très-honorable à M. Gouésigou, professeur à Nérac (Lot-et- 
Garonne), pour un travail ayant pour titre : Les anciens Chrétiens et 
ceux d’aujourd’hui; 2° une petite poésie (impromptu) intitulée : Le 
Fusil Chassepol. 


SÉANCE GÉNÉRALE DU 14 JANVIER 1869. 

La séance est ouverte à 2 heures, sous la présidence de M. Demougin, 
Président honoraire, par la lecture du procès-verbal de la réunion pré- 
cédente. 

Correspondance manuscrite : M. le docteur Tamisier mande k notre 
Président, qu’il a l’honneur d’adresser au Secrétaire-Général de la So- 
ciété différents opuscules de M. Aristide Charière, d’Ahun (Creuse), en 
le priant de les offrir en son nom. Une de ces brochures contient 
années d’observations météorologiques faites à Ahun, outre des con- 
sidérations générales sur les années écoulées de 1840 à 1867; des pro- 
cédés k constater le maximum et le minimum de l’humidité; k préser- 
ver les denrées contre les ravages des insectes, etc. M. Charière s’oc- 


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cupe spécialement aussi d’agriculture, et il nous réserve la primeur des 
travaux qu’il a entrepris sur les engrais chimiques. M. le docteur croit 
donc pouvoir, en toute confiance, recommander cet honorable artiste 
& nos suffrages, comme membre correspondant. 

Société libre des beaux-arts. Notre honorable correspondant, M. 
Charles Lucas, architecte. Secrétaire de cette Société, veut bien nous 
adresser, imprimées , plusieurs lectures faites par lui en séance : 
mélanges littéraires, l ra , 2 a et 3° séries; 2° compte-rendu de la 33 a 
séance annuelle; 3° et la conférence qu’il a prononcée récemment à 
l’Association polytechnique, sur les grands architectes. 

Un autre honorable correspondant, M. Quiquerez, délégué de Cham- 
béry au Concours agricole de Delémont, district de Porentruy, ouvert 
du 25 au 29 septembre, pour tout le Jura, veut bien aussi nous adresser 
le rapport que le comité de rédaction l’a chargé de rédiger sur cette 
solennité champêtre. 

Nous recevons également de son auteur, lauréat habituel de nos con- 
cours, M. le docteur Chonnaux-Dubisson, un exemplaire de son travail 
sur le rachitisme, mémoire couronné par la Société médicale d'Amiens, 
au Concours de 1864. Médaille d’or de 200 francs. 

M. Louvet, lauréat de l’Académie de Bordeaux, un des fondateurs 
du journal le Concours des Muses , qui compte pour collaborateurs plu- 
sieurs de nos correspondants, nous recommande ccttc feuille, dont plu- 
sieurs numéros sont mis à notre disposition, comme se proposant de 
stimuler les poètes et de répandre le goût de la poésie, à l’aide de Con- 
cours mensuels et d’un grand Concours annuel. S’adresser au directeur 
pour avoir le programme. 

M. Auguste Guy, ancien élève à l'Ecole impériale d’agriculture de 
Grignon, appelle notre attention sérieuse sur un recueil qu’il vient de 
publier et qu’il croit propre à rendre de grands services dans les écoles 
rurales. En effet, son livre intitulé : Choix de Lectures sur l'Agriculture 
et la vie des champs , à l'usage des Écoles et des Cours d'adultes , offre 
toutes les conditions de nature à remplir son but, par les exemples mis 
sous les yeux et la manière dont ils sont disposés, Delectando , pariter- 
que monendo : agrément et instruction. 

Alimentation publique. Pommes-de-terre. Augmenter le rendement; 
hâter la maturité; éviter la maladie. M. A.-A. Gauthier, chevalier de 
l’Ordre impérial de la Légion-d’Honneur, 20, avenue de Suffren, Paris, 
expose à notre Président qu’à la suite des mauvaises récoltes en cé- 
réales, il s’est occupé d’apporter une amélioration à la production de la 
pomme-de-terre, à laquelle il a du d’obtenir des récoltes bien supérieures 


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âu* récoltes ordinaires. 11 le prie de vouloir bien en instruire la Société 
êt de désigner une Commission avec laquelle il puisse se mettre en 
rapport. 

Affiches agricoles et horticoles du Comice communal de Valcongrain 
(arrondissement de Caen), sur le meilleur emploi du gland de chêne 
pour la nourriture des bestiaux ; — sur le moyen d'obtenir une très- 
abondante récolte de rejets sur les diverses espèces de choux fourra- 
gers et potagers ; — sur la mise en culture de la surface des tas de 
fumier, etc. Ces affiches, publiées depuis 1853 par notre actif et labo- 
rieux correspondant, M. Victor Chatel, Président fondateur du Comice, 
ont pour but d’enseigner aux petits cultivateurs les choses qui peuvent 
les intéresser, et contribuer non-seulement à augmenter les produits 
du jardin potager et du champ, mais aussi & accroître le bien-être de 
la famille. 

Viticulture. Par M. le docteur Jules Guyot, il est fait hommage à la 
Société du 2* et 3 e volume de ses savants rapports h Son Exc. M. de 
Forcade La Roquette, alors Ministre de l'agriculture, du commerce et 
des travaux publics. Le 2* comprend les études sur la viticulture com- 
parée dans les départements de la Sarthe, de Maine-et-Loire, d’Indre- 
et-Loire et de Loir-et-Cher ; le 3* dans les départements de la Marne, 
de l’Aisne, de Seine-et-Marne, de l’Oise, de Seine-el-Oise, de la Seine, 
d’Eure-et-Loire, de l’Eure, de la Mayenne, d’Ile-et-Vilaine et du Mor- 
bihan. Ainsi se trouve terminé le glorieux monument que le courageux 
agronome a élevé à la viticulture française, et dont il trouvera la ré- 
compense dans la gratitude de tous les viticulteurs, notamment ceux 
du Jura, outre l’immortel honneur attaché à son nom; car lui aussi 
pourra se dire : 

Exegi monumenlum aere perennius. 

Correspondance imprimée. Ministère de l’Instruction publique : Les 
exemplaires des Bulletins fi- 10 et 11 de 1868 ont été transmis aux 
Sociétés correspondantes. 

Société protectrice des animaux. Circulaire adressée par Son Exc. M. 
Duruy, Ministre de l'Instruction publique, a MM. les reeteurs d* Aca- 
démie, pour leur recommander d’exhorter les instituteurs à encourager 
et développer de plus en plus, dans leur enseignement, l’œuvre d’hu- 
manité poursuivie par cette Société. Cette année, comme les précé- 
dentes, elle décernera des médailles, des primes en argent et autres 
récompenses : 1° aux auteurs; 2° aux instituteurs; 3* aux inventeurs 
et propagateurs d’appareils propres à diminuer les souffrances des ani- 
maux ; 4° aux agents de l’autorité ; 5° aux gens de service ; 6° aux bor- 


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- 30 - 

gcrs, aux cochers, aux garçons bouchers, etc., qui, par les moyens à 
leur disposition, auront fait preuve, à un haut degrc, de bons traite- 
ments et de soins intelligents envers les animaux. 

Lectures. De M. le docteur Chereau : Préface indiquant la prove- 
nance du mémoire de M. de Villaine, daté du 26 août 1788, sur la des- 
cription topographique-médicale de Champagnole, de son canton et des 
montagnes au baillage (sic) de Poligny. — Lettre de M. le docteur 
Baëlen, médecin-major de 1™ classe au 74 mc régiment de ligne, à Lyon, 
h M. le docteur Tamisier, approbative de l’article de notre compatriote, 
sur le tabac. — De M. L. de Lauweireyns : Seconde partie de l’histoire 
d’une guerre écbevinale de 177 ans, ou les Baillis et les Echcvins a 
Saint-Omer, de 1500 à 1677 (analyse par M. H. Cler); par le même : 
Abrégé de l’histoire de Poligny, par M. Chevalier. — Poésie. De M. 
Victor Colomb : Romance, air et paroles. — De M. Gouésigou, membre 
correspondant, de Nérac : La belle Néracaise; l’Homme. 

Sont admis comme membres correspondants : M. Victor Colomb, 
homme de lettres à Valence (Drôme), et M. Aristide Charière, agro- 
nome à Ahun (Creuse). 

On procède ensuite au renouvellement du Bureau pour 1869. L’ho- 
norable M. Blondeau, lieutenant de vaisseau en retraite, accepte de rem- 
placer M. Vionnet dans les fonctions de Vice-Président; le surplus du 
Bureau reste le même. 

La séance se termine par la distribution des médailles aux lauréats 
du Concours de 1868. Le Secrétaire-Général , H. -G. Cler. 


AGRICULTURE. 

Los Hiboux. 

Il n’y a pas d’oiseaux qui, dans les campagnes, inspirent plus d’effroi 
que les Hiboux ; il n’y en a pas non plus à l’egard desquels les peuples 
modernes aient été plus barbares et plus sols. Vous ne traverseriez pas 
un village sans en apercevoir de crucifiés aux portes, et la plupart ont 
été crucifiés vivants. 

Que leur reproche-t-on? Rien, soyez-en bien persuadé, rien aulçc 
chose que leur physionomie : ils ont un visage, voila leur crime ; et sur 
ce visage il y a des airs de sagesse et de science qui, dans tout le moyen- 
âge, les ont rendus suspects. 

L’antiquité, au contraire, à cause de ccttc expression quasi-humaine, 
les tenait en haute estime. Aristote avait aperçu très-bien cc trait dis- 


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- 31 — 


tinctif des Hiboux : il les qualifia du nom de Comédiens ou Mimes. En 
effet, malgré leur gravité, ils ont par intervalles les attitudes et les gri- 
maces les plus bouffonnes. Le pauvre oiseau philosophe tourne vite à 
la caricature. Et pourtant, parmi les animaux, vous ne trouverez pas, 
après la tête du lion, une tète plus belle. 11 n’a pas seulement la beauté, 
il a l’expression, et voilà justement ce qui inquiète! Il a des airs ... 

Si cependant nous interrogeons sur les Hiboux la vraie science et l’ob- 
servation, qu’apprendrons-nous? 

Ecoutons M. Pouchet : 

Après avoir signalé les idées fausses ou superstitieuses qui font que 
dans les campagnes on méconnaît les services de ces animaux et qu’on 
les persécute inhumainement, le savant professeur ajoute que, bien loin 
qu’ils soient en rien nuisibles, on voit, « quand on étudie leurs mœurs, 
qu’ils sont utiles à l’agriculture en détruisant un nombre considérable 
de mammifères rongeurs qui forment un de ses plus redoutables fléaux. 
En effet, ils chassent aux rats , aux souris, aux mulots et aux campa- 
gnols , avec plus d’adresse que les chats , et même en quelques pays, 
dans les habitations rurales, on les élève à la place de ceux-ci auxquels 
on les préfère pour purger les greniers et les cours de tous ces animaux 
destructeurs : de là même provient le nom de chats-volants ou de chats- 
huants qu’on a imposé à quelques espèces. » 

Qui croirait, après cela, qu’un homme d’infiniment d’esprit et de sa- 
voir, qu’un de nos plus fins observateurs en histoire naturelle, que M. 
Tousscnel en un mot, a pu , il y a quelques années encore (en 1855), 
lancer contre ces oiseaux le plus violent de tous les pamphlets. Et que 
leur rcproche-t-il, 6 justice! leur air . 11 trouve le hibou plus repoussant 
d'aspect que le vautour , et voici le portrait qu’il en trace : 

« Hideux de traits et de physionomie, de langage et de mœurs, l’oi- 
seau de nuit est , en effet, une de ces créations abominables dans les- 
quelles l'auteur de la nature s’est plu à réunir les éléments de la laideur 
suprême. L’oiseau de nuit a été doué, comme le serpent, l’araignée, le 
crapaud et la chauve-souris, du don de répulsion instinctive.... » 

Ainsi, ce n’est plus seulement le hibou, ce sont le crapaud, la chauve- 
souris, l’araignée qui sont englobés dans l’anathème de M. Toussenel. 
El pourquoi, s’il vous plaît? Toujours à cause de leur air . Eh! M. Tous- 
scnel a donc oublié le mot de La Fontaine : 

Garde-toi, tant que tu vivras. 

De juger les gens sur la mine. 

Au moment où tant d’insectes et de bestioles malfaisants enlèvent 
chaque année des millions (peut-être des milliards) à nos agriculteurs. 


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— 32 — 

tâchons de ne plus commettre , de ne plus propnger des erreurs de ce 
genre. 

(Almanach de V Agriculture). Eugène Nosl. 


AVIS AUX POÈTES DE PROVINCE. 

Chers Confrères, vous savez sans doute que les meilleurs Poètes de Paris 
viennent de publier en commun un magnifique Recueil de quarante-deux 
sonnets. Ce livre, à peine mis en vente, est déjà enlevé, et cet empressement 
à acheter des sonnets, dont « un seul vaut un long poème, » ne fait qu’aug- 
menter la réputation de leurs auteurs. — Pourquoi nous tous, qui habitons la 
province, ne joindrions-nous pas nos voix et notre talent pour faire aimer 
davantage aux Parisiens la littérature provinciale, et, par cela même, aider 
à l’œuvre de décentralisation qui se poursuit partout ? Ma voix, chers con- 
frères, sera sans doute entendue, et alors voici ce que je vous propose : 

1 ° M’adresser chacun un sonnet seulement immédiatement s'il est possible ; 

2° Joindre à l’envoi 4 fr. 50 c., en un mandat-poste , — tant pour l’im- 
pression du sonnet que pour la souscription au volume et frais de port ; 

3° Le recueil, qui contiendra quarante-deux sonnets (100 pages d’impres- 
sion), sera imprimé dans le format Charpentier, avec luxe et sur papier fort, 
et se vendra 2 francs en librairie. 

4° Chaque souscripteur aura droit à un exemplaire, et deux autres 
seront remis à chacun des principaux journaux, afin qu’ils puissent faire des 
comptes-rendus. 

5° Les sonnets inédits ou non sont tous acceptés, cependant je ne saurais 
trop engager les auteurs à faire un choix sérieux. 

Dans l’espoir que vous me ferez très-prochainement vos envois, veuillez 
agréer, chers confrères, l’assurance de mes meilleurs sentiments confra- 
ternels. 

Théodomire Geslaix. 

Saint-Maurice-lès-Charenccy (Orne), l* r janvier 1869. 


M. Théodomire Geslain espère publier son poème, Le dernier Ami, 
vers le mois de mars prochain. Cel ouvrage sera dédié aux membres 
de toutes les Sociétés dont il fait partie. 


POL1GNY, IM P. DR MAI\F.SCHAI<, 


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— 33 — 


SCIENCES MÉDICALES. 


Des Hydropisles en général; de leur mécanisme 
et de leurs divers modes de développement, 

PAR V. CHONNAUX-DUB1SSON, 

Pocteur en médecine à ViUers- Bocage (Cahndos), merahro correspondant. 

(Suite). 

Morgagni a rapporté un assez grand nombre de cas d’épanchements 
séreux produits par des concrétions polypiformes dans les veines. Dans 
une ouverture de cadavre, il sortit de longues portions de sang coagulé 
des veines jugulaires, comme les épées sortent de leur fourreau ; les 
vaisseaux des méninges étaient distendus par du sang, autant qu'ils 
pouvaient l’étrc; une concrétion polypiforme blanchâtre et d'un tissu 
compacte occupait non-seulement le sinus et la faux, mais encore s’a- 
vançait jusque dans la plupart des veines communiquant avec lui; il y 
avait du sang coagulé dans les autres trois grands sinus de la dure-mère; 
tous les vaisseaux de la pie-mère, mémç les plus petits, étaient engor- 
gés. Celte membrane était très-rouge dans toute son étendue; il y avait 
de la sérosité au-dessous des anfractuosités du cerveau et dans les ven- 
tricules latéraux. Vous voyez, ajoute Morgagni, que la détention des 
vaisseaux coïncidait avec l’épanchement séreux. (Epist. 7). 

L’exemple de Morgagni ne nous semble pas, à beaucoup près, aussi 
concluant que les précédents. Il est, en effet, très-commun d’observer 
des concrétions polypiformes comme celles dont il parle, lorsque le sujet 
a succombé à une mort lente, après une longue agonie. Les collections 
séreuses que l’on remarque dans les anfractuosités du cerveau et dans 
les ventricules ont pu se former peu d’instants avant l'extinction com- 
plète de la vie; il peut même y avoir eu transsudation cadavérique. 

Ne vous arrive-t-il pas, chaque jour, de voir les varices des jambes 
déterminer de l’œdème? Cet œdème, vous l'avez remarqué cent fois, est 
d’autant plus prononcé, que le malade reste plus longtemps dons l'atti- 
tude assise, dans la station verticale principalement, et qu’il fait moins 
de mouvements. Cependant nous nous gardons bien de dire qu'il n'y a 
que la position verticale et le repos qui déterminent l’œdème; en effet, 
n'avons-nous pas tous remarqué qu’ après une marche un peu prolongée, 
les pieds finissent par se gonfler, et que telles chaussures que l'on avait 
passées librement, dans lesquelles on se trouvait à l'aise, sont devenues 
bien trop étroites, et causent un engourdissement douloureux. 

X 


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— 34 -* 

Or, si l'exercice à pied congestionne ainsi les membres inférieurs dans 
Tétai physiologique, à bien plus forte raison agira-t-il avec beaucoup 
plus de force dans Tétât pathologique que nous éludions. 

L’hydropisie du péritoine a reçu le. nom & ascite. 

Les causes qui peuvent la produire sont assez nombreuses. On a admis 
une ascite essentielle , affectant presque toujours la forme sthénique ; 
nous en parlerons à Tarticle consacré aux hydrophlegmasies. Mais le 
plus souvent elle est symptomatique, et c'est sous ce point de vue que 
nous l’envisageons ici. 

L'ascite simple, primitive, reconnaît pour cause un obstacle au cours 
du sang dans le système de la veine porte. 

11 résulte des recherches de M. Andral et de celles auxquelles je me 
suis livré à ce sujet, que bien rarement l’ascite est le signe de produc- 
tions accidentelles, de masses cancéreuses ou tuberculeuses, d’hydatides, 
de vastes abcès, développés dans le tissu hépatique ; bien plus souvent 
ces tumeurs siègent sur le trajet même du tronc de la veine porte ou de 
ses principales divisions abdominales. 

Dans un cas d’ascite, j’ai rencontré, pleins de matière encéphaloide 
demi-fluide, le tronc de la veine porte, ainsi que les branches veineuses 
qui partaient de la portion pylorique de l’estomac envahi par un vaste 
cancer ramolli. Chose remarquable, les divisions principales de la veine 
porte qui pénètrent dans le foie étaient fortement distendues par cette 
matière cancéreuse , et il semblait que les tumeurs résultant de cette 
accumulation étaient des masses de tissu encéphaloide, faisant partie du 
parenchyme hépatique; il n'en était rien; le foie n’était nullement atta- 
qué par la dégénérescence. 

La cirrhose est la maladie du foie qui produit le plus sûrement l’as- 
cite. Fcrrein, Bichat, Meckel, etc., admettent que le tissu hépatique est 
formé de deux substances, l’une de couleur rouge-brun, essentiellement 
vasculaire ; l’autre jaunâtre, qui est l'élément sécréteur de la bile. 

La substance jaune, à une certaine période de la cirrhose, a pris un 
grand accroissement; des granulations jaunes très-manifestes compri- 
ment la substance rouge, qui se décolore et s’atrophie : de là résulte 
l’oblitération de la substance vasculaire du foie, la gène dans la circu- 
lation du système de la veine porte, et en définitive l’hydropisie du 
péritoine. 

Si Ton admet, avec Kiernan et plusieurs autres, que le foie est formé 
d’une seule substance, l’hypertrophie d’un certain nombre de granula- 
tions et l’atrophie du plus grand nombre donneront encore de l’ascite 
une explication satisfaisante. 


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— 35 — 


L’hypertrophie du foie, son atrophie, la phlébite, des caillots san- 
guins, des tumeurs cncéphaloïdcs, tuberculeuses, anévrysmales, peu- 
vent être le point de départ de l’ascite , que celle-ci soit primitive on 
qu’elle succède a l’infiltration des membres inférieurs : ces çauscs 
auront, dans le dernier cas, agi d’abord sur la veine cave inférieure. 

L’hypertrophie de la rate produit quelquefois l’ascite; mais beau- 
coup plus rarement que les alterations du foie, et surtout que la cir- 
rhose. 

On a noté la dilatation des veines superficielles des parois abdomi- 
nales, dans les cas tf’épanchemcnis asdliqïres> ou a même beaucoup 
insisté sur ce phénomène'; il est maintenant parfaitement prouve que 
ccUc dilatation variqueuse, accompagnant l’ascite, est un des meilleurs 
signes de la grande gène apportée au cours du sang de la veine porte. 

Vhydrolhorax est une maladie peu commune; s’il existe seul, il est 
certainement, dit M. Andral, le résultat d’une pleurésie. 

L’opinion de ce professeur est peut-être trop exclusive. On conçoit 
que les veines thoraciques qui se déchargent dans l’azygos, que la pctitfe 
azygos elle-même, puissent subir une compression , laquelle amènera 
peut-être la maladie dont nous parlons. Mais il n’est pas aussi rare d’ob- 
server Fhydrolorax dans le cours des maladies qui produisent l’ana- 
sarque, et souvent alors il a etc le phénomène ultime de ces maladies; 
il a quelquefois été le résultat d’une métastase séreuse. Stoll, dit M. 
Tanquercl des Planches (thèse de concours pour l’agrégation; 4844), 
mentionne la production de l’hydrotborax, au nombre des signes d’une 
ascite brusquement disparue, et d’un œdème qu’on avait fortement 
comprimé avec des bandes. 

L’hydropériearde existe seule plus rarement encore que l’hydro- 
thorax ; du reste, elle se développe sous l’influence des mêmes causes. 

Hydrocéphales , hydrorachis aiguës et chroniques * 

Ces deux maladies peuvent être rapportées à différents genres de 
causes : arrêt de développement (pour celles qui sont chroniques), hy- 
drophlegmasies, obstacle à la circulation veineuse; hydropisics métas- 
tatiques. 

Nous n’allons voir ici que l’influence des deux dernières causes. 

M.Tonnellé a publié six observations d’oblitération des sinus veineux 
de la dure-mère, avec épanchement séreux dans l’arachnoïde. 

L’hydrorachis passive est assurément produite aussi par une cause 
semblable. Vous remarquerez. Messieurs , que dans la plupart des ob- 
servations qui ont Irait à ces hydropisics, on a généralement noté que 


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— 36 


les veines étaient gorgées d'un sang noir, et que l’épanchement était 
d’autant plus considérable que les veines étaient elles-mêmes plus dis- 
tendues. Je les ai même plusieurs fois trouvées variqueuses, et cette dis- 
position a aussi clé observée par M. Ollivier. 

Vous n’ignorez pa9 que les enfants affectés d’anasarque, à la suite de 
la scarlatine, sont souvent emportés au milieu d’accidents cérébraux. 
L’autopsie démontre que les ventricules du cerveau sont remplis de sé- 
rosité, et que celle-ci est moins abondante qu’auparavant dans les autres 
points du corps. 

Parmi les faits analogues rapportés par les auteurs, je ne puis ne pas 
faire mention de celui dont parle Duverney : le sujet est un homme por~ 
tant une tumeur à la base du cœur, au côté gauche de l’artère pulmo- 
naire, affecté d’anasarque, et qui fut pris d’accidents cérébraux auxquels 
il succomba. 

Les épanchements qui se font dans les membranes synoviales parais- 
sent quelquefois dépendre d’un obstacle à la circulation, dans les petits 
vaisseaux qui les parcourent. 

M. Piorry (Traité de diagnostic et de médecine pratique) cite l’observa- 
tion d’une jeune dame qui, tous les mois , était atteinte d'bydarthrite, 
qui reparaissait toujours avec opiniâtreté. En vain, voyant le mal reve- 
nir à des époques â peu près fixes, avait-on donné le sulfate de quinine. 
M. Piorry reconnut que la destruction de quelques veines, déterminée 
par l'application d’un cautère à la partie interne de la cuisse , était la 
cause de l’épanchement que Ton observait. 

Enfin , la tunique vaginale est peut-être de toutes les séreuses que 
nous venons de voir celle qui est le plus souvent affectée d’hydropisie, 
et celle-ci peut présenter toutes les formes que l’hydropisie en général 
est susceptible de revêtir. 

Occupons-nous spécialement ici de celle que produisent les obstacles 
â la circulation veineuse. Une cause trop négligée de l’hydrocèle, dit 
M. Velpeau, se trouve dans les maladies de la glande séminale elle-même. 
Une foule d’hommes, en effet, ont eu une orchite avant d’avoir une hy- 
drocèle aussi est-il très-ordinaire de voir le testicule, l’épididyrae 

surtout, bosselé, hypertrophié, doublé, triplé de volume dans les hydro- 
cèles les plus simples en apparence, et celles qui semblent être surve- 
nues spontanément. (Médcc. opératoire, t. 4). 

L’application mal faite d’un bandage herniaire, la hernie inguinale 
irréductible, le varicocèle, le sarcocèle, etc., sont des causes dont le 
mode d’action est évident, et n’a pas besoin de commentaire. 

(A suivre). 


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HISTOIRE. 


Lettres de grâce accordées par Philippe III le Bon , duc de Bourgogne , 

à Catherine , veuve d'Humbert Hugon> de Pupillin, le 20 mars 1458. 

(Nouveau style). 

Phélippe, par la grâce de Dieu, duc de Bourgoingne, de Lothier, de 
Brabant et de Lembourg, conte de Flandres, d'Artois, de Bourgoingne, 
palatin de Haynnau, de Hollande, de Zcllande et de Namur, marquis du 
saint Empire, seigneur de Frise, de Salins et de Malines, savoir faisons 
à tous présens et avenir, nous avons reçeu l’umble supplicacion de Ka- 
therine, vefve de feu Humbert Hugom, nostre subgecte de nostre ville 
de Pupillin, près d’ Arbois, en nostre conté de Bourgoingne, povre femme 
chargée de quatre peliz enfans, contenant comment ung peu de temps 
avant la feste de la Magdaleine derrain (1) passée , ung nommé Jehan 
Vaichié, dudit Pupillin, pour haine qu’il havoit audit feu Humbert et à 
ladicle suppliante, et pour la somme de deux petiz blans (2) tant seule- 
ment, qu'il disoit à lui estre deuz par ledit feu Humbert, pour ce qu'il 
avoit esté querré de soiccher (3) certainne quantité de jarbes de blefz, 
qu'il avoit aux champs, fist par ung quérir sondit bief, dont ladicte sup- 
pliante et sondit feu mary eurent pluseurs paroles rigorcuses contre 
ledit Jehan, lequel en parlant dtst à icelle Katherine plusieurs injures 
et entre les autres, l'appella larronesse (4). Pour lesquelles parolles et 
rudesses, ledit feu mary de ladicte Katherine, conçcui en lui tcle hayne, 
qu'il machina de bouter le feu en la maison dudit Jehan ; et de fait, celle 
nuyt, dist â ladicte Katherine, qu’il convenoit soy vengier dudit Jehan 
cl bouter le feu en sadicte maison : à quoy se accorda icelle Katherine 
et t de ment, que icellui Humbert , après ce qu'il fut alez aux champs 
mençr ses chevaulx, il vint en sondit hostel (5) prendre du feu et de la 
paille, et après ala bouter ledit feu, en la présence de ladicte Katherine, 
en l'ostel dudit Jehan. Pour lequel cas, icellui feu Humbert a esté mis 
au derrenier supplice; et pourcc que par son procès il a dit et con- 
gneu que ladicte suppliante fut consentant de ce faire, laquelle lou- 


(1) Dernièrement. 

(Sty Pour la valeur de cette monnaie, voir les Recherches sur les anciennes monnoies du 
Comlé de Bourgogne, par dom Grappin. Paul et Besançon, 1783, in -8°. 

(S) Il avait été demandé pour faire sécher. 

(4) Larronesse, voleuse. 

(5) En la maison. 


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— 38 — 


te voies (i) ne le fist autrement que dessus est dit, après ce que elle a 
esté délivrée d’un enfant dont elle estoit ençaintc, a esté faicte et cons- 
tituée prisonnière et mise en noz prisons de nostre cliastel de Poligny, 
esqucltes elle est détenue ; et pour crainte de justice, et autrement pour 
la débilité de son sens et fragilité de sa nature, elle est demourée du tout 
encensée et perdu tout le peu de sens que Dieu lui avoit paravant preste, 
et est en voie de misérablement fincr (2) ses jours, se nostre grâce et 
miséricorde ne lui est sur ce impartie, si comme elle dit, dont, attendu 
ce que dit est , elle nous a très-humblement et en pitié fait supplier. 
Pour ce est-il que nous , ces choses considérées et pour pitié et com- 
passion que avons et prenons de ladilte suppliante, voulant envers clic, 
en ceste partie, extendre nostre grâce, et miséricorde préférer â rigueur 
de jiusticc, attendu le saint temps de quaresme où nous sommes présen- 
tement , et mesmement que sondit feu mary a pour ceste cause esté 
exécutez et mis au derrenicr supplice , à laditte Katherine suppliante, 
inclinant pour ces causes à sa supplication, avons ou cas dessusdit quittié* 
remis et pardonné , et de nostre ccrtainnc science et grâce espécial* 
quittons, remettons et pardonnons, par la teneur de ccstcs, les cas et 
meffait dessusdis, ensemble toute peinne, amende et offense corporelle 
et criminelle, que pour cause et occasion dudit cas et meffait, ses cir- 
constances et deppendences, elle puct avoir inesprins cl estre encourue 
envers nous de justice, en révocant cl mettant au néant tout ce qui, à 
ceste occasion, a esté fait â l'encontre de sa personne, et la mettons et 
restituons , quant â çc, à sa bonne famé (3) et renommée, en nos pais 
et scignouries, et à ses biens non confisquiez, s’aucuns en a, ainsi qu'elle 
estoit paravant lesdis cas et meffait advenuz ; en imposant sur ce silence 
perpétuel â nostre procureur et à autres noz officiers quelsconqucs* 
satisfaction toutcvoics faille à partie, premièrement et avant toute euvre 
se faille n’est, civilement tant seulement et moicnnant que ladictc sup- 
pliante l’amendra civilement envers nous, selon sa faculté et puissance* 
à la tauxacion et arbitrage de nostre bailli d’aval ou de son lieutenant. 
Si donnons en mandement â nostredit bailli d’aval ou à son lieutenant* 
que, appelle par devant lui nostre procureur et autres qu'il appartendra, _ 
il procède bien et diligemment à l’intérincment et vérificacion du con- 
tenu en ces présentes, et à la tauxacion et arbitrage de ladicte amende 
civile, selon la faculté et puissance de laditte suppliante. Mandons en 
oultre à nos amcz et féaulx les gens de nostre conseil et de nos comptes 

(I; Toutefois. 

(S) Finir. 

(3) Réputation du mot lutin/ama. 


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— 39 — 


à Dijon (1), à nostredit bailli d’aval, et & tous noz autres bailliz, justi- 
ciers et officiers quelsconques, présens et avenir, cui ce regarde, leurs 
lieuxtenants, et à cbascun d’eulx endroit soy, et si comme à lui appar- 
tendra , que ladicte amende civile tauxée , arbitrée et paiée par ladite 
Katherine à celui de noz receveurs qu’il appartendra, qui sera tenuz d’en 
faire recepte à nostrc prouffit, ils et chacun d’eulx facent, sueffrent et 
laissent icelle suppliante de nostre présente grâce, rémission et pardon 
joir et user pleinement, paisiblement et à tous jours, sans, h l’occasion 
que dessus, ores (2) ne pour le temps avenir, lui faire mectre ou donner 
ne souffrir eslre fait, mis ou donné en eorps ne en biens quelque arrest, 
moleste (3) ou ampeschement au contraire. Car ainsi nous plaist-il estre 
fait. Et afin que ce soit chose ferme et estable â lousjours, nous avons 
fait sceller ces présentes de noste scel , saulf en autres choses nostre 
droit et l’aolruy en toutes. 

Donné en nostre ville de Bruges, le XX* jour de mars, l’an de grâce 
mil quatre cent cinquante-sept. 

Ainsi signé : Par Monseigneur le duc : G. Hautain. 

Pièce extraite d’un manuscrit de la Bibliothèque nationale, portant le N° 
11513 du fonds français. Ce manuscrit original (in-folio, sur vélin), contient 
les Chartres de V audit. \ce du scel secret de monseigneur le duc de Bourgoinr 
gne, pour les années 1458-1460. 

B. Pbost. 


BEAUX-ARTS. 

LES ÉCOLES CONTEMPORAINES. 

Gustave COURBET, 

PAR X. LOUIS HOUCHOT, PEINTRE , MEMBRE TITULAIRE. 

Naguère un des hommes les plus éloquents de la chaire catholique 
traitait, à Notre-Dame, la question si vaste de la nature de l’art et de 
ce que doivent être les artistes pour le bien comprendre. Comme nous 
suivions assidûment ces conférences, nous pûmes prévoir, longtemps 
avant la fin, la conclusion pour ainsi dire inévitable que le R. P. Félix 

(I) « Soit enroyé par extrait en la Chambre des Comptes à Dijon, affin de prendre garde que re- 
cepte se face de ladicte amende. » Note en marge du manuscrit. 

(1) Maintenant 

(3) Ennui, embarras, du mot latin molestia. 


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— 40 — 


donnerait à ses discours. Eu effet, à travers les périodes les plus tnagni- 
fiques et les mouvements oratoires les plus brillants, l’éloquent Jésuite 
en arriva à opter pour le seul genre religieux en peinture, laissant en- 
tendre parla que la copie simple et naïve de la nature, lorsqu'elle n'a- 
vait point pour base une idée religieuse, était indigne du pinceau d’un 
vrai disciple de l’art. 

Dans le même temps que nous suivions ces conférences, nous eûmes 
occasion de lire une brochure de M. B. Bouniol, sur Y Art religieux , 
dans laquelle les mêmes idées étaient exprimées d'une façon plus vio- 
lente et plus radicale. 

Renouveler à propos d'art la question du spiritualisme et du maté- 
rialisme serait nous engager dans une route bien plus longue que celle 
que nous nous sommes Iraeée; nous nous bornerons seulement, sans 
avoir la prétention de faire un coured’Esthétique, à résumer des obser- 
valions toutes personnelles. 

11 faut assigner à l'art, quelque nom qu’il porte, deux éléments bien 
distincts : d'abord, l’élément spirituel, idéal, qui consiste dans l’inspira- 
tion, la composition, le sentiment à mettre dans un sujet ; puis l’élément 
matériel, qui sert à mettre à la portée des sens la pensée de l’artiste. Un 
magnifique morceau de musique ne peut être compris et jugé sans que 
des doigts habiles ne l’interprètent sur un instrument. — Un peintre, 
un sculpteur, pour livrer à l'admiration publique le fruit de son génie, 
a recours, celui-ci à un ciseau, à un bloc de marbre, celui-là à des cou- 
leurs, à des pinceaux, et ainsi de suite pour tous les arts. 

La poésie et la musique sont d’une essence supérieure en ce quittes 
empruntent moins à l'élément matériel que la peinture , la sculpture, 
etc., etc. 

Leurs tendances plus élevées, plus idéales, ne les font point pour cela 
sortir de cette commune loi. Eh bien! ceci compris, nous poserons au 
R. P. Félix et à M. Bouniol cette simple question r Doit-on, dans le do- 
maine de la poésie et de la musique, ne tolérer que la musique religieuse 
ci la poésie sacrée, et proscrire le reste comme faisant rougir la Musc? 
La réponse est assez évidente pour que nous n'ayons pas besoin de l’ex- 
primer ! En peinture, en sculpture, cet exclusivisme n’a pas plus raison 
d’être. 11 faut tolérer tous les genres, parce que tous s’inspirent delà na- 
ture et que la nature comporte un inépuisable enseignement. Certes, les 
amants de l'idéal ont devant eux une belle carrière à parcourir! mais à 
côté d eux, les amoureux du beau réel, ceux que l'on a flétris du nom de 
Disciples de l'arl pour l'art , ont aussi leur voie toute tracée, moins large 
peut-être que celle des idéalistes, mais dans laquelle ils peuvent arriver 


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— 41 — 


lout aussi bien à un but louable et moralisateur. 

Notre compatriote Gustave Courbet est le plus ardent innovateur con- 
temporain de celte dernière secte de proscrits. 

11 e 9 t né à Ornans (Doubs), le 10 juin 1819, et fut élevé au séminaire de 
cette ville, dirigé alors par M. l'abbé Gousset (le même qui fut plus tard 
cardinal-archevcque de Reims). Son père le destinant au barreau, l'en- 
voya à Paris en 1839. Mais : 

Cbassez le naturel, il revient au galop! 

Sous la robe du futur avocat, il n’y avait qu’un peintre, qu’un artiste de 
forte trempe , qui travaillait aussi ardemment son art de prédilection 
qu’il regardait peu le code et les grimoires de la chicane.Quelqucs leçons 
deSteuben lui dévoilèrent les premiers secrets de la peinture. Plus tard, 
lorsque son nom eut trouvé de l’écbo auprès d’un certain public, on le 
fit passer pour élève de M. Alexandre Hesse, mais il fréquenta fort peu 
l'atelier de ce classique. Disons-le de suite, la nature seule* ses grossiè- 
retés, ses rudesses, voilà la véritable école où se forma G. Courbet. Les 
œuvres des grands coloristes florentins , flamands et vénitiens firent 
pendant quelque tetnps l’objet de ses études les plus sérieuses. Néan- 
moins, son dédain précoce pour l’Ecole des Beaux-Arts et l’enseignement 
académique que l’on y professait ne tardèrent pa9 à lui attirer la malveil- 
lance des chefs d’Ecole. A ses débuts, pendant six ans de suite, presque 
tous ses tableaux furent repoussés par le Jury d’Exposition. C’est l’année 
1844 qui vit son premier tableau admis au Salon. En 1849, il obtint 
une seconde médaille. 

Jusqu’à cette époque, le peintre franc-comtois ne compte pas encore 
dans sa carrière un seul de ces succès qui posent un artiste. Il avait 
tâtonné longtemps. Chose bizarre ! 11 est des peintres (c’est le plus grand 
nombre) qui, à tout propos, embellissent la nature qui leur sert de mo- 
dèle par un rayon de poésie : lui, Courbet, tendait déjà à dépouiller la 
nature de sa beauté, de sa grandeur, de sa poésie native. — Par une 
audace inouïe, il s’était attaqué de prime abord à l’œuvre la plus colos- 
sale du siècle, au poème de Faust. Mais quand parut sa Nuit païenne du 
V alpurgis , ce romantisme brutalisé, défiguré, ne plut pas au public, et 
G. Courbet abandonna cette voie trop périlleuse pour un débutant. 

Bien que le découragement eut peu de prise sur le caractère ferme 
et énergique du jeune peintre, il eut pourtant un instant de défaillance 
et se laissa presque impressionner par sa mauvaise fortune. Mais la ré- 
volution de février vint, qui tout en satisfaisant ses opinions politiques, 
lui rendit l'ardeur de l’espérance. En cette année même de 1848, les 
dessins qu’il exposa au Salon curent un succès d’autant plus flatteur 


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pour le peintre qu'il était moins attendu. Dès lors, plus sur de lui-méme, 
il entreprend en peinture une révolution analogue à celle qui a subor- 
donné en littérature le culte de l'idéal au sentiment du réel. Ami de 
Champfleury et de son compatriote Proud'hon, il se posa en hérésiarque 
artistique, comme ce dernier en philosopbie, et à l'instar de ses deux 
amis, sembla vouloir faire violence à la renommée. 

Courbet, comme tous les innovateurs , joua gros jeu en attendant 
ainsi la réputation et la fortune. Il a gagné aujourd'hui. Tant mieux pour 
lui! il y en a tant qui perdent! Vœ victis % disait notre ancêtre Brennus; 
dans la lutte de l’art aussi : Malheur aux vaincus! 

Jetons maintenant un rapide coup-d’œil sur ses principales œuvres. 
Nous avons eu occasion de les étudier un peu en 1867. Courbet avait 
voulu pour lui seul un palais d'exposition. Déjà à l’exposition univer- 
selle de 1855, mécontent de la place que lui avait accordée le Jury, il 
avait moQté une exposition à part. Ses ennemis en prirent texte pour 
l'accuser d’orgueil et d’indiscipline, et ses amis exaltèrent à l’envi son 
courage et sa persévérance. Bref, en 1867, le temple du Demi-Dieu s'éle- 
vait au rond-point du pont de l’Alma, non loin du Champ de Mars, mais 
sur la rive opposée. Longtemps après la fermeture de l'Exposition uni- 
verselle, les visiteurs se pressaient à l’exposition Courbet. Un remanie- 
ment avait lieu tous les mois : les tableaux exposés un certain laps de 
temps faisaient place à d’autres jusqu’à complet épuisement. Et Dieu sait 
si l'artiste franc-comtois est fécond ! Ayant vu passer tant et tant de 
choses, nous pouvons, sans nous permettre un jugement, essayer d’ex- 
primer au moins une opinion sur l'œuvre de celui qu’on a peut-être rai- 
son de saluer : « le maître d'Ornans. » 

Le fond de la salle qui s'aperçoit fort aisément du dehors est occupé 
par un seul tableau aux proportions gigantesques. Un ciel d'hiver gris et 
terne, des squelettes d'arbres blanchis, partout de la neige! Une biebo 
est là, haletante, arrêtée par une meute de chiens qui se rue sur elle, 
furieuse et altérée de son sang : tout aboie , tout grouille dans cette 
grappe d'êtres vivants acharnés sur une victime qui pleure son agonie. 
Sur la droite, un chasseur à longues moustaches enlève un chien par 
le collier et lance le récalcitrant au combat ; dans l’angle, un jeune 
homme vu de dos, monté sur un grand cheval blanc, excite la meute à 
coups de fouet. Dans celte toile que le catalogue désigne : Biche forcée 
à la neige, et qui parut en 1857, tout est peint, brossé avec l'énergie et 
la conviction profonde de la nature; tout est animé, on a froid devant 
ce tableau ; c’est une des pages sublimes du maître. 

Dans le Combat de cerfs qui sc trouvait placé presque à côté, on retrouve 


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les mêmes qualités. Celte fois la forêt est verte, les troncs sont moussus; 
c'est un drame, ou plutôt c'est un poème. J'en pourrais dire autant de 
presque tous les paysages de Courbet : ils ne font pas réver de la même 
manière que ceux de M. Corot, dont les demi-tons vaporeux ne sont que 
des ombres lumineuses de la réalité, mais ils sont vrais, remplis, réels, 
vivants pour ainsi dire. — Devant nombre des toiles, tableaux ou études 
de Courbet, l’âme perçoit les mêmes sensations qu’en face de la nature, 
et la nature, c’est la grande lyre, la lyre universelle! On n’a pas besoin 
de la transformer comme le fait M. Corot, pour en comprendre les su- 
blimes harmonies. 

En entrant dans cette salle je me suis conduit un peu en papillon, j’ai 
volé droit à la flamme, à ce qui émeut et laisse profondément ébloui. 
Mettons, si vous le voulez maintenant, un peu plus d’ordre dans notre 
promenade, et commençons par le côté gauche en entrant. 

Ce qui frappe d’abord l’attention de tout visiteur qui ne connaît le nom 
de Courbet que par la voie de la presse , c’est sa toile des Casseurs de 
pierre qui a eu tant de retentissement à son apparition, en 1850, et qui a 
définitivement établi la réputation de l’artiste. Dans cette composition, 
où le peintre a inauguré au complet sa manière réaliste, tout est d’une 
force, d’une intensité de tons qui rappelle les maîtres primitifs, tels que 
Holbcin et son Ecole. — Ce morceau de terrain si simple qui forme le 
fond de presque tout le tableau, avec ces cailloux aux veines bleuâtres, 
montrent le paysagiste consommé et pénétré de la nature qu’il avait sous 
les yeux dans son pays d’Ornans. Le caractère de la scène est vraiment 
comtois , et vous ne traverseriez pas une route dans les montagnes du 
Doubs et du Jura sans rencontrer à chaque pas sous vos yeux un tableau 
pareil de misère, de martyre et de labeur. Ces lambeaux troués et dé- 
chirés qui pendent sur le corps inondé de sueur de ces deux hommes, 
sont grassement et hardiment interprétés : ce pantalon rapiécé, ce cha- 
peau de paille grossière, tous ccs accessoires sont d’une largeur et d’uno 
vérité saisissante. 

11 y avait quelque chose de sublime dans la donnée du sujet ! Aussi 
le public accepta-t-il avec enthousiasme l’œuvre de cet inconnu de la 
veille, qui d’un pinceau à la fois habile et audacieux osait chanter éner- 
giquement le poème des classes pauvres de la société , le poème du 
labeur sans trêve et de la misère poignante et sans espoir. La nou- 
veauté du motif, tout autant que l’étrangeté et la rudesse de la facture, 
a dû contribuer au succès de la toile. 

Courbet venait de donner lâ, en effet, la juste mesure du genre qu’il 
prétendait personnifier. C’était bien du réalisme pur, grossier, sauvago 


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meme, mais cc réalisme avait sa grandeur et sa majesté ! Si le peintre 
franc-comtois s'était arrêté là, il est présumable que nombre de scs dé- 
tracteurs seraient restés à sa dévotion. Il n’eût pas fallu chercher l’au- 
delà dans le laid et le repoussant, ni proscrire comme il l’a fait, de la 
composition, une certaine finesse de sentiments, une certaine poésie sans 
lesquelles on ne saurait concevoir la nature. 

. Parlerons-nous de ces Baigneuses , où le culte de la vérité est poussé 
jusqu’à la laideur la plus hideuse; de la Sortie de la Conférence , où l’ar- 
tiste a eu la prétention de mettre la caricature, la raillerie de mauvais 
goût au niveau de la grande peinture? Non! Comme tous les hommes 
vraiment supérieurs, Courbet est un homme inégal, et c’est la seule rai- 
son qui selon moi puisse excuser certaines aberrations de son pinceau. 
Seulement , nous citerons encore de lui : le Fumeur , le Violoncelliste , 
le Prisonnier, autant de chefs-d’ œuvres qui ne pâliraient point à côté des 
meilleurs tableaux de Riheira. 

Revenons plutôt à scs paysages. Dans cc genre si difficile et qui compte 
si peu de maîtres parfaits, Courbet s’est placé au premier rang. Ses moin- 
dres pochades ont un accent de vérité si franc, si énergique, que le spec- 
tateur, à première vue, s’en trouve frappé. Ne vous inquiétez pas de la 
façon dont l’artiste a procédé. Ceci est son secret. Les arbres paraissent 
sortir de la toile ; les rochers semblent s’avancer en relief au-dessus 
d’une onde limpide et transparente , constatez l’illusion d'optique , le 
génie d’imitation du maître, et n'allez pas, observateurs à la loupe, voua 
étonner si, de près, ce site magnifique n'est qu’un affreux gâchis de cou- 
leurs posées avec un couteau à palette! Ne peint pas qui veut de cette 
façon! demandez plutôt à nombre de ses imitateurs! 

Les grands mystères de la forêt et de la montagne, la voix des eaux, 
ces murmures, ces parfums qui frappent en face de la nature et que Vir- 
gile appelle quelque part les larmes des choses, lacrymœ rerum, oui, 
voilà l’élément réel de Courbet, où il est resté poétique malgré lui, et d'où, 
toujours, il est sorti vainqueur! 

Je dirais bien deux mots sur l’homme , sur sa vie intime , sur ses 
habitudes, etc...., mais malgré l’innocence de mes propos, la prudence 
me fait distinguer le gourdin de M. Guilloutet gardant son fameux mur. 
Je passe donc : Je hasarderai seulement pour ceux qui ne connaissent 
pas son physique, que M. Courbet a un type jovial et bon enfant; de ses 
yeux fendus en amandes jaillit une prunelle singulièrement acérée, et 
c’est dans ce regard que consiste toute la vie et l'esprit de sa physio- 
nomie. Au moral, nous nous bornerons à dire qu’il a plus d’un point 
de ressemblance avec le poète de la belle qui fuit haultmière , le vieux 


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François Villon, son maître en réalisme. 

Résumons : La haine du convenu, du parti pris, de ce que les artistes 
nomment le Poncif , voilà ce qui préoccupe constamment le peintre 
d’Ornans. Géiicault avait révolutionné au commencement de ce siècle, 
l'Ecole de David, en ramenant l’art de l'étude du style et de l’archéo- 
logie à l’étude du réel. Eugène Delacroix prit en mains l’héritage de 
Géricault, mais en négligeant trop le dessin et en se laissant entraîner 
par les magnificences de la couleur. Courbet, comme paysagiste, a , lui 
aussi, hérité de ces deux maîtres en réveillant la corde libre, indépen- 
dante, en délivrant, d’un coup hardi, l’imagination de toutes les froi- 
deurs et les invraisemblances du style antique. Pour lui, tout ce qui est 
quelque peu intéressant ou pittoresque mérite d’étre peint : on peut en 
juger sur le nombre et la nature de scs compositions. A-t-il jamais 
essayé de chercher une harmonie de lignes, de disposer un groupe avec 
art? Non. C’est une de ces natures puissantes à qui toute règle répu- 
gne comme un joug. C’est peut-être pour celte raison que chaque fois 
qu’il s’est attaqué à la figure, à la reproduction peinte de l'homme, it 
a compté plus d’échccs que de succès. 

Une certaine coterie a voulu insinuer que l’artiste avait calculé ce 
mélange d’échecs et de triomphes selon le choix de ses sujets, afin de 
se ménager un succès de scandale . Nous ne le pensons pas. Les grands 
maîtres modernes, tels que : Ingres et Delacroix, ont eu aussi leurs dé- 
faillances d’autant plus sensibles qu’ils avaient plus de génie. Seule- 
ment, chez le maître d’Ornans, il y a eu, selon nous, encore une autre 
cause à ses insuccès : scs tableaux les plus excentriques, pour ne pas 
dire les plus mauvais, ont toujours été des compositions d’une ou dé 
plusieurs figures; jamais scs paysages n’ont été mal accueillis du public; 
Cela vient tout simplement de cc que Courbet n’était né que paysagiste, 
et que toute sa vie il a faussé sa voie en voulant peindre -l'homme. 
Cette erreur n’a pas peu contribué à altérer l’auréole de son talent. On 
peut sc tromper de la sorte quand la part de gloire reste encore aussi belle. 

Courbet fera-t-il Ecole? Oui et non. Ceux qui, jusqu'ici, ont essayé 
d’imiter sa manière de peindre et sa façon large et hardie d’interpréter 
un modèle, n’ont pas réussi. Us ont exagéré les défauts et n’ont pas su 
s’approprier une seule des qualités du maître. À cc point de vue il 
n'aura pas successeurs. Mais, d’autre part, il a été et sera suivi dans ta 
voie du réalisme par une foule de jeunes gens chez lesquels ses audaces 
ont réveillé le sentiment de la nature simple et vraie. Sous ce rapport, 
Courbet est chef d’Ecole et a sa place marquée parmi les génies les plus 
originaux que compte l nrt au xix m * siècle. 


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BIBLIOGRAPHIE. 

Noie sur f incorporation du Caoutchouc dans les emplâtres pharmaceu- 
tiques, par Lavigne t pharmacien , membre correspondant de la Société 

d'agriculture , sciences et arts de Poligny . 

C’est une perôcc d'humanité* de toutes la plus désintéressée et la plus 
louable, c'est le désir d’enlever à la maladie une partie de la durée et 
de l'intensité de scs douleurs et de ses souffrances, qui a conduit l’auteur 
h la composition de cet excellent mémoire. 

Il s’était aperçu que depuis de longues années , le caoutchouc avait 
reçu de nombreuses applications dans l'industrie, sans que la pharmacie 
pure et simple eût encore songe à utiliser scs propriétés dans la fabrica- 
tion de ses produits. 

Procédant aux lueurs de l’induction, le consciencieux pharmacien a 
éprouvé le besoin, pour combler cette lacune, d'entreprendre plusieurs 
essais, dont le succès définitif n'a pas dû l’étonner, à même qu’il avait 
été d’apprécier les immenses services que les instruments de caoutchouc 
rendent à la chirurgie pratique. 

Il ne lui restait plus qu’à associer la pharmacie aux applications que 
le caoutchouc venait de recevoir dans la fabrication des emplâtres, et à 
l’extension du service signalé rendu non-seulement au corps médical, 
mais encore au public initié à la connaissance des résultats obtenus. 

L’exposition des faits est précédée de l'histoire abrégée du caoutchouc. 

Ce suc végétal oléo-rêsineux laiteux , d’une nature toute spéciale, est 
extrait par incision de l'écorce du Syphonia , ou Jatropha elastica ou 
cahuchu , de là le nom de caoutchouc . 

Dès l’année 1751, celle substance avait attiré l’attention de Macqucr, 
de La Condamine. En 1781, Bcsniard en fil le sujet d’un article publié 
dans le Journal de physique ; et, au commencement de ce siècle, le grand 
chimiste Fourcroy, le docteur Orfila en firent l'objet d'une étude atten- 
tive et sérieuse. 

D'après ce dernier, « le caoutchouc est le suc épaissi , obtenu par 
incision du Syphonia cahuchu , du Jatropha elastica. » 

Sa définition par Vircy : « le caoutchouc, d'abord fluide sous forme 
d'un lait glutineux, découle de plusieurs arbres de la famille des Arto- 
carpécs. » 

Scion d'autres, l'arbre dont on l'extrait porte le nom de Ârtocarpus 
inlegri folia , arbre croissant dans les Indes occidentales et dans l'Amé- 
rique méridionale. Suit la manière dont il est recueilli, cl dans quel élat. 


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comme forme, comme couleur. Procédés de transformation. 

Son analyse par Faraday, chimiste anglais. 

Extraction de cette essence d'un principe immédiat, nommé caoui - 
choucine , et retrouvé également dans le suc de figuier. 

Son affinité avec la Glycérine. 

Telles étaient les données antérieures , lorsque M. Lavignc, sur les 
exhortations de son collègue, M. iules Léon , résolut d'incorporer le 
caoutchouc à la confection de tous les emplâtres. 

Grâce à sa méthode, il ne tarda pas de présenter à la Société de phar- 
macie de Bordeaux des emplâtres vésicatoires d'extrait de Belladone, 
par incorporation au cinquième d'extrait. 

Le jugement de ses pairs fut des plus favorables et eut bientôt un écho 
flatteur dans le Journal de médecine de Bordeaux , dans Y Union phar- 
maceutique de Paris, dans le Bulletin des travaux de la Société de phar- 
macie de la Gironde, etc. Cependant, ce n’était là qu'un premier pas. 

Emplâtre de poix de Bourgogne et de caoutchouc. 

Les médecins se plaignaient souvent des inconvénients que présen- 
taient les emplâtres de poix de Bourgogne, tels qu’ils étaient générale- 
ment préparés, c'est-à-dire avec la poix de Bourgogne ordinaire, simple- 
ment étendue sur la peau blanche, après avoir été ramollie parla chaleur. 
Le plus souvent la résine fondait au contact de la peau et se répandait 
dans les vêtements du malade. Le praticien observateur a cherché à 
corriger ce défaut, en donnant à la matière plus de consistance, tout en 
augmentant sa propriété adhésivc. 

Indication du procédé qu’il a employé pour y parvenir. (Voir le 
texte). 

Emploi du caoutchouc pour la préparation de Yemplâtre 
de poix de Bourgogne. 

1° Dissolution du caoutchouc. 

2° Préparation de la masse emplastique. 

3° Manière d'étendre l’emplâtre sur le tissu. 

Tout autant de détails qu’il faut lire dans l'auteur, mais dont l’effica- 
cité a obtenu toutes les preuves, toutes les garanties désirables. 

Certificats. 

Ces pièces, signées des noms les plus recommandables et légalisées 
par l'autorité, les noms de huit médecins de Bordeaux, en possession 
de la confiance publique, reviennent toutes à attester, avec quelques 
différences dans les termes, que l’emploi préparé par M. Lavignc a tous 


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les avantages de celui en usage jusqu’à ce jour, en outre celui d'adhé- 
rer toujours bien, sans devenir ni trop sec, ni trop mou, inconvénients 
que présentait quelquefois l’ancien. 

Ces attestations, jointes à celles dont il est parlé dans l’introduction, 
et par lesquelles l’auteur entre en matière, ne sont-elles pas un élo- 
quent appel aux personnes chargées par profession et par devoir, du 
grand art de guérir, de se procurer un document propre à les aider 
dans l’accomplissement de leur bienfaisante et salutaire mission ? 

IL-G. Clbr, professeur émérite. 


INDUSTRIE. 


Nouvelles considéra lions sur la Salaison et la 
Conservation des Jambons, 

PAR M. J. SENAMAUD, JEUNE, DE BORDEAUX, REMERE CORRESPONDANT. 

Pergcmus excolere eo conslantius, quô operœ nobi* 
gratta major quamfamœ expctUur, 

(Pline le N&tur, Hist.nat., liv. XVIII, ch. 3). 


Depuis bien des années, la salaison du porc a non-seulement exercé 
la sagacité des industriels qui s’occupent principalement de celte pré- 
paration, mais encore clic a inquiété bon nombre de particuliers, les- 
quels, sans connaissances pratiques ou théoriques, n’en salent pas moins 
le porc qui doit leur servir, pendant un an environ, de nourriture ha- 
bituelle. 

Il serait difficile de croire le contraire, car l’usage du porc est très- 
répandu aujourd’hui ; il n’est pas en France un village où chaque paysan 
n’élève un porc au moins pour sa consommation : fraîche , cette viande 
passe dans beaucoup de préparations culinaires; mais salée, elle devient 
l’aliment des marins au long-cours. Comme on le voit, il est très-naturel 
que l’on recherche avec précaution le moyen de bien conserver la viande 
de porc salée. 

Pour le moment, occupons-nous uniquement du jambon et examinons 
les diverses manières dont on le sale. 

i° On mouille le jambon avec du vinoigrc, on le frotte immédiatement 
avec du sel ordinaire, puis on le place sous terre pendant 40 jours; au 


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bout de ce temps on le retire, on le lave et on le pend au grand air. Celle 
méthode donne un goût. 

2° On le sale de la même manière , sans le soumettre & Faction du 
vinaigre. 

3° On sale le jambon en le frottant tout naturellement avec du sel. 
Seulement, on le laisse dans le saloir de 25 à 30 jours; mais on a la re- 
grettable habitude de mêler au sel une petite quantité de salpêtre, ce 
qui enlève à la viande toute bonne saveur qu’elle devrait avoir. 

4" On plonge simplement le jambon dans une grande pièce, qu’elle 
* soit en bois ou en terre cuite , où se trouve une forte saumure, on l’y 
laisse séjourner plusieurs mois, mais il est tellement salé, que pour en 
faire ressortir le sel, on le passe à l’eau bouillante, ce qui le durcit. 

On sale encore avec succès en introduisant à l’intérieur du jambon, 
parle côté du manche, au moyen d’un tube effilé, une saumure préparée, 
comme a bien voulu nous le faire connaître notre* savant collègue, M. le 
docteur Rouget (i). 

Cette dernière méthode met le saleur de jambons dans la nécessité, 
croyons-nous , de soumettre cette préparation à Faction de la fumée, 
qui donne au jambon une odeur répugnante aux personnes d’un tem- 
pérament faible et délicat; mais il est avéré et reconnu que ce jambon 
n’en est pas moins tendre et qu’il conserve toute sa saveur ordinaire : 
nous affirmons que c’e6t à tort que des personnes, intéressées sans doute, 
ont répandu le bruit que le jambon ainsi préparé est dur, coriace et sec. 

Pour nous , humble observateur des choses qui se passent sous nos 
yeux, nous disons que la meilleure manière de saler le jambon est de 
choisir : 1* un porc de bonne qualité; 2° d’observer que l’animal soit 
bien reposé ; 3° un jour de beau temps ; 4° du bon sel. 

D’où vient qu’en 1865 les salaisons du Midi se sont en général trou- 
vées mauvaises? C’est parce que cette année là, dans ces contrées, tout 
l’hiver a été on ne peut plus humide. On se rappelle encore tous ccs 
jours de pluies continuelles. Eh bien! cette humidité produit l’effet sui- 
vant sur le jambon. A peine le sel est- il déposé sur le jambon, que les 
pores de la viande au lieu de s’ouvrir pour recevoir le sel fondu, se trou- 
vent obstrués par le ressuintement humide de la viande même, et tout 
en hâtant le sel de se fondre, l’empêche de pénétrer intérieurement, et 
la putréfaction s’en suit. 

D’où vient qu’un paysan, sans aucune connaissance en Fart de saler, 
salera et conservera bien les jambons du porc qu’il lue chaque année, 
tandis que dans de fortes usines, presque un tiers des jambons se trouve 

(i) Bulletin de la Société , <868, ptgc 266. 

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avarié? C’est parce que généralement le paysan a nourri avec précau- 
tion l’animal qu’il destine à son alimentation, et qu’il le prend dans son 
étable l’orsqu’il veut l’abattre, sans qu’il ait éprouvé aucune fatigue; 
tandis que les porcs qui sont conduits sur nos grands marchés ont fait 
plusieurs jours de marche pénible, puis dans les chemins de fer, dans 
des charrettes; ils sont enfermés péle-méle grands et petits, ils se mor- 
dent entre eux, ils ont chaud, ils ont froid, ils se mouillent, leur sang se 
glace; enfin, maltraités, battus par les toucheurs de roule principalement, 
ils sont menés sur un marché, comme à Bordeaux, par exemple, puis une 
ou deux fois pesés, marqués au fer chaud, ensuite abattus, et pour le . 
raclage des soies, on les passe dans des baquets d’eau bouillante, où le 
séjour de quelques minutes de trop suffit à lui seul (en été surtout) pour 
corrompre tout l’animal. 


NÉCROLOGIE. 

Notre Bulletin n’étant pas quotidien, ni même hebdomadaire, est ex- 
posé a ne rendre compte qu* assez tard des faits les plus propres à nous 
intéresser et à nous causer la plus vive émotion. Tel a été le triste évè- 
nement dont on peut lire les détails dans Y Abeille jurassienne du 31 jan- 
vier, la mort d’un de nos plus anciens membres correspondants, le regret- 
table capitaine Guyétant , fils de l’honorable M. Guyétant, avocat et 
membre du Conseil municipal d’Arbois. 

Mais il n'a pas été donné à ce père si douloureusement atteint de fer- 
mer les yeux de son fils, d'un fils unique, en qui s'étaient concentrées ses 
affections, sa joie, sa fierté. Comme on peut le lire dans l’ordre du régi- 
ment auquel appartenait le capitaine, et dans le discours prononcé sur 
sa tombe par un frère d'armes du même grade, c’est à Perpignan qu’il 
était décédé le 19 janvier; c’est le 21 que ses obsèques avaient lieu à la 
chapelle de l'hôpital militaire de cette ville , d’où ses restes mortels 
étaient transportés au chemin de fer pour être conduits à Arbois, la ville 
natale du défunt. Arrivés à leur destination le samedi suivant, ils étaient 
reçus à la gare et conduits au dernier asile par une affluence considéra- 
ble. Bien qu'ayant à peine dépassé sa 34 e année, grâce au cours de droit 
qu'il avait fait à Toulouse, et qui lui avait permis de briller au barreau, 
soit à la barre comme défenseur, soit au conseil de guerre en qualité de 
commissaire impérial, les cordons du cercueil du soldat orateur étaient 
tenus par deux jeunes avocats revêtus de leurs insignes et par deux offi- 


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cicrs. Au cortège s'étaient jointes la compagnie de sapeurs-pompiers cl 
la brigade de gendarmerie. 

Tout ce qui tenait aux sciences, aux arts, aux lettres, s’étaient égale- 
ment fait un devoir de prendre part au funèbre concours. C’est qu’à une 
brillante carrière militaire où son courage et scs talents devaient le 
faire parvenir aux premiers rangs de l’armée , le capitaine Guvétant 
unissait une solide éducation classique , une instruction développée et 
des connaissances nombreuses et variées. Les lecteurs de Y Abeille peu- 
vent se rappeler soit ses spirituels comptes-rendus de soirées musicales 
ou théâtrales, soit ses piquantes lettres signées Achille d* Aiguillon , et 
ce qui vaut mieux encore, comme preuve évidente de la bonté de son 
cœur, ce petit vaudeville à un personnage, qu’il consentit à jouer dans 
un concert de bienfaisance organisé par la chorale d’Arbois. 

Enfin , s’il est permis à notre Société d’agriculture, sciences et arts, 
d’invoquer à son tour cette chère mémoire, le capitaine Guyétant lui a 
donné un témoignage non équivoque de sympathie et de bon vouloir, 
dans un article qu’il lui a adressé en 1863, et inséré à la 230 e page de la 
8 e livraison de cette année. Il est ainsi intitulé : Bibliographie . — Études 
sur V emprisonnement cellulaire et la folie pénitentiaire -, par le docteur de 
Piètra-Santa , médecin p. q. de S. M. V Empereur , membre honoraire. 

A l’emprisonnement par quartiers avait succédé, par une malheureuse 
imitation du système américain, l’emprisonnement cellulaire, l'isolement 
pour les co-détenus, les uns des autres, isolement absolu de jour et de 
nuit, travail, lecture, promenade, visite des employés de la maison. Et 
pour le pratiquer, on vit bientôt surgir, non loin de l’ancienne Bastille, 
la sinistre maison de Mazas. 

Là, l’expérience, d’accord avec celte parole de la Genèse : Non bonum 
est hominem esse solum, il n’est pas bon que l’homme soit seul, là, l’ex- 
périence devait bientôt provoquer une réaction salutaire. Personne n’v 
contribua plus efficacement que le docteur de Piétta-Santa, en prouvant 
que le passage de la théorie à la pratique avait fourni des résultats déplo- 
rables au point de vue du nombre des aliénations mentales, du nombre 
des suicides; et concentrant ses observations sur la maison ty jie de Mazas, 
il publiait, en 1858, la fameuse brochure de ce nom, dont un exemplaire 
était adressé par ses soins à la bibliothèque de la Société de Polignv. 
Dans ce travail, il établit un mode comparatif entre les trois prisons : La 
Force, Mazas, les Madclonettes, pour ce qui regarde les maladies et la 
mortalité dans ces trois établissements pendant des périodes successives. 
D’un chapitre sur la folie, d'un outre sur les suicides, il arrive à cette 
conclusion : «Qu’il faut, de toute nécessité, admettre une fréquence plus 


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grande d’aliénations mentales dans les prisons soumises au régime cel- 
lulaire et aussi un plus grand nombre de suicides. » 

Au jugement du collègue dont nous déplorons la perte, les publica- 
tions de M. le docteur de Piélra-Santa sont l’œuvre d’un homme coura- 
geux et indépendant, d’un philosophe profond, d’un écrivain émérite. 
Elles sont dignes de figurer à côté des meilleures dans les établissements 
publics. A ce titre, la Société de Poligny doit des remerciements à l’au- 
teur et aussi, ajouterons-nous, à notre compatriote qui n’est plus, pour 
avoir si bien su apprécier les raisons qui ont fait abandonner un sys- 
tème si contraire à la nature de l’homme , si antipathique à tous ses 
instincts de sociabilité» 

H. -G. Cleb, professeur émérite. 


SOCIÉTÉ PROTECTRICE DES ANIMAUX. 

La Société protectrice des animaux, placée sous le patronage de Son 
Excellence le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux 
publics, décernera, en 1869, des médailles, des primes en argent et 
autres récompenses. 

i° Aux Auteurs de publications utiles à la propagation de son œuvre; 

2° Aux Instituteurs qui ont introduit dans leur enseignement les 
idées de bienveillance et de compassion envers les animaux ; 

3° Aux Inventeurs et Propagateurs d’appareils propres à diminuer les 
souffrances des animaux ou à faciliter leur travail ; 

4° Aux Agents de l’autorité dont le concours profile à l’œuvre ; 

5° Aux Gens de service qui donnent des soins intelligents aux ani- 
maux de la race bovine sans cornes; 

6° Aux Bergers, aux Serviteurs et Servantes de ferres, aux Gardes et 
Conducteurs de bestiaux, aux Cochers, aux Palefreniers, aux Charretiers, 
aux Maréchaux-ferrants, aux Garçons-bouchers, à toute personne enfin 
ayant fait preuve à un haut degré, de bienveillance, de bons traite- 
ments et de soins intelligents envers les animaux. 

Celte année, la Société tiendra, le 17 mai, lundi de la Pentecôte, une 
séance solennelle et publique, pour la distribution de ses récompenses. 

Les candidats devront adresser leur demande franco , avec les pièces 
justificatives à l’appui, au Secrétariat de la Société, rue de Lille, 34, & 
Paris , avant le 1 er avril , terme de rigueur. 

Lés pièces à produire sont : 


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— 53 — 


Pour les Auteurs ou Inventeurs, l’envoi d’un exemplaire de leur œu- 
vre oü d’un modèle de leur appareil appuyant la demande; pour les 
Instituteurs, un certificat du maire et de l’un des délégués cantonaux ou 
de l’Inspecteur des Ecoles primaires. 

Pour les Bergers, Serviteurs ou Servantes de ferme et autres compris 
dans la 4 e , 5 e et 6 e catégorie , les pièces à fournir sont : i° un certifi- 
cat de bonne vie et mœurs, émané de l’autorité administrative; 2° une 
demande exposant les droits du candidat et portant la signature léga- 
lisée de deux personnes notables ou d'un membre de la Société. 


Par décision de M. le Ministre de l’instruction publiée, la distribu- 
tion des récompenses aux Sociétés savantes des départements aura lieu 
à la Sorbonne le samedi 3 avril 1869; elle sera précédée de quatre jours 
de lectures publiques, les 30, 31 mars, l* r et 2 avril. 


SÉANCE GÉNÉRALE DU 11 FÉVRIER 1869. 

La séance est ouverte à 2 heures , sous la présidence de M. Clcrc- 
Outbier, Président, par la lecture du procès-verbal de la réunion 
précédente. 

Correspondance manuscrite. Remerciements de la part de tous les 
lauréats du dernier Concours, pour les récompenses respectives accor- 
dées à leurs travaux, et de M. le docteur Baclcn, pour l'insertion de son 
article sur le tabac. Son honorable collègue, M. le médccin-mnjor Ta- 
misier, en nous remerciant de l’admission comme membre de la Société 
d’un autre de ses amis, M. de Berny, sous-intendant militaire à Lyon, 
croit devoir nous recommander la traduction qu'il a faite et qui nous a 
été adressée, d’un roman turc intitulé : le Mariage de ChapourTcliélebi, 
et consacré à l'histoire de trois divorces. Ce conte, fort original et plus 
intéressant que bien des contes orientaux connus, présente un côté fort 
curieux relatif aux mœurs du pays, et que M. de Berny a su rendre plus 
intéressant encore en faisant précéder chacun des chapitres, qui, du 
reste, ne feont pas distincts dans l’original, d’une épigraphe, traduction 
elle-même d’un verset du Coran. — Mais on serait bien étonné si une 
lettre ou une recommandation de notre compatriote n’était pas accom- 
pagnée de quelques offrandes h notre bibliothèque ou à notre musée : 
Ainsi, nous arrivent de ses deux mains à la fois, vraies cornes d’abon- 


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54 — 


«lance : La Maison rustique du XIX* siècle, ouvrage en 5 volumes (voir 
le surplus aux Dons). — M. Fernand Gibert, de Bordeaux, sachant que 
nous comptons dans cette ville bien des collaborateurs, a eu l’idce de 
nous faire parvenir l’annuaire général de cette importante cité et du dé- 
partement de la Gironde, en même temps qu’il nous expédiait un baros- 
copc ou baromètre chimique destiné à nous faire prévoir les vicissitudes 
de l’atmosphère. 

Désinfection radicale des lieux d’aisance. M. de San Roman, rue des 
Remparts, 54, à Bordeaux (Gironde). 

« Dans les 24 heures, la désinfection est opérée sans eneombrement, 
incommodité, par suite de l’opération, et sans risques ni dangers à courir, 
par l’emploi du liquide dont je me sers, pour neutraliser les gaz délétères 
provenant deAnatières fécales solides et liquides. 

« Par le procédé dont je suis l’inventeur, f empêche la production 
des vers dans les matières parvenues à l’état de putréfaction et par con- 
séquent la production des mouches , production qui provient des vers. 
— Conditions et prix, abonnement pour un an : 1 cabinet, 10 francs; 
2, 18 fr.; 3, 27 fr.; 4, 32 fr.; 5, 38 fr.; 6, 42 fr. Au-dessus de 6 cabinets, 
6 fr. chacun. 

u Engagement d’abonnement : Je soussigné... demeurant à..., rue..., 
N # ..., département de..., déclare par le présent, m’assurer pour la dé- 
sinfection des lieux d’aisance pour... cabinets, aux prix, clauses et con- 
ditions mentionnés ci-dessus. — A..., le... 1869. » 

Correspondance imprimée. Ministère de l’Instruction publique. Cir- 
culaire aux Sociétés savantes, pour les inviter à déléguer aux lectures 
prochaines de la Sorbonne, des membres autorisés à parler en leur novn. 

Société pour l'instruction élémentaire. Cette Société, qui contribue 
par tous les moyens en son pouvoir, et notamment par des récompenses 
et des encouragements, à la propagation et au perfectionnement de l’ins- 
truction primaire, nous prie de vouloir bien lui faire connaître, d’ici au 
15 avril 1869, terme de rigueur , les personnes vouées à l’enseignement 
dont le zèle nous aurait paru digne de lui être signalé. 

Société humanitaire et scientifique du Sud-Ouest de la France. Celte 
Société, h laquelle appartiennent plusieurs de nos collaborateurs, s’est 
formée à Bordeaux par décision du 8 octobre , entre des hommes de 
lettres, des officiers de marine, des sauveteurs, des naturalistes, et a pour 
Secrétaire M. Alpbéc Desmarlis. 

Ministère de l’agriculture. Arrêté ministériel apportant des modifica- 
tions à l’institution de la prime d’honneur. Cours public et gratuit 
d’agriculture cl de potager moderne. 


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- 55 - 


Cercle des Sociétés savantes, 7, rue Viviennc, Paris, ouvert le 21 
janvier. Le programme est aux archives, à la disposition des intéressés. 

Une autre association sollicitée depuis longtemps par les besoins de 
l'agriculture, est celle qui s’est formée assez récemment à Paris, sous 
le titre de Société des Agriculteurs de France. Et c’est parce qu’elle 
venait répondre à un besoin impérieux qu’elle s'est si promptement 
recrutée dans les villes et dans les campagnes, non-seulement des hom- 
mes pratiques, mais aussi des théoriciens, de la science agricole, qui se 
sont naturellement partagés entre les diverses sections qu’elle embrasse. 
Son bureau se compose des noms les plus honorables, et son personnel, 
de membres fondateurs payant un droit d’entrée de i 10 fr. et une coti- 
sation annuelle de 20 fr.; de membres perpétuels versant une fois pour 
toute une somme de 1000 fr., de membres ordinaires payant 20 fr. par 
an ; de membres délégués, accrédités auprès de la Société par toutes les 
associations agricoles de France, et versant, comme les membres ordi- 
naires, une cotisation annuelle de 20 fr. 

Ces cotisations diverses montaient, au 1 er juin 1868, a 105,140 fr. 

Les souscriptions sont reçues au siège provisoire de la Société , rue 
Jacob, 26, à Paris. 

Cette imposante Société a tenu sa dernière session de 1868, dans le 
mois de décembre, ayant pu examiner dans son cours, depuis le 16 du 
mois jusqu’au 23 inclusivement, les questions qui importent le plus aux 
intérêts agricoles. 

Ainsi, celle de Y Etablissement de la classe des agriculteurs, projet de 
loi composé de 17 articles, outre les dispositions transitives. 

C’est au Sénat, investi parla constitution du privilège de l’initiative, 
que sont présentées les bases du grand établissement de la classe des 
agriculteurs, qui ne serait pas seulement la loi de la France, mais en- 
core, dans un avenir prochain, celle des divers peuples qui cherchent 
à s’approprier de jour en jour le Code Napoléon. 

Lectures. — De M. Prost : Lettre de grâce accordée par Philippe-le- 
Bon, duc de Bourgogne, à Catherine, veuve d’Humbert Hugon, de 
Pupillin, le 20 mars 1458 (nouveau style). — De M. le docteur Chcreau : 
De l’état de la Librairie au xv ma siècle ; — du même : Essai sur les ori- 
gines du Journalisme médical français, suivi de sa bibliographie. — De 
M. Ad. Huard : Des progrès de la Société des Sauveteurs depuis l’ad- 
jonction de membres honoraires aux membres participants, et ce que 
cette mesure promet d'amélioration dans un avenir prochain. — De M. 
Jules Léon : Le Sel gemme; les Bains salés; les Bains salino-soufrés. — 
De M. Lavignc : Note sur l’incorporation du Caoutchouc dans les era- 


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— 56 — 


plâtres pharmaceutiques (de celte note, appréciation par M. H. Cler). 
— Du même : Comparaison de la Bible cl du Coran au point de vue 
littéraire. — Poésie. De M. Régnault : La Grâce et la Charité. — De 
M. Marc Bonncfoy, officier au 2i me de ligne : L'Amour de la Palrio et 
du Drapeau. 

Sont proposés et nommés membres de la Société : Titulaire, M. Eva- 
riste Carrance, Président des Concours poétiques de Bordeaux. — Cor- 
respondants, M. Cabrot, médecin en chef de l'hôpital militaire de Ver- 
sailles; M. Baclcn, médecin-major de i rc classe au 74“* de ligne; M. 
Bonncfoy, officier au 21 mc de ligne. 

Nota.— Les lecteurs habituels du Bulletin se sont trouvés sans doute très- 
surpris, en parcourant la liste des lauréats du dernier Concours, de ne pas 

y découvrir le nom de M ll « Mélanie Bourottc Ses poésies sont arrivées 

trop tard. Mais la jeune muse de Guéret peut facilement s’en consoler, à la 
vue de sa moisson de lauriers dans la dernière campagne. Une médaille au 
Concours régional de Bhodez, pour une pièce de vers sur le reboisement 
des montagnes; une médaille à l’Académie de Besançon , pour une pièce 
sur Calixte II, notre saint compatriote; une médaille à l’Association de 
l’Œuvre de Marie, pour un hommage à la divine Mère du Bédempteur. 

Il en est de même de M. Achille Millien : son poème intitulé le Germain , 
et placé sous cc^te épigraphe : Artem impendere vero, ne nous est parvenu 
que le terme de rigueur écoulé ; mais sa Légende de l'Eau venait de lui con- 
quérir une très-belle médaille d’or. 

Le Secrétaire-Général , H.-G., Cl eh. 


SEANCE AGRICOLE PUBLIQUE DU 8 FÉVRIER 1869. 

A 1 heure 1;2, M. le Président ouvre U séance, et M. le Vice-Pré- 
sident Gindre donne, en présence d'une nombreuse assemblée, lecture 
d'un article de lui sur les causes de la fréquence des orages dans les mon- 
tagnes du Jura. A cet article, inséré déjà dans le Bulletin N° 1, M. 
Pidancct expose les observations suivantes l 

Suivant lui, les orages du Jura sont loin d’avoir pour cause générale et 
unique l’évaporation des lacs de Genève et d’Yverdun. Sans nier l'influence 
de ce phénomène météorologique dans la production des orages, M. Pidancet 
soutient que si l’honorable M. Gindre avait établi son observatoire sur la 
Dole, au lieu de sc placer exclusivement sur le plateau de Molain, il aurait 
pu voir que les nuages orageux prennent souvent naissance dans des direc- 
tions qui sont loin de correspondre à celles qu’il indique dans sa note. 


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— 57 — 


C'est ainsi que sur plusieurs des hautes sommités jurassiques, on se trouve 
fréquemment enveloppé, et cela très-rapidement, par des nuages électriques 
qu'on voit s'avancer du massif dauphinois. Ces nuages, arrivant sur le mas- 
sif jurassique, se déchargent successivement sur le Grand- Colombier, sur le 
Sorgia, sur la Dole, le Mont-Tendre, la dent de Yaulion, etc. 

Maintenant, une fois l'orage éclatant sur un des points précédents, il n’est 
pas rare de voir ce phénomène marchant d’abord dans la direction de la 
grande chaîne, passer de celle-ci sur les chaînons inférieurs, venir se fixée 
sur ses points culminants et sauter rapidement de ces sommités sur des points 
appartenant à des plateaux plus bas, de telle sorte qu’il n’est pas rare en tra- 
versant le Jura perpendiculairement à sa direction, d’essuyer plusieurs orages 
dans la même journée. 

M. Gindre lit ensuite un deuxième article intitulé : 

Une livre de sel Tait, dix. livres de viande* 

L’usage de donuer du sel marin au bétail tend heureusement à se généra- 
liser; néanmoins, on rencontre encore par-ci, par-là, quelques personnes qui 
tiennent ce langage : 

« Le sel, en aiguisant la faim de nos animaux, les fait manger davantage, 
« sans que nous remarquions pour cela qu’ils nous rendent sensiblement plus 
« de lait ou de travail dans un temps donné; d’où il résulte pour nous une 
« double perte, composée du coût du sel et de la valeur de la surdose four- 
« ragère que ce condiment nous oblige à donner à nos quadrupèdes. » 

En parodiant une phrase bien connue d’un de nos vieux auteur, nous dirons 
à ceux qui font ce raisonnement : Faut de V économie , mais pas trop n'en 
faut: s’il y a des épargnes productives, il en est aussi de ruineuses. Or, celle 
que vons prétendez réaliser sur le sel , est justement du nombre de ces 
dernières. 

Une livre de sel fait dix livres de viande , dit un proverbe suisse. Certes, ce 
dicton exotique a un air assez paradoxal pour n’être cru que sous le bénéfice 
d’une preuve péremptoire; cette preuve, nous la trouvons consignée à la page 
33 d’une brochure publiée par M. Demesmay, député du Doubs, lors du rema- 
niement de l’impôt sur le sel, en 1846 : 

« Dans une expérience de M. Amédée Turck, docteur à Plombières, quatre 
« lots de cinq moutons chacun sont nourris à discrétion. Les 2®, 3® et 4* lots 
« reçoivent du sel ; le premier n'en reçoit pas. 

« Le 1 er lot augmente de 9 p. Ojo de son poids. 

« Le 2 e » 10 » 

« Le 3 e * 21 » 

« Le 4® » 14 » 

« Ainsi, le lot qui n’a pas reçu de sel augmente le moins, et si l’augmen- 
« tation des 2® et 4® lots n’est guère plus élevée que celle du lot qui n’a point 
* reçu de sel, c’est que M. Turck, dans le but de varier ses essais, a donné 


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— 58 — 


« aux 2® et 4* lots du sel avec excès, à la dose de 24 grammes par tète et 
« par jour, c'est-à-dire à dose double du maximum indiqué parla pratique. 
« Le 3® lot, au contraire, rationné sous le rapport du sel, d'après la dose in- 
et diquée par les praticiens allemands, c'est-à-dire à* raison de 12 grammes 
« par tète et par jour, a présenté une augmentation de 21 0/o, ou plus du 
« double de celle du lot privé de sel. 

« Or, comme le 3* lot a donné, sur celui qui n'a point reçu de sel, une 
« augmentation de 1 4 kilog. 1/2 de viande, qui sont nécessairement le résultat 
« des 60 grammes de sel consommés par les cinq moutons composant ce lot, 
« il en résulte que dans cette expérience, qui a duré 28 jours, un kilog. 1/2 
« de sel a produit 14 kilog. 1/2 de viande. » 

On voit, par cette citation, que les extrêmes sont également à éviter dans 
l'administration du sel aux animaux qui peuplent les étables : ni point, ni 
trop. Le gouvernement belge, en rendant une ordonnance en modération du 
droit sur le sel destiné aux bestiaux, fixa comme il suit les quantités con- 
venables pour chaque espèce : 

Pour un cheval 32 grammes par jour. 

Pour un bœuf ou une vache . 64 — 

Pour un mouton 16 — 

Pour un porc ou une chèvre .20 — 

Ces doses sont, dit-on, dépassées en Suisse et en Angleterre; mais nous 
croyons qu'il serait peu prudent d’aller au-delà, car loin d'en obtenir de bons 
résultats, on courrait le risque de se causer un préjudice, comme en témoi- 
gneraient les 2® et 4® lots de moutons soumis aux expériences de M. Turck. 

Le prix du sel est maintenant si minime, que les plus parcimonieux se- 
raient vraiment mal venus à en parler. En effet, le quintal métrique de sel 
dit de coussin est de 2 fr. 60 cent, sur la place de Dieppe, et rendu en gare 
d'Arbois ou de Poligny, il ne dépasse guère le chiffre de 6 fr. pour ces mêmes 
100 kilog., transport et sac compris. Nous connaissons certaine localité de 
ce dernier canton, où M. E. Morisse, armateur à Dieppe, a déjà expédié, en 
moins de 3 ans, 17000 kilog. de ce sel. 

M. Romand, du Viseney, un de nos habiles cultivateurs praticiens du 
pied du Jura, nous dit qu'en salant la nourriture du bétail dans des pro- 
portions analogues à celle de l’homme , il s’était toujours bien trouvé 
de cette manière de faire, et que, vu la modicité du prix du sel de coussin, 
il se proposait de saler même ses foins au moment de la récolte. Le sel, 
selon lui, donne au bétail de la viande, un poil doux et luisant. 

Efficacité de la saignée eux* le* 
vaches taurelllère». 

Tel est le 3 e paragraphe de l'ordre du jour, par M. Gindre : 

Dans les localités caséicolcs, où les vaches laitières se comptent par cen- 


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(aines, on en trouve tous les automnes un certain nombre qui sont anouiiles, 
c’est-à-dire qui n’ont pu concevoir. Ces vaches, qui demandent fréquemment 
le mâle, sont appelées taurellières ou bovatières. Comme elles ne fourniraient 
que peu ou point de lait l’année suivante, on tient, avec raison, à s’en dé- 
faire aux approches de la saison hiémale. On sait qu'elles n’engraissent que 
difficilement et qu’on ne peut les vendre qu’avec une perte de prix sensible. 
Une bonne partie des anouiiles de nos contrées sont achetées par des mar- 
chands alsaciens. 

Ce besoin de copulation qui se manifeste à des intervalles d’à peu près 3 
semaines chez les taurellières, est-il produit par un afflux anormal de sang 
vers les organes de la génération, ainsi que semblerait l’indiquer les muco- 
sités sanguinolentes qui découlent de la vulve de plusieurs ,dc ces vaches, 
un peu avant comme quelque temps après le rapprochement? La liqueur 
séminale serait-elle entraînée hors de l'utérus par ces espèces de menstrues? 
Aux hommes de l’art à répondre à ces questions. Le fait est qu’on rencontre 
plus de bréhaignes parmi les vaches bien portantes et riches en sang que 
parmi celles qui le sont moins; plus parmi celles qui vivent en stabulation 
que parmi celles qui subissent les fatigues du pâturage. 

Il y a une dixaine d’années qu’une de nos vaches, qui avait déjà reçu le 
bœuf une première fois, devint de nouveau en chaleur 21 jours après. Nous 
la fîmes conduire au taureau; mais le lendemain, cette béte, prise d’une sorte 
de nymphomanie, était encore plus folle que la veille. En même temps, on 
remarquait chez elle l’écoulement vulvaire-sanguin dont nous venons de par- 
ler. Cet état durait depuis trois jours, malgré trois accouplements successifs, 
lorsqu’enfin nous conçûmes la pensée que la saignée devait, en pareil cas, 
produire un heureux résultat. Nous la fîmes abondante, immédiatement après 
un quatrième et dernier colt, avant même de rentrer l’animal à l’étable. Le 
succès fut complet, et pendant les 7 ans que nous avons gardé cette vache 
depuis, elle nous a donné 7 veaux avec sept saillies, sans que nous ayons été 
obligé d’avoir de nouveau recours à la saignée. 

Une expérience six fois répétée sur d’autres sujets qui revenaient en 
amour, malgré un premier ou un second acte copulatif , nous a constam- 
ment prouvé l’efficacité de la saignée pour rendre la fécondité aux vaches 
taurellières. 

Après la lecture de cette note par M. Gindre, plusieurs cultivateurs 
présents à la séance soumettent à rassemblée diverses observations. 
M. Romanet, entre autres, dit qu’ayant mené 3 fois une de ses vaches 
au taureau sans qu’elle ait pu retenir, il lui a pratiqué une saignée ; 
depuis ce temps, la vache a vêlé. Il a même coutume de saigner son 
gros bétail chaque année , comme cela se pratique assez généralement 
dans le Jura. 

Il est ensuite donné lecture d’une recette duc à M. Jacquemiu, vélé- 


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— 60 — 

rinairc de l'arrondissement de Poligny : 

Recette pour* Taire entrer le» vaches en rut. 

Nos cultivateurs tenant généralement à ce que leurs vaches vêlent entre 
décembre et mars, nous croyons leur être agréable en leur faisant connaître 
une recette qui nous a été communiquée, il y a quelque temps, par l'obli- 
geant M. Jacquemin, vétérinaire à Poligny, et qui éveille aussitôt les désirs 
amoureux de ces animaux. Nous n'avons encore eu qu’une seule fois l'occasion 
de l’employer : l'effet en a été immédiat. Il s’agissait d une vache qui avait fait 
le veau depuis près de 4 mois et qui , pendant tout cet intervalle, n'avait 
donné aucun signe érotique. 

Prenez : 1° Aloès en poudre .... 120 grammes. 

2° Carbonate d’ammoniaque . 60 — 

3° Calamus pulvérisé ... 180 — 

Mélangez ces substances et faites-en quatre paquets égaux. Jetez un de ces 
paquets dans une bouteille devin tiède et faites-la avaler à jeun à l'animal. 
Continuez ce traitement jusqu’à ce qu’il ne vous reste plus de paquets, c’est- 
à-dire pendant quatre matins consécutifs. 

M. Roraanet dit s'étre aussi servi avantageusement du poivre d'Es- 
pagne. Après quelques observations à ce sujet, présentées par divers 
membres, la séance est levée à 4 heures du soir. 


ENTRETIENS SUR LES FROMAGERIES. 


i 

Parallèle de la jauge et du pèse-lait dans les chalets . 

Personne n’ignore que la crème, montant à la surface du lait, a une den- 
sité moindre que celle du dernier. Le lacto-densimètre accuse une différence 
de 16 à 18 grammes par litre entre le poids de ces deux substances. Il résulte 
de là qu’à volume égal, moins un lait contient de crème, plus il est lourd, et que 
plus il en renferme, moins il pèse. En d'autres termes, la densité d’un lait est 
en raison inverse de sa proportion crémacée. 

En général, la quantité de crème augmente à mesure que s’accroît le temps 
écoulé depuis le vêlage de la vache. Si cet intervalle est court et que la bête 
■soit mauvaise laitière, le lait peut ne fournir que 7 à 8/100 de crème; si, au 
contraire, ce laps de temps est grand et que l’animal ne soit pas de trop mau- 
vaise race, on en peut obtenir 10, 12, 15, 18 et 20/100. Cette quantité varie 
Aussi suivant que le lait est du commencement on de la fin de la traite. Le pre- 


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- 61 — 


mier lait sorti des trayons peut ne contenir que 5/100 de crème, pendant quo 
les égouttures peuvent en produire de 18 à 25/100 et même davantage. 

Dans les fromageries, où la plupart des vaches vêlent eu hiver, les ména- 
gères savent toutes par expérience que le lait de printemps rend moins de 
beurre que celui d’automne. Si ce dernier renferme plus de matières buty- 
reuses que celui d’une époque différente, il s’ensuit qu’il est plus léger. En 
procédant, comme syndic, à l’épreuve des divers laits apportés au chalet, nous 
avons, du reste, maintes fois pu constater expérimentalement ce fait. 

11 n’est pas d’associé de fromagerie qui ne sache aussi que c’est à l’automne 
que le lait produit sa quantité maxima de fromage. 

De ce qui précède, on peut mathématiquement inférer : 1 ° que le lait le plus 
riche en caséum et en beurre est celui qui pèse le moins; que celui qui ren- 
ferme le moins de ces parties organiques, est celui qui est le plus lourd, et, 
partant , 2° que l’usage de la jauge , dans les chalets, c’est-à-dire de l’éva- 
luation au volume, est plus rationnel, plus équitable que celui du pèse4ait, 
c'est-à-dire de l’évaluation au poids. Aussi nous sommes-nous constamment 
opposé à l'introduction de ce dernier instrument dans la fromagerie dont nous 
faisons partie, avec d’autant plus de raison que cette bascule peut éprouver 
des dérangements que souvent on ne remarque qu’au moment où le poids 
indiqué est tellement disproportionné avec la quantité de lait, que l’œil le 
moins expert finit pur s’en apercevoir. 

Il est vrai qu’avec le pèse-lait, chacun voyant de suite le chiffre du lait 
qu’il fournit, les erreurs de notation sur les taiHes respectives, de la part du 
fromager, au détriment ou au profit du sociétaire, ont bien moins de chances 
d'avoir lieu; tandis qu'avec la jauge, que généralement le fruitier (1) seul 
examine après l'avoir plongée dans le seau qui contient le lait à mesurer, 
la détermination de la quantité apportée, sans contrôle possible de la part de 
l’intéressé , peut engendrer beaucoup plus volontiers des méprises , voire 
même des tromperies, car si la grande majorité des fromagers est honnête, 
comme nous aimons à le reconnaître, il peut néanmoins s’en rencontrer qui 
ne se fassent pas précisément remarquer par une grande délicatesse de 
conscience. Mais la contingence de ces erreurs ou de ces fraudes deviendra 
presque une impossibilité le jour où un industriel intelligent aura réussi à 
confectionner un lacto-stéréomèlre , ou, plus simplement, un mesure-lait , c’est- 
à-dire un récipient qui permettra à tout le monde de lire instantanément le 
volume du produit de la traite. 

II 

Nécessité d'un complément d'instruction professionnelle 
chez les fromagers , au moyen de notions de chimie spéciales à leur art . 

Les fromagers extraient-ils du lait qu’ils manipulent tout le caséum dont 
il est capable? 11 y a de graves raisons pour en douter; en effet, si deux de ces 

II) C’est le nom que Ton donne communément aux fromagers. 


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— 62 — 


hommes travaillent le môme lait ou des laits identiques, c’est-à-dire prove- 
nant des mêmes communaux ou des mêmes champs, il est à peu près sûr 
qu'avec le même volume de lait et dans les mêmes périodes de temps, ils 
produiront des poids différents de fromage, et rien ne prouve que celui qui 
en obtiendrait le plus, ne serait pas dépassé par un autre plus habile. 

A l’aide des notes que nous possédons à ce sujet, nous avons pu constater 
que dans les localités comptant plusieurs chalets, cet écart de rendement 
moyen entre les fromagers qui fabriquent simultanément dans ces communes 
ou qui se succèdent dans la même société, peut être de 3, 4 ou même 5gr. 
par litre de lait. Ce sont là des chiffres sensibles : de deux fromageries d’un 
même pays qui auraient chacune, par exemple, 200000 litres de lait à conver- 
tir en fromage dans le courant d’une année, l’une surpasserait l’autre d’envi- 
ron 800 kil., c’est-à-dire, au prix actuel des gruyères, d’un millier de francs, 
ce qui est plus de deux fois les émoluments d’un bon fruitier dans les endroits 
où celui-ci est nourri directement par les associés qui ont la plus haute 
taille, autrement dit, qui ont le tour du fromage. 

Les dix-neuf vingtièmes des sociétaires de nos villages ont si peu à cœur 
leurs intérêts que, faute de l'inscrire au fur et à mesure sur un cahier spécial, 
ils ne savent ni la date des fromages faits pour eux, ni la quautité de lait em- 
ployée pour la confection de ces fromages, ni la pesanteur totale, ni même 
quelquefois le nombre exact des pièces qu’ils ont livrées, pendant l’année, 
au commerçant avec lequel ils ont traité. Comment, dès lors, peuvent-ils juger 
du plus ou moins de mérite de leur fromager? savoir s’il atteint ou non le 
poids de ses devanciers qui en ont produit le plus; s’il doit, par conséquent, 
être conservé ou renvoyé? 

Les fromagers notent habituellement, jour par jour, sur leur registre par- 
ticulier, le nom des individus pour lesquels ils travaillent et le nombre de 
pièces qu’ils leur font. Si on les astreignait à ajouter à ces détails le chiffre 
du lait éntré dans ces pièces, comme nous l’avons recommandé au lauréat de 
notre dernier concours, le sieur Donnet , le trésorier de la fromagerie pos- 
sédant d’ailleurs de son côté le montant des livraisons de l’année, les syndics 
auraient de cette manière tous les éléments nécessaires pour déterminer le 
rendement moyen d’un litre de lait. Un tel registre, fourni par la société et 
permanent au chalet, serait vérifié et signé, à la fin de chaque exercice, par 
les mandataires de l’association. Au moyen de ce livre, l’ouvrier fromagiste 
verrait lui-même, comme les sociétaires, s’il est ou non en progrès sur les 
années antérieures, ce qui, dans l’un et l’autre cas, ne saurait manquer de 
le stimuler. Ce registre servirait aussi à faire voir si les fromagers qui se 
succèdent dans la société sont inférieurs, égaux ou supérieurs à leurs 
devanciers. 

Le lait, comme nous l’avons dit, produisant plus ou moins de matière ca- 
séeuse suivant qu'il est manipulé par des individus ayant plus ou moins bonne 
main, il est évident que la caséification n’est pas encore arrivée à la perfection 
dont elle est susceptible. On peut affirmer que le degré actuel d’instruction 


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— 63 — 


professionnelle des fruitiers, degré qui semble à peu près stationnaire depuis 
40 à 50 ans, cause à notre département seul un préjudice qu'on peut sans 
exagération évaluer à des centaines de mille francs. 

11 n’y a pas rien qu’en Franche-Comté que l’on sente la nécessité d’un 
accroissement de connaissances spéciales chez ceux qui ont pour métier de 
caséifier le lait. Une Ferme-École vient d’être créée à la Chassagne, arrondis- 
sement de S^Flour (Cantal), pour continuer les essais de perfectionnement de 
la fabrication du fromage, commencés par les soins et aux frais de l'État, à 
la vacherie de Saint-Angeau, et auxquels la suppression de ce dernier établis- 
sement va mettre fin au mois de mars 1869. 

L’exemple donné par les Auvergnats est bon à suivre. 

Pourquoi les Jurassiens, dans l’intérêt d’une industrie qui leur rapporte 
annuellement quantité de millions, n’imiteraient-ils pas les Cantalais? Pour- 
quoi ne prendraient-ils pas au plus tôt des mesures pour la création d’une 
semblable Ferme-École, où, au flambeau de la chimie, les procédés séculaires 
et routiniers de la caséification actuelle seraient corrigés dans ce qu'ils ont de 
défectueux, et perfectionnés d’après les expériences variées et multiples 
faites dans cette institution, établissement qui deviendrait ainsi, pour l’avenir, 
une pépinière d’excellents fromagers, en même temps que, d'un autre côté, 
sortiraient de son sein une foule d’habiles agriculteurs? 

Puissent ces quelques réflexions éveiller l'attention et la sollicitude des 
hommes que le Gouvernement impérial et le suffrage de nos concitoyens ont 
placés à la tête du département du Jura. 

G indre, Vice-Président. 

Nota. — Ces deux entretiens sont le résumé de ce que nous avons dit relativement aux fro- 
mageries, dans la séance agricole du 7 décembre dernier. (Voirie procès-verbal de cette séance, 
page 373). 


DONS. 

Il est offert à la Société , par : 

M. Aristide Charière : Différents opuscules météorologiques, etc., dont 
un contenant 36 années d'observations faites à Ah un (Creuse), par MM. 
Midre et Charière. 

M. le docteur Tamisier : Histoire d'une Guerre échevinale de 177 ans, ou 
les Baillis et les Echevins à Saint-Omer de 1500 à 1677. Une brochure in-12, 
par M. de Lauwereyns. — * Les Baillis et les Echevins à Saint-Omer , par le 
même auteur, petite brochure in-8°.— U Algérie sous le rapport de l'Hygiène 
et de la Colonisation , par le docteur Cabrol. Brochure in- 18. — Travaux de 
la section de Médecine , sous la présidence de M. le docteur Cabrol (Congrès 
scientifique de France, 33® session). Petite brochure in-8°. — La Maison 
rustique du 19 m ® siècle , ornée de 2500 gravures. 5 volumes grand in-8°.— 
Observations pratiques de Chimie , de Pharmacie et de Médecine légale , par 


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— 64 - 


S. Choulettc. Premier fascicule in-12. — Instruction pratique pour rensei- 
gnement élémentaire de la Natation dans l’armée, par d’Àrgy, in-18. 

M. Victor Colomb : Une romance intitulée : Premier Amour. Paroles du 
donateur, musique de Emile Hulot. 

De M. le docteur Jules Guyot : Sur la Viticulture du Nord-Ouest de la 
France. Rapport à Son Exc. M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et 
des travaux publics, par le docteur Jules Guyot. 2 volumes grand in-8°, 
1867 et 1868, avec de nombreuses gravures dans le texte. 

M. Fernand Gibert : Un Baroscope ou Baromètre chimique pour les 
observations du temps. — Annuaire général du commerce et de l’industrie 
de Bordeaux et du département de la Gironde, ou Almanach des 25,000 
adresses. Un fort vol. in- 12. — 1869. 

M. Jules Léon : Une boite renfermant 16 monnaies anciennes, argent et 
cuivre, ainsi que des coquilles, de l’albâtre, du sulfure de fer, etc. 

M. Bonnefoy : L’Amour de la Patrie et du Drapeau (poésie). Petite broch. 
in-8°, dont il est l’auteur. 

M. le docteur Cuereau : Essai sur les origines du Journalisme médical 
français , suivi de sa bibliographie . Petite broch. in-8°, dont il est l'auteur. 
— Catalogue d’un marchand libraire du XV m • siècle , tenant boutique à Tours , 
publié par le D r Achille Chereau, avec notes explicatives. Une broch. in-18. 

M. Lavigne, pharmacien à Bordeaux : Note sur V Incorporation du Caout- 
chouc dans les Emplâtres pharmaceutiques. Petite broch. in-8°, dont il est 
l’auteur. 

M. de San Roman, négociant à Bordeaux : Plusieurs grappes de son Zea 
Maïs de Tétuan. 


Nous nous faisons un plaisir d’annoncer que MM. G.Tumbeuf et Neveu, 
propriétaires exploitant la verrerie de la Vieille-Loye (Jura), viennent d’être 
honorés du titre de fournisseurs brevetés de Sa Majesté l’Empereur. M. Neveu 
est membre titulaire de notre Société. 

C’est en effet à la Vieille-Loye que se fabriquent depuis longtemps les 
bouteilles spéciales portant l’empreinte des armes impériales, pour les grands 
vins de Bourgogne destinés à la maison de Sa Majesté. 

La distinction dont MM. G Tumbeuf et Neveu sont l’objet est d'autant plus 
honorable, que le brevet de fournisseur de l'Empereur n’est accordé que sur 
l’ordre exprès de Sa Majesté, et en nombre très-limité, aux commercants et 
industriels qui, depuis cinq ans au moins, ont fourni à la maison de l’Em- 
pereur des produits d’une fabrication et d’uue qualité irréprochables, et 
dont l’honorabilité a d’ailleurs été attestée. 

La verrerie de la Vieille-Loye est la plus ancienne de France; Il y a plus 
de 2 siècles — en 1630 — que son cher était créé Gentilhomme-Verrier (1). 
L'honneur qui lui est fait aujourd’hui prouve quelle n'a pas dégénéré et 
quelle a su conserver à scs produits leur ancienne réputation justement 
méritée. 

(I) Armorial et nobiliaire. Annuaire 1862, page 156. 


POLIGNY, IMP. DE MARESC1IAL. 


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— 6B — 


SCIENCES MÉDICALES. 


Des Hydroplsles en général; de leur mécanisme 

et de leurs divers modes de développement, 

PAR M. CHONN A U X - DU Bl SSON, 

Docteur en médecine k ViHors-Bocagc (Cahrados), membre cOrrcapondairt . 

( Suite ), 

II ne nous reste plus, pour avoir épuisé le premier ordre de causes 
des hydropisies, qu’à étudier, dans le cœur lui-méme, les obstacles à la 
circulation veineuse. 

Ces obstacles ont pour effet ordinaire de produire Fhydropisie géné- 
rale, tantôt d’une manière lente, si l’affection cardiaque est chronique, 
tantôt d’une manière rapide, si l’affection est aiguë. 

Corvisart avait dit que les hydropisies simultanées des membranes 
séreuses splanchniques et du tissu cellulaire sous-cutané, étaient presque 
toujours symptomatiques des maladies du cœur et surtout des cavités 
droites, et il avait public des observations. 

Il est rare que l'infiltration séreuse arrive tout d’un coup à occuper 
tout le tissu cellulaire du corps : elle apparaît d’abord aux malléoles, 
puis aux jambes, aux cuisses, aux membres supérieurs, au cou, â la face; 
les parois thoraciques et abdominales se prennent également,etdcs épan- 
chements de sérosité se forment dans le péritoine, ete. 

11 faut remarquer que Fhydropisie produite par les maladies du cœuf 
n’écbappe pas à la règle générale établie par M. Bouiliaud; elles sont 
passives (froides, asthéniques), bien qu’elles puissent être accompagnées 
de fièvre lorsque l’affection cardiaque est inflammatoire. 

La pâleur de la peau l’accompagne ordinairement; cependant, il n’est 
pas rare d’observer F injection de la face et une coloration violacée des 
extrémités. 

Nous avons dit que l’anasarque se fait quelquefois d’une manière ra- 
pide : cela a lieu dans le cas de péricardite, d’endocardite; plus souvent 
elle se produit lentement, et elle résulte d’une lésion organique : ané- 
vrisme du cœur (hypertrophie avec ou sans dilatation), rétrécissements 
des orifices, insuffisance des valvuvcs. 

M. Bouiliaud a fait voir (Traité clinique des maladies du cœur) que le 
plus souvent les dilatations du cœur, avec ou sans hypertrophie de scs 
parois, n’existent pas seules, qu’elles sont le plus habituellement la con- 

S 


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— 66 — 


séquence d'altérations des orifices et des valvules. 

Il résulte de cette circonstance que les collections séreuses sont plu- 
tôt un signe de maladies de l'endocarde que du tissu cbarnu du cœur. 

Les rétrécissements de l’orifice artériel sont plus souvent suivis d’hy- 
dropisie générale intense que l'insuffisance. 

Plusieurs auteurs, entre autres M. Andral, ont remarqué que l’hydro- 
pisie qui se montrait de bonne heure était plutôt l’effet d'une affection 
du cœur droit; qu’elle pouvait longtemps précéder la dyspnée. 

L’hydropisic qui survient , au contraire , plus ou moins longtemps 
après l'apparition des autres signes d'une affection organique, se lie de 
préférence à une maladie des cavités gauches du cœur. 

Les obstacles au cours du sang dans les artères sont plus souvent qu'on 
ne le pense généralement, une cause d'bydropisie. 

On conçoit, en effet, qu'un rétrécissement de l'aorte thoracique, par 
exemple, puisse quelquefois agir à peu près de la même manière qu’un 
rétrécissement valvulaire. 

On a vu plus d'une fois la ligature d’une artère anévrismatique être 
suivie de l'œdème de la partie à laquelle elle se distribuait. Cela se con- 
çoit facilement , quand on réfléchit au ralentissement de la circulation 
qui doit en résulter dans quelques cas . 

Que l’on place une ligature sur l’artère crurale , par exemple, il est 
très-probable que l’œdème ne surviendra pas, si cette ligature est au- 
dessus de l'origine de la collatérale profonde : depuis ce point, en effet, 
jusqu'à la naissance des épigastriques, ou même de l’iliaque interne, le 
tronc artériel, fournissant peu de rameaux, va diminuer de calibre s'il 
ne s’oblitère point, et peu de sang sera fourni au membre abdominal. 

Mais que la ligature soit placée au-dessous de l'origine de la collaté- 
rale profonde, le calibre de l’artère sera conservé, et le membre inférieur 
continuera de recevoir la même quantité de sang qu'avant l'opération, à 
cause des anastomoses successives des perforantes entre elles et avec les 
articulaires, de celles de la circonflexe externe avec les mêmes vaisseaux, 
et en définitive avec la poplitée. 

La colonne sanguine sera fortement déviée de sa route naturelle, le 
cours du sang sera ralenti dans les artères, et lorsque le sang sera repris 
par les veines, il aura perdu toute la force d’impulsion que le cœur lui 
avait communiquée. 

Les veines, à leur tour, seront privées du vis a tergo qui active leur cir- 
culation, et la force tonique de leurs parois luttera désavantageusement 
contre l’influence de la pesanteur. 

A l'appui de celte opinion (que certes je ne crois pas neuve, puisque 


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c’était celle de Valsalva, au moins pour ce qui est de la circulation col* 
latérale et de la possibilité du passage du sang vers les extrémités, parle 
moyen de celle-ci), on peut citer les expériences de ce chirurgien, qui, 
après avoir lié sur un chien les deux carotides, au bas du cou, vit sur* 
venir la tuméfaction des veines de la face, et la sérosité s’infiltrer dans 
le tissu cellulaire de cette partie. 

L’empâtement douloureux qui précède quelquefois la gangrène par 
artéritc nous semble se produire aussi par le mécanisme précédent. 

J’ai vu dans ma pratique, il y a 18 mois, chez un homme atteint de 
purpura, un œdème de la cuisse accompagné d'atroces douleurs, signaler 
le début d’une vaste hémorrhagie du membre inférieur, laquelle lui elle*- 
même rapidement suivie du développement de tous les symptômes de 
l’artérite gangréneuse. 

Nous terminerons notre premier chapitre par l’étude peu détaillée de 
l’influence que les maladies du système lymphatique peuvent avoir dans 
la production des hydropisies. 

Scherb trouva un calcul dans le réservoir du chyle, et dît que sa pré- 
sence, en s'opposant au cours de ce fluide et de la lymphe dans le canal 
thoracique, avait donné lieu à une ascite telle, que les eaux furent éva- 
cuées sept fois par la ponction, jusqu’à ce que la mort survint, 16 heures 
après la dernière évacuation. 

Gcttc observation est peu concluante , puisqu’on trouva plusieurs 
autres organes altérés dans l’abdomen, et en particulier l’épiploon près* 
que entièrement détruit. 

Les observations de Saviard, d’Assalini, de Vicq d’Âzir, n’ont pas plus 
de valeur. D’ailleurs, Laënnec a vu un anévrisme faux consécutif de 
l’aorte descendante, qui avait probablement comprimé et détruit le canal 
thoracique, et produit l’engorgement de tous les vaisseaux lactés, sans 
produire l’hydropisie. 

Monro, Dupuytren, ont lié le canal thoracique, et l’un et l’autre ont 
vu des épanchements séreux se produire dans le péritoine. H. Bass dit 
« qu’après la mort d’un homme, de la poitrine duquel on avait retiré 
beaucoup de liquide chyleux (humor laclens ), on découvrit, vers la qua- 
trième vertèbre, une déchirure d’où il sortait un fluide semblable à celui 
qu’on avait retiré de la cavité du thorax. » 

Looss, Sœmmering, Gui (Tard, rapportent des exemples semblables; 
mais aucun n’est concluant. 

Quant aux faits publiés par Saviard, Monro, fils, etc., dans lesquels on 
a supposé l’existence de la rupture du canal thoracique , par cela seul 
que l’abdomen avait donné lieu à l’issue d’un fluide blanc ou lacté, on 


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— 68 — 


sait aujourd’hui de combien de valeur sont de semblables indices, surtout 
lorsqu’ils sont transmis par des observateurs qui souvent n’ont pas su 
distinguer des épanchements séro-punilents du péritoine et des plèvres, 
de la lymphe, du lait ou du véritable chyle. 

Les œdèmes qui surviennent quelquefois à la suite des opérations chi- 
rurgicales sont le résultat de l’inflammation, et non pas, comme le pensait 
Bell, de la lésion des troncs lymphatiques principaux. 

Enfin , la compression , l’inflammation , la destruction des vaisseaux 
lymphatiques, l’obstruction, l'extirpation, la cicatrisation des ganglion» 
auxquels ils se rendent (Mascagni, Bichat, Hunier, Bell); l’atonie, la lan- 
gueur, le relâchement, le spasme, la paralysie, la débilité du système 
lymphatique, ont élé invoqués lour-à-tour pour expliquer certaines 
liydropisies. Mais disons avec M. Andral, qu’aucun fait ne démontre jus- 
qu’à présent qu’un obstacle à la circulation lymphatique ait jamais élé 
cause d’hydropisies. 

L’atonie, la langueur, etc. ,de ce système nous semblent hypothétiques. 

DEUXIÈME ORDRE DE CAUSES. 

Altération survenue dans la composition du sang . 

i° Altérations de quantité. — Par le mot de pléthore , les anciens 
entendaient une augmentation absolue de quantité du sang. Ils l’attri- 
buaient surtout à la suppression d’un flux hémorrhagique habituel. Une 
épistaxis, des hémorrhoïdes, les règles (Portai) venaient- elles à se sup- 
primer, et résultait-il de leur suppression quelque accident congestif 
sur un organe, la masse du sang était augmentée : il y avait pléthore. 

L’idée des anciens sur cette maladie était tout hypothétique; car 
personne n’a donné expérimentalement la démonstration de ce fait, à 
savoir que chez un individu dit pléthorique , il y ait plus de sang que 
chez tel autre non pléthorique, toutes circonstances étant égales d’ail- 
leurs; et si le sang du premier diffère de celui du second, c’est que, 
comme l’ont prouvé les recherches de MM. Andral et Gavarrcl, il con- 
tient plus de globules. 

Quoiqu’il en soit, on a admis des bydropisics générales pléthoriques, 
et on les a expliquées par l’augmentation de l’exhalation qui mettrait 
ainsi fin â la distension du système circulatoire. 

« Il est d’observation, dit M. Requin, que l’on voit dons la pratique 
des individus affectés d’hydropisies que la saignée guérit; et ce fait, pour 
être inexpliqué, n’en est pas moins incontestable. » 

Tout ce qu’on peut saisir, c’est la coïncidence de la polyéinic avec 


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l’hydropisie, sans nul symptôme d’affection organique. M. Ândral rap- 
porte, dans son Précis d’anatomie pathologique , l’histoire d’un individu 
plein de force, sanguin à an haut degré, qui, sans aucune cause connue, 
fut pris subitement de délire, puis succomba bientôt dans un état coma- 
teux. À l’autopsie, le tissu cellulaire, les membranes séreuses, le cerveau, 
les poumons, présentèrent des collections et des suffusions séreuses, sans 
que nulle part l’anatomie fit découvrir, dans les solides, aucune altéra- 
ration qui pût rendre compte soit des symptômes observés, soit de la 
mort. 

« Je crois, dit M. Andral, que ce Tut là un de ces cas d’bydropisic par 
pléthore qui cèdent aux saignées. » 

L’hydropisie est-elle ici le résultat d’une transsudation active de la 
partie séreuse du sang, à travers les parois vasculaires trop distendues? 

Est-elle plutôt la conséquence de la diminution de la force d’ab- 
sorption ? 

On a cru pouvoir donner de ces hydropisics une raison satisfaisante, 
fondée sur les expériences de Haies et de Magendie : on injecte avec 
force une grande quantité d’eau dans une artère, et toutes les surfaces 
où le vaisseau se distribue laissent transsuder le liquide injecté, avec 
d’autant plus d’abondance que l’injection est poussée avec plus de force. 

On produit le même effet en injectant dans les veines d’un animal 
assez d’eau pour doubler et même tripler le volume naturel de son sang. 

Magendie s’est assuré que, dans ces circonstances, l’absorption était 
complètement suspendue en plaçant dans la cavité de la plèvre un poison 
extrêmement actif, et qu’au contraire on rendait l’absorption très-rapide 
en enlevant un grande quantité de sang. 

11 a vu, enfin* que si l’on saignait l’animal avant d’injecter l'eau, les 
phénomènes d'absorption n’étaient point modifiés. 

De ces expériences, on doit conclure que l’accroissement des quan- 
tités du sang, produit par l’injection d'eau, change de la manière la plus 
évidente les conditions physiologiques de l’exhalation et de l’absorption. 

La pression que le sang éprouve dans le système circulatoire contribue 
puissamment à faire passer la partie la plus aqueuse du liquide à tra- 
vers les parois des vaisseaux. 

Ces expériences démontrent encore que la qualité du liquide sanguin 
exerce une certaine influence sur la production des bydropisics ; car, 
étendre ainsi avec de l’eau le sang d’un animal, ce n’est point là, certes, 
produire artificiellement les conditions de la véritable pléthore, c'est 
diminuer sur l’heure, dans la masse du sang, la quantité proportionnelle 
de tous les principes organiques , et par conséquent de l’albumine, ni 


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plus ni moins que de la fibrine et des globules. 

C’est done, à raison meme de cette diminution relative d’albumine r 
procurer au sang la condition particulière que nous avons reconnue 
comme origine incontestable de l’hydropisie. 

(A suivre ). 


DESCRIPTION 

Topographique - médicale 
de Champagnole , de son canton et des mon» 
t&gnes au baillage de Poligny, 

PAR DEYILLAfNE, 

Chirurgien gradué de Champagnole, correspondant de la Société royale de médecine (année 1788), 
PU BUÉE, d’après LE RANUSCR1T ORIGINAL» 

Par M. Achille CHBREAV, 

DOCTEUR EM MEDECINE, LAURÉAT DE L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE, ETC. 

La nature tient sous nos yeux une école où elle 
instruit le genre humain. L’emploi du temps est 
la leçon qu'elle lui répète. 

Nuitt d*Young; 3* nuit, Li, p.59. 

PRÉFACE. 

En 4775 et au commencement de 4 776, on avait vu régner dans 
les diverses provinces de la France plusieurs épizooties meur- 
trières et différentes maladies épidémiques. L’attention ayant été 
attirée sur ce point, Louis XVI, par arrêt du Conseil d’État, en 
date du 9 avril 4776, « considérant que la véritable et la plus sûre 
« étude de la médecine consiste dans l’observation et l’expé- 
« rience;.... que rien ne serait plus propre à encourager les mé- 
« decins à multiplier et conserver leurs observations, que de les 
« mettre en rapport avec une commission chargée spécialement 
« de s'occuper de l'étude et de l’histoire des épidémies.... » 
Louis XVI, disons-nous, fonda la Société royale de médecine, à 
la tôle de laquelle il mettait Cassone, son premier médecin, et l'il- 
lustre Vicq d’Azyr. 

Nous ne ferons pas ici l’histoire de cette célèbre Société, dont 


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— 71 — 

la création fut un coup de foudre pour l’antique Faculté de mé- 
decine de Paris, qu’elle absorba presque complètement , et qui 
derait en effet sombrer sous la loi du 18 août 1792. 

Nous dirons seulement qu’un des premiers soins de la Société 
royale fut de créer des prix qui devaient être décernés tous les 
ans aux auteurs des meilleurs mémoires sur des questions qu’elle 
mettrait au concours. 

Parmi ces questions, la topographie médicale des diverses loca- 
lités de la France tint un rang important, et pendant douze jins, 
la Société royale de médecine reçut une foule de travaux fort in- 
téressants sur ce point, alors peu travaillé, d’hygiène publique. Je 
citerai , entr’autres , pour ne pas sortir de la Franche-Comté, 
l'Essai sur la Topograhpie médicale et l’histoire naturelle du 
bailliage et de la ville de Lons-le-Saulnier, qui valut àGuyétant 
une médaille d’or qui lui fut décernée au Louvre, le 2 mars 1784, 
et la Topographie médicale des montagnes de la Franche- 
Comté, qui fournit le même honneur à Jeûnet, de Besançon, le 
30 août 1785. 

Les heureux lauréats retiraient encore un bénéfice qui n’était 
pas à dédaigner, car généralement ils devenaient, par cela même, 
correspondants régnicoles de la Société. 

Tels furent : Breton , Bouvier, Boilin , tous trois médecins à 
Dole, Meillardet, qui exerçait à Besançon. 

Un chirurgien de Champagnole tailla aussi sa plume, singuliè- 
rement désireux d’obtenir les bonnes grâces de la fameuse asso- 
ciation parisienne. 

Il se nommait Devillaine (c’est ainsi qu’il signe); nous connais- 
sons peu de chose sur ce personnage. Tout ce que nous pouvons 
dire , c’est qu’il était « chirurgien gradué; » qu’il planta sa tente 
à Champagnole en 1770 ou 1771; que vers l’année 1780, il com- 
muniqua à la Société royale un premier travail (manuscrit ou 
imprimé, nous ne savons) sur les maladies aiguës et chroniques 
des bestiaux; et qu’en 1788, il lui soumit encore un mémoire sur 
la Topographie médicale de Champagnole, de son canton et des 
montagnes au bailliage de Poligny. 


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— 72 — 


C'est ce mémoire que nous publions aujourd'hui , d’après le 
manuscrit original que nous possédons, signé de la main de l’au- 
teur; mémoire qui valut à Devillaine, le 26 août 1788, une 4“* 
mention honorable. 

Il était déjà « correspondant rcgnicole » depuis le mois de jan- 
vier 1781. 

On trouvera dans ce travail du chirurgien gradué de Champa- 
gnole, des qualités qui ne sont pas à dédaigner : une aptitude 
singulière à la bonne observation , une honnêteté, une droiture 
qui percent à chaque ligne, un brûlant désir d’être utile à ses sem- 
blables, des connaissances variées, rares chez un chirurgien de 
campagne de cette époque, un style toujours clair, simple, parfois 
élégant, et des détails fort intéressants sur le territoire de Cham- 
pagnole, sur les habitudes des villageois, sur les maladies de 
l’homme de ces montagnes, sur celles des animaux domestiques. 

En le publiant, nous croyons être encore utile au beau et vail- 
lant comté de Bourgogne. 

Paris, mars 1869. D r A. Cher eau. 


Charapagnolc passait autre-fois pour une ville; nos titres anciens le 
disent, et Gilbert Cousin, si connu par son intime liaison avec le célèbre 
Erasme, l’exprime de même en ces termes : Àrx Monrivallis Campi- 
gnolam oppidum habet, undique nalurà circumvallatum (1). Quoiqu’il 
en soit, nous ne regardons plus ce lieu que comme un bourg assès con- 
sidérable, qui s’accroît continuellement par les raisons de son commerce. 
Il est situé sur la rive droite d’une rivière que l’on appelle Daim , à 
4 licücs S.-E. de Poligny, 11 Sud de Besançon. Long. 23, 36. Lat. 46, 
44. 

Ce bourg fait partie des montagnes de Franche-Comté. Sa position 
est charmante , et tous les voiageurs l’admirent. On le voit au milieu 
d’une plaine assès vaste, distribué comme en triangle et formant deux 
parties qui se touchent. La partie haute se trouve du levant au midi, la 
partie basse au couchant, et le point central au nord-ouest; la partie 
inclinée au midi garde une élévation d’autant plus frappante , qu’elle 
montre une bordure de maisons avec des jardins la plupart en terrasse ; 

(!) Voir la traduction que nous avons donnée de la Description de la Franche-Comté par Gil- 
bert Cousin. Lons-lc-Saunier, 1863, p.52. (A.-C.) 


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ccst un fort joli coteau décrivant un fer à cheval ; au bas, Ton découvre 
un petit vallon , configuré en ovale, et la rivière Daim dont les eaux, 
par leur pente rapide, fuient en manière de torrent. 

Trois montagnes se présentent a plus ou moins de distance : Tune, 
et celle qui s’éloigne le plus, prend du levant au midi,occuppc un très- 
grand espace et borne la vûe de ce côté; les deux autres, plus rappro- 
chées, sont dans l'exposition, l’une du midi au couchant, et l'autre du 
nord, à une élévation presque égale. Ces trois montagnes sont recou- 
vertes de bois, surtout celle du levant au midi, qui compose une forêt 
très-étendue et des plus riches. Celle du midi au couchant ne fournit que 
du bois de chauffage et de charronagc, tels que le hêtre, le cerisier, le 
chêne, l'orme, etc.; enfin, celle qui est placée au nord et que l'on nomme 
Mont-rivel , contient des bois de sappins et des champs mis en culture ou 
réduits en pâturage. Deux fontaines très - abondantes découlent du 
sommet; l'eau en est pure et délicieuse; elle fortifie tout ce qu'elle 
arrose. 

Champagnole est ouvert de toute part par des routes très-fréquentées 
et toujours bien entretenues; il est conséquemment un endroit de pas- 
sage et sert le plus souvent d'asile aux étrangers, ainsi qu'aux marchands 
forains qui se répandent dans les villes prochaines. 

Le sol sur lequel il est assis est d'une nature pierreuse et sabloneuse. 
Si l'on foüille à cinq ou six pouces de profondeur de la terre, ordinai- 
rement l'on rencontre le sable et le gravier; voilà, si je ne me trompe, 
d'où vient que les sécheresses s'impriment si rigoureusement sur les 
végétaux et spécialement sur les orges et les avoines que l'on sème. 
Combien de fois est-il arrivé que les laboureurs les ont recueillis et n’ont 
eu que de la paille avec très-peu de grains! Aussi, toutes les années 
pluvieuses sont propices à ce climat, elles étendent nos productions, elles 
influent sur la quantité du blé et du fourrage. 

Nos communaux sont arides , les grandes chaleurs leur nuisent, et, 
dans ce cas, ils ne saproient suffire à la nourriture des animaux, ce qui 
détermine le cultivateur à convertir en prés, de temps à autre, quelques- 
uns de ses champs, afin d'avoir dans les circonstances assez d’herbe pour 
l'entretien de son bétail. 

D'ailleurs, notre sol, quoiqu'il n'ait qu’un très-petit fonds de terre, 
et que la pierre, le gravier et le sable dominent, ne laisse pas que d’être 
en rapport lorsqu'il est bien travaillé. Il est propre à la culture du fro- 
ment, de l'orge, de l'avoine, du turquié, des lentilles, des pois, des ha- 
ricots, des pommes-de-terre , des choux, des raves, des courges, du 
chanvre et du lin. Ces différentes substances rendent convenablement 


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pourvu qu'elles ne soient point contrariées par l'influence des saisons. 

L'agriculture est ici beaucoup plus florissante qu’autre-fois; il n’est 
nullement difficile d'en expliquer la cause. D’abord , l'on y prend plus 
de peine ; ensuite, l'on s'attache plus à féconder la terre au moyen des 
engrais qui consistent dans des fumiers entassés et pourris. Des particu- 
liers ont cru enrichir leurs héritages par l'emploi de la marne; ils ont 
peu retiré de leur tentative. Sans doute, l'on doit en accuser la mauvaise 
qualité de cette substance. Il est vrai, sur ce territoire, l’on ne trouve 
gueres que de la marne d’un gris blanchâtre qui, d'après les expérien- 
ces que 1 on a répétées , n'est du tout point favorable à la culture. La 
meilleure marne est celle qui emprunte une couleur blcüâtre , tirant 
sur le gris et qui se fuse aisément; mais elle n’est pas commune à Cbam- 
pognole ni aux environs. Plus haut, dans la partie du Val de Miège , l’on 
a de cette marne en abondance, et l’on en fait un très-grandusage ; les 
fonds en profitent beaucoup (i). Cependant, l’on tient que les fourrages 
qui en proviennent renferment des sucs peu nutritifs, qui dérobent aux 
forces et à l’embonpoint des animaux (2). 

Le Daim prend sa source à deux lieües de Champagnole; c’est un 
gouffre large et profond qui produit cette rivière, comme de sa surabon- 
dance. Il est très-resserré dans son principe , mais il grossit beaucoup 
des eaux du Serpentin qui naît au Val de Miège, et passe sous le côtcau 
de Noseroi (3). Plusieurs fontaines se déchargent dedans et l'augmen- 
tent encore. Enfin, par la jonction de Y Aymé et de la Sene (4), il se ren- 
force, et porteroit même des bateaux chargés si, dans cette intention, 
1 on rendait son lit praticable. Dans toutes les saisons de l'année, ses 
eaux sont très-vives et très-fraîclies, probablement parce que nous som- 
mes près de sa source; qu'il coule dans un fonds, un abîme de rochers où 
le soleil pénètre difficilement, en un mot, qu’il ne cesse de recevoir des 
eaux de fontaines dans le trajet qu'il suit. 

Il nous arrive souvent des brouillards d’une partie que l'on nomme la 

(1) Je dois observer néanmoins qu’il n’est qu’un tems pour cette prospérité. À la longue, les 
onds s épuisent , et c’est une remarque de nos laboureurs, ce qui leinr fait dire : « Les terres 

marnées enrichissent le père et ruinent les enfants. • 

(2) L’on a cet exemple d’une communauté voisine que l’on nomme Le Grand Nands , Sous - 
rière-Bois. Les animaux y sont sans vigueur, exposés à des diarrhées continuelles, et d’une 
maigreur difforme. L’on en référé la cause aux aliments qui participent d’un sol en nature de 
marne, et qui est de plus fort humide. Il y croit du fourrage au delà de la consommation que l’on 
en peut faire, mais l’on gagneroit infiniment plus sur la qualité que sur la quantité. 

(3) Petite ville fort ancienne et très-réputée par ses foires de chevaux et de bétail. Elle est au 
levant de Champagnole, et à un éloignement de deux lieües et demi. 

(4) Deux petites rivières qui naissent des montagnes de Foncineset du Grand-Faux, et qui 
découlent du midi au couchant. 


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Combe-Daim (1). Celle partie csl singulièrement basse el aquatique; 
par cela même on la regarde comme la Bresse de nos montagnes. Ces 
brouillards remontent toujours par un vent du sud et de sud-ouest, 
abordent Champagnole , s’étendent sur le territoire et s’y dissipent 
le plus souvent. 

Mais indépendamment des brouillards que la Combe-Daim nous four- 
nit, il s’en forme aussi dans l’endroit même, principalement lorsqu’il 
survient des pluies froides, qui se soutiennent pendant quelques jours. 
Alors il s’élève de nos bois comme une fumée très-épaisse qui gagne en 
espace et occupe tous le païs. Nous redoutons beaucoup ce mouvement 
lorsque les bleds sont en fleurs, parce que toujours ils en reçoivent une 
fâcheuse atteinte (2). 

L’on remarque quclque-fois, en certains cantons, comme une vapeur 
fine et déliée, qui rampe sur la surface de la terre, et disparoil à l’ac- 
tion du soleil. Tel csl ce qui arrive, en été, après des chaleurs exces- 
sives, des pluies douces ou des nuits fraîches suivies d’une rosée abon- 
dante. Tel est également ce qui s’opère dans les lieux ombragés quel- 
conque. 

Ànqillon nous attire encore des brouillards que nous partageons 
avec les communautés qui nous sont contiguës. Cette rivière dérive du 
Grand -Nands, au bailliage de Salins. Elle traverse les prairies de Chap - 
poix , de Fers et du Pasquier , file sur le territoire à' Ardon et va se 
confondre dans les eaux du Daim, un peu nu dessus de La Prat, ha- 
meau situé au couchant de Champagnole. Il est dans l’opinion des gens 
que les eaux de cette rivière ont une vertu médicinale contre les mala- 
dies de la peau ; l'on a une sorte de fondement. Des galleux s’y sont 
baignés, et cette seule précaution les a conduits à une guérison solide. 
Il est bon d’observer que les pierres et les laves, en quelques endroits 
de celte rivière, sont recouvertes et présentent un limon de couleur 
jaunâtre, friable au toucher, et imitant beaucoup lo fleur de souphre (3). 

(1) La Combe-Daim forme un canton assez vaste, qui n'est ouvert que du nord au sud. Le midi 
et le couchant lui sont dérobés par deux montagnes qui lui servent de rempart. Son sol semble 
d’abord analogue à celui de Champagnole, en ce qu’il n’a qu’un très-petit fonds de terre sur du 
sable et du gravier; mais l’on trouve ensuite, par couches très-épaisses, de l'argile et de la marne 
qui retiennent les eaux et empêchent qu'elles ne se filtrent. Celles-ci n’ayant plus d'ailleurs assez 
de pente dans ce bassin naturel, elles n’en sont que plus en pente, et rendent ainsi le local fort 
aquatique et sujet aux brouillards. 

(2) La fleur des bleds coule, l’épi souffre, et il ne renferme que peu ou point de graines. L’on 
peut déjà s’appercevoir de cet accident à la tige de la plante qui se parsème de taches brunes et 
jaunâtres. 

(3) Cette rivière & sa source contient des pyrrhites sulphuivuses en très-grande quantité. Il 
est à croire que les eaux s’imprègnent de la qualité de cette substance, et ainsi elles acquièrent 
leur vertu anti-psorique. 


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L’on sent de que) poids scroit Pnnalise de ces eaux, et néanmoins il 
n’est pas à ma connoissance que l’on soit entré encore dans cet intéres- 
sant détail. 

(.4 suivre). 


BOTANIQUE. 

Nous pensons être utile à nos confrères, en leur communiquant 
le prospectus de l’importante publication botanique de MM. Pail- 
lot, Vendrely et Blanche, et nous faisons des vœux pour que tous 
nos amis encouragent, par leur souscription, l’œuvre éminem- 
ment remarquable de nos botanistes jurassiens. 

J. P. 

FLORA SEQUANIÆ EXSICCATA 

00 

Herbier de la Flore de Franche-Comté* 

PUBLIÉ PAR 

J. PAILLOT, botaniste , continuateur de YExticcata de C. Billot ; 

X. VENDRELY, Pharmacien, membre de plusieurs sociétés savantes, et H. BLANCHE, membre 
de la Société botanique de France, etc., etc. 

Sous ce titre, nous nous proposons de publier, en livraisons succes- 
sives, un Herbier renfermant toutes les plantes qui croissent en Franche- 
Comté (Haute-Saône, Doubs et Jura), afin de fournir à l’étude les types 
bien dénommés des végétaux de cette province. 

M. E. Micbalct a entrepris, il y a douze ans , sous le titre à' Herbier 
de la Flore du Jura , un semblable travail qu’il devait étendre à toute 
la chaîne jurassique; la mort est venue arrêter cet infatigable explora- 
teur presque au début de sa carrière. Notre publication reprendra son 
œuvre en l’étendant a toute la Franche-Comté. 

De nombreux et illustres botanistes ont exploré notre circonscription; 
mais ils ont laissé de côté de vastes champs d’exploration , la Haute- 
Saône par exemple, qui est peu connue et fort mal représentée dans les 
herbiers. Cependant, ce département, qui fait la jonction entre les 
Vosges granitiques et le Jura calcaire, cl participe des caractères géo- 
logiques des deux chaînes, ne peut manquer de posséder des espèces 
remarquables. 

Faire connaître les planLcs oubliées ou peu connues des montagnes 


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— 77 — 

et celles non moins importantes de la plaine, depuis l’Ain, qui forme 
en partie nos limites au midi, jusqu’aux Vosges, qui nous bornent au 
nord, depuis les sommets du Jura à l’est jusqu’à la Bourgogne, qui 
nous limitera artificiellement à l’ouest, tel est le but que nous nous 
proposons. 

Aujourd’hui qu’on s’adonne plus particulièrement à l’élude des espè- 
ces affines formées aux dépens des types linnéens, nous ferons notre 
possible pour que ces espèces soient bien représentées dans notre pu- 
blication. Nous ne négligerons rien pour qu’elles soient rigoureusement 
déterminées. Mais en livrant à nos correspondants ees nouvelles espèces, 
qu’il est nécessaire de connaître pour les discuter, nous réservons notre 
opinion sur leur valeur spécifique. 

Le moment n'est peut-être pas venu de se prononcer sur la question 
de savoir s’il faut conserver comme types distincts les nouvelles espè- 
ces érigées dans ces derniers temps. Ce que nous voulons donc , c’est 
fournir des échantillons authentiques recueillis en Franche-Comté, pou- 
vant servir à l'étude de ces nouveaux types, et apporter ainsi notre part 
d’éléments à la solution du problème. 

Ceux qui ont coopéré à des publications du genre de celle que nous 
entreprenons savent combien il est difficile de s’imposer des limites de 
temps ou de nombre. Parfois la saison s’oppose aux récoltes, parfois ce 
sont des devoirs impérieux qui réclament notre temps ou celui de nos 
collaborateurs. Aussi serait-il téméraire, au début de notre travail, d’as- 
signer des périodes fixes pour sa publication, qui paraîtra par fascicule» 
de cinquante plantes ; mais nous ferons notre possible pour publier 
chaque année un ou deux fascicules accompagnés d’un bulletin donnant 
la liste des espèces, et, s’il y a lieu, les observations qu’elles auront 
fournies. 

Notre publication, faite à cinquante exemplaires seulement, sera don- 
née en échange de plantes d’herbier et d’ouvrages scientifiques. Un fasci- 
cule pourra aussi être donné contre six plantes non encore publiées par 
nous, recueillies dans l’un des trois départements de la Haute-Saône, du 
Doubs ou du Jura. 

Nous prions ceux de nos correspondants qui voudraient adopter ce 
dernier mode d’échange, de recueillir chaque espèce en soixante parts, 
présentant, autant que possible, tous les organes caractéristiques de la 
plante, feuilles radicales, feuilles caulinaires, fleurs, fruits, racines, etc. 
Nous n’avons pas besoin d'appeler leur attention sur Futilité d’une des- 


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- 78 - 


sication faite avec soin et de manière à rendre Fétude aussi facile et aussi 
sûre que possible (1). 

Chaque espèce sera accompagnée d’une éliquetle indiquant le nom 
de la plante, la date de la recolle, la localité, la station, la nature géo- 
logique du sol, l'altitude, le nom du collecteur, et, quand il y aura lieu, 
le nom et l’avis du botaniste faisant autorité auquel les échantillons 
auront été soumis. 

Voici le modèle d’une étiquette : 


Làctucà scariola L. 

Beure (Doubs), au pied de la cascade du Bout-du- 
Monde, sur les éboulis de calcaire jurassique, à 200 
mètres environ d’altitude. 

Fleurs, le 25 juillet; fruits, le 10 août 1867. 

Rcc. par V. Bavoux. 

Pour faciliter notre travail, nos collaborateurs sont également priés 
de placer chaque part sur une feuille de papier distincte et de réunir les 
parts en un seul paquet soigneusement étiqueté. 

Nous osons espérer que les botanistes franc-comtois feront un accueil 
favorable à notre proposition, et joindront leurs efforts aux nôtres pour 
arriver à une connaissance exacte des plantes de notre province. 

Voici les plantes qui composent les trois premiers fascicules : 

Premier faeelcule. 


1 Ranunculus paucistamineusTausch. 

2 — Flammula L. var. rep- 

3 Corydalis solida Smith. [tans L. 9 

4 Fumaria Vaillantii Lois. 

5 Raphanus Raphanistrum L. 

6 Sinapis arvensis L. 

7 — arv. var. retroliispida Bor.! 

8 et 8 bis Cheirantus Chein L. 

9 Arabis alpina L. 

10 Cardamine birsuta L. 

11 Turritis glabra L. 

12 Thlaspi erraticum Jord. 

13 Capsella gracilis Gren. 

14 Senebiera coronopus Poir. 

15 lleliantliemum pulverulentumDC. 

16 Viola virescens Jord. 

17 — confiais Jord. 


18 — agrestis Jord. 

19 - sudetica Willd. 

20 Drosera rotundifolia L. 

21 Parnassia palustrisL. 

22 Hypopitys glabra DC. 

23 Polygala oxyptera Rchb. 

24 — amara Jacq. 

25 — austriaca Crtz. 

26 Dianthus cœsius Sm. 

27 Saponaria ocymoides L. 

28 Spergula vulgaris Bœnng. 

29 Sagina patula Jord. 

30 — nodosa Fenzl* 

31 Àlsinc hybrida Jord. 

32 Stellaria uliginosa Murr. 

33 Ilolosteum umbellatum L. 

34 Tilia platypbylla Scop. 


(I) Les personnes qui n’adopteraient pas la voie d'échanges pourront se procurer notre publi- 
cation k raison de 10 fr.le fascicule.— Le port est à U charge des destinataires, qui devront faire 
leurs envoi * franco. 


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35 — sylvestris Dcsf. 

36 Oxalis stricta L. 

37 Cytisus Laburoum L. 

38 — capitatus Jacq 

39 — decumbens Walp. 

40 Trifolium scabrum L. 

41 — arvense L. 

42 — agrarium L. 

■enxléne 

51 Rosa andegavensis Bor. 

52 — sphœrica Gren. 

53 — Deseglisei Bor. 

54 — comosa Rinart. 

55 — insidiosa b renier! 

56 Rubus Idæus L.var. ribæfolius. 

57 Sanguisorba serotina Jord. 

58 Epilobium birsutum L. 

59 Isnardia palustris L. 

60 Lythrum hyssopifolia L. 

61 Telephium imperati L. 

62 lllecebrum verticillatum L. 

63 Selerantbus annuus L. 

64 — biennis Reut. 

65 — perennis L. 

66 Sedum annuum L. 

67 — album L. 

68 Peucedanum Oreoselinum Mœnch 

69 CEnantbe Pbellandrium Lam. 

70 Galium decolorans G. et G. 

71 — sylvaticum L. 

72 Valerianella auricula DC. 

73 — Morissouii DC. 

74 Aster Amellus L. 

75 — salignus Villd. 

Troisième 

101 Heliotropium europæum L. 

102 Yeronica serpyllifolia L.,var.tri- 

103 Gratiola officinal is L. [locularis. 

104 Euphrasia cupræa Jord. 

105 Odontites verna Rcbb. 

106 et 106 &i5 — serotina Rchb. 

107 Erinus alpinus L. 

108 Orobancbe Cervariæ Suard. 

109 — Hederæ Vauch. 

110 Latbræa squamaria L. 

111 Lavandula spica L. 

112 Mentba sylvestris L. 

113 Salvia dumetorum Andrz. 

1 14 Nepeta Cataria L. 

(15 Stachys arvensis L. 

116 Caleopsis arvatica Jord. 

117 — dubia Leers. 

118 Scutellaria minor L 


43 et 43 bis procumbens L. 

44 Lathyrus apbaca L. 

45 — ensifolius J. Gay. 

46 Coronilla Emerus L. 

47 — montana Scop. 

48 Potentilla Güntheri Ponl. 

49 Rosa fœcundissima Muncb. 

50 — dumalis Bechst. forma virens. 

fascicule. 

76 — Novi-Belgii L. 

77 — brumalis Nees. 

78 Erigeron acris L. 

79 — Canadensis L. 

80 Arnica montana L. 

81 Bellidiastrum Michellii Cass. 

82 Gnapbalium sylvaticum L. 

83 — luteo-album L. 

84 Filago spatbulata Presl. 

85 Tragopogon orientalis L. 

86 Crépis virens Vill. 

87 Hieracium sparsumJord. 

88 — umbel latum L. 

89 Campanula rotundifolia L. 

90 Jasione montana L. 

91 Calluna vulgaris Salisb. 

92 Primula Auricula L. 

93 Androsace lactea L. 

94 Gentiana excisa Presl. 

95 — verna L. 

96 — Pneumonanthe L. 

97 Myosotis strigulosa Rchb. 

98 — versicolor Pers. 

99 — hispida Schlecbt. 

100 Echinospermum lappula Lelim. 

fascicule. 

119 Brunella vulgaris Mœncb. 

120 — alba Pall.,var. pinnatifi- 

121 Amarantbus retroflexus L. [daK. 

122 Chenopodium vulvaria L. 

123 Rumex pulcher L. 

124 Polygonum biforme Wahlemb. 

125 mite PersicariaF.Scb. 

126 Polygonum mite Sclirank. 

127 — Hydropiper L. ,var. elatum. 

128 — Hydropiper L. 

129 Eupborbia exigu a L. 

130 — hehoscopia L. 

131 — vireticola Jord. 

132 — ararica Jord. 

133 Ficus Carica L. 

134 Quercus sessiliflora Sm. 

135 Leucoium vernum L. 

136 Narcissus pseudo-narcissus L. 


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— 80 


137 Muscari racemosum DC. 

138 — neglectum Guss. 

139 — botryoidcs Mill. 

140 — comosum Mill. 

141 Spirantlies autunjnalis Reicli. 

142 Ophrys aranifera Huds. 

143 Potamogeton natansL. 

S’adresser à J. Paillot, 


144 — pcrfoliatus L. 

145 Typha latifolia L. 

146 Tnglochin palustre L. 

147 Schœnus nigricans L. 

148 Gladium Mariscus R. Bn. 

149 Carex digitata L. 

150 — ornitbopoda Willd. 

rue d’Anvers, 3, à Besançon. 


BOTANIQUE DESCRIPTIVE. 


Galium aylvatlcum var. B. Jurannin* 

Telle est la synonymie complexe de celle plante si critique, le Galium 
sylvalicum var. B. Juranum , dont la classification a exercé la sagacité 
de tant de botanistes, quorum pars magna fui . — Cette variété, comme 
Tindique le mot Juranum, a été primitivement observée dans le Jura, 
le Doubs et le Bugey (Jard. in Grenier et Gadron , fl. fr ., t. //, partie I e , 
page 21. Edition de 1850. 

Dès 1848, j’avais observé ce végétal sur les bords du Gave de Pau à 
Peyrehorade , fort éloigné à cette époque de la croire identique à la 
plante du Jura. Ce n’est qu’en 1867 que, grâces à la comparaison que 
je vis de l’individu que je possédais en herbier avec les Galium de M. 
F. Ducor, botaniste bordelais, que j’ai pu me convaincre de cette iden- 
tité , et c’est là ce qui me décide à communiquer la description de ce 
Galium au Bulletin de Poligny, comme article de botanique locale. 

Le Galium sylvaticum var. B. Juranum a des fleurs d’un blanc de lait, 
grandes corolles à lobes obtus, feuilles allongées , glauques-pruineuses 
des deux côtés, des fruits gros, une tige un peu arrondie. En somme, 
le port de la plante est des plus élégants. 

Cette variété de Galium, qui se plaît dans les endroits frais et pier- 
reux, pourrait être utilisée comme plante d’ornement. Quant à scs pro- 
priétés médicales, elle est éminemment dépurativc et anti-laiteuse. 
Séchée à l’ombre elle peut, contrairement aux autres espèces, conserver 
sa verdeur sans noircir, si l’on en croit MM. Ducor et Testas, botanistes 
bordelais, très-habiles à préparer les plantes. 

Le Galium Juranum serait une excellente fourragère , si d’après les 
expériences de notre confrère, M. Lavigne, pharmacien, cette plante 
n’avait pas la nuisible propriété de tarir le lait des vaches. Les mâles 


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— 81 — 

de Pespèce ovine et bovine pourraient, dans ce cas, la manger sans mcon- 
vénient. 

M. Jean Sénamaud, jeune, la fait mélanger avec du son pour la nour- 
riture des verrais, auxquels elle donne beaucoup d’embonpoint. M. de 
San Roman, ex-colonel de Farmée espagnole, a observé sur les bords do 
la Bidassoa , une plante rubiacée ayant de grands rapports avec le G. 
Juranum , mais en différant par ses fleurs rougeâtres et scs fruits plus 
petits. 

Tels sont les renseignements qne nous avons cru devoir donner sur un 
végétal que sa présence dans le Jura doit rendre intéressant pour la So- 
ciété académique de Poligny. 

Jules Léon, 

Pharmsaoa - Chimiste. 


MÉTÉOROLOGIE. 

Contre-observation snr nn article Intitulé s 
Cause* de la fréquence 
. 4 Mes orages dans les montagnes du Jura, 

PAR M. GINDRE, MEMBRE FONDATEUR, VICE-PRESIDENT, 

Les observations contenues dans le N° 2 du Bulletin de 1869 et qu'a 
faites notre docte collègue, M. Pidancet, sur l'article relatif aux orages 
des montagnes du Jura, nécessitent quelques mots de réplique de notre 
part. 

Nous nous trompons fort si ces remarques ne laissent pas supposer 
tout d’abord que nous ne reconnaissons « pour cause générale etunique» 
des tempêtes de notre département que l’évaporation du Léman et du 
lac de Neucbàlel, dont néanmoins l’honorable M. Pidancet ne nie pas 
l’influence nimbogénique. £t pourtant nous avons dit que « sans l’exis- 
tence sur nos frontières de ces deux mers en miniature, le nombre de 
nos orages serait bien moindre, » au lieu de dire qu'il serait nul. N’avons- 
nous pas aussi simplement écrit «que les deux lacs suisses jouentle prin- 
cipal rôle dans la météorologie estivale du Jura supérieur, » au lieu de 
dire Yunique râle? 

Que Molain, comme lieu d’observation, soit peu propice, c’est là une 
manière de voir qui est loin d’étre entièrement partagée par nous et par 
«eux qui ont suivi la route de Poligny à Champagnole, et ont remarqué 
quelle vaste étendue des montagnes du Jura et de l’Ain on découvre 

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- 82 — 

depuis le sommet de la rampe du Riable , situé entre les bornes kilomé- 
triques 7 et 8. Sans avoir l’avantage spécial d’être placé sur la Dole, nous 
avons d’autant mieux étudié les tempêtes dont M. Pidancet décrit si bien 
et si exactement les évolutions , que ce sont celles-là qui fournissent 
presque toujours les sous-orages qui arrosent les lieux voisins des ver- 
sants de la côte de l’Hcute, parmi lesquels figure notre localité. On les 
voit poindre sur les montagnes du Bugcy et s’avancer avec une certaine 
vélocité vers les hauts sommets du Jura, où elles se fractionnent ensuite 
pour venir abreuver nos différents gradins ; mais elles se distinguent des 
orages qui surgissent dans la direction des lacs suisses, por une grande 
irrégularité d’intermittence; ainsi, tantôt elles se répètent fréquemment 
pendant une série de jours, et tantôt il s’écoule plusieurs semaines sans 
qu’elles se produisent. C'est surtout dans les années de sécheresse 
qu’elles sont rares; en 1868, par exemple, le rapport du nombre de ces 
tempêtes à celui des orages dus à l’évaporation lacustrale dont nous avons 
parlé, a été une faible fraction que, faute de notes prises en temps op- 
portun sur ce sujet, nous ne pouvons préciser ici en chiffres. Si nous ne 
subissions donc que les tempêtes de cette provenance lointaine, et dont 
d’autres mieux situés que nous pour cela pourront rechercher la source, 
on ne serait pas, rigoureusement parlant, fondé à parler de la fréquence 
des orages dans notre pays, chose qui fait nécessairement entendre qu’ils 
y sont plus communs que dans d’autres contrées similaires. Ce qui nous 
parait constituer réellement le fait de la fréquence de ces bydrométéores, 
ce sont précisément les orages d'origine suisse qui éclosent et éclatent 
presque journellement pendant l’été sur la chaîne du Jura, dans les 
directions générales que nous avons indiquées. 

Une personne à qui nous parlions un jour de notre opinion sur les 
orages des montagnes et qui a habité le village de Montépile pendant 
tout le mois de juin 1854, nous disait que durant son séjour dans cette 
localité , elle ne se rappelait pas avoir passé deux journées de suite 
sans avoir essuyé de la pluie. Vers les 9 ou 10 heures de la matinée, un 
cumulus d'une médiocre ampleur se formait au-dessus du mont Jura, 
dans la direction du levant, puis 45 à 60 minutes après , sans coup de 
tonnerre préalable la plupart du temps, la pluie tombait par torrents sur 
le village, et l'orage, faisant boule de neige, se dirigeait ensuite plus loin, 
selon le rumb du vent, en faisant bientôt retentir les échos du fracas de 
la foudre. 

Mous remercions sincèrement notre honoré collègue de nous avoir 
fourni l’occasion de compléter, par ce qui précède, l’article qui a donné 


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lieu à ses judicieuses observations : la lumière naît de la dissidence des 
opinions j comme Vètincelle surgit du choc des corps . 


INDUSTRIE, 

LA NOUVELLE FERRURE » 

PAR M. A. DIPIY, VÉTÉRINAIRE AU 8 e DRAGON, MEMBRE CORRESPONDANT 

11 y a trois ans, M. Cbarlicr, médecin-vétérinaire à Paris, inventa une 
ferrure dite périplantaire, qui consiste tout simplement dans l’encastre- 
ment, dans une rainure pratiquée nu bord inférieur de ta paroi ou mu- 
raille du sabot du die val, (Tune bande de fer forgé ayant exactement 
la forme du pied. * 

Cette nouvelle ferrure souleva , des son apparition, des tempêtes de 
critique dont quelques-unes avaient malheureusement pour origine une 
mesquine jalousie de métier. Depuis cette époque, grâce à des expé- 
riences concluantes par le fait pratique, k ferrure Cherlier prend pied 
partout où elle est essayée, et cela n'a rien de surprenant, car elle offre 
sur la ferrure ordinaire des avantages «bsolus et relatifs. En effet, loin 
d’clre difficile comme on Ta prétendu toutd’abord, elle est, au contraire, 
si facile, que l’ouvrier le plus ordinaire peut la pratiquer, et le boutoir 
à guide, seul instrument particulier à cette ferrure, ne lui permet pas de 
mal faire. Elle laisse ensuite au pied sa forme naturelle, et celui-ci pose 
à plat sur toutes ses parties, qui restent intactes et conservent leur élas- 
ticité, car il est défendu au maréchal de parer le pied, comme on le fait 
d’une manière si maladroite et si inintelligente la plupart du temps, La 
ferrure périplantaire est en outre plus légère, attendu que les quatre fers 
ne pèsent qu’une moyenne de 1500 grammes , c’est-à-dire près d’un 
kilogramme de moins que quatre fers ordinaires. 

D’un autre cèté, les chevaux ferrés à la Charlicr ne glissent jamais, 
même les jours de verglas, et l’expérience faite aux omnibus de Paris ne 
laisse plus le moindre doute à cet égard. Si nous ajoutons maintenant 
que la plupart des maladies du pied inhérentes au ferrage du cheval, 
sont évitées par ce système, on comprendra que l’invention de M.Char- 
lier mérite de fixer l’attention de tous les hommes de cheval. Du reste, 
l’honorable vétérinaire de Paris n’en est pas à son coup d’essai : c’est 
lui qui, à l’époque où il exerçait en Champagne, fut le promoteur de la 
castration des vaches, qui rend de si grands services à l’agriculture en 


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— 84 — 


augmentant la production lactée et l’engraissement. 

M. Gharlier a été récompensé de ses efforts par une médaille d’or à 
l’exposition universelle de l’année dernière, sur le rapport de M. Boulez, 
membre de l’Institut, professeur général des écoles impériales vétéri- 
naires; après avoir entendu M. Gayol, la société centrale d’agriculture 
lui a décerné également une médaille d’or, et enfin la croix de Chevalier 
de la Légion-d’Honneur est venue , il y a quelques mois , couronner 
l’œuvre du savant praticien. 

La ferrure périplantaire est maintenant adoptée aux petites voitures, 
aux omnibus de Paris et aux écuries impériales, et il nous a paru utile de la 
faire connaître à la laborieuse et savante Société à laquelle nous sommes 
honoré d’appartenir. 


LE CAFÉ 

Vous me permettez, n’est-ce pas , aimables lecteurs et charmantes 
lectrices, de laisser un instant refroidir le café que l’on vient de déposer 
devant moi, sur ma petite table de travail? 

Je vais profiter de cette autorisation pour causer un instant avec vous 
de ce précieux végétal. Puisse mon modeste article vous apporter un peu 
de ce parfum exquis, de cet arôme délicat que cet excellent café exhale 
dans mon appartement. 

Le caféier (Coffea Arabica), comme disent les savants, est originaire 
de l’Abyssinie, et fut adopté avee empressement par cette terre féconde 
qui a nom l’Arabie. 

Les environs de Moka produisent les cafés les plus estimés de l’univers. 

Dès le neuvième siècle, le café était répandu en Perse. Constantinople 
en faisait un usage habituel en 1520. 

Les Italiens l’adoptèrent en 1645, et Londres vit s’ouvrir le premier 
café en 1552. 

C’est en 1660, seulement, que le café fut introduit en France. Soliman- 
Aga, ambassadeur de la Sublime-Porte, en offrit une petite quantité à 
Louis XIV et le mit à la mode à la cour. 

Il fallait être puissamment riche à cette époque pour se payer la dou- 
ceur d’une tasse de café, car la livre de ce végétal ne valait pas moins 
de 80 francs. 

La célèbre madame de Sévigné disait que Racine passerait comme le 
café ; mais elle reconnut plus tard qu’elle s’était trompée sur le compte 
de ce végétal, et écrivait h sa fille en 1680 : 


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— 88 — 

« Nous avons ici d’excellent café, ma chère enfant , c’est une très- 
bonne chose, et dont je recevrai une grande consolation dans ce carê- 
me. » 

Un des premiers cafés établis à Paris fut dirigé par un Sicilien nommé 
Procope ; les écrivains fréquentaient cet établissement et lui firent une 
immense réputation. 

Quelques aoeées pins tard, la capitale de la France possédait plus de 
six cents cafés. 

La précieuse liqueur, après avoir été exclusivement le partage des 
classes riches, fut bientôt à la portée de toutes les bourses, et l'ouvrier, 
moyennant dix centimes, put, après son déjeuner, se payer le luxe de 
la demi-tasse. 

Voltaire et Fontenelle firent un usage inconsidéré de café. 

Les poètes usèrent bientôt de ce stimulant et lui durent de douces et 
suaves compositions. Delille a dit du café : 

Il est une liqueur, au poète plus chère, 

Qui manquait à Virgile et qu’adorait Voltaire, 

C’est toi, divin café, dont l'aimable liqueur 
Sans altérer la tête, épanouit le cœur. 


Mon idée était triste, acide, dépouillée ; 

Elle rit, elle sort richement habillée, 

Et je crois, du génie éprouvant le réveil, 

Boire dans chaque goutte un rayon de soleiL 

Un souvenir touchant se rattache à l’introduction du caféier à la 
Martinique. 

Voici oe que nous lisons à ce sujet, 

« En 1720, Antoine de Jussieu, professeur de botanique <au Jardin 
du Roi , remit trois pieds de caféiers au capitaine Desclieux pour les 
transporter à la Martinique ; pendant la traversée l’eau vint à manquer, 
et deux caféiers moururent. Desclieux n’hésita pas alors à partager sa 
ration d’eau avec le troisième plant de café, et il parvint ainsi h sauver 
la plante qui lui avait été confiée par Jussieu. Cultivé à la Martinique, 
ce même arbrisseau devint la souche de toutes les plantations qui se 
développèrent dans les Antilles. 

11 est bien convenu que Moka produit le meilleur café; cependant 
nos gourmets ont réussi à faire un excellent mélange avec le café de 
l’ile Bourbon, celui delà Martinique cl une petite quantité de celui ré- 
colté à Moka. 


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— 8« — 


Un chimiste de mes amis m’adressa K récemment le procédé ci-dcssaos 
pour faire cette délicieuse liqueur. 

Je copie’textuellemcnt. 

250 grammes café Moka ; 

250 — — Bourbon; 

500 — — Martinique. 

Ne moudre qu’au moment de le préparer et jeter de l’eau bouillante 
sur le café placé au-dessus d’un filtre. 

Je pourrais , chers lecteurs et gracieuses lectrices , vous entretenir 
plus longuement sur le café. Je pourrais vous faire l’éloge de scs pro- 
priétés bienfaisantes, vous dire qu’il excite notre esprit, agrandit notre 
intelligence et sert de complément indispensable au déjeuner. Mais cet 
article est déjà bien long.... et faut-il ajouter.... que mon café est 
déjà bien froid. 

Êvariste Carrance, membre titulaire . 


BIBLIOGRAPHIE. 

Essai sur les Eaux minérales phosphatées- ferrugineuses^ par AT. C.-L. 

Sandras , docteur en médecine de la Faculté de Paris , membre corres- 
pondant. 

C’est une suite des sujets précédents, tous lus et approuvés par l’aca^ 
démie de médecine (i), tous en rapport avec la devise philosophique 
de l’école éclectique : « Variété dans l’unité, » tous visant au même 
but, ici le maintien ou le rétablissement de l’équilibre dans l’économie, 
conformément à ce qu’indique le mot même de tempérament. 

Or, de tous les corps simples appelés à concourir à la reproduction des 
animaux et des végétaux, il en est un qui se distingue entre tous, c’est le 
phosphore, doué qu’il est de la remarquable propriété de produire spon- 
tanément la lumière et la chaleur, et par là de n’ètre pas seulement in- 
dispensable à l’entretien et à la production de la vie du corps , mais 
encore au développement de l’intellect ; car, dit l’auteur, sans phospho- 
re, point de substance cérébrale, et sans substance cérébrale, point d’in- 
telligence (2). 

(I) Voir les mémoires du docteur C.-L. Sandras, dont il a été rendu compte dans les N** précé- 
dents : 4° sur la digestion et l’alimentation; 3° sur le rôle des phosphates dans l’organisme;. 
9° sur la diathèse urique. 

(3) Le Bulletin laisse au A auteurs la responsabilité de leurs article*. 


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— 87 — 


Cependant, jusqu'ici, cet agent précieux n’a pas occupé dans le classe- 
ment des éléments organiques le rang que semblaient mériter ses qua- 
lités proéminentes. C’est à lui faire recouvrer la place à laquelle il a 
droit, que l’auteur a consacré cet essai. 

Il s’occupe donc de constater la présence du phosphore au sein de 
notre appareil et de nos tissus : d’abord dans le lait et dans le sang, qui 
servent à former tous nos organes; ensuite dans nos principaux organes 
eux-mémes : les os, les dents, le système nerveux, la chair musculaire, 
l’ovule, etc.; enfin dans tous les liquides de la digestion : salive, bile, suc 
gastrique, suc pancréatique, suc intestinal. 

Puis procédant, comme en mathématiques, par la preuve et contre- 
épreuve, après avoir montré la santé à côté du phosphore, il montre la 
maladie en son absence. 

Enfin, ce qui est le prineipal objet de son travail, il attribue au phos- 
phore, ou seul, ou associé au fer, une grande part dans les cures hydro- 
logiques, et il le prouve par un tableau indicatif des principales eaux mi- 
nérales de France et de l’étranger, désignant le poids des principes fixes 
des phosphates et du fer par iOOO grammes d’eau. 

H.-G. Clbr, professeur émérite . 


— . 

POÉSIE. 

DIEUX 

PAR M. BONNEFOY, OFFICIER AU 2i* DB U CNE, MEMBRE CORRESPOND 1 . 

Répondez, Cieux et Mers, et tous, Terre, pariez i 

0 mortels, écoutez les accords de ma lyre ! 

L’Esprit-Saint verse en moi son sublime délire, 

M’embràse de son feu ! 

Mes yeux ne voyaient pas Celui que tout proclame, 

Le mal avait jeté le doute dans mon âme : 

J’ai voulu chercher Dieu! 

Et mon âme soudain aux cieux B'est élancée ! 

Je l’ai suivie : alors, guidé par ma pensée. 

J’ai franchi l’Univers! 

Puis de l’immensité j’ai soulevé le voile, 

Errant de monde en monde et d’étoile en étoile 
Jusqu’aux cieux entrouverts ! 


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Par delà l'Infini que l’esprit seul embrasse. 

On trouve l’Infini, l’espace, puis l’espace! 

Toujours l'immensité ! 

Devant tant de splendeur et de magnificence; 

Je me sais abîmé’ dan? la toute-puissance 
De la Divinité ! 

Et partout j’ai vu Dieu fécondant la matière : 

Les soleils m’ont versé des torrents de lumière,. 
Reflet de leur auteur! 

Les cieux en harmonie ont chanté ses merveilles ? 
Les milliers d’univers jetaient à mes oreilles 
Le nom du Créateur! 

Abandonnant alors ces éclatantes cimes, 

Je me suis englouti dans le fond des abîmes, 

Que le regard mortel 

Ne peut môme entrevoir ; et dans ces lieux funèbres;. 
Ma voix s’est écriée à travers les ténèbres : 

Où donc est l’Èternel ? 

Et ce mot a comblé des gouffres insondables! 

Ha voix a réveillé des échos formidables; 

Les flots en ont rugi ! 

Un éclair effrayant a déchiré les ombres, 

Le chaos s’est ouvert jusqu'en ses antres sombres 
Un nom en a surgi!...» 

Puis j'ai dit à la mer : Qui te retient captive? 

Qui dompte ton courroux quand tes flots sur la rive 
Se brisent mugissant? 

L'ouragan aussitôt s'est fait son interprète. 

Et sa voix m’a jeté dm sein de la tempête 
Un nom... le Tout-Puissant! 

Les écbos dans les airs l’ont redit à la foudre 
Ce nom.», et le soleil s'est éteint dans la peudnef 
Et j’ai vu l'horizon 

S'embràser, s'écrouler.... à mon àme éperdue 
Une voix a crié du fond de l’étendue 
Toujours le même nom! 

La terre sous mes pieds a frémi chancelante : 

J’ai voulu m’abriter, le cœur plein d’épouvante. 
Loin des chemins frayés; 

Et la voix du Seigneur me poursuivait encore, 


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Et j’ai trouvé partout, du couchant à l’aurore, 

Celui que je fuyais! 

Le lion rugissant dans la forêt sauvage, 

L’aigle planant superbe au-dessus du nuage, 

Le simoun an désert , 

L’avalanche qui gronde et bondit dans sa course. 

Le fleuve impétueux refoulé vers sa source, 
L’exaltaient de concert! 

L’enfant balbutiait son nom dans la nature, 

La brise le louait dans son léger murmure. 

L’oiseau me le chantait; 

Le chétif vermisseau le disait sous la mousse. 

L’humble fleur l’exhalait de son haleine douce, 

Le vent le répétait! 

Je me suis replié dans le fond de moi-même 

Pour voiler à mes yeux cette image suprême, 

Ce nom partout gravé : 

Mais en moi comme aux cieux, dans la mer, sur la terre. 

Sous les replis cachés de mon cœur solitaire, 

C’est lui que j’ai trouvé!... 

Et mon Âme a gémi d’avoir nourri le doute. 

Seigneur, j’avais marché dans la fatale route. 

Mais je reviens à toi! 

Ah! pardonne aux erreurs de la faiblesse humaine; 

Un repentir sincère à tes pieds me ramène : 

J’ai douté, mais j’ai foi! 


L<e Fusil Chassepot, 

( IMPROMPTU ), 

Par M. Gouésigou, professeur à Nérac, membre correspondant. 

De quoi parle-t-on à la ronde. 

Sans repos? 

D’une merveille unique au monde, 

Chassepot ; 

Qui ne connaît sa charge si facile 
Et son chien, 

Et en détail sa culasse mobile. 

Ne sait rien. 


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— 90 — 


Qui que ce soit, puissant, liomme qui brille, 
S’il n’a pu, 

Un seul instant, contempler son aiguille, 

N’a rien vu. 

On dit qu’à Sadowa, Mars, à cette merveille 
Etranger, 

Courut trourer Bismark et mit sur son oreille 
Un baiser. 


SEANCE GÉNÉRALE DU ii MARS 1869. 

La séance est ouverte à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc* 
Oulhier, Président, par la lecture du procès-verbal de la réunion pré- 
cédente. 

Correspondance manuscrite : 

« Château de S'-Brisac, par l’Il-Bouchard (Indre-et-Loire), 15 février 
1869. 

« Monsieur le Président, 

« J’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien confier à l'un des 
membres de votre Société l’échantillon joint à cette lettre. 

« J’espère que vous voudrez bien apporter votre bienveillante sollici- 
tude à la vérification des faits que j’ai pu constater celte année, dési- 
rant appuyer ma conviction sur le plus grand nombre possible d’expé- 
riences contradictoires. 

« Vous connaissez sans doute, Monsieur, le blé hybride Galland, vous 
savez quels sont ses énormes rendements tant en grain qu’en paille, je 
ne vous en entretiendrai donc pas. 

« Le but de ma démarche est celui-ci : j’ai donné au mois de mars 
dernier, comme blé de printemps, du blé hybride Galland. J’ai obtenu 
47 hectolitres à l’hectare, en quatre mois de végétation. 

« Tel est le fait que je désire vérifier sous toutes les latitudes et dans 
les circonstances les plus différentes. 

« Je joins à mon envoi, Monsieur le Président, une note relative au 
détail de celte expérience, et vous serai très-reconnaissant de vouloir 
bien me faire savoir les résultats de l’expérience faite par vos bons 
soins. 

« Veuillez agréer, etc. Goussard de Mayolle, 

Président de section au Comice agricole àc Cbinon. • 


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— 91 — 

M. de San Roman en exprimant l'espoir que scs collègues de la So- 
ciété de Poligny prendront a cœur la culture de son maïs de Tétuan, 
leur adresse une méthode pour les guider dans la semence des grains, 
les soins à leur donner sur pied et la manière de les récolter. En même 
temps, il nous annonce l’envoi d’un nouvel engrais, dont est inventeur 
un de ses amis, M. Piquet, avec une brochure de sa composition comme 
un titre à la demande qu'il se fera un devoir de nous adresser pour lui, 
de membre correspondant. 

Société Lajarrige et C ,# . — Cette Société, qui avait pour objet, comme 
on sait, l’exploitation de la mine de soufre des Tapels , près Apt, ayant 
été dissoute, les demandes d’expédition devront être adressées désor- 
mais a M. Auguste Roux, qui en est le représentant sur les lieux, ou à 
M. Ph. Gavot, à Marseille, charge d’un entrepôt, rue Tapis-Vert, 22. 

N. B. Pour éviter erreur ou fraude , toutes les balles doivent porter 
la marque suivante : Minerai de soufre trituré , Apt (Vaucluse). 

Société de viticulture, horticulture et apiculture de Brioude (Haute- 
Loire). — Notre honorable correspondant, M. le docteur Andrieux, de 
Brioude, veut bien nous informer qu’il s'occupe de créer une collection 
pour la Société de viticulture, il nous prie de lui prêter notre concours, 
en lui adressant quelques sujets des meilleurs cépages blancs ou noirs 
de nos environs. 

Quelques branches bien étiquetées , assez courtes pour être mises à 
la poste, lui suffiraient, son intention étant de faire employer lé semis 
des bourgeons, emploi qui lui a déjà donné d’excellents résultats. 

Société des artistes sculpteurs-éditeurs. — Celle Société, en voie de 
formation , nous fait l’honneur de nous adresser ses statuts et régle- 
ments, dans l’espoir de nous gagner à scs idées et de nous faire asso- 
cier nos efforts aux siens, à la vue du nombre de ses adhérents et des 
artistes qui en font partie, parmi lesquels les noms les plus considéra- 
bles, a la vue surtout, du but qu’elle poursuit : 

« Travailler à rendre l’artiste indépendant. » 

N’est-ce pas là d’ailleurs ce que cherchent tous ceux qui s’intéressent 
à l’art ? Ainsi , ne pas laisser prendre à ceux-ci cc qui appartient à 
ceux-là ; faire profiter l'acheteur et le producteur en facilitant les tran- 
sactions; faire triompher la justice en respectant la liberté, et par sur- 
croit, ménager ici une bonne affaire et lui assurer un bon traitement. 

Les statuts généraux de celte belle association sont déposés aux ar^ 
chivcs de la Société. Il y est joint un règlement relatif à la production 
et à la constitution d’une Société industrielle entre les artistes sculp- 
teurs pour la garantie mutuelle du droit d’auteur, avec une déclaration 


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de souscription aux actions et l'indication du nombre qu'on en veut 
prendre. 

M. Fernand Gibert nous annonce l'envoi prochain de deux mémoires, 
l'un, intitulé : Utilité des instruments de Météorologie à Vusage d'un 
observatoire de particulier ; l’autre : Indicateur du temps, en moyenne , 
pour toute la France , de 1871 à 1880. 

Correspondance imprimée : Ministère de l'agriculture, du commerce 
et des travaux publics : C'est le dimanche 14 février, à 2 heures, qu’a 
eu lieu, sous la présidence de Son Exe. le Ministre, M. Gressier, la 
séance publique annuelle de la Société impériale et centrale d'agricul- 
ture de France , ayant pour objet le compte-rendu des progrès de la 
science agricole depuis un an, et la distribution de 17 médailles desti- 
nées à récompenser les meilleurs travaux accomplis dans les diverses 
parties de la France, dans les différentes branches de l’économie rurale. 

Des noms des lauréats proclamés par M. Payen, Secrétaire perpétuel, 
les premiers ont été ceux de MM. Jules G,uyot et de notre illustre com- 
patriote Pasteur, tous deux honorés d'une médaille d’or. 

Le discours prononcé à cette occasion par M. le Ministre, a eu pour 
fin de péroraison ces belles paroles : « Individus et Gouvernement, 
unissons nos forces vers un même but, confondons nos efforts dans une 
même pensée : Honorer , pratiquer , faire prospérer V agriculture, et 
tous nous aurons bien mérité de la France. » 

Société philotechniquc. — Cette Société décernera, dans sa séance 
publique de mai 1869 : 1° une médaille d’or d'une valeur de 250 fr. 
h l’auteur de la meilleure pièce de 150 à 300 vers, sur la Télégraphie 
électrique ; 2° une médaille d’or de 250 fr. à l’auteur du meilleur éloge 
en prose de Benjamin Delessert , ne dépassant pas deux à trois feuilles 
d’impression. 

Société littéraire, scientifique et artistique d’Apt. — Trois médailles 
de 100 fr. : Une aux recherches sur un point d’histoire intéressant la 
province ou le comtat Venaissin ; une à une question de sciences, au 
choix des auteurs , mais se rapportant à la même circonscription ; une à 
une pièce de vers à la disposition des prétendants. 

Concours des Muses , journal des poètes, imprimé à Bordeaux. — On 
lit dans son numéro du 28 février : « Nous annonçons avec plaisir à nos 
lecteurs que M. Adolphe Louvet, notre collaborateur, a obtenu, cette 
année, à la Société académique de Poligny, une mention très-honora- 
ble pour un poème intitulé : Tm jeune Chrétietme des Gaules . 

U Almanach de la Vigne et du Vin pour 1869, par Ch. Tondeur, di- 
recteur du journal la Vigne . — Encyclopédie des bourses légères, an- 


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— 93 - 


nu aire du propriétaire et du vigneron, signé par les hommes placés à la 
tête de la science vinicole. — 224 pages d’impression, 70 figures, 60 c. 
franco par la poste (maison Victor Masson et fils, place de l’Ecole de 
Médecine). 

Lectures. — De M. Chonnaux-Dubisson : Travail sur les affections 
gastronomiques. — De M. Auguste Gigot, capitaine adjudant-major au 
74® de ligne : De la suppression des Cantinières dans l’armée. — De M. 
Dupuy, vétérinaire au 8 e dragon : Sur l’emploi d’une Ferrure de nou- 
velle forme. — De M. Ad. Huard : Charité des Sauveteurs. — De M. 
Év. Carrance : Le Café. — D’un des rédacteurs du journal de S^Pierrc 
(Pas-de-Calais), M. L. de L. : Appréciation des articles sur le Tabac, 
de MM. les docteurs Tamisier et de Baëlen, publiés dans nos dernières 
livraisons. — De M. Bourgeois : Le Canal maritime de Suez. — De M. 
C.-L. Sandras, docteur en médecine de la Faculté de Paris, membre 
correspondant : Essai sur les Eaux minérales phosphatées-ferrugineuscs 
(de celte publication, analyse par M. H. Cler). — Par le même : Mort 
du duc de Guise au château de Blois. — Poésie. De M. Ev. Carrance : 
Fernandez (légende espagnole). — De M. Gindrc deMancy, père : Les 
Buttes Chaumont; — à la mémoire du naturaliste Lamarcb. — De M. 
Geslain, une ballade intitulée : L’Oiseau du Prisonnier. 

Sont proposés et nommés membres de la Société : Honoraire, M. 
Rousselot, inspecteur d’ Académie à Lons-le-Saunier. Titulaire, M. An- 
toine Faton, propriétaire à Poligny. Correspondant, M. Cadéot, élève 
en pharmacie à Bordeaux. 

La séance est levée à 4 heures. 

Le Secrétaire-Général, H.-G, Cleii. 


On lit dans ï Abeille Jurassienne du U mars : 

Par décision du 4 février 1869, S. A. le bey de Tunis a conféré la 
croix d'officier de son ordre du Nichan à M. le D r E.-L. Bcrtbcrand, 
d’Alger, ex-médecin militaire attaché aux affaires arabes, auteur de di- 
verses publications concernant les musulmans de la colonie. 

Cette nouvelle, que nous empruntons à VAkhbar , sera bien accueillie 
de nos populations, qui n’ont point oublié l’activité et le talent que M. 
le D r Bertherand a déployés dans ses fonctions de Secrétaire de la So- 
ciété d’agriculture, sciences et arts de Poligny, ainsi que des nombreux 
amis qu’il a laissés dans nos petites villes du pied du Jura. 


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CONCOURS RÉGIONAUX. 


Le Minisire de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, 
vient de prendre l’arrêté suivant : 

Art. 1 er . L’institution de la prime d’honneur agricole sera établie ainsi 
qu’il suit, à partir de 1870. 

l* r * PRIX CULTURAUX. 

i r ® catégorie. — Propriétaires exploitant leurs domaines, directement ou 
par régisseurs et maîtres-valets : 

Un objet d’art de 500 fr. et une somme de 2,000 fr. 

Une somme de 500 fr. et des médailles aux divers agents de l’exploiUtion. 
2 e catégorie. — Fermiers à prix d’argent ou redevances en nature fixe 
remplaçant le prix de ferme (domaine au-dessus de 20 hectares) : 

Un objet d’art de 500 fr. et une somme de 2,000 fr. 

Une somme de 500 fr. et des médailles aux divers agents de l’exploitation. 
3 e catégorie. — Propriétaires exploitant plusieurs domaines par métayers ; 
Uu objet d’art de 500 fr. au propriétaire et une somme de 2,000 fr. à ré- 
partir entre métayers. . , , 

4 e catégorie.— Métayers isolés, se présentant avec 1 assentiment de leurs 

n riétaires, ou petits cultivateurs-propriétaires ou fermiers de domaines 
essus de 5 hectares et n’excédant pas 20 hectares. 

Un objet d’art et une somme de 600 fr. 

Une somme de 200 fr. et des médailles aux divers agents de l’exploitation. 
Art. 2. Une coupe d’honneur, de la valeur de 3,500 fr., pourra être dé- 
cernée à celui des lauréats des catégories ci-dessus reconnu relativement 
Supérieur, et ayant présenté dans sa catégorie le domaine qui aura pré- 
senté les améliorations les plus utiles et les plus propres à être offertes 
comme exemple. . . 

Dans le cas d’attribution de la coupe d honneur, 1 objet d art spécial a la 
catégorie ne sera pas décerné. 

Art. 3. Les médailles d’or et d’argent, dites de spécialité , continueront a 
être attribuées, comme par le passé, pour des améliorations partielles dé- 
terminées. , _ , 

Art. 4. Les dispositions en vigueur depuis 1867, pour les directeurs de 
fermes-écoles, sont maintenues. 

Des médailles pourront être ajoutées à l’allocation destinée aux divers 
agents de l’école et de l’exploitation. 

Art. 5. En 1870, les agriculteurs des douze départements ci-après dé- 
nommés sont admis aux concours ci-dessus : Eure, Mayenne, Drôme, Py- 
rénées-Orientales, Haute-Vienne, Lot-et-Garonne, Cher, Nord, Côte-dOr, 
Ardennes, Savoie et Puy-de-Dôme. 

Art. 6. Les mémoires à fournir par les concurrents, ainsi que les plans, 
notes et autres documents à l’appui, devront être adressés à la préfecture du 
département où le concours aura lieu, au plus tard le 1 er avril 1869, pour 
dernier délai. , . 

Les candidats devront indiquer la catégorie dans laquelle ils entendent 
concourir, et déclarer en même temps s’ils prennent part au concours de 
l’un des prix culturaux, ou bien s’ils se réservent seulement de disputer les 
médailles de spécialité. . . ,. 

Art. 7. Dans le cas où le nombre de concurrents inscrits dans les diver- 
ses catégories serait trop considérable pour que le jury puisse les visiter 


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— 98 — 

tous, une commission spéciale serait chargée de procéder aux éliminations 
jugées nécessaires. 

Art. 8. Le directeur de l’agriculture est chargé de l’exécution du présent 
arrêté. — Fait à Paris, le 13 jahvier 1869. E. Gressier. 

ÉCONOMIE AGRICOLE. 

Quelques mots sur les Fumiers d’étables. 

(Extrait du Cultivateur Agenais). 

Tandis que les savants, peu façonnés aux habitudes des campagnes, 
cherchent dans le dosage de l’azote et la solubilité des phosphates le 
moyen de reconnaître la richesse des engrais, les cultivateurs ne s'é- 
meuvent guère de ces mots scientifiques. 

On pourra les tromper une ou deux fois en leur vendant de la pou- 
drette allongée, comme ils disent, avec des matières terreuses; en leur 
vendant les engrais en bouteilles ou brevetés, ou médaillés dans les 
concours; mais dès qu’il s’agit de fumier de ferme, il devient difficile de 
les leurrer. Là-dessu6, ils en savent plus que les meilleurs chimistes. 

Quand un fermier achète du fumier dans son village ou dans une 
commune voisine, il en connaît parfaitement la valeur intrinsèque ; un 
peu de jugement et quelques observations lui suffisent pour apprécier 
la marchandise. 

Tout cultivateur sait que les qualités d’un fumier d’étable dépendent: 

1* De la nature des aliments donnés au bétail; 

2° De l’exercice qu’on lui fait prendre ; 

3° De la nature de la litière qu’on lui fournit ; 

4° De l’emplacement choisi pour la mise en tas du fumier; 

5° Enfin des soins ultérieurs auxquels on le soumet. 

Si on donne au bétail une nourriture verte, chargée d’eau, l'urine et 
les matières fécales seront abondantes, mais de très-médiocre qualité 
comme engrais. 

Si le bétail, soumis à un régime semblable, ne prend pas d’exercice, 
reste dans l’inaction , son engrais perdra encore de scs propriétés fer- 
tilisantes. 

Si la litière n’est pas de nature à éponger, à retenir une bonne par- 
tie des déjections liquides, ces déjections s’infiltreront presque entière- 
ment dans le sol, et la litière aura toutes les peines du monde à se dé- 
composer. 

Si l’emplacement choisi pour la mise en tas du fumier forme bassin 
et se trouve exposé aa midi, le purin n’aura pas d’issue pour s’éclinp- 


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— 96 - 


per, et au lieu de servir à arroser la masse en fermentation, il entraî- 
nera dans les profondeurs du sol la substance la plus riche des couches 
inférieures du fumier. Et d’ailleurs, par suite de l’exposition, l’engrais 
sera soumis à des chaleurs intenses qui le décomposeront en pure perte 
avec une rapidité extrême. 

Si enfin on n’arrose pas le fumier de temps en temps, si on ne l’a- 
brite pas contre les chaleurs trop vives, ni contre les pluies trop abon- 
dantes, si on ne fait rien pour absorber les gaz à mesure qu’ils se pro- 
duisent, il pourra fort bien arriver que de bons éléments on ne retire- 
rait à la veille des semailles, qu’un fumier échauffé ou épuisé sur une 
grande profondeur. 

Pour obtenir du fumier de bonne qualité, il faut nécessairement 
prendre le contre-pied de ce qui précède. 

Avec un bon fourrage vert qui aura atteint l’époque de la floraison 
avant d’être fauché; avec une nourriture sèche, soit en bon foin de gra- 
minées, de trèfle ou de sainfoin, soit en avoine, on aura des déjections 
moins abondantes que sous l’influence d’un régime aqueux, mais in- 
comparablement plus riches en principes fertilisants. 

Avec des animaux assujettis à un rude exercice ou à des travaux pé- 
nibles, la qualité des déjections deviendra meilleure encore. 

Tout le monde sait que les fumiers provenant des écuries des maîtres 
de poste, des entrepreneurs de messageries, des aubergistes, des loueurs 
de chevaux, sont préférables aux fumiers de ferme et qu’ils fermentent 
avec plus d’énergie. 

Avec une litière poreuse, qui fait éponge et absorbe les liquides sé- 
crétés par les animaux , on obtient un fumier plus riche si, bien en- 
tendu, les déjections sont elles-mêmes de bonne qualité. 

Des hommes de science fort renommés, mais & qui la pratique agri- 
cole parait étrangère, ont pensé qu'il conviendrait de faire hacher la 
paille avant de l’employer pour litière. Par ce moyen on épongerait 
parfaitement les déjections animales, oui, nous en convenons ; mais 
pour sortir le fumier de l’étable, pour l’entasser, pour le conduire aux 
champs avant sa complète décomposition, il faudrait rompre avec les 
habitudes de main-d’œuvre et de transport contractées depuis des siècles. 

Le plâtre et le phosphate de chaux fossile employés à saupoudrer 
les litières dans les étables, écuries et bergeries, et à recouvrir les fu- 
miers aussitôt leur mise en tas, nous paraissent avoir une importance 
plus grande que celle de hacher la paille des litières. 

D r de Saivb , 

POLIGNY, IMF. DE MARESCUAL. 


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— 1)7 — 


SCIENCES MÉDICALES. 


De» Hydroplsfes en général; de leur mécanisme 

et de leur» divers mode» de développement , 

PAU M. CI10NNÀUX-DÜB1SS0N, 

Docteur en mé4oelno à Villers- Bocage (Calvado*), membre correspondant. 

(Suite), 

2 # Altérations de qualité . — L’altération du sang bien positive, qui 
amène à sa suite l’hydropisic, c’est la diminution notable des quantités 
d’albumine, c’est-à-dire des parties organiques des matériaux solides 
du sérum. 

On ne rencontre probablement pas celte diminution de l’albumine 
dons aucune autre affection que la maladie de Bright; nous disons pro* 
battement, car il ne serait pas impossible qu’on pût voir chez l’homme 
ce que M. Andral a observé chez les moutons, des hydropisies pro- 
duites par une diminution de l’albumine dans le sang, indépendamment 
de l’écoulepicnt préliminaire de ce principe par les urines. 

Dans la maladie de Bright, l’bydropisie offre des caractères tranchés. 
L’œdème commence ordinairement par la face, ou bien on le remar- 
que dans différents points du corps à la fois; mais si l’albuminurie est 
aiguë, il peut faire de rapides progrès; bientôt il occupe tout le tronc, 
et les cavités séreuses se remplissent de liquide. Lorsque l’infiltration 
est encore limitée, elle se déplace avec facilité pour se porter d’un 
point à un autre; l’anasarque, lorsqu’elle est établie, est, en général, 
plus considérable, et le gonflement est plus uniformément réparti que 
dans les maladies du cœur; l’hydropisic a une tendance particulière à 
disparaître brusquement, et tantôt il ne survient pas d’accidents, tantôt, 
au contraire , on voit se produire tous les symptômes d’une apoplexie 
séreuse; le tissu cellulaire du poumon s’infiltre avec facilité. 

La peau chaude, rénitente, ne se déprime sous le doigt que par une 
pression assez forte, laquelle cause parfois un peu de douleur; le creux 
que l’on produit s’efface promptement. 

Le pouls est toujours plus ou moins fébrile; le sang retiré des veines 
sc couvre d’une couenne plus ou moins épaisse ; le sérum est plus abon- 
dant; sa pesanteur spécifique est d’autant moindre que l’urine contient 
plus d’albumine ; on y a parfois trouvé de l’urée. 

Les urines donnent un coagulum blanc, floconneux, par la chaleur, 

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l’acide nitrique, le sublimé, la noix de galle; elles sont transparentes, 
d'une odeur faible, neutres. 

Elles se décomposent moins vite, leur densité est moindre, en raison 
de la diminution de l’urée et des sels. 

Voilà donc dans la maladie de Bright, trois faits qui coïncident : ma- 
ladie du parenchyme rénal, diminution de l’albumine dans le sang, hy- 
dropisic. 

C’est la diminution de l’albumine dans le sérum du sang qu’il faut 
regarder comme la cause véritable de l’hydropisie. Quelle que soit donc 
la cause qui fasse diminuer cette albumine, l’bydropisie en sera la con- 
séquence. 

MM. Ândral et Navarre t ont analysé le sang dans la maladie qui nous 
occupe. 

« Nous avons trouvé, disent ces professeurs, que les parties organi- 
ques des matériaux solides du sérum, essentiellement formées d’albu- 
mine , avaient notablement diminué , et cette diminution nous a paru 
d'autant plus considérable, que nous constations dans l’urine ht présence 
d’une plus grande quantité <f albumine. 

Ainsi, dans trois cas de ce genre, les matériaux organiques du sérum 
descendirent de leur chiffre moyen 72 aux chiffres : 61,8; 60,8; 57,9. 
Or, dans aucune autre maladie nous n’avons trouvé une pareille dimi- 
nution. 

Chez l’individu qui présenta le chiffre si bas de 57,9, il arriva qu’au 
bout d’un certain temps, l’urine cessa de contenir autant d’albumine; 
nous fîmes alors pratiquer une seconde saignée ; les matériaux orga- 
niques remontèrent de 57,9 à 66, et dans une troisième à 72; l’albumine 
avait disparu des urines. » (Recherches sur les modifications de propor- 
tion de quelques principes du sang , 1840). 

L’eau subit aussi des modifications importantes; c’est ce qu’ont prouvé 
les mêmes expérimentateurs. Voici quelques-unes de leurs analyses : 


Premier cas . 

Fibrine 1,6 

Globules 127,6 

Matériaux solides du sérum: 

Matériaux organiques 61,5 

Matériaux inorganiques 7,6 

Eau 801,7 


Total .... 1000,0 


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Deuxième cas . 


Fibrine 2,5 

Globales 61,6 

Matériaux solides du sérum : 

Matériaux organiques 00,8 

Matériaux inorganiques 7,0 

Eau 867,5 

Total 1000,0 

Troisième cas . 

Fibrine . . . * * , 3,1 

•Globules 82,5 

Matériaux solides du sérum : 

Matériaux organiques 57,9 

Matériaux inorganiques 0,9 

Eau 849,6 

Total 1Ô00,é 


Ces analyses démontrent une altération portant sur la quantité de 
deux éléments du sang : 1° cette altération consiste en une diminution 
des matériaux solides du sérum et de l’albumine spécialement; 2° dans 
l’accroissement de la quantité d’eau , son chiffre physiologique est de 
790, et dans les trois cas cités, elle fut, représentée par les chiffres 801,7; 
867,5; 849,6. 

Nous devons encore noter la diminution assez grande des globules qui 
sc sont abaissés k 61 et a 82 dans les deux derniers cas cités. 

Comment la diminution de l’albumine dans le sang produit-elle l’hy- 
dropisie? 

M. Andral fait remarquer, à ce sujet, qu’on peut admettre une dimi- 
nution de la viscosité propre au sang, ce qui doit faciliter le passage de 
la sérosité à travers les mailles des tissus. 

D’après des expériences nombreuses que j’ai faites pendant une pé~ 
riode de seize années consécutives, il est hors de doute maintenant que 
la sérosité, dans bien des cas, s’infiltre dans les mailles du tissu cellu- 
laire général, que les urines deviennent albumineuses, sans qu’il y ait, 
dans le rein, autre chose qu’un simple trouble fonctionnel . 

Ces mêmes observations que j’ai recueillies, que j’ai publiées l'an der- 
nier, et qui sont en asçez grand nombre, me donnent Heu de croire que 
la simple hématose rénale, étrangère à tout travail plilegmasiquc, que 
l’on rencontre chez quelques sujets affectés de maladies du cœur ou de 
fièvre typhoïde, suffit pour rendre momentanément les urines albumi- 
neuses; qu’enfin une hyperémie active peut donner aussi naissance nu 


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— 100 — 


même phénomène cl à une hydropisic générale qui peut, dans ce der- 
nier cas , comme dans les deux autres, se dissiper par un traitement 
convenable. 

3° Appauvrissement du sang . — On a beaucoup parlé de l'appauvris- 
sement du sang dans l'étiologie des bydropisics. Or, le sang peut être 
appauvri, parce qu'il contient ou moins de fibrine, ou moins de globules, 
ou moins d'albumine. Nous venons de voir que, dans ce dernier cas, l’hy- 
dropisie était nécessairement constante. 

Mais en est-il de même dans les autres? 

La diminution de la fibrine n'entraine certainement pas, comme une 
de ses conséquences, l'apparition de cette maladie. 

Si les épanchements ont lieu, c'est par exception, et il faut rechercher 
une autre cause. 

Mais elle modifie la composition de la sérosité épanchée; car c'est dans 
le cas où la fibrine est moins abondante, que cette sérosité entraîne avec 
elle une certaine quantité de sang, et plus d'une fois on a vu des épan- 
chements séro-sanguinolents contenus dans le péritoine, la plèvre, le 
péricarde. 

Laënnec avait même essayé de donner les moyens de les reconnaître. 

Il est facile de concevoir Comment, sous l'influence d'une des causes 
certaines d’ bydropisics, la sérosité, en abandonnant les vaisseaux, permet 
aux éléments cruoriquc et globuleux de se mêler h elle , puisque c'est 
précisément dans les cas de défibrination du sang que l'on voit les hé- 
morrhagies se produire avee le plus de facilité. 

MM. Monneret et Fleury ont beancoup insisté sur l'influence de la dé- 
fibrination, dans la composition des sérosités. 

La diminution des globules , suivant Cullen, Huxbam, unie à celle du 
gluten (fibrine), est une cause d'bydropisie, car ce sont les globules et 
le gluten qui, étant en moindre quantité , ne retiennent plus le sérum 
élans les vaisseaux rouges, et permettent qu'il s'échappe plus facilement 
par les conduits exhalants. 

Mais c'est un fait trop généralement admis, que la moindre quantité 
des globules puisse produire la diathèse séreuse; pour peu qu'elle soit 
considérable, en effet, elle amène, comme conséquence presque néces- 
saire, l'état liydrobémique. 

Si l'opinion de Cullen est fondée, les femmes profondément atteintes 
de chlorose devront plus particulièrement devenir bydropiques. Or, dit 
M. Andral, dans le cas de chlorose simple, je n'ai jamais vu les cavités 
séreuses se remplir de liquides , et je n'ai jamais non plus observé de 
véritable anasarque; tout au plus peut-on constater, chez quelques chlo- 


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- 401 — 

roliques, un léger œdème au pourtour des malléoles, ou un peu de bouf- 
fissure des paupières, et voilà tout. 

Cet œdème, dont parle M. Andral, et que Ton peut assez souvent ob- 
server, est quelquefois plus prononcé. J’ai connu une femme affectée, 
depuis plusieurs années, de chlorose simple, et chez laquelle l’infiltration 
séreuse était, à certaines époques de l’année, assez considérable pour 
s’étendre des malléoles à tout le membre inférieur et au tronc. La bouf- 
fissure du visage et du cou était aussi très-manifeste , et dans tous les 
points gonflés, la peau conservait pendant longtemps l’impression du 
doigt. 

Les ferrugineux et une hygiène bien entendue faisaient, pendant 
l’été, diminuer d’une manière notable la chlorose et scs accidents; mais 
ces accidents étaient diminués, mais non disparus. Ces mêmes moyens 
étaient beaucoup moins efficaces pendant l’hiver. 

Dans les cas de chlorose, est-ce la modification subie par le sang qui 
produit l’œdème? 11 résulte, en effet, des expériences de MM. Andral 
et Gavarret, qu’en même temps que les globules diminuent dans le sang, 
la proportion d’eau augmente. La quantité d'albumine, il est vrai, reste 
la même; mais ne pourrait-on pas admettre que ce principe subit une 
diminution relative, à cause de la plus grande proportion d’eau? 11 y 
aurait, comme dans l’albuminurie, une diminution delà viscosité propre 
au sang, d’où résulterait l’œdème. Ou bien celui-ci est-il produit par 
les troubles circulatoires qu’entraîne encore l’altération du sang ? 

* Dans la chlorose et l’anémie , le cœur, moins stimulé par l’élément 
globulaire, partageant d’ailleurs la faiblesse de tous les autres organes, 
est moins propre à réagir sur la colonne de sang artériel que, dans l’étnl 
normal , il lance partout avec force et régularité ; ou sur la colonne de 
sang noir qui doit être mise en contact avec l'air atmosphérique. De là, 
séjour prolongé du sang dans les ventricules, qui se vident lentement et 
incomplètement, au moment de la systole; difficulté pour les veines caves 
de se dégorger dans des cavités presque toujours pleines; reflux et stase 
du sang dans les veines périphériques ; exhalation séreuse , suite d’un 
ralentissement dans la circulation. 

Quoiqu’il en soit de l’explication, on admet généralement que l'oedè- 
me, chez les chlorotiques, est produit sous l’influence des troubles cir- 
culatoires. 

Pes historiens et des médecins nous apprennent qu’à plusieurs épo- 
ques on a vu des hydropisies sévir sur des populations qui, tourmentées 
par la disette, la misère, étaient obligées de se nourrir de plantes her- 
bacées et de racines (Gaspard) , ou de poramcs-dc-tcrrc de mauvaise 


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- 102 - 


qualité (Peddic); on a vu aussi ces accidents sc manifester chez les pri- 
sonniers dont la nourriture est malsaine, insuffisante. 

Broussais dit : « Nous trouvant en Andalousie à une époque où le 
« bled était rare, sans doute à cause de la consommation qu'en faisait 
« l’armée française et de la difficulté d'en faire venir d'Afrique, nous 
« autres français, nous ne souffrions pas ; mais les pauvres de la ville et 
« presque tous les malheureux qui avaient pendant longtemps supporté 
« la faim, devenaient hydropiques des extrémités inférieures. 

« On les voit se traîner dans les coins des rues, manger des trognons 
« de choux ou des débris impurs. 11 en mourait plusieurs par jour, et la 
« mortalité alla même jusqu'à 17 dans les 24 heures. J’en ouvris qucl- 
« ques-uns, et je leur trouvai de la sérosité dans toutes les cavités. 

« 11 y avait là une modification scorbutique. » ( Traité de pathologie 
et de thérapeutique générale). 

Dans tous les cas, il est vraisemblable que l'alimentation a dû modifier 
la composition du sang; que là était lé point de départ de l’hydropisic, 
et il est permis de conjecturer que le sang éprouve, sous l’empire de cette 
influence, une diminution de son albumine. 

Ce qui peut encore donner quelque poids à cette conjecture , c’est 
qu'on voit des moutons nourris dans des lieux humides, avec des pâtu- 
rages de qualité insuffisante, devenir hydropiques, parée que le sang a 
perdu de son albumine. 

On voit quelquefois l'hydropisic survenir dans le cours et vers la fin 
des diverses cachexies, et on a longtemps donné la raison en invoquant 
l'appauvrissement du sang. 

Dans les maladies saturnines, les tissus se décolorent, les chairs de- 
viennent flasques, la peau prend une couleur jaune pâle caractéristique. 

Laënnec a trouvé que le sang était plus pâle et existait en moins grande 
abondance. M. Andral a meme constaté qu'il subissait une diminution 
aussi grande que dans l'anémie spontanée ; mais la fibrine et les autres 
éléments solides conservent leur quantité normale. 

11 survient un véritable état de cachexie, et le malade meurt sans pré- 
senter aucun symptôme d’hydropisie. 

Dans la cachexie mercurielle, on observe que le sang est mou,diffluent, 
moins riche en fibrine; il y a de la tendance aux hémorrhagies passives 
et non à l'hydropisic. 

Les jambes s'infiltrent quelquefois ; mais l’œdème s'explique facile- 
ment par les palpitations, l'anhélation, les syncopes, en un mot, par les 
troubles circulai oircs. 

Les phthisiques ne deviennent hydropiques que si lu phthisie coïncide 


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— m — 

avec les maladies qui produisent les épanchements séreux (maladies du 
foie, du cœur, des reins, des veines). 

J'ai vu deux fois Fanasarquc apparaitre chez des phthisiques; bien que 
l’affection tuberculeuse du poumon fût très-avancée dans les deux cas, 
j’afBrmai qu’elle ne pouvait elle-même produire cette complication. 

L'examen des urines, et plus tard, l’autopsie, révélèrent une affection 
granuleuse des reins chez l’un et l’autre malade. 

Les affections cancéreuses ne peuvent, pas plus que les précédentes, 
produire par elles-mêmes la diathèse séreuse. 

Chez plusieurs individus affectés de cancer de l’estomac, et chez les- 
quels existait une hydrohémie bien établie , M. Andral n’a découvert 
aucune trace d’hydropisie ; et dans les cancers utérins, qui peuvent faire 
descendre le chiffre des globules à 21, si cette maladie a été observée, 
il s’en est toujours rendu compte par les altérations diverses des solides. 

Le scorbut, la syphilis, comportent les mêmes remarques. Eu un mot* 
dans tous ces états de cachexie, il est presque toujours facile de constater 
l’intervention aceidentdle de quelqu’une des conditions pathogéniques 
les plus incontestables de l’hydropisle. 

Les fièvres intermittentes prolongées sont fréquemment suivies d’é- 
panchement séreux dans le péritoine, et quelquefois d’anasarque. 

L’hydropisie est-elle le résultat de l’hypertrophie de la rate, de la 
maladie de Bright, d’une intoxication miasmatique? 

Celte dernière opinon paraîtra la plus probable, car Fhydropisie cède 
au sulfatc^de quinine. ( A suivre. ) 


DESCRIPTION 

topographique - médicale 
+ de Ottampagnole , de son canton et des mon* 
tagnea au balllage de Pollgny, 

PAR DEVILLAINB, 

Chirurgien gradué de Chumpagnolc, correspondant de la Société royale de médecine (année 1788), 
PUBLlÈB, d’après le manuscrit original, 

Par H. Achille CH R R EAU, 

DOCTEUR EM MÉDECINE, LAURÉAT DE L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE, ETC. 

(Suite). 

Champagnole, dans la plaine qu’il occupe, est exposé à tous les vents; 
mais ceux qui soufflent du nord et du midi sont beaucoup empêchés 


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par les deux montagnes que j'ai décrites, tandis que les vents de nord- 
est et de nord-ouest, de sud-est et de sud-ouest joücnt avec une li-* 
berté entière. Ceux de sud-est ei de sud-ouest régnent le plus et sou- 
vent avec une impulsion qui cause du dommage (1). L*on a moins à 
craindre des vents du nord, du nord-est et du nord-ouest, si ce n’est 
en hiver qu'ils enlèvent la neige, la recueillent en tas, en remplissent 
les chemins et fatiguent les voiageurs en les arrêtant dans leur course. 

Les orageB et les inondations nous viennent communément du sud- 
est et du sud-ouest; les cruels désastres de la grêle et delà foudre 
sont dûs aussi à ces deux vents, et des malheurs d'une date récente ne 
nous l’ont que trop confirmé (2). 

L’on apperçoit des aurores boréales, quelquefois au nombre de deux, 
dans le cours d’un an. Elles ne sont d*une remarque singulière qu’en 
ce que elles nous présagent une révolution atmosphérique prochaine* 
maisplus volontiers pour une tempête et une pluie continue que pour 
lin beau fixe et durable. 

Les sources sont abondantes sur le territoire, et jamais elles ne sont 
stériles ; mais il y a plus ou moins de choix pour la qualité des eaux 
qu’elles donnent. Il en est qui circulent dans le sable, le gravier, les 
eailloux, qui flattent le coup-d’œil par leur netteté, et qui sont d’un 
goût savoureux ; c’est celles que Ton distingue et préfère en boisson. 
Cependant, elles sont à un degré de vivacité qui inspire de la défiance, 
principalement dans le tems des grandes chaleurs. 

(1) Ces vents déracinent les arbres, les couchent ou les brisent; ils dérangent et g&tent les 
toits des maisons, dont la plupart sont recouvertes à ancclles ou gros bardeaux, ns nuisent en- 
core aux bleds, lorsqu*!ls sont sur tige, aux chanvres et aux turquiês, lorsqu'ils ont atteint use 
certaine hauteur. 

(2) Le 17 de juillet 1787, entre les 10 et les II heures du matin, le ciel qui ôtait beau se cou- 
vrit de nuages, un vent de S~0 gagna sur le nord, le tonnerre gronda, et tout-à-coup nous fûmes 
assaillis d'une grêle sèche dont on a peu d'exemples. Des grains ont pesé une once et demie. 
La plupart étaient configurés en long, avec des pointes multipliées et fort aiguës. Cette grêle a 
perdu entièrement la récolte Ae notac territoire et de plusieurs autres, jusqu'à la distance de 
quatre a cinq lieues. Les personnes qui travaillaient aux champs ont été surprises et ont souffert 
beaucoup par differentes mutilations sur la tète, le visage, les bras, etc. Il a péri un grand nom- 
bre d’oiseaux des blessures qulls n’ont pu éviter, soit en rase campagne, soit qu'ils fussent ca- 
chés dans les buissons. Le mois d’après, celui d'août, à son 16®° jour, un 2 ma orage est survenu, 
qui a détruit ce que nous avions en reste. De nouveaux cantons ont été saccagés encore. Ces 
deux accidents ont entraîné une perte dont se ressentent les particuliers de toutes classes. La. 
première époque a été ftincstc à un jeune garçon que la foudre a écrasé comme il cherchait un 
abri sous une haie d'épines. Quelques années auparavant, deux autres hommes, te père et le fils* 
subirent le même genre de mort à l'instant où ils se réfugièrent sous un arbre. Trois ouvriers 
qui s'étaient rendus au même gîte, furent atteints aussi et jettés sans connaissance loin les uns 
des autres. Un prompt secours les rappela à la vie, mais il a fallu des soins inconcevables pour 
les réintégrer dans l’état de 9antè, Il n'est guère do saisons d'été ou d’automne, qu'il n'arxivo ici 
de pareilles catastrophes. 


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En hiver» Ton pratique des abreuvoirs qui contiennent de ces eaux; 
l’on y conduit le bétail. En été, il s’abreuve des eaux de rivière; il en a 
la facilité de quelque côté qu’on le mette en pâturage. 

Quelques communautés de ce district, comme Loullc, Safflaux (l) 9 
Mont-sur-Monnet , Songesqn y Le Picarreau, La Marre ,. n’ont de ressour- 
ces que dans les eaux de leurs puits et de leurs citernes; c’est où l’oq 
puise la boisson pour les hommes, tandis que les anitqaux sont réduits 
à des eaux croupissantes que l’on recueille dans des creux, des égouts* 
etc. Quelque-fois, après une longue sécheresse, ces abreuvoirs tarissent; 
les puits et les citernes ne rendent à peine que pqujr la consommation des 
habitants du lieu. Alors, l’on est forcé de diriger le bétail fort au loin, 
ce qui établit une gène inconcevable , outre que le bétail soufre et ac- 
quère des maladies. 

La commodité des eaux est néanmoins aussi grande qu’on puisse le 
désirer dansées montagnes ; il est rare, en les parcourant, que l’on n’y 
découvre des sources proportionnées aux besoins de tous, les individus. 

La curiosité y offre, à son tour, des ruisseaux, des cascades, des tor- 
rents, des lacs, des marrais, des tourbières. La nature y a pourvu par les 
couches de roc composées de lits de pierre de granité, dea assises de pierre 
argileuse ou schisteuse, des couches de pierre gypseuse, et d’argilles ou 
molles ou endurcies, qui entrent dans la formation de ce pais jmontueux. 
Tous ces lits pierreux ou terreux s’aident merveilleusement à retenir 
les eaux qui tombent sur la surface, à les conduire, à les amasser, à les 
contenir dans des réservoirs ou des canaux souterreins. 

11 est d’autres couches composées de sablon, de gravier, de petits 
cailloux, de mica, de parties de spath fort dur, enfin de pierres coupées 
en tout sens par des fissures et des fentes qui laissent aux eaux un pas- 
sage plus libre. Alors, ces eaux ne pouvant être conservées, se filtrent, 
s’échappent et suivent un cours progressif pour la création des sources 
qui sont notre richesse. 

Ces montagnes recèlent dans leur sein beaucoup de coquillages, et 
l’on en rencontre à toutes sortes de hauteurs et de profondeurs. Ils sont 
de plusieurs genres : l’on discerne des trochites , des turbinites, des 
cochiites , des ostracites , des fragments de litrophrites , et de petits 
glossopètres, ou dents de poisson. 

L’on possède encore des mines de fer qui servent d’aliment aux 
fonderies et aux usines si multipliées dans la province. Ces mines sont 
tantôt à la superficie de la terre, tantôt par lits , par filons et par cou- 

(I) Lisez : Saflloz. (A. C.) * 


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— 106 — 

clies horizontales. Dans l’exploitation , l’on en tire des morceaux de 
différentes formes et qui varient aussi pour la couleur et la grosseur. 
Il y en a en grains mélangés avec la terre ; d’autres en roches et en 
masses irrégulières. Si ces productions sont un trésor réversible ëur 
notre commerce, nous n’en valons guères mieux, en considérant que nos 
forêts tombent en dégradation et s’épuisent. Ainsi , par des voyes de 
cupidité, l’on se frustre d’une des aisances de la vie, celle de se chauffer 
commodément et h frais modiques (1), au centre du bois même. 

Les plantes, que l’on a en foule sur ee continent, sont un attrait pour 
les amateurs. Avec du temps et de la capacité, l’on auroit une flore bien 
précieuse ; il y a de quoi remplir cette intention en rassemblant les 
espèces (2) qui sont éparses ça et là, et qui montrent une diversité des 
plus sublimes. 

L'œil est saisi d’admiration lorsque il repose sur ces êtres organisés, 
ou bien qu’il en étudie toutes les classes, c’est-à-dire que le répertoire 
en est vaste et le tableau de la plus rare magnificence. 

Celles qui produisent des fleurs se succèdent sur les monts comme 
dans la plaine, dans les jardins comme dans la campagne. Quelques-unes 
commencent d’éclore, des que le soleil du printemps dispose à une pre- 
mière végétation; tels, l’humble violette, la modeste prime-vère,le doux 
tussilage, le tendre perce-neige, etc. D’autres, en plus grand nombre, 
développent un charmant éclat dans la saison des chaleurs. Enfin, nous 
avons celles d'automne qui se parent aussi de toute leur beauté. Mais le 
moindre frimât a bientôt altéré leurs nuances et dérobé leur parfum 
délicieux. 

La main industrieuse des hommes n’est pas toujours appliquée à leur 
culture; il en est par milliers qui naissent dans l’oubli de nos prépara- 
tions, et dont l’existence est peut-être moins bazardée que si elle dépen- 
doit de tous nos efforts. 

Cette faveur est grande, sans doute, mais elle nous borne trop, car iî 
seroit facile que nous étendissions encore nos jouissances si nous étions 


(I) La valeur de l’arpent de boisa triplé et quadruplé, même depuis 30 ans. Il était facile alors de 
l’acquérir au prix de soixante à quatre-vingts livres ; aujourd’hui, l’on voit qu’il monte au taux de 
cent écus, et souvent plus que moins. La corde, qui n'était estimée que 3 f. 10 s., sc pale jusqu'à 
douze livres; et c’est encore une faveur pour un particulier si, à ce compte, on lui en délivre 
suivant sa consommation. 

(3) La nature, dans ses vûes libérales, a doüé ce climat de quelques espèces assez rares, tels 
le Mcum % YUva-Vrsi,\a. ciguô majeure, la Belle-donc, les Aconit* bleus et jaunes, le Cyclamen 
ou pain de pourceau, l’Eupatoire d’Aviccnnes,la Morelle ou Dulc-amara , le Rhapontic, les Aris- 
toloches, la Gentiane, YAiclepias. La médecine en compte d’ailleurs une multiplicité d’autres 
qui sont consacrées à &on usage. 


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plus justes cl que nous prélassions davantage ù la nature du sol et à ses 
propriétés. 4e parle des arbres à fruits dont on a peu a cœur l'institu- 
tion, parce que Ton se persuade qu’ils ne sont point adaptés au climat. 
L’erreur est des plus palpables; j’aurais à citer des particuliers qui ont 
fait des essais dans le genre même des plans délicats et précoces ; le 
succès couronne aujourd’hui leurs entreprises. Beau motif d’cocoura- 
geinent pour tous ceux qui ont des héritages et qui sont jaloux d’en 
accroître la valeur ! 

L’on a le gain de cause jusqu’à choisir l'exposition qui scroit la plus 
propice aux arbres à fruits. Sur les hautes montagnes, l’on cultiveroit 
ceux qui ne demandent pas un terrein bien fécond et qui résistent le 
mieux à l’intempérie de l’air, tels le châtaigncr, le prunie, 1c pommier 
tardif, etc.; l’on réserveroit pour les vallons et les céteaux tous les plans 
qui veulent un abri, de la chaleur, et un sol généreux, tels le poirier, les 
arbres à noyaux , etc. 4e m’étaye de cct arrangement afin que chaque 
espèce, soit des arbres, soit des plantes, puisse sc concilier avec les diffé- 
rentes saisons, pris égard à l’ordre qu’elles suivent. Expliquons-le : 

Les hivers sont déjà très-rudes dans cette partie de nos montagnes, et 
ils ont une durée bien longue ; l’on datte volontiers du milieu d’octobre 
pour leur entrée ordinaire, et de la fin de mai pour leur sortie. En avril, 
souvent l’on a de la neige, et l’on éprouve des gelées, de sorte que nos 
printems sont assez courts et peu gracieux. Il faut alors que le cultiva- 
teur se presse pour les labours et la semaille des grains. Il est vrai , le 
local de Champagnolc semble privilégié en ce que la neige s’y perpétue" 
moins que dans aucunes des parties qui l’entourent; en revanche, le 
froid et la gelée y manifestent la plus vive actions tout y coopère : la 
proximité des montagnes, de notre rivière, de nos bois, etc. 

Il n’est guères de milieu non plus pour les chaleurs d’été: a certaines 
heures du jour clics sont dévorantes. Lorsqu’une fois le soleil a dardé 
ses rayons contre le roc, c’est un air brûlant que l’on respire, surtout 
si le vent du midi règne. Après, nous tombons dans le contraire, car les 
matinées et les soirées sont des plus fraîches, quelque soit le vent qui 
ait le dessus, et quelle que soit la position que l'on garde. L’on observe 
encore qu.e malgré la continuité des grandes chaleurs, la moindre pluie 
suffit pour raffraichir l’air au point que la santé en est altérée, si l’on 
ne s’y attentionné, et que l’on ne se deffende de celte impression ! 

L’on est exposé au meme inconvénient dans la saison d’automne ; 
l’on passe alors d’alternatives en -alternatives. Aussi les corps con- 
servent rarement leur intégrité : il leur est dévolu presque de payer 


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— 108 — 

les vicissitudes de l’air, ou par des dérangemens ou par des affccüoDs 
sérieuses. 

Chaque paroisse offre ici une division singulière , en ce que il est 
une infinité de hameaux qui en dépendent , à plus ou moins d’éloi- 
gnement les uns des autres. Partout où il y a des habitations (j’en 
excepte les granges qui sont en petit nombre), l’on découvre comme 
un village formant sa communauté à part, quoiqu’il reconnoît un chef- 
lieu. 11 n’est donc guères de pals mieux peuplé, j’ose le dire. L’histoire 
des innoculations nous le prouve évidemment (1). 

Les demeures des particuliers annoncent beaucoup au dehors; elles 
renferment peu de commodités à l’intérieur. Ils sont eux-mémes leurs 
architectes ; par un mauvais goût qui leur est naturel, ils s’emprisonnent 
sans regarder a la dépense. Tout est mal distribué dans leurs apparte- 
ments; tout y jure; et jamais point de réforme, parce que l’habitude a 
l’ascendant sur les esprits. 

La mal-propreté gagne encore comme une chose de mode, et elle perce 
jusque dans les moindres arrangemens que l’on se permet : peu ou point 
de linge dans les ménages , des haillons pour couvertures de lit , des 
baquets pour des pots de chambre. 4e n’entre dans cette légère expli- 
cation, qui fait assez deviner combien l’on se néglige sur ce qui exigeroit 
plus de soins. 

L’appareil imposant , lorsque les gens sont rassemblés à l'époque de 
quelques fêtes, laisse pourtant une autre idée de leur conduite; caria 
plupart affichent le luxe dans les vêtemens , et cette folie est des deux 
sèxcs. Ce n’est plus la simplicité des campagnes ; c’cst le ton de la ville; 
l’on en épouse toute la recherche (2). 

L’on met de l’élégance jusqu’à vouloir être serré, pincé dans ses habits, 
parce que la taille en est mieux prise. A ce but , l’on emploie les plus 
minces étoffes qui collent et joignent mieux. Je ne saurais pardonner 
ce ridicule ; il est l’enfant de la vanité, et il sied mal à des personnes 
faites pour obéir à la restrictiop de leur état. 

( A suivre ). 

(!) L'auteur fait ici allusion à une méthode sur laquelle il reviendra et qui consistait à préser- 
ver de la petite vérole, par l'inoculation même de la maladie. On sait qu’avant la découverte 
admirable de la vaccine, Y inoculation fut en grande faveur, et que le duc d’Orléans donna 
f exemple en faisant inoculer ses propres enfants. (A, G.) 

(9) Qnc dirait donc aujourd'hui notre brave chirurgien? (A. Ç.) 


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— 109 — 


BIBLIOGRAPHIE. 

LA TRICHINA SPIRALIS D'OIVEN . — Histoire naturelle.— Patho- 
logie. — Médecine légale. — Hygiène publique. — Police médicale ; 
par le docteur Prosper de Piétra Santa , médecin (par quartier) de 
S. M. r Empereur, avec figures intercalées dam le texte. 

II est bien rare, lorsqu’une question d’hygiène se pose devant l’opi- 
nion publique et y suscite une certaine émotion, de ne pas voir M. 
Prosper de Piétra Santa s’empresser d’y apporter le contingent de ses 
recherches et de scs expériences. 

f . On se rappelle l’alarme causée dans la partie de la population ha- 
bituée à faire usage du porc, à l’annonce des empoisonnements produits 
par ta chair de cet animal, et résultant de la présence des insectes para- 
sites dont elle était infectée. Le premier soin de l’auteur est de calmer 
les inquiétudes, et de bien séparer nos habitudes alimentaires de celles 
de l’Allemagne, où la maladie a exercé tant de ravages. Au-delà du Rhin* 
la viande de cochon se mange presque crue ; chez nous, elle subit une 
cuisson assez prolongée pour détruire les germes de ces vers microsco- 
piques acharnés h ronger les muscles, fibre par fibre, et sûrs de conduire 
à une mort prompte, au milieu des angoisses et des tortures. Ajoutez la 
surveillance incessante d’un gouvernement consciencieux , dont l'œil 
toujours ouvert a su préserver nos bétes à cornes du typhus qui a 
dévoré celles de l’Angleterre, et ne sera ni moins habile, ni moins heu- 
reux n sauvegarder la santé publique de l’invasion du fléau en question 
et à l’arrêter aux frontières. 

IV. Le parasite vivipare qui envahit les intestins de certains mammi- 
fères, entrevu dès 1822, n’a été décrit et classé dans l’ordre des néma- 
toldcs qu'en 1835, par Richard Owen, qui lui donna le nom dé Trichtna 
spirahs. L’étude sérieuse du docteur anglais ouvrit la voie à une série 
successive d’investigations longues et patientes qui, recueillies par l’au- 
teur et par lui rendues vivantes à l’aide de figures intercalées dans le 
texte, figures prises sur le fait, mais grossies de vingt à cent fois, lui per- 
mettent de nous démontrer dans les divers phases qu’il parcourt, le ver 
envahisseur et meurtrier : son existence à l’état de chrysalide; son 
développement; sa maturité; scs modifications de couleur et de consis- 
tance; les lésions de plus en plus marquées, imprimées par ses atteintes 
aux parties du corps en proie à ses morsures ; sa santé accrue par la des- 
truction de celle de ses victimes, de manière à le rendre capable de ré- 
sister à un froid do 25° et à une température haute de plus de 50. 


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— 440 — 


Détails curieux pour tous et précieux pour les hommes de l’art : 
accouplement et reproduction des trichines en nombre infini, de la lon- 
gueur de 2 à 3 millimètres; migrations de ces helmintes dans un même 
animal et leur transmission d’un animal h l’autre; brièveté probable de 
la vie de chacun d’eux, trop compensée par leur fécondité génératrice ( 
et la rapidité de leur diffusion ; mode et présence de leur apparition 
venimeuse dans l’organisation humaine. 

III. La maladie produite par les trichines est appelée, d’après l’éty- 
mologie, trichinose; à ce nom, l’auteur reconnaissant propose d’ajouter 
celui de Zenker , en l’honneur du professeur de Dresde qui a doté la 
science de la première observation clinique. A ce propos, histoire émou- 
vante de la jeune servante d’auberge qu’il a reçue dans son service le 12 
janvier 4860. — Symptômes, diagnostics, accélération précipitée damai, 
fincruellc, autopsie qui, sur l’aile de l’analogie, fait monter le praticien 
des effets aux causes, et le conduisant au repaire de destruction de ccs 
myriades d’assassins, y met sous la main la première coupable, l’injection 
indigeste de la chair de porc. 

Trois stades dans les principaux phénomènes morbides de la trichi- 
nose : 1° trouble des fonctions des organes digestifs; 2° troubles de la 
circulation; 3° troubles des fonctions du système musculaire. 

IV. Remèdes , double indication : ou bien éloigner de l’organisme 
le foyer d’infection constitué par les trichines intestinales produisant 
sans cesse de nouvelles générations d’embryons ; ou bien tuer la jeune 
trichine alors qu’elle a envahi les fibres musculaires. 

Suit l’énumération d’un grand nombre de médecins et la mention de 
leurs procédés. 

V. Aperçu des diverses épidémies observées sur les divers points de 
l’Allemagne , et sans explication d’origine avant la découverte de la 
trichinose. 

VI. Gomment la médecine, la médecine légale est appelée à réparer 
les erreurs de la justice et les soupçons iniques et injurieux de l’opinion. 
En 4845, à iessen, en Lusaee, déjeûner de huit amis chez un droguiste 
qui leur sert surtout des saucisses cl des jambons. A la suite de ce repas, 
dans un intervalle de 45 jours, cinq des convives meurent empoisonnés. 
Les trois autres traînent péniblement une convalescence équivoque et 
languissante. Sous le cri d’anathème qui s’élève de toutes parts , bien 
que le crime ne soit que dans les imaginations, le malheureux^ droguiste 
et sa famille se voient obligés de fuir au-delè des mers. Dix-buit ans 
plus tard , au mois d’avril 4867, la science traite un des survivants, et 
ne saisissant d’autres traces de poison dans les parties du corps plus cs- 


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— lit - 

sentiellcment affectées, que les impressions corrosives des trichines, il 
lui est donné de réhabiliter de pauvres proscrits innocents. 

VII. En attendant que la thérapeutique ait trouvé une guérison sûre, 
nécessité de recourir aux moyens préventifs en sollicitant l'intervention 
de l'hygiène publique et de la police sanitaire. 

VIII. Résumé pour la Faculté et les hommes de science (voir l’ou- 
vrage). Conclusion pour le public. Le tenir en garde contre les maladies 
par des publications fréquentes; surveiller attentivement la chair des 
porcs au moment où ils sont abattus ; vérifier s’il n'y a pas de trichines 
dans la viande livrée h la consommation, et interdire la vente des ani- 
maux infectés. 

Remercions M. le docteur de Piétra Santa d’avoir pensé que devant 
les menaces à la santé publique, tout autant que devant celles à l’indé- 
pendance du pays, il convient de faire entendre le cri des anciens : « Que 
l'Autorité veille, » « Caveant consules . » 

H.-G. Cleh, professeur émérite. 


MÉTÉOROLOGIE. 

DESCRIPTION 

du Baroseope ou Baromètre chimique, 

PAR M. BLONDEAU, 

Membre fondateur, Vice -Président. 

L'année dernière, le journal la Vigne signalait l’apparition en France 
d-un instrument nouveau de météorologie, le Baroseope. On l'appelle 
encore baromètre chimique ou Pronostiqueur du temps. Il est connu et 
employé depuis longtemps en Angleterre. C’est le Slorm-glass de l’a- 
miral Fitz-Roy, qui en faisait si grand cas, qu’il en avait pourvu, dit-on, 
tous les bâtiments de guerre sous ses ordres. Il lui attribuait In merveil- 
leuse propriété de prédire 24 heures d’avance tous les changements de 
temps. 

Cet instrument, recommandé par le savant rédacteur en ebef du jour- 
nal la Vigne , parait prendre faveur, et c'est â notre collègue, M. Fer- 
nand Gibert , de Bordeaux , dont les lecteurs du Bulletin connaissent 
les travaux en météorologie, que nous devons l’exemplaire qui fait l’objet 
de nos observations depuis quelques mois. 

Le baroseope se compose d’un tube en verre de 30 centimètres de 


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hauteur sur 8 de circonférence, fermé à la lampe à son extrémité infé- 
rieure, et par un bouchon de liège h sa partie supérieure. Il renferme, 
jusqu’aux deux tiers de sa hauteur, un liquide incolore dans lequel appa- 
raissent des cristaux légers qui sont le plus souvent réunis en une masse 
blanche au fond du tube jamais on les voit aussi quelquefois suspendus 
A la surface du liquide en flottant dans le tube, semblables h des flocons 
de neige. 

La planchette sur laquelle cet instrument est fixé porte les annota- 
tions suivantes : 

OBSERVATIONS TRÈS- UTILES. 

« Suspendre le baroscope au dehors et A l’ombre, de manière qu’il 
« reste immobile. 

« Aussitôt qu’il sera en rèpos, il se formera au fond du tube un résidu. 

« Que l’on fasse attention à la formation et au ehangement des cris- 
« taux, car ce sont eux qui indiqueront le temps qu’il fera. 

« Les transformations s’opèrent dans le tube de 24 à 36 heures d’a- 
« vance, mais cela dépend du plus ou moins de rapport qu’il y a entre 
« l’air et le changement de température,du degré de sécheresse ou d’hu- 
« midité et des mouvements qui se font sentir dans les couches infé- 
« rieures de l’air. 

« Ces causes indiquent un changement de temps dont dépendent les 
« diverses formes de cristallisation. 

« En observant attentivement, on pourra prédire avec certitude les 
« changements de temps. 

NOTA. 

« Si le disque qui se forme à la surface pendant un mauvais temps 
« continu venait à se fixer fortement, il faudrait remuer le tube quand 
« le temps serait redevenu beau. 

INDICATION DES TEMPS. 

« Beau temps. — Il se forme au fond du tube des flocons qui dispa- 
« raissent entièrement lorsque la température est très-élevée. 

« Vent. — Il s’élève un nuage de petits cristaux. 

« Variable. — Le résidu devient plus grand, les cristaux augmen- 
te tent tandis que le liquide demeure immobile, la surface commence & 
« former un disque. 

« Orage. — L’esprit se trouble par la formation de petites étoiles 
« délicates; plus tard, le résidu s’élève comme des flocons de neige. 

« Pluie. — Il sc montre è la surface de l’esprit un disque resscra- 


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- 113 - 

« Liant à de Ja glace, les cristaux augmentent, le résidu s’élève. 

« Tempête, — Nuages très-forts dans le verre, disque à la surface. 

« Froid. — Le disque en haut et la. couche. en .bas deviennent plus 
« grands par des cristaux semblables à du duvet. 

« Grande pluie. — De longues aiguilles descendent du disque d’en 
« haut, la couche d’en bas augmente jusque vers le milieu du tube, 
« l’esprit est clair. 

« Tremblement de ferre. — Le résidu monte entièrement, tout est en 
« mouvement. » 

La plupart des apparences que nous venons de signaler, d'après la 
légende du baroscope, se présentent lorsqu’on observe cet instrument 
pendant un temps sufûsaut; mais il ne nous paraît pas possible d’en 
conclure les variations probables du temps. 

Comment et par quel agent se produisent-elles? 

Puisque l'instrument est fermé hermétiquement, il doit être insen- 
sible aux variations de la pression atmosphérique; jl en sera encore 
ainsi et pour la même raison , des variations du degré d’humidité de 
l’air. C’est donc seulement aux changements de température de l’at- 
mosphère que sont dues les diverses apparences des dépôts qui sc 
forment dans le tube. Pour nous en assurer, nous avons cherché à re- 
produire artificiellement toutes ces formes de cristallisation en écliauf- 
fant ou en refroidissant le tube, et nous y avons réussi. Nous n’admet- 
tons donc pas que le degré de sécheresse ou d’humidité de l’air puisse 
exercer une influence sur les transformations des cristaux, ainsi que le 
prétend l’auteur de la légende du baroscope. 

La composition du liquide de cet instrument est aujourd’hui connue, 
©t à l’aide des renseignements donnés par le journal la F igné, on peut 
le construire a très-peu de frais de la manière suivante : 

Prenez un tube semblable à celui du baroscope que nous avons décrit 
plus haut, ou à défaut de tube, un verre de lampe fermé à son extré- 
mité la plus étroite par un bouchon de liège, ou encore une fiole en 
verre mince, pouvant contenir 100 grammes d’eau, ci versez successi- 
vement dans ce tube : 

1° Une dissolution de i gramme d’azotate de potasse dans 25 gram- 
mes d’eau distillée ou d’eau de pluie ; 

2® Une dissolution de i gramme de chlorhydrate d’ammoniaque dans 
25 grammes d’eau. 

3° Une dissolution de 2 grammes de camphre dans 30 grammes d’al- 
cool à 90°. 

Il se formera un précipité floconneux de camphre qu’il faudra redis- 

8 


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— 114 — 

soutire en ajoulunl peu ù peu (le l’alcool jusqu’à ce que le liquide soit 
redevenu transparent. 

Fermez alors le tube à sa partie supérieure pour éviter toute évapo- 
ration, et votre baroscope sera construit. 

Le mélange de l’alcool avec l’eau des deux premières dissolutions a 
fait élever la température du liquide. Dès qu’il se refroidit, on voit 
apparaître des cristaux de camphre sous la forme de petites étoiles à 
six à huit rayons plumeux, qui se précipitent au fond du verre après 
avoir flotté quelque temps. 

Les sels de potasse et d’ammoniaque qui entrent dans la composition 
du liquide, ne paraissent avoir pour but que de lui donner la densité 
convenable pour qu’au moindre changement de température les cris- 
taux de camphre se mettent en mouvement à la recherche d’une nou- 
velle position d'équilibre. 

Suspendons maintenant notre baroscope à l’ombre , fixons-le de ma- 
nière à le rendre immobile, cl observons. 

Si la température s’élève très-lentement, par un temps calme, ïc 
dépôt, après s’étre dilaté, se dissout peu à peu et disparaît lorsque la 
"température atteint 25 degrés centigrades. 

Si, au contraire, la température s’élève rapidement par des courants 
d’air chaud, il s’établit dans le tube, et le long de ses parois, un mou- 
vement ascendant du liquide, qui détache de la masse du dépôt des 
étoiles isolées ou des flocons entiers, et les entraîne vers le haut du 
tube, bientôt toute la masse est en mouvement. Mais si les courants 
d’air chaud persistent,* les flocons se dissolvent et le liquide redevient 
entièrement transparent. 

SI le courant d’air était froid au lieu d’élrc chaud , c’est-à-dire s’il 
avait une température inférieure à celle du liquide, il se formerait des 
cristaux qui flotteraient avant de gagner soit le fond du tube, soit la sur- 
face, selon le degré de température de départ. Quelquefois aussi, lors- 
que l’immobilité du tube est complète, les cristaux qui se forment à la 
surface surnagent et se prolongent dans l’intérieur du liquide. Ils res- 
semblent à des plumes de duvet. Ce sont des rayons d’étoiles plus 
grandes que celles que l’on observe ordinairement dans l'intérieur du 
liquide. Leur existence xsl en général très-éphémère, et la moindre 
secousse les précipite vers le fond du tube. 

Tous ccs effets ne dépendent évidemment ni de l’état hygrométrique, 
ni de l’état barométrique de l’atmosphère; on ne peut donc les attri- 
buer qu’aux variations de température, à moins que l’électricité ne 
joue ici un rôle encore inconnu. Pour nous, le baroscope est un véri- 


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table thermomètre dont nous ne savons pas encore mesurer les indica- 
tions, mais qui possède une extrême sensibilité dans certaines circons- 
tances. Ainsi, lorsque le liquide est parsemé de cristaux immobiles, la 
chaleur de l’ haleine de l'observateur suffit, en quelques secondes, pour 

tes mettre en mouvement. 

* 

Le baroscope, observé isolément, ne peut être qu'un pronostiqueur 
du temps bien imparfait, puisqu'il est insensible à ces grands change- 
ments de pression de l’air qui sont un des principaux indices des 
prochaines perturbations athmosphériques ; néanmoins, l’on arrivera 
peut-être, par des observations biendirigées, à en obtenir d'utiles in- 
dications. 

Son prix de revient, qui est très-minime, le met à la portée de toutes 
les bourses, et la vogue dont il commence à jouir nous fait espérer 
qu’il répandra dans les campagnes le goût de celte science si compli- 
quée, mais si attrayante, la météorologie, dont les progrès touchent de 
si près aux intérêts de l’agriculture. 


POÉSIE. 

L’Oiseau du Prisonnier, 

BALLADE 

Par U. Tbèodomiro Gbslais, membre correspondant. 

Viens, pauvre hirondelle, 

Toi si belle, 

Viens me voir souvent; 

Apporte à mon âme 
Ce qu'elle réclame 
Aux souffles du vent I 

Viens sur ma fenêtre. 

Car peut-être 
Demain je mourrai ; 

Mais sur l’autre rive, 

De toi, fugitive. 

Je me souviendrai] 

Dans la nuit tout passe 
Et s’efface 

. Sans beaucoup de bruit : 

La vie est à l'homme 


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«6 — 


Comme un simple atômc 
Au soleil qui luit! 

Quand la nuit est sombre 
Et qu a l'ombre 
11 aime à s'asseoir. 

Le poète rôve f 
Assis sur la grève. 

Aux charmes du aoir. 

11 a les étoiles 
Et les voiles 
Qui couvrent la mer; 
Oiseau de passage , 

Sur chaque rivage 
11 aspire l'air! 

Moi, je. n'ai sur terre 
Qu'une pierre 
Pour société; 

Puis des murs humides 
Aux odeurs fétides 
Pour immensité! 

'Viens, pauvre hirondelle. 
Toi si belle, 

Viens me voir souvent; 
Apporte à mon Ame 
Ce qu'elle réclame 
Aux souffles du vent! 

Quand je vois la lune 
A la brune 
Poindre à l'horizon. 

Je pleure en silence. 
Pour moi lcspérance 
N’est plus de saison; 

Car pauvre victime 
Qu’on opprime 
Du soir au matin , 

Je dis que ma vie 
Est bientôt finie. 

— Verrai-je demain ? 


\ 


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— 117 — 


Viens faire bien vite 
Ta visite. 

Manger ce matin 
Ce pain noir, doux être, 
Que sur ma fenêtre 
Yient t'offrir ma main ! 

Viens dans ma demeure. 
Car cette heure 
Pèse sur mon front ; 
Peut-être sur terre 
Est-oe la dernière 
Que mes yeux verront! 

Viens, pauvre hirondelle, 
Toi si belle, 

Viens me voir encor; 
Apporte à mon âme 
Ce qu'elle réclame 
Comme un grand trésor. 1 

Avec la souffrance, 
L'espérance, 

Hier c'était beau c 
Aujourd’hui le calme, 
Cette nuit la palme, 
Demain le tpmbeau ! 

L'hirondelle arrive 
Sur la rive, 

O quel triste sort ! 

Elle voit dans l’ombre 
Une forme sombre, 

Le prisonnier mort !... 


SÉANCE GÉNÉRALE DG 8 AVRIL 1869. 

La séance est ouverte & 2 heures > sous la présidence de M. Clerc- 
Outbier, président, par la lecture du procès-verbal de la réunion pré- 
cédente. 

Correspondance manuscrite. 

M. Roussclot, inspecteur d’academie en résidence à Lons-le-Saunier, 


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— U8 - 

nous accuse en ces termes réception du diplôme de membre honoraire 
«pii lui a élé conféré : 

« Monsieur le Secrétaire-Général, je m’empresse de vous accuser ré- 
ception du diplôme de membre honoraire de la Société académique de 
Poligny, ainsi qae de la lettre obligeante qui raccompagne. Je vous prie. 
Monsieur, de recevoir personnellement et de vouloir bien transmettre 
à la Société, l’expression de mes vifs remerciements pour l’honneur 
inattendu qu r ellc m’a conféré. M. l’Inspecteur primaire de votre arron- 
dissement, tout en me parlant de vos utiles travaux, ne me l'avait pas 
fait pressentir, et je ne dois le considérer que comme un témoignage de 
l’intérêt que vous et vos honorables collègue» portez au progrès général 
des lumières et à la diffusion de l’Instruction dans' le département da 
Jura. 

« Permettez-moi aussi de vous adresser, pour la Société, un ouvrage 
que j’ai publié récemment , et dont je serais heureux qu’elle acceptât 
l’hommage. 

« Agréez, ete. » 

Cet hommage est accepté avec reconnaissance et a bon droit. Il s’agit 
d’un livre aussi instructif qu’intéressant, intitulé : Les Mystiques espa- 
gnols : Malon deChaide, Jean d’Avila Louis de Grenade, Louis de Léon, 
S u Thérèse, S 1 Jcan-de-la-Croix et leur groupe , livre auquel l’avaient 
préparé de longue main ses études comme professeur de philosophie. 

Notre honorable compatriote, M. le docteur Tamisier, appelle l’atten- 
tion des membres de la Société, qui appartiennent à la Faculté, relati- 
vement à de nouvelles recherches sur la eongeslion cérébrale, par A. 
Regnard, docteur en médecine de la Faculté de Strasbourg, ancien in- 
terne des hôpitaux de Paris, lauréat de I» Société médico-psychologique 
(prix Esquirol). 

M. Jean Rougemont, président de la Société départementale d’agri- 
culture des Bouches-du-Rhône, adjoint au maire de Marseille* nous prie 
de prendre connaissance, en l’une de nos réunions, du discours qu’il a 
prononcé au concours agricole de Roquevaire. 

M. Gaudais nous adresse une réponse a l’article d’un anonyme inséré 
dans le bulletin de la Société d’agriculture , d’horticulture cl d’accftma- 
tion de Nice, et intitulé : Réponse à l'opuscule de M. Gaudais , concernant 
la viticulture et l'article de M . Bonnin , dans le dernier trimestre de la 
Société d'agriculture de Nice . 

Parmi plusieurs envois qu’il nous fait, notamment du Jourturl du ciel, „ 


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— 119 — 

prédictions agronomiques; le Sud médical, moniteur dç la santé publique; 
la Science pour tous ; le Médecin de la famille , M. Fernand Giberl nous 
recommande surtout dans cette feuille un article sur l’eau électrisée au- 
rifère (nouvelle eau potable) , et veut arriver à nous proposer comme 
membre correspondant M. le docteur Ménécier, médecin à Marseille. 

« Boissy-le-Repos, il mars 1869. M. le Secrétaire de la Société d’agri- 
culture , sciences et arts de Poligny, je vous envoie un exemplaire de 
ma Méthode de chant , pour être soumis à l’approbation de votre 
louable Société. Ayant reçu une mention honorable pour ma musique, 
je n'ai pas à vous faire connaître mon but, puisque vous le connaissez, 
je me borne à appeler votre attention sur la gradation de mon travail. 
Allant du connu à l’inconnu, les enfants y trouvent l’avantage de pos- 
séder dans un même volume les principes de la musique, ceux du plain- 
chant proprement dit, ceux du plain-chant mesuré, et enfin un recueil 
de morceaux religieux et récréatifs, le tout d’un prix comparativement 
bien minime. Si votre Société juge à propos de faire un rapport favo- 
rable sur mon ouvrage, je vous saurai gré de me le faire parvenir aus- 
sitôt que vous le pourrez. — Veuillez etc. L’instituteur de Boissy, 
Rouyer. » 

Le rapport donne raison à cette épigraphe mise au bas du recueil : 
« A la simplicité, & la clarté, ajoutez en matière d’enseignement, l’ordre 
le plus naturel, et les progrès ne se feront pas attendre. » 

D’Ahun (Creuse), à la même date, il mars, notre honorable corres- 
pondant, M. A. Charière nous mande : « J’ai l’honneur de vous adresser 
le tableau résumé de mes observations météorologiques pour 1868. En 
septembre prochain, je vous enverrai, je pense, le résultat des récoltes 
obtenues sans fumier, au moyen des engrais chimiques de M. Georges 
Ville. Je suis un des premiers qui, en France, aient fait l’application 
des engrais chimiques à la culture , et je m’en suis toujours fort bien 
trouvé. 

Correspondance imprimée. Société protectrice des animaux . Iverdon, 
janvier 1869, circulaire N® 12. Le Comité central de la Société vaudoise 
pour la protection des animaux, aux membres de la Société. Circulaire 
du N® 18 : Ordre du jour pour la séance du. 31 mars. (Voir à nos 
archives). 

Appel adressé aux Sociétés savantes par la Société d’émulation des 
Vosges, avec invitation de souscrire à l’érection d’un tombeau en l’hon- 
neur de dom Calmct. — Ouvrages recommandés : Inventaire historique 


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— 120 — 

des archives anciennes de la vide d’Epinal, publié sous le patronage de 
l'administration municipale, par Ch. Ferry, archiviste de la ville et des 
hospices. 

Eaux minérales de Vais (Ardèche), par M. le docteur Clermont, de 
Lyon. — Eaux minérales sulfureuses d’Enghien, par différents auteurs. 

— Economie agricole : Organisation du crédit agricole dans l'intérêt 
public. — Etablissement d'horticulture de Mezard, Eugène (Seine-el- 
Oise), Catalogue des graines pour 1869. Cultures spéciales pour la pro- 
duction de graines de fleurs, d'arbres et d'arbustes d'ornement, indigènes 
et exotiques, dans l'établissement d'horticulture de Charles Huber, à 
Hyères (Var). 

Le Concours des Muses, journal des poètes, dans son numéro du 6 mars, 
encadré d'une bande noire, en deuil du grand poète que la France vient 
de perdre, Lamartine ! 

Lamartine! un flambeau dans ia postérité, 

Un génie, un grand nom à l'immortalité ! 

contient une pièee de vers de notre correspondant, M. Achille Millier 
intitulée : la Locomotive , qui occupe la moitié de la feuille. 

Lectures à Tordre du jour. — De M. le docteur Chcrcau : Candida- 
ture à la place de bibliothécaire-adjoint de l'Académie impériale de 
médecine. Liste chronologique de ses publications. — De M. le doc- 
teur A. Regnard : Nouvelles recherches sur la Congestion cérébrale.— 
De M. le docteur Prosper de Piétra-Sanla : LaTrichina Spiral is d’Owen. 

— Histoire naturelle. — Pathologie. — Médecine légale. — Hygiène 
publique. — Police médicale, avec figures intercalées dans le texte (dé 
celte dernière publication , analyse par M. H. Cler). — • Par le même : 
Du projet d'une Langue universelle , présenté dans la seconde session 
du dernier Congres de statistique international tenu à Paris. 

Est proposé et nommé membre correspondant de la Société : M. Mé- 
nécicr, docteur en médecine à Marseille. 

La séance est levée à 4 heures. 

Le tkcrétûîtc-Gènéral, H.-G. Cler. 


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- 121 — 


SÉANCE AGRICOLE PUBLIQUE DU 5 AVRIL 1809. 

M. Clcrc-Oulhier, Président de la Société, ouvre la séance à 1 heure 
i/2> cl donne la parole à M. Blondeau, Vice-Président, pour la lecture 
d’un mémoire de M. Gindrc, intitulé : Entretiens sur les Fromageries , 
que noos reproduisons plos loin. 

À la suite de cette lecture, plusieurs cultivateurs, sur la demande de 
M. Blondeau, font d’intéressantes remarques relatives au sujet qui y est 
traité, et approuvent la plupart des conclusions de l'auteur. 

La Société décide que le travail de M. Gindrc sera inséré dans son 
Bulletin. 

Il est ensuite donné lecture d’une note de M. Gindre, qui fait l’objet 
de la seconde question portée à l’ordre du jour, et ayant trait à 

La Ladrerie du Porc» 

et ainsi conçue : 

Nous extrayons de l'Exposé des motifs du premier livre du Code rural , 
par M. Bayle-Mouillard, conseiller d’Etat, rapporteur, ce qui est relatif À 
cette redoutable maladie porcine. Ce passage intéresse dune manière toute 
particulière les pays où, comme le nôtre, l’élève du porc constitue une 
branche importante des revenus ruraux : 

« La loi de 1838 a éliminé on vice rédhibitoire, qui était 

admis par presque toutes nos coutumes, et qui doit éveiller notre attention : 
la ladrerie du porc. 

« Ce vice avait été maintenu dans le projet présenté par le gouvernement 
et adopté par la Chambre des pairs. Devant la Chambre des députés, le 
rapporteur, M. Lherbette, au nom de la commission, proposa de l'écarter, 
a Nous savons, disait-il, que cette maladie est grave, qu elle diminue la va- 
leur de la chair de l’animal, que cette chair est la principale nourriture du 
pauvre, que plusieurs usages locaux et les statuts des charcutiers de Paris 
avaient mis la ladrerie au nombre des eas rédhibitoires, que plusieurs au- 
teurs estimés approuvent cette décision; niais, en général, cette maladie est 
facile à reconnaître, et la chair de l’animal, si elle diminue de valeur, n’en 
reste pas moins saine; cette dépréciation n’c6tmême pas très-considérable. 

« Un médecin en renom, membre delà Chambre des députés, soutint avec 
énergie la même doctrine; il n’attachait aucune importance aux pustules 
de la ladrerie, il croyait que l’amaigrissement seul rend la viande insalubre, 
et il ajoutait : « Je prie de croire que lorsque j'avance une opinion de cette 
nature, c’est que j’ai réfléchi et je sais ce que je dis, parce qne je connais 
la matière. » 

u Sur la foi de cctlc assertion, la ladrerie fut retranchée du projet de loi. 


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• — 122 — 

contrairement au vœu exprimé par soixante-un départements, et la Chambre 
des pairs, saisie de nouveau de l'examen du projet, adhéra, un peu à con- 
tre-cœur, à cette décision. 

u Depuis ce temps, les révélations de la science et l'expérience acquise 
ont mis en évidence tous les inconvénients de cette détermination/ La la* 
drerie n'est pas aussi facile & reconnaître sur l'animal vivant que le suppo- 
sait l'honorable rapporteur de la loi de 1838. Le mal se révèle, il est vrai, 
le plus souvent par des vésicules placées sous la langue, et des experts, 
connus sous le nom de langueyeurs de porcs, recherchent et constatent ce 
symptôme au moment de la vente, moyennant une très-légère rétribution ; 
• mais la vérification n’est pas toujours facile : les vendeurs font aisément 
disparaître les grains de ladrerie au moyen de ce qu’ils appellent Y épin- 
glage ou le raclage. D'ailleurs, depuis que la loi de 1838 a éliminé la ladre- 
rie de la liste des vices rédhibitoires, les vendeurs ont prétendu souvent 
que l’acheteur n’avait plus le droit de faire langueyer le porc, et cette pré- 
tention a donné lieu à des rixes assez violentes pour que, dans certaines 
localités, les langueyeurs aient à peu près disparu. 

« Mais on commettait, en 1838, une erreur bien plus grave, en déclarant 
que la viande ladre n’était pas insalubre. Dès cette époque, on savait ce- 
pendant, et la Chambre des députés n'en a pas été avertie, que les préten- 
dues vésicules de la ladrerie étaient, en réalité, le corps ou l’enveloppe du 
cysticerque , animalcule dangereux, long d'environ 1 millimètre , et dont la 
tête, armée de quatre ventouses, est hérissée de deux rangées de crochets. 
Ainsi, lorsque les grains de la ladrerie sont disséminés dans les muscles 
d’un pourceau, cette chair est, en réalité, l’habitation et la proie d’une mul- 
titude d’helminthes. 

« Assurément, une pareille alimentation ne peut être salubre; mais c’est 
là le moindre danger. Vers 1850, il a été établi, par M. Van Beneden, dans 
des mémoires que notre Académie des sciences a couronnés (1), et depuiB, 
il a été constaté par un grand nombre d’expérimentateurs, que le cysticer- 
que du porc n’est pas un animal parfait, mais un embryon, une larve, un 
scolex, comme disent les naturalistes; sa métamorphose dernière s’accom- 
plit dans l’intestin de l’homme qui a mangé, crue ou mal cuite, la chair in- 
fectée de ladrerie. Le cysticerque s’y développe, il s’allonge et atteint plu- 
sieurs mètres de longueur; il dévient enfin le lœnia solium, ou ver soli- 
taire. 

« Ces faits, aujourd'hui non contestés, expliquent comment il arrive que 
le ver solitaire est si commun dans les pays où la viande de porc est en 
grand usage, et comment, même dans ces pays, les israéliteset les musul- 


« (I) Van Beneden, la Génération alternante et la digenèse, ISM. — Van Beneden, Mé- 
moire sur les vers intestinaux , imprimé dans lo supplément des comptes-rendus do l'Acadé- 
mie des sciences pour 1861. — V. aussi le Dictionnaire de médecine de Robin et Littré, aux 
mots : LADRERIE ET CTSTICERQCE. 


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— 123 — 

mans, stricts observateurs de leur loi religieuse, sont presque toujours à 
l'abri de l'atteinte du redoutable entozoaire. 

« La Société de médecine vétérinaire a énergiquement proclamé tous ces 
faits; elle a reconnu qu’il serait d'une grande importance pour la salubrité 
publique de placer de nouveau la ladrerie au nombre des vices rédhibi- 
toires. Les charcutiers, trompés dans leurs marchés, s'empresseraient d'exer- 
cer leurs recours contre leurs vendeurs, tandis qu’anjourd'hui ils cherchent 
trop souvent à déguiser la maladie, et, pour éviter une perte, font entrer 
dans la consommation cette viande malsaine. Trop souvent aussi, dans les 
pauvres ménages, on se résigne, pour ne pas subir un préjudice relative- 
ment considérable, à s'alimenter plus ou moins longtemps de cette dange- 
reuse nourriture. 

« Malgré ces considérations qui ont été développées avec un soin remar- 
quable dans un savant mémoire sur la ladrerie du porc, lu à l'Académie de 
médecine par le docteur Delpech, professeur à la Faculté de Paris (1), la 
Société des vétérinaires, dans sa dernière délibération, n'a pas cru qu’il fût 
possible de placer cette maladie de l'espèce porcine an nombre des cas de 
rédhibition. 

« Voici les raisons qu elle a données : « Si la ladrerie était facilement 
reconnaissable sur l’animal vivant, on concevrait la possibilité pour l’ache- 
teur d’intenter, à son sujet, une action en résiliation ; il suffirait pour cela 
d’exiger que le porc, comme les moutoos, portât la marque des vendeurs, in- 
diquant leur provenance. Mais il arrive souvent que les vésicules sous-lin- 
guales, caractéristiques de la ladrerie, n’existent pas actuellement sur l’ani- 
mal qu'on observe, soit qu’on les ait effacées pour dissimuler le mal qu’elles 
dénoncent, soit que le moment de leur apparition ne soit pas encore venu; 
et alors il est impossible de savoir si un porc est ladre ou ne l'est pas. Rien 
même extérieurement ne le fait soupçonner. D’où il suit que, dans le plus 
grand nombre de cas, c’est seulement à l'autopsie, et au moment de l'habil- 
lage, que la ladrerie peut-être reconnue avec exactitude. Mais alors le porc 
a passé à l’échaudoir, son cuir est dépouillé par grattage de ses soies, de 
son épiderme, et par conséquent des marques dont il pouvait porter l’em- 
preinte, et il devient impossible de reconnaître son individualité et sa pro- 
venance. Quel moyen, dans de pareilles conditions, d'intenter une action 
rédhibitoire? 

« Ces raisons ne sont pas décisives; elles ne s’appliquent pas à la consom- 
mation des ménages ruraux ni même à celle des petites villes. Là, les porcs 
sont achetés un à un, souvent un seul suffit à l’approvisionnement de la 
maison pour toute une année ; les acquisitions sont faites entre personnes 
qui se connaissent, en présence de leurs voisins; l'identité de l’animal ne 
pourra presque jamais être contestée; et dans tous les cas, la provenance 
serait facilement établie. Or, c’est pour ces petites ventes, c'est dans les 

• « O) A. Delpech. De la ladrerie du porc au poini de vue de Vkyqièue privée et publique, 
tfC4. 


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campagnes et dans les petites localités que, la surveillance de l’autorité fai- 
sant défaut, il importe le plus de protéger la salubrité en autorisant l’exer- 
cice de l’action rédhibitoire qoi offre le plus de facilité là où surtout die 
est nécessaire. 

a Et même dans les grandes villes, même dans l’abattoir de Paris, cette 
action peut être encore d'une grande efficacité. Les difficultés signalées par 
la Société de médecine vétérinaire sont de simples difficultés d exécntûm 
que l’on saura très-bien résoudre dès qu’il y aura intérêt & le faire. On 
trouvera, sans trop de peine, le moyen d’établir des marques permanentes 
sur l'ongle, à l’oreille ou au grouin des animaux. Et même avant que oes 
marques durables soient employées, un examen attentif et fheile de l’animal 
mort, examen auquel il sera procédé avant l’écbaudage, suffira fréquemment 
pour faire reconnaître les traces de la maladie, lors même que les vésicules 
auraient été raclées. L’action rédhibitoire pourra donc être exercée sinon 
toujours, au moins très-fréquemment, et elle sera doublement utile à la 
salubrité; d'une part, en écartant de la consommation une nourriture mal- 
saine, et d’autre part, en déterminant les éleveurs à donner à leurs animaux 
ces soins de surveillance et de proprété qui préservent de la ladrerie. » 

Après cette lecture, une discussion s’engage entre plusieurs personnes 
présentes à la séance, et après quelques remarques de M. Pidancct, sur 
celte maladie, la plupart des cultivateurs et des membres de la Société 
présents a la séance sont d’avis que la ladrerie doit être regardée comme 
vice rédhibitoire. 

M. Blondeau, Vice-Président de la Société, lit un fragment d’un tra- 
vail dont il s’occupe en ce moment, sur les Caisses de secours et d'assu- 
rance en cas de décès ou d> accidents. 

L'auteur entre dans des détails du plus vif intérêt sur le mécanisme 
et sur l’utilité de cette institution, et fait comprendre avec clarté tous 
les avantages que les agriculteurs peuvent retirer de leur participation 
h cette récente fondation de notre Gouvernement. 

Les membres de la Société remercient M. Blondeau de sa communi- 
cation , et le prient de vouloir bien enrichir le Bulletin de ses utiles 
recherches sur le sujet dont il vient d’occuper les nombreuses personnes 
présentes à cette conférence. 

La séance se termine par une distribution de graines, parmi lesquelles 
on remarque celles du Galega officinal et le Maïs de Tétuan , envoyé 
récemment à la Société par notre collègue, M. de Son Roman. 

Le Secrétaire prend la note des personnes qui reçoivent ces graines, 
en les priant de vouloir bien rendre compte à la Société du résultat de 
leurs expériences. 

La séance est levée a 4 heures du soir. 


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ENTRETIENS SUR LES FROMAGERIES. 

(Suite). 


III. 

Des differents modes de liquidation des dettes annuelles usités dam 
les fromageries. 

L'organisation des fromageries franc-comtoises diffère essentiellement de 
celle des associations suisses de la même sature. Ghex nos voisins, la Société 
devient propriétaire du lait dès que la livraison en est faite au chalet : elle 
Tend donc a son profit les fromages, la crème, le beurre, qu elle fait elle- 
même confectionner; en un mot, elle dispose du laitage sous toutes ses for- 
mes. Le combustible et le luminaire sont fournis à l'année par un adjudi- 
cataire. Tout sociétaire a un livret particulier où sont établis, en compta 
courant . son doit et son avoir. Le tait apporté è la fromagerie constitue 
l'actif; le fromage, la crème, le beurre, le petit-lait, les braiches, le serai 
et la recuite, dont il lui est facultatif de s'approvisionner au chalet, forment le 
passif. Ce livret remplace notre taille, et comme la Speiété, ainsi que nous 
venons de le dire, est propriétaire unique de tous les produits de la froma* 
gerie, les marques nominatives apposées sur chaque pain caséeux et néces- 
saires dans le système franc-comtois, deviendraient une contradiction dans 
le mécanisme suisse. Gros et petits associés reçoivent immédiatement leur 
part proportionnelle du moulant de chaque livraison de marchandise faite 
au commerce par la Société. 

Le système suisse est-il plus équitable pour tous les intérêts, plus ration- 
nel, et partant, préférable à l'organisation franc-comtoise, comme semble 
le prouver l'adoption qui en est mite dans toutes les fromageries récem- 
ment créées, tant dans notre province que dans les Hautes-Alpes. 

Nous n'examinerons pas ici ccttc question, parce que nous avons la con- 
viction qu'essayer de substituer le mode étranger à la marche indigène se- 
rait entreprendre en quelque sorte le surhumain, tellement on rencontrerait 
d'opposition, surtout chez nos méuagères. 

il nous parait plus sage, un pareil état de choses donné, de chercher à 
perfectionner ce qui existe aue de tenter l’irréalisable. 

Parmi les Sociétés fromagères dont l’importance est telle qu’elles ne su- 
bissent aucune interruption par suite d'insuffisance momentanée de lait, les 
unes règlent leurs comptes à la 6aint-Martin (11 novembre), d’autres à la 
Saint-André (30 du même mois), d’autres enfin au l« r janvier de chaque 
année. A ces échéances, on blanchit les tailles, c'est-à-dire, ou enlève avec 
un tranchant les chiffres du lait avancé ou de celui qui est dû, après qu'au 
préalable le trésorier de la fromagerie a pris note des dettes actives ou 

{ >assivcs de chacun, dettes dont les totaux s’équilibrent nécessairement; puis 
es sociétés recommencent aussitôt une nouvelle rotation annuelle. 

Les fromages d’hiver qui comprennent plus de deux traites, sont appelés 
séchons ; ceux confectionnés avec une ou deux seulement, sont nommés 
tommes, jusqu'au 1" juin; à partir de cette époque, ce sont des fromages 

n rement dits. On fait habituellement une vente de tommes et une vente 
omages ; cependant, lorsqu’il y a un certain nombre de séchons, on en 
fait souvent une particulière pour ceux-ci. 

Le moment venu de solder les frais de Société, c'est-à-dire, le gage du 
fruitier, les émoluments du trésorier, le sel, les caillettes, etc., etc., il s’agit 


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— 146 — 

avant tout d’établir le prix de l’unité de lait, unité qui est le double-litre 
dans les endroits où l’on se sert du pèse-lait, et les 5/2 litres (channe ou 
deux pintes) dans les chalets qui ont conservé la jauge et les anciennes me* 
sures de capacité. La détermination de ce prix, qui doit être au prorata du 
chiffre de "la vente des fromages, a pour but, comme on le conçoit, de met- 
tre lès débiteurs de lait en mesure de désintéresser leurs créanciers. 

La méthode qui se présente le plus naturellement à l'esprit pour fixer le 
coût du double-litre on des 5/2 litres, et qui est employée dans la plupart des 
fromageries , semble être celle-ci : noter exactement , au fur et à mesure 
qu’elles sont fabriquées, la quantité de lait entrée dans chacune des trois ou 

S uatre dernières pièces, puis les basculer ensuite en bloc. L’inconnu, c’est-à- 
ire le prix cherché, sera le quotient d’une division ayant pour dividende 1a 
valeur en francs et centimes de toutes ces pièces, et pour diviseur, le nombre 
d’unités de lait comprises dans la confection de ces nains. 

Dans les chalets où les 5# litres forment l’unité, on cherche la valeur pécu- 
niaire de ce nombre fractionnaire par un calcul aussi simple que facile* dont 
nous allons donner la formule, et qui parait avoir été appliqué dès une époque 
reculée de l’existence des fromagerics.Comme terme de comparaison entre les 
anciens et les modernes fruitiers, il n’est pas dépourvu d’intérêt de constater 
q u 'aujourd’hui encore cette formule ne donne pas une différence qu’on ne 
puisse pas considérer comme peu préjudiciable et , partant , négligeable 
entre le prix qu’elle indique pour le lait et celui qui est obtenu par la pre- 
mière méthode , c’est-à-dire par un pesage direct. Si le poids de fromage 
produit sur la fin de l’exercice de chaque fromagerie l’emporte maintenant à 
peine sur celui d'autrefois, cela tient sans doute à ce que généralement les 
fromageries blanchissaient jadis les tailles plus têt que de nos jours ; on sait 
que plus on avance dans l’automne, plus le rendement caséeux augmente. 

En désignant par Vie prix de vente de 50 kilog.de fromage, et pap P celui de 
5/2 litres de lait, la valeur de P est donné par 1 expression 

D V x 0,03 

r 9 

Autrement dit, autant de fois le montant vénal de 50 kilog. contient le 
chiffre 9; autant de 5 centimes ou sous valent les 5/2 litres. 

Si V n’est pas un multiple de 9 , P ne saurait être exprimé exactement en 
centimes; dans ce cas, quand le chiffre des millièmes est 5 ou plus grand que 
5, on le regarde habituellement comme l’équivalent du centime; si ce chiure 
est inférieur à 5, on n’en tient pas compte. 

Les deux litres étant les 4/5 de 5/2 litres, cette formule, au moyen d’une 
simple substitution de chiffre, servirait également à trouver le prix au double- 
litre, prix que nous représenterons par P’. Voici quelle serait alors cette nou- 
velle expression : 

p» Vx0,0* 

r — 9 

Autrement dit encore, autant de fois le coût du demi-quintal métrique ren- 
ferme le nombre 9, autant de 4 centimes vaut le double-litre. 

Gomme nous venons de le faire pressentir, cette formule traditionnelle a, 
sous le rapport historique de l’art de la caséification dans nos contrées, une 
importance qui ne doit pas rester inaperçue. Elle forme à peu près le seul 
document qui puisse nous renseigner sur la quantité caséeuse obtenue à la 

I iériode finale des fromageries, il y a peut-être un siècle. En désignant pari 
e poids de fromage rendu par 5/2 litres de lait, on en déduit en effet aisément 

v 50 kilog. X 0,05 _ sok.xs 50 kilop. , __ 

* 9 9*TÔÔ~= ?8Ô 

soit 111 grammes 10 par litre. 


k 


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— 127 — 


Dans le premier comme dans le second de ces modes de taxation du lait, 
on ne fait entrer en ligne de compte ni la râleur du beurre, ni celle du laitage, 
râleur qui, cependaut, égale maintenant en moyenne près du quart du montant 
des fromages, pour le beurre seulement. Quand nous nous sommes enquis des 
motifs d une telle omission, on nous a répondu que ces sommes accessoires 
deraient être considérées comme une compensation des dépenses en combus- 
tible, nourriture du fruitier, confection et transport du beurre au marché, etc., 
que supporte le sociétaire pour qui est fabriqué le fromage ; mais il nous 
semble qu'on est rraiment trop généreux pour ce dernier. Faisons parler les 
chiffres. 

En 1864, les fromages de Molain ont été vendus 66 fr. les 50 kilog. Le 22 
novembre de la même année, il nous fut fabriqué une pièce de deux traites, 
dans laquelle il entra 535/2 litres (107 cbannes) de lait. Comme nous en 
voulions faire un sujet d'études, nous la pesâmes séparément au moment de la 
livraison de fin d'année, c'est-à-dire le 13 décembre suivant. Le poids en fut de 
30 kilog qui, au prix de vente, donna une somme de . . . . 39 f. 60 c. 

Nous retirâmes en outre de notre tour de fromage, en beurre . 9 20 

— en braiches et serai 2 25 


— en recuite ... 0 30 

Total . . . 51 f. 35 c. 

Ce même tour de fromage nous avait coûté ; 

En combustible » 50 

En nourriture du fromager 2 » 

En confection et transport du beurre 2 » 

En travail fait au chalet à l'occasion du fromage » 50 

Total des dépens . . . 5f. » 


Balance faite de ces deux totaux, il restait un boni de 46 fr. 35, d'où 5/2 
litres de lait nous avaient produit 0 fr. 43, tandis que selon la formule ci- 
dessus, on ne nous les fît payer que Ofr. 37. 

Nous conclûmes de cette observation qu'il serait plus équitable pour tous 
les sociétaires qu'on remplaçât par le nombre 8 le diviseur 9 de l'expression 
en question. Dans ce cas, nous aurions remboursé le lait que nous devions 
à raison de Ofr. 41, et le favoritisme eût été moins criant. 


Beaucoup de fromageries répartissent leurs frais annuels suivant le poids 
caséeux qui figure à f actif de chaque sociétaire. 

Examinons ce qu'il en est de cette coutume. 

X... est inscrit sur le registre du trésorier pour 150 kilog. de séchons, 300 
kilog.de tommes, 500 kilog. de fromages, et. après compte fait, il se trouve 
débiteur d’une somme de 30 francs pour du lait. 

Son voisin Z... a, sur le même registre, un lot composé de 50 kilog. de 
séchons, de 300 kilog. de tommes et de 600 kilog. de fromages; il lui est en 
outre dû 35 francs pour avance de lait. 

X... et Z... comptant un chiffre égal (950 kilog), quant à la pesanteur, en 
seront pour la même quotité de frais. 

Supposons d'autre part que la société dont X... et Z... font partie ait vends 
les séchons 100 fr. les 100 kilog., les tommes 120 fr. et les fromages 130 fr. 

Le poids confectionné par X..., au prix de ces diverses ventes, donne un 
total ae 1160 fr., duquel il faut déduire 30 fr. pour le lait dû, ce qui le réduit 
à 1130fr. 

Celui fabriqué pour Z... produit 1 190 fr., somme qui doit être augmentée 
de 35 francs pqur lait avancé, ce qui l’élève à 1225 fr. 

Est-il necessaire maintenant de demander si une méthode de liquidation 
qui demande la même taxe de frais à celui qui retire 1130 fr.dans les revenus 


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t— €28 — * 

sociaux qu'à celui qui y bénéficie de 1225, n’est pas évidemment entachée 
d’injustice et ne doit pas être abandonnée? Le bon sens, l’équité ne 
disent-ils pas assez haut que dans toute société, la part afférente à chaque 
membre dans les charges communes doit être proportionnelle à chaque divi- 
dende particulier? 

11 y a quelques années déjà que nous avons amené les fromageries de notre 
commune à répartir les frais suivant les sommes touchées en réalité et non 
pas selon le poids constituant la mise respective de chaque associé. De cette 
manière, les inégalités pins on moins choquantes qu’engendre l’usage dont 
nous venons de parler n’out plus lieu du tout. En supposant que le marc-le- 
frane eût été de 2 fr. 50 par cent francs, X... aurait seulement payé 28 fr. 25, 
tandis que Z... eu aurait été pour 30 fr. 62. 

En admettant les circonstances les plus favorables au système véreux que 
nous critiquons, c’est-à-dire une vente unique pour l’année ou uu taux iden- 
tique pour les différentes ventes qui ont lieu dans le courant de cette pé- 
riode, il n'en reste pas moins les sommes du lait dû ou du lait avancé dont 
on ne tient pas compte dans le recouvrement des dettes de la société. 

Gindbe, Vice-Président. 


Nous apprenons avec bien du plaisir, que M. Fernand Gibert, un de 
nos membres correspondants distingué, vient de recevoir de la Société 
de Climatologie algérienne , sur la proposition de M.le D r Bcrllierand, 
une médaille d’argent pour ses travaux météorologiques. 

Deux autres membres de notre Société ont été admis à l’Exposition 
des Beaux-Arts, qui vient de s’ouvrir à Paris. Ce sont MM. Achille 
Billot, de Sellières, et Louis Moucliot, de Poligny, tous deux dans la 
section de peinture. 


ERRATA. 

Dernier N°, page 70, au lieu de Cassone , lisez : Lassone. 

Page 80, h la suite du titre : Galitim sylvaticam var. B. Juranum , 
ojoulcz : 

L. sp. 155. D. C. fl. fr. 4, p. 252.— Duby, B. G. 240. — Lois, gall. 1, p. 
112. - Jard.obs., 3«frag. 1846, p. 07. Je. J. B. hist. 3, p.716, f. Inf. - J. 
Léon, Thô3c de Tératologie vég., p. 14. Paris, 1852. — Ilerb. pl. Landes, 
Pyrénées. 

Meme page, ligne 32 , au lieu de : Ducor , lisez : Ditcot. 


POLIGNY, IMP. DE MABESCIUL. 


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SCIENCES MÉDICALES. 


De« Hydroplsle» en général; de leur mécanisme 

et. de leurs divers modes de développement, 

PAR M. CHONNAliX-DUBlSSON, 

Docteur en médecine à VHlers-Booâge (Cahrwdos), membre correspondanu 
(Suite), 

TROISIÈME ORDRE DE CAUSES 

Accomplissement anormal de l'exhalation cutanée et pulmonaire. 

Ce que nous dirons de cette exhalation anormale pourra s'appliquer 
à la suppression d’autres sécrétions, soit naturelles, soit artificielles, soit 
pathologiques, que quelques auteurs ont considérée comme une cause 
d’hydropisie. 

* L’homme doit perdre journellement par la peau, les muqueuses, les 
reins, une certaine quantité de ses principes constituants, ayant l'eau 
» pour véhicule. 

, Les expériences de Sanctorius, de Milne-Edwurds ont mis ce fait hors 
de doute. Or, il peut arriver que ces émonctoires, d'où dépend la santé 
de l’homme, viennent momentanément à ne plus se faire, il en résultera 
la rétention de liquides dont l'économie ne s'arrange plus, et qui tendront 
è se faire jour par d’autres surfaces perspiratoires,les séreuses et le tissu 
cellulaire. 

L'observation démontre chaque jour l'exactitude de cette assertion. 

Dons la convalescence des fièvres éruptives, et surtout dans la scar- 
latine, on voit quelquefois survenir l'anasarque, après un refroidissement 
subit, qui a supprimé les sueurs. 

L’hydropisie est annoncée par un malaise général, de l'insomnie, de 
lu tristesse, de la fièvre et des troubles fonctionnels du côté des appa- 
reils digestifs, respiratoires, etc. 

Les urines sont rouges , concentrées, peu abondantes ; l'infiltration 
séreuse commence à la face, pour s’étendre de 1 b à tout le corps ; il 
s’établit des épanchements dans le péritoine, les plèvres, l'arachnoïde, 
du troisième an neuvième jour de l'<fedèmc ; la fièvre est plus ou moins 
vive, suivant que Fhydropisie suit une marche aiguë ou chronique, et 
les urines donnent, dans certains cas, par l'acide nitrique, la chaleur, 
un précipité blanc floconneux. Suivant M. Andral,on rencontre toujours 

9 


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— 130 — 


ce trouble dans l’urine. M. Haroillon ne l’a vu manquer que deux fois 
sur soixante malades ; d’autres observateurs pensent qu’il manque dans 
un plus grand nombre de cas. 

Souvent, dans les pays équatoriaux, plus rarement dans les régions 
tempérées, on voit survenir l’anasarquc à la suite d’un refroidissement 
brusque, le corps étant en sueur. 

D’où dépend l’hydropisie? — Longtemps je m’en suis rendu compte, 
en pensant que la suppression brusque du travail perspiratoire de la 
peau entraînait rapidement une exhalation surabondante du sérum dans 
les aréoles du tissu cellulaire et dans les cavités séreuses ; mais aujour- 
d’hui, je me l’explique autrement : 

Un individu, bien portant jusque là, reçoit en dormant, et pendant 
qu’il était en süeur, un pot d’urine froide; il se levé pour poursuivre 
ses camarades et il reste comme glacé. Dès le lendemain , il s’aperçoit 
d’un peu d’enflure; puis celle-ci augmente, et il survient une aoasarque 
considérable. J’examinai les urines, elles étaient albumineuses. Le sang 
avait été dépouillé de son albumine par les reins, et c’est sur ces organes 
qu’avait porté l’action du froid. Du reste, au bout de douze jours, la gué- 
rison était complète. 

On rapporte des cas semblables d’anasarque survenue après l’inges- 
tion de boissons froides, une chute dans l’eau, le corps étant en sueur, 
ou pendant le sommeil sur une terre froide et humide. Toutes ces causes 
agissent de la même manière. 

Parmi le très-pelit nombre de cas d’hydropisie, sans cause organique 
appréciable, que j’ai eu occasion d’observer, j’en ai vu deux où l’bydro- 
pisie coïncidait avec l’existence d’un seul rein. Le liquide aqueux qui 
remplissait , dans ce cas, le tissu cellulaire et les membranes séreuses, 
était-il celui qui aurait du normalement se séparer du sang, dans le pa- 
renchyme du rein qui manquait? 

Est-ce la suppression de la sécrétion cutanée qui produit le gonfle- 
ment des membres chez les individus affectés d’élépbantiasis ? 

Portai dit avoir vu la suppression brusque des règles être suivie 
d’hydropisie. 

QUATRIÈME ORDRE DE CAUSES. 

Hydropisies métastatiques . 

Oo voit quelquefois la sérosité des hydropiques disparaître d’un point 
du corps pour se reporter dans un autre; on remarque surtout cette 
tendance au déplacement dans l’hydropisie produite par la maladie de 
Brigbt, ou dans celle qui suit la scarlatine. 


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— 131 — 

Si la métastase se fait vers les plèvres, le péricarde, les ventricule* 
cérébraux, la mort peut survenir. 

Mais quelquefois c’est un flux qui s’établit, à la suite dyquel les épan- 
chements séreux disparaissent, soit momentanément, soit d’une manière 
permanente, pour ne plus se reproduire. 

Cependant, nous devons ajouter que, dans le flux critique, on n’a plus 
( affaire à une métastase, mais plutôt à une terminaison de la maladie. 

Pendant mon internat à l’ Hôtel -Dieu, je fus témoin du fait suivant : 

Un individu de 47 ans , atteint depuis plusieurs années d’une affec- 
tion organique du cœur, était en même temps atteint d’ascite ; à trois 
reprises différentes , dans. le délai de 8 mois , on lui avait fait la ponc- 
tion ; déjà il était sur le point de se faire faire de nouveau la ponction, 
quand tout-à-coup, à la suite d’une vive contrariété, son ascite disparut, 
et survinrent tous les symptômes qui annoncent ordinairement une de 
ces apoplexies assez graves pour produire la mort en quelques heures. 

Celle-ci survint en effet : A l’ouverture du cadavre, nous trouvâmes 
le péritoine vide de sérosité; aucune trace d’hémorrhagie n’existait dans 
l’encéphale , mais les divers ventricules étaient prodigieusement disten- 
dus par une sérosité limpide, assez abondante pour soulever la paroi 
supérieure des ventricules latéraux, et donner lieu à une fluctuation très- 
manifeste. 

M. Moudière a observé une flemme ascitique qui fut réveillée tout-à- 
coup, pendant la nuit, par un besoin pressant d’uriner, et rendit Une 
quantité considérable de liquide. 

Ce flux continua ainsi pendant trois jours et trois nuits, mais plus 
abondant la nuit. La malade évacua à peu près 30 pintes : l’ascite 
disparut. 

Le même auteur cite encore un autre malade dont l’ascitc disparut 
en dix jours, sans traitement; le malade rendit 6 à 8 pintes de liquide 
en vingt-quatre heures. 

L’ancien Journal de Médecine contient le fait d’une femme qui, prise 
de vomissements à la suite d’une hernie étranglée, vit les eaux de l’ascite 
dont èlle était affectée, être évacuées en vingt-quatre heures. Elle 
guérit et vécut encore pendant trois ans, sans maladies ni incommodités. 

CINQUIÈME ORDRE DE CAUSES. 

Hydruphlegma&ics ; irritation sécrétoire ; hydropisies actives . 

Les hydrophlcgmasies sont aiguës ou chroniques. Dans le premier 
cas, l’épanchement s’effectue rapidement dans les cavités* séreuses ou 


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— 132 — 


les mailles du tissu cellulaire; en même temps il y a douleurs, troubles 
fonctionnels divers, réaction générale. 

Dans le second , l’épanchement est lent comme la phlegmasie elle* 
même ; il cause peu de douleurs et réveille moins de sympathies sthé- 
niques. 

S’il existe une simple irritation sécrétoire, le liquide épanché est in- 
colore ou d’une couleur citrine, transparent, et ne contient point 
de produits organisables ; les solides n’ont suhi aucune altération de 
texture. 

Mais , dans le cas d’irritation inflammatoire, la secrétion n'est plus 
pure; elle a perdu sa transparence, elle contient des flocons de fibrine 
qui pourront s’organiser, quelquefois elle contient du pus; les tissus 
altérés offrent au début une sécheresse remarquable; ils sont injectés, 
friables, ramollis. S'il f a prédominance de globules dans le sang, l’in* 
flammation de la séreuse se montrera avec une réaction générale fort 
intense; elle sera, au contraire, plus languissante, si le sujet est affaibli, 
anémique ou chlorotique : non pas que la composition du sang, dans ce 
eas, s’oppose à la production d’une phlegmasie, mais la réaction sym- 
pathique ne se montre pas d’une manière aussi tranchée ; et d'ailleurs, 
la phlogose elle-même ne revêt alors qu’une forme subaiguë ou même 
chronique. 

Il peut encore arriver qu’un sujet, chez lequel existe une de ces ma-* 
ladies qui amènent la diminution des quantités normales de fibrine, soit 
pris d’une phlegmasie d’une membrane séreuse. Souvent alors, le liquide 
épanché entraîne avec lui une certaine quantité de globules de sang, et 
l’hémorrhagie se combine à l’hydropisie. 

Deux éléments morbides se trouvent ainsi rassemblés chez le même 
sujet , et produisent un ensemble de phénomènes morbides dans les- 
quels il faut savoir distinguer ce qui appartient en propre à l’hydropisie 
et à l’hémorrhagie. 

Lorsqu’il n’y a qu’irritalion sécrétoire, l’hydropisie est le résultat de 
l’augmentation de la transsudation ou de l’exosmose qui s'opère dans 
les membranes séreuses ou le. tissu cellulaire : on la distinguera de 
l’irritation inflammatoire, par l’étude des phénomènes généraux, et 
surtout par l’examen du sang; car les magnifiques expériences de MM. 
Andral et Gavarret ont démontré que la quantité de fibrine n’augmen- 
tait que dans les phlcgmasies. 

La stimulation peut être directe, ou bien, au contraire, elle a sa source 
dans un organe contigu. 

L’érysipèle, le phlegmon, à leur début, sont toujours accompagnés 


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— *33 — 

d'un œdème plus ou moins considérable. 

L’œdème du tissu cellulaire sous-cutané est souvent l’indice d’abcès 
profonds. 

On sait, par exemple, que dans les abcès iliaques, un engorgement 
pâteux se manifeste aux parois abdominales; il indique que des adhé- 
rences protectrices se sont établies, et que le pus va se faire jour direc- 
tement au dehors. 

L’eczéma, les frictions faites sur la peau avec des graisses rancés, des 
pommades irritantes, un sinapisme, etc., déterminent, dans le tissu cel- 
lulaire sous-jacent , un œdème circonscrit ; les vieux vésicatoires , les 
eontères, peuvent avoir le même résultat. On connaît l’énorme gonfle- 
ment des membres et de la face dont s’accompagne l’éruption variolique, 
au moment surtout où les pustules vont suppurer. 

La pneumonie, les tubercules sous-pleuraux, déterminent presque 
toujours rbydrophlegmasie de la plèvre.. L’œdème de la glotte est très- 
souvent le symptôme d’une inflammation ulcéreuse du larynx. 

L’hydrocéphale aiguë, quand elle n’est pas métastatique, est produite 
par des granulations tuberculeuses, un ramollissement, une hémorrha- 
gie, etq., de l’organe encéphalique. 

Le cancer, les dégénérescences diverses de l’estomac, du foie,-de l’u- 
térus, de la vessie, etc., la gastro-entérite chronique, un purgatif très- 
énergique, produisent l’hydropéritonie. 

Scarpa , Sabatier, les chirurgiens modernes , nous enseignent que 
j’Iiydrophlhalmie egl quelquefois le résultat d’une opblbalmic interne. 

L’hydrocèle! peut dépendre d’une maladie inflammatoire de la glande 
séminale. 

Toutes les inflammations produisent, â une certaine distance autour 
d’elles, un état hyperdrique.en faisant partager aux tissus voisins l’excès 
de congestion des foyers inflammatoires. 

(A suivre). 


DESCRIPTION 

Topographique • médicale 
de Champagnole, de son canton et des mon- 
tagnes au balllage de Polfgny. 

(Suite). 

O temporal 6 mores! Chez nos anciens, les pourpoints cloit'nl les 
seuls habits d’usage; ces bonnes gens les dcroandoienl larges, afin d’avoir 


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— 134 — 


plus d'aisance lorsqu'ils sc livroicnt à leurs travaux; les draps les plus 
grossiers, la toile de ménage, qu’ils savoient rapporter aux différentes 
saisons, fixaient tout leur choix. Ainsi, en évitant des dépenses onéreuses, 
ils s’épargnoienl le reproche d'une coutume de fantaisie. Quelle leçon 
d'ordre et de sagesse ils nous ont tracée ! Faut-il que le mépris de notre 
part en soit la récompense ! 

De même, nous poussons l'égarement jusqu'à renverser le régime que 
suivoient nos ayeux. Les fruits, le laitage, les légumes composoient leur 
nourriture; l'art n'entroit point dans l'assaisonnement de leurs mets; 
l'eau pure étoit la boisson commune des pauvres, celle des particuliers 
commodes, un mélange d'eau et de vin, sans s'arrêter ni à la qualité ni 
à la variété de celte dernière liqueur, se faisant une loi d’en regarder 
la profusion comme honteuse et nuisible. Telle étoit l’ uniformité de leur 
vie , et par elle ils se maintenaient dons celle constitution de vigueur 
qui ne se détériore que par le rode poids de la fatigue et des longues 
années. 

Pour nous, comme s’il étoit essentiel de nous eréer des infirmités et 
de hâter plutôt notre destruction, nous nous sommes vendus à la euisine 
bourgeoise; le raffinement y préside, et l'on ose encore prononcer sur 
la façon des apprêts. Les fruits de lo terre sont bannis de nos tables; la 
chère est mesquine si les viandes succulentes n’abondent dans le repas; 
les vins vieux flattent le voile du palais et en plaisent davantage ; l’eau 
en gâteroit l’essence ; le blano et le clairet tiennent aussi leur rang dans 
la coupe ; l'on a jusqu'à la passion du café et des liqueurs ; et par une 
sorte d'enchantement, l'on en prend à plein collier, à tout risque et 
péril (1). 

La classe des mercenaires est celle dont on reçoit plutôt cet exemple. 

• Les jours de dimanches et de félès, les jours de marchés et de foires, ces 
famélites courent s'ingurgiter dans les auberges et les caffés du Heu, en 
les suivant a rechange (2); l’heure de rentrer dans leur famille sonne 
lorsque leur bourse est épuisée; la raison ne l'est guère moins; mais 
ils ont l'estomach parfaitement garni ; c’est bien ce qu’ils aiment; le dieu 
de la gloutonnerie ne les quille jamais dans leurs débauches. Que Ton 
vienne ensuite à les étudier dans leur méditation profonde lorsque le 
sorrimeil les a rendus à leur saine connoissance ! L’on voit qu’ils pleu- 


(1) Depuis 17 ou 18 ans que je suis ici en exercice, j’ai été dans le cas de visitter, par forma ju- 
diciaire, hui t à dix personnes qui ont été étouffées dans l’excès du vin et des liqueurs. Sans parler 
de celles que j’ai roche ttées à lo vie en leur donnant des secours à propos. 

(2) L’on compte plus de vingt auberges et sept ii huit caffcs publics dans ce lieu, qui n'est que 
le diminutif d’une petite ville. 


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— *38 — 

rcni le lendemain sur les écarts de la veille; leur courage est abattu ; 
ils sont anéantis, parce que la vie molle énerve et tue l’homme né pour la 
peine, surtout s’il passe ses jours de repos dans le trouble et l’agitation. 

Ce dérèglement n’est pas universel, j’en conviens. Toujours est-il vrai 
que nous dérogeons aux principes de nos premiers pères ; une fausse 
éducation nous jette dans Cet aveuglement. Mais comme la punition suit 
de près notre injustice ! Au lieu de cette longévité qu’ils nous avoient 
laissée en partage, nous ne jouissons plus que d’une existence éphémère, 
et à chaque instant noua sommes poursuivis par l’ensemble de tous les 
maux. Je ne présume guère que l’avenir puisse ajouter à une situation 
aussi désolante 1... 

Les circonstances ont amené cette révolution, c’est bien démonstra- 
tif : Au ire- fois, lorsque cette provint» apparlenoit à l’Espagne , les 
habitants de ces monts* concentrés dans les forêts, à l’instar dessauvages, 
étoient morts à l'univers ; ils ne cullivoient guère que la portion des 
champs qui étoit conforme à leurs besoins; ils n’ avoient d'ailleurs nuis 
débouchés par le deflaul des routes, nulle communication et nul agio- 
tage, autant que leur position les dispensoit de recourir à l’appui de 
leurs semblables, hors de leur hémisphère. Ainsi, ils ont gardé la rigir 
dîté des moines, parce qu’ils se servoient réciproquement de modèles, 
et qu’ils s’aecardoient tous comme s’ils n’eussent formé qu’une seule et 
même famille. Mais à mesure que le pais s’est ouvert, le commerce s’est 
étendu de toute part, jusques chez les nations étrangères même. Alors, 
l’on s’est empressé de copier sur les usages et les manières des autres 
dans le lointain ; alors l’on s’est voüé à leurs préjugés dont la contagion 
a passé parmi nous et n’a cessé d’exercer son empire. Ainsi , nous ne 
pouvions échapper à notre condition présente. Tient-t-on ferme à l’at- 
trait de la nouveauté lorsque le penchant est de la partie? 

Tout ce qoe la société renferme en elle de plaisirs licentieux, nous 
nous en sommes rendus susceptibles. C’est pourquoi l’affreux déborde- 
ment que l’on se permet dans les capitales, a cours aujourd’hui dans nos 
plus petits hameaux, et avee le cortège des affections morbifiques qu’il 
occasionne (1). 

Ces affections sont unies à une infinité d’autres qui désolent celte 
contrée; sensément j’emprunte cette expression, puisque nous sommes 
en proye aux maladies presque de tout genre, et qu’elles ne nous accor- 
dent que peu de relâche. 

(f ) Ce qoi pèse le plus sur mon cœur, c'est l'outrage que l'on fait à la nature, précisément après 
être tombé dans cette dégradation. D arrive que l'on donne le jour à des enfants gâtés, qui s'é» 
teignent bientôt à leur aurore, ou qui traînent une vie de langueur, pleinement attributive aux 
vices de leur origine. Quel droit d'hérédité ! Je frémis sur un si triste appan&ge...! 


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— 136 — 


Ces maladies forment trois classes distinctes. Nous les considérons, 
les unes comme endémiques , les autres comme épidémiques , les autres 
enfin comme sporadiques. 

Parmi les endémiques . Ton compte la gale» les écrouelles, les rhuma- 
tismes et les tumeurs cancéreuses. / 

La gale passe pour être la plus commune ét la plus générale. L’on en 
rapporte hautement la cause a l’usagé du set <pii entre presque dans tous 
les aliments, essentiellement dans le fromagè et le pain, ces deux nour- 
ritures si familières. J'accède à cette réflexion; mais l’art conviendra 
aussi que la mal-propreté est pour beaucoup , soit dans le produit de 
cette maladie, soit dans son entretien et ses progrès. . 

Les écrouelles , à leur tour, ne sont guères moins répandues, et il est 
fort peu de paroisses dans ce district ou Ton ne rencontre en. plus ou 
moins grand nombre, des gens qui en sont attaqués. Cependant, l’on 
peut citer. des lieux où elles sont plus fréquentes, comme Sirod, Nés, 
V annaux, Equevillon, etc. 

La plupart de ceux qui sont frappés de ce rnai ledoivent aune cause 
héréditaire, c’est bien ce qu’il y a de plus triste, autant que cet accident 
rejaillüsur les familles et que, sur un juste point de délicatesse , Ton 
hésite de contracter des liens avec quelques-uns de ses membres. Chez 
les autres 7 le mal en est un d’acquisition assez propre aux misérables 
qui se nourrissent d'aliments cruds, grossiers, indigéstes,qufrse vêtissent 
mal, ont des habitations meurtrières et se couchent sur la teire humide* 
Voilà en partie le sort de nosbergersde troupeaux, parce qu’ils subissent 
toutes ces extrémités. 

Les rhumatismes ou affections rhumatismales sont de toutes les sai- 
sons, et s’exeroent sur les personnes des deux sexes et de tout àgc. Le 
plus souvent, ces affections sont partiellés et se décèlent volontiers par 
des maux de tète, de dents, d’yeux et d’oreilles, ainsi que par la sciatique 
et le lumbago, vulgairement dit herniaire. 11 est assez reconnu qu’elles 
naissent du dérangement de la transpiration ; et ce qui opère ce déran- 
gement, c’est la vivacité des eaux que l’on boit, celle de L’air que l’on 
respire, la fraîcheur des matinées et des soirées au temps des chaleurs, 
la négligence de se couvrir lorsque l'on est en sueurs après le travail 
des champs, en un mot, comme ci-dessus, l'insalubrité des maisons et 
des appartenons que l’on occupe. 

Les tumeurs cancéreuses semblent être plus dévolues aqx femmes 
„ qu’aux hommes. D’ordinaire, le visage et le sein en deviennent le siège. 
Quand elles se manifestent au visage, c’est d'abord sous la forme d’un 
petit tubercule ; après , le mal grossit, s’étend et finit par s’abscédcr; 


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— 137 — 


Ton porté alors un ulcère hideux et rongeant qui ne cède a aucun se-» 
cours. Les seins nes’abscèdetot pas aussi communément ; mots d'ailleurs 
toutes les glandes de cette partie s'occupent èt forment divers cordons 
qui se répandent jusques sons PaiSsèle, en durcissant chaque jour de 
plus en plus, et en gagnant un degré de sensibilité qui est inouï. 

Les causes de cet accident dépendent du vice des aliments et de l’aifi 
de la suppression des évacuations périodiques, de la rentrée des érup- 
tions, et non moins particulièrement de l’impression du vice scropbuleu* , 
quelque-fois de celle du vice vénérien. . 

Les maladies épidémiques comprises dans là seconde classe sont : la 
rougeole, la petite vérole, d’autres maladies éruptives désignées sous le 
nom do fièvre rouge, scarlatine, miliaire, pourprée , des affections catar- 
rhales , plus souvent compliquées qtïe simples, des fièvres humorales, 
bilieuses , vermineuses, putrides et malignes, enfin, des dtfêsenterics, qui 
portent pins ou moins sur ces divers caractères. 11 a régné aussi pendant 
deux années, en 1784 et 1785, des fiètres intermittentes, que nouà re- 
gardâmes alors comme épidémiques, en nous réglant sur le degré d’ti- 
ftiversàlité qu’elles présentèrent. L’on crut devoir les attribuer à la cons- 
titution humide du temps et aux fréquents brouillards qui nous venoient 
de la Combe-Daim , cette partie si marécageuse par ellc-mèmé, et où le s 
fièvres de' ce genre sont endémiques. 

La constitution atmosphérique, soit viciée, soit étrangère au climat) a 
presque toujours une influence marquée dans la détermination des dys- 
enteries, des fièvres bilieuses que je viens de désigner; mais il se trouve 
encore des causes que l’on peut recevoir, en les faisant ressortir comme 
de la qualité dépravée ou nuisible des aliments, de l’altération des 
eaux, et par fois de la disette que l’on éprouve de l’un et de l’ autre. 

La rougeole assez régulièrement est assujettie & une période dé cinq 
h six années ; mais il n’eri est pas de même de la petite vérole, dëpiiis 
que l’on innoculc dans la province , et spécialement dans cette partie 
de nos montagnes. A peine les sujets ont-ils atteint l’àge nécessaire 
qu’on les soumet à la méthode de l’iunoculation ; de cette manière les 
petites Véroïtes régnent très-fréquemment et ne tiennent plus si bieù & 
une cause naturelle. Cette pratique est déjà bien goûtée, et ses succès 
lui méritent de réels applaudissements. A ce moyen , outre que l’on 
sauve bien des victimes, l’on préserve encore les enfants d’être estro- 
piés; cette considération est d’autant plus importante, qu’à bien des 
époques, les petites véroles épidémiques se sont montrées sous un ea- 


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ractère tort insidieux, et ont exercé les plus affreux ravages (1). 

La rougeole quelques fois est aussi fort désastreuse. Si elle ne tue pas 
dans son propre cours, elle jette volontiers dans des affections de poi- 
trine qui font pièce le plus souvent. L’on pourroit encore par rt'nns- 
culation , prévenir bien des malheurs ; j’ai tenté ce parti en différentes 
reprises; l’on s’est toujours assez effrayé de celte innovation pour ne 
vouloir point y adhérer. 

Les maladies sporadiques dont il s’agit à présent sont affectées a ce 
climat, comme on ne le remarque guères mieux ailleurs. Elles ont éga- 
lement leurs sources dans la différence des tempéraments, les vicissi- 
tudes de l’air, la façon de vivre des particuliers -e% leur genre de tra- 
vaux. Sur cette dernière réflexion, j’observerai qu’il est un grand nom- 
bre de nos laboureurs affligés de descentes ou hernies ; et apparemment 
qu’ils n’en sentent pas toute la conséquence, car ils n’usent d’aucunes 
précautions pour parer aux accidents qui les menacent en pareil cas. 
La difficulté de se procurer des bandages solides, leur cherté, une fausse 
(Economie, ou l’étroitesse des ressources, conduisent ces misérables k 
s’aveugler sur leur état. Plaignoos-les, et sur les obstacles qui les arrê- 
tent, et sur ce que ces obstacles leur attirent de sérieux de temps k 
autre. 

De leur cété, les femmes sont beaucoup exposées a des chutes de 
vagin et de la matrice, qui ne dépendent souvent que de l’impéritie 
ou de la rudesse des accoucheuses. Celles-ci, en général, sont trop peu 
éclairées, et avec cela des plus entreprenantes. Aussi, commettent-elles 
des fautes énormes, tant elles sont gâtées par leur amour-propre. 

Nous voyons souvent des suites de couches qui entraînent des ma- 
ladies fâcheuses, comme la suppression des vuidanges, la fièvre milliaire, 
celle de lait, et qui finissent par la mort ou par des dépôts laiteux sur 
les articulations, les membres, etc. 

Ces désordres ne touchent en rien le tempérament des femmes qui, 
pour la plupart, sont robustes et des mieux composées ; disons plutôt 
qu’elles se prévalent de leurs forces, et qu’ainsi elles rentrent trop vite 
dans les fonctions de leur ménage; ajoutons encore qu’elles ne gardent 
aucun régime. C’est exactement sur ces imprudences que je statue, 
comme sur ce qui leur est le plus nuisible, dans une position aussi 
délicate . 

(I) A Champagnolc, dans une épidémie de petite vérole, Ton a perdu vingt-deux sujets sur 
quarante-cinq. L’on compte deux aveugles dans le petit nombre de ceux qui ont été conservés à 
la vie. A Foncines, Mircbel, Loulle, Pillemoine, etc., l’on a vu cette cruelle maladie moissonner 
un enfant sur trois et au plus sur quatre, sans parler de ceux qu’elle a mollestés par des acci- 
dents sur les yeux, les membres, etc. 


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La santé des jeunes filles souffre aussi d’altérations differentes, et il 
n’est pas rare qu’elles aient à se plaindre de dérangement d’cslomach, 
de fleurs blanches, de cblorosis, d’affections nerveuses, etc. N’y don- 
nent-elles pas lieu elles-mêmes en se livrant trop au jeu de l’imagina- 
tion ? En ce sens l’on peut dire que les mœurs ne sont plus un préser- 
vatif à la campagne : ce séjour est changé, et les passions y frappent 
de tout leur choc. 

( A suivre ). 


HYGIÈNE PUBLIQUE. 

1 - - 

Une eauae d’insaeeès de l’allaitement artificiel, 

PAR LE DOCTEUR A. ROUGET (d’aRBOIS), MEMBRE FONDATEUR. 

M. le docteur Falger a vu disparaître en peu de temps des troubles 
intestinaux graves chez des enfants soumis à l’allaitement artificiel , au 
moyen de précautions très-simples que l’on peut résumer en quelques 
lignes : Donner le lait peu après la traite; dons l’intervalle entre la traite 
et le repas, maintenir le lait dans une fiole complètement remplie et 
hermétiquement bouchée , afin d’intercepter tout accès à l’air ; enfin , 
conserver au lait une température constante aussi rapprochée quc’pos- 
sible de celle des conduits galactophores. 

Les recherches de M. V. Hessling semblent donner l’explication théo- 
rique de l’utilité de ce modus faciendi . Ce savant aurait, en effet, décou- 
vert dans le lait, avant que ce liquide n'ait contracté le goût d'aigre , plus 
tôt eh été, plus tard en hiver, les sporesd’un champignon du genre 
asc ophora. Celui-ci se développerait non-seulement dans le lait, mais 
dans tous les produits qu’il fournit, le beurre et le fromage notamment. 
H se retrouverait plus fréquemment dans les fromages de lait aigre que 
dans ceux de lait doux. . 

Hygiéniquement parlant, ces travaux ont une extrême importance, car 
le lait et ses produits appartiennent aux aliments les plus employés. Doit- 
on, avec l’auteur, attribuer à l'injestion du champignon les nombreuses 
indigestions qui suivent l’usage du lait ? La science ne saurait pronon- 
cer encore; néanmoins le médecin doit avoir toujours présente à l’esprit 
cette cause d’intoxication chez les enfants dont le lait forme la base de 
l’alimentation, et qui sont si souvent et si gravement affectés de trou- 
bles des voies digestives. 


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— 140 - 


SYLVICULTURE. 

DE L’ÉPICÉA, 

Lu de dos jeunes et laborieux compatriotes, M. L. Marchand, garde 
général des foréjf à Barcelonnette, fils de l’honorable M. Marchand, 
maire de la ville d’Arbois, vient de publier, en un beau volume in-8% 
avec gravures , un remarquable rapport sur une mission forestière en 
Autriche qui lui avait été confiée par son administration. 

Nous avons cru devoir extraire de son travail les points principaux 
relatifs à la Culture de l’Émcêa. 

Dans les forêts dqs montagnes de Caryntbic, de Slyrie et du Tyrol, 
l’épicéa entre pour les 7j 40 dans la formation des peuplements. 

Les forestiers allemands ont adopté et perfectionné le système des 
repeuplements artificiels. Les jeunes plants sont fournis par de petites 
pépinières situées au milieu des forêts; aussi sont-ils plantés immédia- 
tement après l'arrachement , dans le sol et sous le climat gui les ont vus 
naître , 

Les semis en pépinière se font par bandes très-étroites et quelquefois 
sont recouverts d’un abri léger formé par de menus branchages, Les 
travaux d’entretien sont ordinairement confiés aux gardes. 

Les çoupes étant exploitées à blanc étoc y on procède, dès qu’elles sont 
vidées et débarrassées des rémanants, au repeuplement par voie de plan- 
tation, Comme tous nos résineux 9 Y épicéa doit, si l'on veut éviter -des 
échecs, être planté extrêmement jeune, à un ou deux ans au plus. 

Les plantations* généralement pratiquées en automne, se font le plus 
souvent par bouquets dans des trous ayant 0®2 de côté, autant de profon- 
deur, et espacés de 1 a 2 mètres les uns des autres. En opérant ainsi, le 
prix d’un repeuplement complet est de 29 francs par hectare. 

Ce système a, sur la méthode du réensemeneement naturel, le grand 
avantage d’économiser du temps et de l’argent. Il n’y a point à se préoc- 
cuper du danger de la culture d’un sol meuble et en pente rapide .‘ b 
proportion de la surface remuée à la surface totale est très-faible, et sa 
répartition en petits carrés isolés de 2 décimètres de côté, s’oppose au 
ravinement. L’immense étendue des surfaces qui, chaque année, sont 
repeuplées artificiellement, aussi bien sur les yersnnts rapides des Alpes 
. que dans les plaines de la Bavière, est un des meilleurs arguments a 
l’appui de la méthode de plantation. 

Les révolutions adoptées pour l’exploitation varient suivant la nature 
des produits que l’on recherche. 


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Les forêts alpestres produisent en certains points des épicéas merveit* 
leusement beaux, que M. Marchand ne saurait mieux comparer, en 
France, qu’aux plus gros sapins que l’on rencontre sur les plateaux ju- 
rassiens de Levier et de La Joux. 

Daas les forêts des Alpes centrales, on rencontre trois qualités diffé- 
rentes de bois d’épicéa : 1° bois rougeâtre ; 2° bois blanc ou argenté ; 
3° bois blanc moiré. 

i° L’épicéa à bois rougeâtre est la qualité qui se rencontre généra- 
lement dans le Jura et le nord de l’Europe ; elle est excellente et s’em- 
ploie indistinctement avec les deux autres, â la construction; mais sa 
couleur la rend inférieure pour le débit en planches et l’industrie. 

2° Le bois blanc ou argenté , extérieurement comparable aux plus 
belles qualités de sapin, est débité en planches. 

3* Le bois blanc moiré , appelé d’une manière générale bois réson- 
nant, esttrès-rechérché. 11 est remarquablement sonore et jouit, une fois 
bien sec, de la propriété de ne jamais travailler . 11 sert â la confection 
des instruments à cordes, pianos, violons, guitares, etc. 

Ce bois se débite comme les billes destinées à la fabrication des petites 
ancelles ou tavaillons . Seulement, une longue expérience a donné aux 
ouvriers une adresse extraordinaire. 

Au nombre des produits de la forêt d’épicéa, il faut ranger la résine. 
L’opération du résinage, pratiquée seulement dans l’Allemagne du nord, 
consiste dans rcnlèvement des bandes d’écorce le long des arbres, puis 
dans le râclement de la résine, qui s’écoule et se solidifie presque im- 
médiatement sur la plaie. L’expédition se fait dans des tonneaux d’é- 
picéa, analogues â nos tonnés de sapin qui servent au transport des fro- 
mages de Gruyère. 

La résine d’épicéa est principalement achetée et employée par les 
brasseurs, qui en garnissent l'intérieur de leurs foudres. On la préfère 
à la résine de pin noir, parce qu’elle est moins cassante. 

L’écorcc des jeunes épicéas, moins riche en tannin que celle dû chêne, 
est néanmoins, comme dans quelques localités fie la comté, employée 
au tannage des cuirs. 

Ce travail, dont nous résumons un des chapitres les plus intéressants 
pour notre sylviculture, fait le plus grand honneur à son auteur. Il est 
écrit avec méthode et d’une manière simple et concise. Les détails 
techniques sont, le plus souvent, rendus intelligibles par des dessins 
nombreux. 

Enfin, l’ouvrage qui sort des presses de M. Emir Javel, l’un des zélés 
correspondants de la Société , soutient la comparaison avec les belles 


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— *42 — 

éditions antérieurement données au public par notre imprimerie ar- 
boisienne. 

Arbois, 19 mai *869. 

D p Rouget, membre fondateur . 


ÉTUDE» 

sur le lait , pour servir aux Fromageries, 

PAR LE DOCTEUR PACTET, MEMBRE FONDATEUR. 

L’éprouvette employée dans les fromageries pour la vérification des laits, 
ne pouvant donner aucune indication précise sur la richesse de ce produit 
en caséum , beurre et albumine , je viens fixer l’attention publique sur un 
autre procédé d’analyse simple et en même temps susceptible d’une exac- 
titude rigoureuse. Ce procédé repose sur la dessication des éléments du lait, 
d’où le nom de procédé par dessication, que je me propose de lui donner. 

Voici en quelques mots le manuel opératoire : On prend une quantité dé- 
terminée de lait, soit 20 grammes, que l’on pèse avec des balances de pré- 
cision dans une petite capsule de porcelaine dont la tare est connue. Ces 
20 gr. de lait sont additionnés de quelques gouttes d’acide acétique ou de 
vinaigre, puis portés jusqu'à l'ébullition sur une lampe à alcool , avec la 
précaution d’agiter continuellement la masse du liquide avec une baguette 
de verre ou de bois. 

Voici ce qui se passe alors : le caséum, le premier, se coagule, et sous l'in- 
fluence de l’agitation, se prend en un caillot unique et dense qui enlace dans 
ses mailles tous les globules butyreux, puis la température augmentant, l’al- 
bumine à son tour se coagule en flocons légers qui flottent au milieu du 
sérum. 

Dans ce premier temps de l’opération , le lait se trouve divisé en deux 
parties : l°unc partie solide composée du caséum, du beurre et de l’albu- 
mine; 2° une partie liquide composée de l’eau, tenant en dissolution le sucre 
de lait, les sels et une autre substance d’apparence gélatineuse. Lorsque tout 
est refroidi , on verse le contenu de la capsule sur un petit filtre de papier 
Joseph dont le poids est connu d’avance. Celui-ci retient le caséum, le beurre 
et l’albumine , et laisse filtrer l'eau avec les principes qu’elle tient en dis- 
solution. Cette première filtration achevée, on verse de nouveau sur le con- 
tenu du filtre une nouvelle quantité d’eau distillée ou simplement d’eau ordi- 
naire, afin d’enlever les dernières traces de sucre qui restent incorporées 
dans la masse du caillot. 

Les parties retenues sur le filtre étant complètement épurées, on procède 


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- 143 — 

au second temps de l'opération. Celui-ci consiste à faire dessécher le filtre 
et son contenu dans une étuve ou dans un four de fourneau dont la tempé- 
rature est inférieure à 100 degrés, jusqu’à ce que la masse ne perde plus 
rien de son poids, ce dont on s'assure par des pesées successives. Du poids 
obtenu, on défalque le poids du filtre, et il reste les poids réunis du caséum, 
du beurre' et de l’albumine. 

Je ferai observer que le papier Joseph étant très-hygrométrique, il con- 
vient de chauffer le filtre avant de prendre son poids, et de le peser encore 
chaud lorsque, chargé des principes soumis à la dessication, on le retire de 
l’étuve. La différence de poids d'un même filtre, pesé froid ou pesé chaud, 
peut aller jusqu'à un dixième. 

Plusieurs précautions importantes sont à prendre dans la récolte du lait 
destiné à l’analyse. D’abord, il faut puiser dans le mélange de la traite 
entière, puisque la richesse du premier lait est moins grande que celle 
du dernier, surtout la richesse en beurre. Ensuite, il importe de peser le 
lait sitôt sorti des mamelles de la vache, avant qu’il ait perdu son homogé- 
néité par l’ascension de la crème, et afin de prévenir son évaporation, dont 
la conséquence serait là condensation des principes solides. Si la pesée 
immédiate n'est pas possible, il faut renfermer le lait dans un flacon bien 
fermé, et au moment de peser, agiter vivement la masse du liquide pour 
répartir uniformément ses principes constituants. 

Tel est, dans toute sa simplicité, le procédé que je propose en remplace- 
ment de l’éprouvette. Sa mise à exécution exige plus de temps que l'emploi 
de ce dernier instrument; mais en compensation on obtient des chiffres 
d’une exactitude rigoureuse. 

Une fois en possession d’un procédé qui permet un dosage exact des subs- 
tances solides employées à la fabrication des fromages, il m’a paru très-im- 
portant de rechercher les variations naturelles que celles-ci peuvent subir 
d’une traite à uûe autre. C’est pour jeter un peu de lumière sur ce point en- 
core obscur, que je me suis imposé la tâche d’analyser le lait de toutes les 
vaches de mon village. Chaque vache a été examinée deux fois, matin et 
soir, la nourriture restant la même pour le temps des épreuves; puis quatre 
vaches de la même écurie et soumises au même régime ont été expérimen- 
tées un plus grand nombre de fois. 

Etant connues les limites extrêmes entre lesquelles les principes solides 
peuvent osciller, les contestations qui surgissent fréquemment au sein des 
Sociétés de fromagerie s'éteindront en plus grande partie, et la constata- 
tion des délits réels deviendra facile. 

Vient maintenant l’exposé de mes expériences. Elles ont été classées 
dans neuf tableaux différents, chacun de ceux-ci renfermant les laits du 
même âge, avec indication de la nourriture. 

Les chiffres. représentent en grammes et centigr. les poids réunis du ca- 
séum et du beurre obtenus pour 20 grammes de lait. 

À la fin de chaque tableau, je note la moyenne du rendement de toutes 


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— 144 — 

les taches de ce même tableau; puis je couvertis en fractions décimales les 
différences offertes par chaque vache de la traite du matin à la traite du soir» 
Un dixième tableau donne les chiffres obtenus sur quatre vaches de la 
même écurie, soumises à un régime invariable, et dont le lait a été expéri* 
menté neuf fois, alternativement matin et soir. 

Pour obtenir des chiffres Vomparables, il est indispensable que la vache 
soumise à l’expérience soit tirée régulièrement matin et soir, pour cette 
raison qu en laissant le lait séjourner longtemps dans les mamelles, les pria» 
cipes aqueux se résorbent et les principes solides augmentent en proportion 
énorme. Ainsi, une vache qui n’avait pas été tirée depuis 24 heures, a donné 
2 gr. 76 pour desceudre à 1 gr. 83, 12 heures après. 


Premier tableau. — Lait de quinze jours à un mois . 

NOURRITURE POIDS 

'Malin "soîT 

1° Regain, farine d’avoine, de maïs et tourteau de navette Gr. Gr. 

dans la boisson 1 22 1 80 

2° Herbes vertes données à l’écurie ........ 1 53 1 29 

3° Fourrage sec et fourrage vert 1 36 1 25 

4° Id. 1 42 1 39 

5° Fourrage vert pris à l’écufie, un 'peu de fourrage sec 

pour boire 1 19 1 38 

6® Vert pris au pâturage, fourrage sec pour boire ... 1 40 1 39 

7° Vert pris à récurie, luzerne sèche 1 27 1 49 

8° Vert pris à l’écurie 1 64 1 40 

9° Vert pris à l’écurie 1 46 1 07 

10°/ Vert pris à l’écurie 1 29 1 47 

11° Vert pris à l’écurie , fourrage sec pourboire ... 1 43 i 44 

12° id. ... 1 66 1 85 

Moyenne — 1 gr. 46 centigr. 


Différences en fractions décimales offeiies par chaque vache 
d'une traite à une autre. 


1° 0 26 centièmes 5° Ô 14 9° 0 13 

2° 0 16 6® 0 07 10® 0 12 

3® 0 08 7® 0 15 11° 0 07 

4® 0 02 8® 0 10 12® 0 10 

Deuxième tableau. — Lait de un à deux mois. 

1® Regain, farine d*avoine, de maïs et tourteau de navette 

dans la boisson 1 20 1 ^ 

Id. 1 65 1 52 

3° Id. 1 54 < 33 


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— 145 — 


4° Vert pris à l'écurie, scc pour boire 1 78 1 40 

5° Vert pris au pâturage 1 35 1 50 

6 d Vert prié à l’écüric . . *. ......... 1 28 128 

7° ïd. * \ . . \ 1 G3 1 55 

8° Luzerne verte ............. 1 55 1 50 

9° Regain, farine d 'avoine, de maïs et tourteau de navette 
dans la boiésoù *. . '. . . ........ 1 20 1 53 

10° Luzerne verte . . . . ‘ 1 33 1 56 

11° Vert pris à 1’éCurie, Sec pour boire 141 1 34 

12° Vert pris aù pâturage, sec pour boire 1 26 1 26 

13° Vert pris à l'écurie '. . ‘. ......... 1 27 1 45 

14° Vert pris à l'écurie, luzerne sèche pour boire ... 1 47 1 83 

15° Vert pris à l’écurie . \ ... 1 44 1 48 

16° Fourrage sec . . . ... ’. '. 1 33 1 37 

17° Luzerne verte 1 53 1 64 

18° Vert pris à l’écurie . . ...... ... 1 59 1 49 

19° Vert pris £ l’écurie et au pâturage 1 67 1 71 

20° Id. 1 24 1 52 

21» Vert pris à l’écurie ............ 1 46 1 60 

22° Id. i i 42 1 18 

23° Tiges vertes de maïs i 55 1 55 

24° Id. 1 26 1 20 

25° Id. 1 54 1 08 

26° Foin, vesces vertes ............ 1 26 1 65 

27° Foin, regain 1 45 1 50 

28° Vert pris au pâturage pour le matin , foin et paille dê 

maïs pour le soir 1 64 1 56 

29° Regain vert pris à l’écurie, avoine ....... 1 77 1 95 

30® Vert pris au pâturage, foin, paille de maïs .... 1 45 1 42 

31° Vert pris à l’éçurie, paille de maïs ....... 1 43 1 53 

32° Vert pris au pâturage, regain, balles de blé, paille de maïs 1 ’32 1 42 

Moyenne — 1 gr. 465. 


Différences présentées par chaque Hache, de la traite du 
matin à celle du soir. 


1. 0 21 

10. 0 15 

19. 0 02 

28. 0 05 

2. 0 06 

il. 0 14 

20. 0 18 

29. 0 09 

3. 0 13 

12. 0 00 

21.. 0 09 

30. 0 02 

4. 0 21 

13. 0 12 

22. 0 17 

31. 0 06 

5. 0 10 

14. 0 19 

23. 0 00 

32. 0 07 

6. 0 00 

15. . 0 03. 

24. . 0 05 


7. 0 05 ’ 

16. . 0 03 

. 25. 0.30. 


8. 0 03 

17. 0 07 

26. 0 23 . 

• 

0. 0 21 

18. 0 06 

27. 0 03 




• 

10 


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— 446 — 

. Troisième tableau. — Lait de deux mois à trois mois . 

1° Vert pria à l’écurie 1 52 i 35 

2° Id. 1 36 i 35 

y> Fourrage sec 1 78 i 40 

4° Vert pris à l’écurie 1 63 i 55 

5° Luzerne verte i 33 i 56 

6° Vert pris à l’écurie et au pâturage 1 57 i 90 

7° Id. ....... i 41 2 24 

8° Vert pris au pâturage, fourrage sec pour boire ... 1 37 i 40 

9° Vert pria à l’écurie I 37 1 57 

fO*» Vert pria à l’écurie, fourrage sec pour boire * , . 1 44 1 52 

11° Vert pria à l’écurie, luzerne sèche i 36 1 15 

12° Fourrage sec . . 1 90 1 40 

13° Vert pria à l’écurie 1 82 1 60 

14° Foin, regain 1 40 1 59 

15° Vert pris au pâturage 4 32 1 26 

16° Vert pris au pâturage, paille de mais 1 34 1 37 

17° Foin, paille de maïs . 1 39 1 40 

18°. Vert pria au pâturage, paille de maïs 1 67 1 52 

19° Vert pris au pâturagé, paille et graine de mats ... 1 48 1 53 

20° Luzerne verte, paille de blé 1 69 171 

2t° Vert pris au pâturage pour le matin, fourrage scc 

pour le soir 1 31 1 39 

22° Vert pris au pâturage, paille de maïs, lavùres préparées 
aux pommes-de-terre, raves, feuilles de choux et son . . 1 68 1 65 

Moyenne — 1 gr. 50. 

Différence de la traite du matin à celle du soir . 

1. 0 11 7. 0 36 13. 0 12 19. 0 03 

2. 0 007 8. 0 02 * 14. 9 12 20. 0 0! 

3. 0 21 9. 0 13 15. 0 06 21. 0 06 

4. 0 05 10. 0 05 16. 0 02 22. 0 02 

5. 0 17 11. 0 15 17. 0 007 

6. 0 17 12. 0 26 18. 0 08 

Quatrième tableau . — Laits de trois mois à quatre mois . 

1° Foin, regain, farine de maïs, d’avoine et tourteau de na- 
vette dans la boisson 1 87 1 58 

2o Id. 1 61 1 65 

3® Id. 1 64 1 90 

4° Vert pris à l’écurie . . 1 36 1 35 

5° Luzerne verte 1 57 1 90 

6°»Vert pris à l’écurie, sec pour boire 1 63 1 48 

70 Id. 1 44 1 37 


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8® Vert pris au pâturage, scc pour boire ..... 1 53 i 46 

9® La môme qu’au N® 1 i 60 i 65 

10° Id. (2 traités du soir) i 87 < 58-175 

11® Vert pris au pâturage t 38 1 03 

12° Vert pris à l’écurie, sec pour boire 1 15 1 69 

13® Id. 1 48 1 45 

14® Foin, resces vertes 0 99 1 39 

15° Fourrage sec 1 40 1 65 

16° Vert pris au pâturage, paille de maïs 1 73 1 75 

47® Vert pris au pâturage pour le matin, sec pour le soir . 1 51 1 65 

18® Vert pris au pâturage, paille de maïs 1 66 1 37 

*19® Vert pris au pâturage, sec pour boire 1 68 1 70 

20® Regain, paille de maïs . . 1 54 1 65 

21® Vert pris au pâturage, sec pour boire 1 95 1 59 

22® Sec pour le matin , vert pris au pâturage pour le soir, 

lavûres 1 60 1 59 

23° Vert pris au pâturage pour le matin, sec pour le soir .131 1 39 

24° Vert pris au pâturage, paille de maïs, lavûres ... 1 40 1 63 

25® Id. .... I 68 1 65 

26® Vert pris au pâturage pour le matin, sec pour le soir . 1 53 1 24 

27® Vert pris au pâturage, paille de mats, lavûres ... 1 41 171 

Moyenne — 1 gr. 55. 

Différence de la traite du matin à ceüe du soir . 

1. 0 15 8. 0 05 15. 0 15 22. 0 007 

2. 0 02 9. 0 03 16. 0 01 23. 0 06 

3. 0 14 10. 0 15 17. 0 08 24. 0 44 

4. 0 007 11. 0 25 18. 0 17 25. 0 02 

5. 0 017 12. 0 32 19. 0 01 26. 0 19 

6. 0 09 13.' 0 02 20. 0 07 27. 0 175 

7 . 0 05 14. 0 29 21. O 18 

Cinquième tableau. — Laits de quatre mois à cinq mois . 

1® Vert pris au pâturage 1 50 1 55 

2° Vert pris à l’écurie 1 92 1 44 

3° Vert pris au pâturage, fourrage sec pour boire ... 1 23 1 53 

4® Vert pris à l’écurie, luzerne sèche ....... 1 53 1 72 

5® Vert pris à l’écurie, sec pour boire . . . . . 1 52 1 54 

6® Foin et vesces vertes prises à l’écurie 1 03 1 65 

7® Vert pris au pâturage 1 92 1 96 

8° Paille sèche de maïs avec une petite quantité de sa 

graine 1 60 1 49 

9® Vert pris au pâturage 1 86 1 96 

10® Vert pris au pâturage pour le matin, foin et paille de 


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— 148 — 

maïs pour le soir 1 61 1 77 

1 1° Vert pris au pâturage, foin et paille de maïs pourboire 1 82 1 73 

12° Vert pris au pâturage, sec pourboire 1 68 1 80 

13° Vert pris au pâturage, paille de maïs, lavûres ... 1 58 1 64 

14° Regain et paille de maïs pour le matin, vert pris au 

pâturage pour le soir, lavûres 1 55 1 34 

15° Vert pris au pâturage, sec pour boire, lavûres ... 1 53 1 73 

16° Vert pris au pâturage, paille de maïs, lavûres ... 1 58 1 65 

17° Vert pris au pâturage, foin, trèfle, regain, betteraves . 1 40 1 64 

18° Id. . 1 48 1 51 

Moyenne — 1 gr. 666 milligr.* 

Différence de la traite du matin à celle du soir . 

1. 0 03 6. 0 37 11. 0 05 16. 0 04 

2. 0 25 7. 0 02 12. 0 07 * 17. 0 15 

3. 0 22 8. 0 08 13. * 0 04 18. 0 02 

4. 0 11 , 9. 0 05 14. 0 14 

5. 0-013 ' 10. 0 09 15. 0 11 

Sixième tableau . — Laits de cinq mois à six mois. 

1° Vert pris à l’écurie 1 50 1 76 

2° Vert pris au pâturage, paille de maïs pour boire . . 1 80 1 68 

3° Id. . . 1 76 1 83 

4° Foin, paille de maïs 1 59 1 53 

5* Id. 1 53 1 50 

6° Vert pris au pâturage, sec pour boire ...... 1 74 1 88 

7° Vert pris au pâturage, paille de maïs 1 83 1 95 

8° Vert pris au pâturage, paille de maïs, lavûres . . . 1 74 1 70 

9° Foin, paille de maïs 1 79 1 80 - 

10° Regain, paille de maïs et lavûres pour le matin, vert 

pris au pâturage pour le soir 190 168 

11° Regain et luzerne verte . 1 67 1 80 

12° Vert pris au pâturage, paille de maïs, lavûres ... 1 86 2 10 

Moyenne — 1 gr. 745 milligr. 

Différence de la traite du matin à celle du soir . 

1. 0 15 4. 0 04 7. 0 06 10. 0 12 

2. 0 18 5. 0 02 8. 0 02 11. 0 07 

3. 0 04 6. 0 07 '9. 0 007 12. 0 11 

Septième tableau . — Laits de six mois à sept mois . 

1° Vert pris au pâturage, sec pour boire *...161 1 50 

2. Vert pris au pâturage, paille de maïs ...... 1 86 1 97 


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— 149 — 


3° Vert pris au pâturage, paille de maïs 2 11 1 88 

4° Vert pris au pâturage, sec pour boire 1 83 1 74 

5° Vert pris au pâturage, tourteau do navette et pommes- 


de-terre i 67 i 73 

6° Vert pris au pâturage, regain, betteraves, son .... 1 70 1 39 

7° Id. .... i 67 1 79 

8° Foin, paille de mais 1 75 t 97 


9° Vert pris au pâturage, paille de mais, balles de blé, regain 1 43 2 02 
10° Vert pris au pâturage, paille de mais, lavûres .... 1 95 1 92 

1 1° Regain , paille de blé et de mais pour le matin , vert 

pris au pâturage pour le soir 2 23 2 10 

Moyenne — 1 gr. 81 centigr. 

Différence de la traite du malin à celle du soir. 


i. 

0 07 

4. 

0-04 

7. 

0 06 

10. 

0 01 

2. 

0 05 

5. 

0 03 

8. 

0 12 

11. 

0 06 

3. 

Ô 06 

6. 

0 19 

9. 

0 29 




Huitième tableau . — Laits de sept mois à huit mois . 

1° Foin, regain, farines d'avoine et de mais, tourteau de na- 2 10 


vette (3 analyses, 2 pour le matin et 1 pour le soir) . . 2 27 1 w 

2° Foin 2 00 2 05 

3° Vert pris à l'écurie 1 48 1 58 

4® ïd. * 1 61 1 38 

5° Vert pris à l'écurie, luzerne sèche 1 58 1 58 

6° Vert pris à l’écurie , fourrage bec 1 41 1 11 

7° Id. . 1 16 1 08 

8° Regain, farines de mais et d'avoine, tourteau de navette 2 10 1 80 

9° Vert pris au pâturage 1 69 1 54 

10° Fourrage sec, paille et graines de maïs 1 99 1 80 

11° Fourrage sec 2 21 1 85 

12° Vert pris au pâturage, un peu de sec avantla traitedu matin 1 87 1 63 

43* Vert pris au pâturage 1 80 1 83 

14o Id. 1 95 1 95 

45° Foin, lavûres 2 12 2 14 

Moyenne — 1 gr. 76 centigr. 

Différence de la traite du matin à celle du soir * 

1. 0 07-0 12 5. 0 00 9. 0 09 13. 0 13 

2. 0 02 6. 0 21 10. 0 09 14 . 0 00 

3. 0 06 7. 0 07 11. 0 16 15. 0 01 

4. 0 14 8." 0 14 12. 0 13 


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— i50 — 


Neuvième tableau . — Laits de huit mois à neuf mois et au delà. 

1° Vert pris au pâturage i 90 1 54 

2° Fourrage sec . 1 89 1 86 

3® Fourrage sec, farines d’avoine et de maïs, tourteau de 

navette 1 80 1 90 

4® Id. - 1 85 1 95 

5°- Vert pris à l’écurie, sec pour boire . 1 34 1 38 

6° Fourrage sec, farines d’avoine et de maïs, tourteau 

de navette 1 38 1 83 

7° Vert pris à Fécurie et au pâturage 1 82 1 69 

8° Id. 1 66 1 32 

9° Vert pris â l’écurie, sec pour boire 1 67 2 18 

10® ld. I 02 1 67 

11° Paille et graines de maïb . . 1 92 1 80 

12° Vert pris au pâturage, paille de maïs 1 88 1 68 

13° Vert pris au pâturage, paille de maïs, lavûres. ... 1 78 1 94 

44° Vert pris au pâturage, paüle de blé et de maïs . . . 171 * 2 34 

45® Regain, lavûres , 0 95 1 56 

Moyenne — 1 gr. 70 eentigr. 

Différence de la traite du malin à celle du soir . 

1. 0 19 5. 0 03 9. 0 23 13. 0 08 

2. 0 015 6. 0 24 10. 0 39 14. 0 27 

3. 0 05 7. 0 07 11. 0 06 15. 0 39 

4. 0 05 8. 0 20 12. O 16 


Dixième tableau. 

Ce tableau donne les ebiffres obtenus sur quatre vaehes, soumises cha- 
cune à l'analyse un certain nombre de fois. Le régime a été le même pour 
toutes les vaches et pendant tout le temps des expériences; il consistait en 
foin, balles de blé et pommes-de-terre cuites. 


Lait de 6 jours. 

Lait de 8 jours. 

Lait de S mois. 

Lait de 4 mois. 

Nombre des analyses, 

Nombre des analyses, 

Nombre des analyses, 

Nombre des analyses. 

8 

9 ’ 

9 

8 

Chiffres obtenus. 

Chiffres obtenus. 

Chiffres obtenus. 

Chiffres obtenus. 

Matin Soir 

Matin Soir 

Matin Soir 

Matin Soir 

1 65 1 91 

1 38 1 62 

1 41 1 52 

1 68 1 68 

1 65 1 81 

1 50 1 75 

1 20 1 49 

1 74 1 65 

i 55 1 64 

1 18 1 75 

1 43 1 70 

1 68 2 00 

i 47 1 78 

1 43 1 77 

1 15 

1 46 1 56 
l 50 

1 68 2 18 


% 


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- IBi — 


Plus grando différence Plus grande différence Plus grande différence Plus grande différence 
pour toutes les traites pour toutes les traites pour toutes les traites pour toutes les traites 

0 23 centigr. 0 35 centigr. 0 29 centigr. 0 24 centigr. 

Total des expériences, 364. 

Les plus faibles chiffres obtenus sont : 0 95 centigr., une fois. — 0 99 c., 
une fois.— 1 gr. 02, une fois. — 1 gr. 03, deux fois. — De i gr. 03 à 1 gr. 20, 
dix fois. — De 1 gr. 20 à 1 gr. 30, dix-neuf fois. 

Les plus forts chiffres obtenus, c'est-à-dire ceux qui dépassent 2 gr., sont 
au nombre de dix-neuf; le chiffre extrême a été 2 gr. 34. 

Quant aux différences résultant de la comparaison des traites pour chaque 
Tache deg 9 premiers tableaux, elles ont oscillé : entre 30 et 39 centièmes, 
çiüq fois; entre 20 et 30> centièmes, dix-sept fois* Cinquante-quatre fois seu- 
lement la différence a oscillé entre 0 et 5 centièmes. 

En jetant un coup d’œil sur le dixième tableau, on y rencontre des diffé- 
rences tout aussi variées et étendues. 

Par ce qui précède, on voit que le lait d’ilne même vache peut offrir, d’une 
traite à nne autre, de grandes variations dans sa composition, puisque nous 
avons obtenu une fois le chiffre 39 centièmes. Dans les fromageries, quand un 
lait soumis à l’épreuve présentera une différence aussi grande et même plus 
grande encore, on ne sera nullement autorisé à faire peser des soupçons sur 
lai. Ceux-ci devraient naître seulement dans le cas où un lait offrirait fréquem- 
ment un chiffre inférieur à 1 gramme, puisque deux fois seulement, sur 364 
expériences, j’ai obtenu un poids moindre (95 et 99 centigr.) Ces deux poids 
se rapportent à deux vaches différentes qui ont donné pour la seconde traite, 
la 1™ 1 gr. 56, la 2»* 1 gr. 39, c’est-à-dire des chiffres se rapprochant de 1 a 
moyenne générale. 

Ainsi, le lait de vache peut descendre au-dessous d’un gramme, mais de 
tels écarts doivent être excessivement rares, et par cela seul qu’un lait 
offrirait fréquemment un chiffre inférieur à 1 gramme, des soupçons de fa- 
brication seraient bien fondés, à mon avis, le crois môme qu*un lait repré- 
sentant le mélange de la récolte faite sur plusieurs vaches de la même 
écurie, ne doit jamais descendre an-dessous d'un gramme, parce qu'un chiffre 
faible, donné par une vaebe, serait nécessairement compensé par un chiffre 
plus fort donné par une autre vache. 

Je termine par un conseil à l’adresse des Sociétés de fromagerie. Je pro- 
pose à ces dernières de mettre dans leurs statuts, que tout individu fournis- 
sant un lait fréquemment inférieur à t gramme, sera éliminé de la Société, 
et paiera, au profit de cette dernière, une amende fixée d’avance par les so- 
ciétaires et proportionnelle à la durée des apports. 


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— 152 — 


NÉCROLOGIE. 

Monsieur CM EVA8SU, 

MAIEE *DE POLIGNY. 

Bien que les paroles vivement senties et profondément émues de M. 
le Préfet du Jura sur la tombe de l'éminent compatriote que nons 
venons de perdre si inopinément paroles bientôt corroborées par 1 e& 
feuilles du département unies à son égard dans les témoignages rétros- 
pectifs du respect et de là considération» non moins que par les aveux 
de ses adversaires politiques, dans la grande épreuve qui se préparait» 
et consciencieusement amenés à saluer des mêmes hommages la soli- 
dité des principes, la fermeté des convictions, la loyauté ainsi que l'a- 
ménité du caractère, la sûrèté pinsi que l’agrément des relations, enfin 
toutes les qualités publiques et privées de l’ homme et du citoyen ; bien» 
disons-nous, que ee concours empressé et sympathique de toutes les 
opinions, joint à l'immense affluence qui se pressait à son convoi d'une 
pompe vraiment royale, ne nous aK rien laissé h désirer dans l'appré- 
ciation que nous devons faire de la valeur et du mérite du regrettable 
défunt, toutefois, la Société d’agriculture» sciences et arts a partagé à 
un trop haut degré l’impression douloureuse et la stupéfaction fou-» 
droyante répandue dans la cité à l'annonce imprévue du fatal évène- 
ment, pour ne pas tenir à consigner dans l’humble publication dont 
elle dispose les sentiments qu'elle professait pour l'administrateur in- 
telligent, courageux et dévoué qui, sous l’inspiration du plus pur patrio- 
tisme, consacrait depuis si longtemps ses soins, ses travaux, ses préoc- 
cupations aux intérêts du département et en particulier aux affaires do 
la ville dont il était l’enfant, Poligny, qu’ilaimait de toute la tendresse* 
d’un fils pour sa mère. 

Seulement quelques réfactions : 

Monsieur Chevassu avait tout à gagner à être connu étroitement et 
d'une manière intime. Sous ses dehors de simplicité * de modestie, si 
loin de tout air de protection et de supériorité, il était impossible de 
deviner ce qu'il y avait de ressources dans son esprit, d’étendue dans 
ses pensées, de largeur dans ses vues, et surtout de charité ardente et 
chaleureuse dans son âme. 11 allait au devant des demandes qu’on pou- 
vait lui faire, et c'était lui qui semblait l’obligé. Que de services rendus 
dans l’ombre ! Que de dons de la main droite ignorés de la main gauche! 


* h. 


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— 153 — 


procédés, du reste, acclimatés dans son honorable famille. 

. C’était bien là le confident discret, l’ami véritable dont il est parlé 
dans un des apologues de notre grand fabuliste : 

« Il cherchait vos besoins au fond de votre cœur. 

Vous épargnant la pudeur 
De les déclarer vous-même. » 

Le Secrétaire de ta rédaction, H. -G. Cler. 


SÉANCE GÉNÉRALE DU 13 MAI 1869. 

La séance est ouverte à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc- 
Oui hier. Président, par la lecture du procès-verbal de la réunion 
précédente. 

Correspondance manuscrite : 

M. Rozier, homme de lettres à Paris, désire connaître les conditions 
d’admissibilité dans notre Société académique. 

M. Veissicrc, préposé aux archives de l'évéché de Saint-Claude, 
nous annonce l’envoi de pièces très-intéressantes : 1° un mémoire dé- 
couvert dans les archives de Sellières , sous ce titre : Droits curiaux 
du Curé de Fers , au moyen-âge ; 2° uq mémoire sur les causes qui 
amenèrent la sécularisation de l’abbaye de Saint-Claude et son érection 
en évéebé. — Ce mémoire a été transcrit en 1761 1 par l’abbé Guérillol, 
d’un ancien manuscrit de la familiarité de Saint-Hippolyte, de Poligny. 
Cette pièce est reproduite telle qu’elle a été trouvée, sans changement 
aucun dans l'orthographe ; 3° un mémoire concernant la bâtisse de 
l'église de Saint-Hippolyte, de Poligny, son érection en collégiale, 
l’union de la cure et du prieuré. 

Ces documents font partie du champ que cultive la Semaine reli- 
gieuse , feuille de Saint-Claude, paraissant tous les samedis en une bro- 
chure de 16 pages in-8*, et qui, après un développement toujours crois- 
sant, commence avec succès sa seconde année, qu’elle a inaugurée par 
la publication très-curieuse des Mémoires contemporains des Clarïsses 
de Poligny, sur la Guen'e et la Peste en Franche-Comté, en 1636, V In- 
cendie de cette ville, en 1673, et la Guerre de 1674, par Louis XIV en 
personne . S’adresser à M“ c veuve Enard, imprimeur à Saint-Claude. 

Notre honorable correspondant, M. Fernand Gibert, nous adresse 


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— 454 — 


des noies scientifiques sur futilité des instruments météorologiques. — 
En même temps, de la part do la Société d’horticulture de la Gironde, 
dont il est membre, il s’empresse de nous transmettre deux écban- 
tillons de graines de chou hybride du Bricoli et de Bruxellc, avec re- 
commandation de les ensemencer de suite dans de la terre mêlée de 
fumier, Cet envoi est accompagné d’un spécimen de chou-fleur nain 
d’Estof hâtif, et de celui d’un remède pour la maladie des poules, ex- 
trait d’un journal de Dax. 

. M. le docteur Ménécier, médecin à Marseille, admis récemment 
membre de notre Société, se hâte de payer sa bienvenue par l’offrande 
de plusieurs brochures dont il est l’auteur : Des complications des ma- 
ladies varioles ; — Historique de V épidémie du Choléra ; — De la com- 
binaison de VIodale de potasse avec le Permanganate de potasse dans le 
traitement des maladies scrofuleuses ; — Notice sur la-Rage , avec un 
projet nouveau de police sanitaire sur la race canine, présenté à S. E. 
le Ministre de l’agriculture et du commerce (1864); — Rapport (1865), 
à M. le maire de Marseille sur les cas de rage canine observés en 1864. 

Notre dévoué compatriote et collègue, M. Tamisier, en nous présen- 
tant la candidature de deux de ses confrères, la fait précéder d’une 
offrande de chacun d’eux : La Gymnastique et les exercices corporels 
dans les lycées , par T. Gallard, médecin de l’hôpital de la Pitié; — 
Mammifères et Oiseaux de la Creuse , par le docteur Dugenest, Secré- 
taire de la Société des médecins de la Creuse. 

Correspondance imprimée : 

Société protectrice des animaux. Concours pour 1870. Programme : 
n Prouver que les bons soins de l’homme envers les animaux, ont pour 
•effet de développer leur beauté, leur force, leur intelligence, leurs qua- 
lités naturelles et leur utilité. » l or prix, médaille d’or de 200 fr. et 
prime de 200 fr. 2“® prix, médaille de vermeil et prime de 100 fr. 
l re et 2 ma mention, une médaille d’argent.— Voir aux archives les con- 
ditions du Concours. 

Académie du Gard : Prix de 1,000 fr., offert par M. Paulin Talabot, 
député et membre du Conseil général du Gard. Programme : Examen 
critique des diverses méthodes employées ou proposées pour combattre 
la maladie des vers à soio. Les apprécier au double point de vue de la 
science et do l’expérience; en indiquer au besoin une nouvelle. — Prix 
ii décerner au mois de mai 1870. 


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- m - 

Concours pour la publication d’un almanach pour l’année 1870. — 
Prix de 600 fr. fondé par Jacques Bujault. Extrait du testament de 
Jacques Bujault, du 8 décembre 1842, qui porte que chaque année il 
sera établi un concours, avec un prix de 600 fr., pour la publication 
d’un almanach pour l’année suivante. 

Académie de Mâcon. Appel à une souscription publique pour élever 
une statue à Lamartine sur une des places de cette ville, le lieu natal 
du grand poète, adressé aux différents cojrps littéraires et savants de 
l'Empire, et les convier à prendre part à cette œuvre d'un caractère 
éminemment national. — Adresser les souscriptions à M. Ch. Pcllorie, 
Président, ou à M. Saulnier, Secrétaire perpétuel. 

Cbâlon-sur-Saône. — Matériaux d’archéologie et d’bistoire. Revue 
mensuelle. Au premier numéro qui nous a été adressé à titre de spéci- 
men, vont succéder les numéros 2, 3 et 4, qui paraîtront successive- 
ment avant la fin d'avril. 

Epinal. — Inventaire historique des archives anciennes de cette ville, 
par Ch, Ferry, archiviste de la ville et des hospices, ouvrage qui for- 
mera cinq volumes. Recommandation aux souscripteurs de rendre leur 
adresse très-lisible. 

Lectures. — De M. le docteur Chereau : Un Pendu à Orgelet, en 
1766. — De M. Vaissiète : 1° Droits curiaux du. curé de Vers, au moyen- 
âge; — 2° Des Causes qui ont amené l’abolition de l’Abbaye Condat 
et l'érection de l’Evêché de Saint-Claude; — 3° Quelques détails sur 
Notre-Dame de Moûtier- Vieillard , alors sous le patronage de Saint- 
Hippolyte, un des anciens àbbé9 de l’abbaye supprimée. — Dë M. Jean 
Dumont : Revue agricole. — De M. Fernand Gibert : Moyen de guérir 
la maladie des Poules. — De M. le docteur Pactet : Etudes sur le Lait, 
pour servir aux fromageries. — De M. E. de Berny, ancien chargé de 
mission en Orient, sous-intendant militaire : Le Mariage de Chapour 
Tchélébi’, ou le triple Divorce, conte tui*c, tradnit pour la première fois 
sur l’original (analyse par M. H. Clcr). — Poésie. De M. Victor Leroy ; 
Les Sauveteurs,* accompagnement de piano d’Emile Coyon ; — De M, 
Evariste Carrancc : Parfums de l’Ame ; — De M. Joseph Paul, élève de 
rhétorique au collège de Poligny : Le Poitrinaire; — De M IIe Mélanie 
Bourotte : Les Forêts des Montagnes. 

Sont proposés et nommés membres de la Société : Titulaire : M. 
Pautret, inspecteur primaire, à Poligny. — Correspondants : MM. 
Guichard, agent des mines de Montccaux, à Lons-lc-Saunier ; Dugenest, 


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docteur en médecine à Guéret; de Lairwcreyns de Roosendaclc, pro- 
fesseur d’anglais au collège de Saint-Omer; Victor Leroy, secrétaire de 
l’Académie des poètes, à Paris. 

La séance est levée à 4 heures. 

H. -G. Cler, professeur émérite . 


VITICULTURE. 

Quand les entomologistes sont venus à bout de classer par familles et 
de dénommer ces myriades d’insectes qui peuplent les eaux, l’air, l'in- 
térieur des terres, les bois et même les corps des êtres vivants; quand 
les botanistes ont pu classer méthodiquement plus de soixante mille vé- 
gétaux et leurs innombrables variétés ; les fleuristes même, plus de trois 
cents variétés de roses et leur assigner un nom convenu , comment se 
fait-il que dans un intérêt plus important les viticulteurs n’aient pu se 
créer une langue commune, bornée à une soixantaine de mots et même 
moins encore, pour désigner les divers cépages de nos vignes de France? 
Sortez de votre canton, de votre village,' demandez aux vignerons de 
Quinligny ou de l'Etoile, avec quel plant ils fabriquent leur bon petit 
vin blanc de melon, ils vous répondront que c’est avec le gamet blanc; 
parlez à ceux de Besançon et du voisinage, de pulsart et de trousseau, ils 
répondrAt : A r bois, Triffant , Luisant blanc , Luisant noir, Bon blanc , 
Bon noir , Bregin , Egrappenou. 

Désirez-vous essayer quelque plant inconnu dans votre localité ? Ecou- 
tez et choisissez : Plant du roi, —Quille de coq, — San moireau, — Àu- 
xerrois, — Pied de perdry,— Céte-rouge, — Bourguignon, — Cêt. Mais 
un petit inconvénient ; c’est que ce n’est qu’un même plant affublé de 
noms différents et que peut-être nous avons baptisé à notre tour du joli 
nom de Foirard. 

Il semble que depuis longtemps quelqu'une de nos villes du Jura, ou- 
r Administration, ou quelque comice ayant un revenu , eût dû créer 
une petite vigne d’expérimentation , où l’on eût réuni et fait cultiver 
avec 9 oin tous les cépages de France, d’Italie et d’Espagne, convenable- 
ment étiquetés. L'on eût pu alors en fournir aux cultivateurs pour les 
essayer à diverses expositions ; l’on eût pu en faire le dictionnaire com- 
paré', car ce n’est qu’en face des cépages qu'un œil exercé peut les bien 
reconnaître. La description écrite est ici absolument impuissante. MM. 
de Constant Rebecque, Bertherand, Pillot, Em el Yuillot et moi, voulant 
donner satisfaction à une Société de viticulture qui nous avait demandé 


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- 187 - 

les noms et les caractères des plants du Jura, et nous avait posé 28 ques- 
tions sur chacun d’eux, nous reconnûmes, après 8 longues séances, M. 
Bertherand tenant la plume, que toutes les feuilles étaient vertes^ vertes- 
jaunes, pas très-jaunes, et les vrilles fortes, pas très-fortes, assez fortes, 
la poussée des bourgeons et la maturité à peu près à la même époque ; 
que la floraison, fixée d’abord vers le 18 juin, finit par arriver au 6 
juillet, et notre travail achevé était bon à brûler. 

11 existe sans doute, hors de notre culture, des cépages qui, transport 
tés dans notre pays, donneraient d’abondants produits sans nuire à la 
qualité de nos vins, que'la multiplication du Gueueke et autres tend à dé- 
précier, et nous avons à craindre que devenant trop mauvais, ils ne puis- 
sent soutenir la concurrence de ceux du Midi. Mauvais pour mauvais, on 
préfère le meilleur marché. Or, dans les bonnes années, le Midi peut 
livrer sur place à 3 centimes le litre. 

Mais encore une fois, quel cépage choisir? Si nous demandons aux Bor- 
delais leur Carbènet, à d’autres letir Pendouleau , nous reconnaîtrons, 
après quatre ou cinq ans de soins, que nous avons cultivé du Maldoux 
et du Pulsart. 

11 me parait donc important d’obtenir la photographie de nos princi- 
paux cépages , à l’époque ou le raisin est mûr, le représentant avec sa 
branche, ses feuilles et autant que possible dans son port naturel. 

Communiquant alors ces exemplaires à d’autres Sociétés du Centre ou 
du Midi qui, de leur côté, feraient photographier leurs cépages et nous 
en donneraient communication, les accompagnant des noms particuliers 
S leur province, l’on pourrait parvenir, sinon à convenir d’une langue 
commune, du moins établir comme une traduction en regard de cette 
lexicologie indéchiffrable jusqu’ici, et tout au moins mettre nos cultiva- 
teurs en état de connaître quels sont les plants cultivés, dans tel ou tel 
vignoble et qui pourraient être utilement introduits dans le nôtre. 

Je ne sais si la photographie , malgré son exactitude à rendre tous 
les détails, ne tromperait pas mon attente, c'est-à-dire, si la petitesse du 
dessin n’empêcherait pas que Ton reconnut facilement les espèces; mais 
j’ai vu dans un exemplaire de luxe de la Maison rustique , le foc simile 
de quelques raisins avec leur feuillage, et si vrai, qu’on les nommait à 
première vue, bieti qu’ils fussent dessinés en diminutifs. 

Je proposerais donc d’annoncer une prime au photographe qui nous 
adresserait la collection la plus nombreuse et la mieux réussie de nos prin- 
cipaux cépages. Je désirerais qu’elle ne restât pas au-dessous de 7 à 8, 
en commençant par : 1° le Puisard, 2° le Trousseau de Salins et Arbois, 
3° le Troussé de Poligny, 4° le Maldoux, 5° le Melon blanc, 6° le Bcr- 


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— «58 — 


kland on Bakland de Poligny, 7° l'Enfariné, 8° le Taquet de SàHns ou 
Valet noir, ou PArgant de Salins, Margillin, selon d'autres. On remettrait 
à l’année prochaine les autres qui sont moins spéciaux à notre province, 
tels que les Sauvagnins, le Gamel, le Gueuche, les Noirîns, etc. 

Le photographe céderait à la Société deux exemplaires de chacune 
de ces variétés, l’un pour être gardé dans nos archives, l’autre pour être, 
comme je l’ai dit, communiqué successivement à d’autres Sociétés de vi- 
ticulture. Comme outre sa peine, le photographe qui répondrait àjaotrc 
appel ferait quelques frais , il conviendrait d’pjoutcr à la récompense 
honorifique une petite somme d’argent et la promesse dans le cas où, 
ayant tiré un plus grand nombre d’exemplaires et conservant scs clichés, 
il voudrait essayer de les mettre en vente, d’imprimer scs annonces au 
Bulletin pendant une année, ce qui serait un encouragement ù la publi- 
cation d’une nouvelle série l’année prochaine. 

CLEac-OtrrHtËR, Président. 


PR0GRA1ME DU CONCOURS DE 4869. 

Dans sr séance de janvier 1870,1a Société décernera des récompenses 
(médailles, livres, instruments, mentions honorables, etc.) pour tout 
effort accompli dans la voie du progrès, notamment : 

1° Agrlenlture. — Mise en valeur des terres incultes. — Les 
meilleurs assolements dans les diverses régions de l'arrondissement de 
Poligny, démontrés théoriquement et par des faits.— Entretien de vieux 
prés par le terrage et les engrais. — Formation de prés naturels non 
Irrigables par des semis de choix. — Drainage économique .par l'emploi 
de pierrailles, de fascines,, de sarments, etc. — Expériences sur remploi 
des engrais artiBcids et particulièrement des engrais chimiques, em- 
ployés soit seuls, soit comme complément du fumier d’étable. 

2° Viticulture. — Etude comparée des frais et de9 rendements 
de la culture de la vigne en foule et de la culture en ligne. — Essais de 
culture de la vigne à la charrue. — Expériences sur la taille tardive de 
la vigne en vue de la préserver des gelées de printemps. (Bulletin 1868, 
p. 316;. 

Reproduction photographique des principaux cépages du Jura. La 
Société récompensera cette année la collection des plants suivants : l°le 
Pulsart; — 2° le Trousseau de Salins, des Arsures et d’Arbois; — 3° le 
Troussé de Poligny; — 4® le Maldoux; — 5° le Melon blanc; — 6° le Bcr- 


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— 159 — 

kland ou Bakland de Poligny; — 7° l’Enfariné; — 8’ le Taquet ou Mar- 
gillin 4c Salins. 

Le photographe céderait de gré à gré à la Société deux exemplaires 
de chacune de ces variétés. 

3° Horticulture* — Jardins des instituteurs et institutrices les 
mieux tenus, tant sous le rapportées arbres fruitiers que sous le rapport 
des plantes potagères et des fleurs. — Culture des fleurs d'ornement 
dites de collections, faites par les jardiniers de la ville de Poligny. 

4° Apiculture. — Ruchers les mieux tenus et qui se trouvent 
dans les conditions propres à assurer un bénéfice important à ceux qui 
les cultivent. 

5° Sylviculture. — Etude sur les forêts du Jura et sur* les amé- 
liorations à introduire dans les méthodes d'exploitation des bois de 
l'Etat, des communes et des particuliers. 

6° Art vétérinaire. — La lièvre vitulaire chez les vaches 
laitières, ses causes et son traitement. — Recherches sur les causes du 
Tournis chez les grands ruminants. 

7* Hygiène publique. De l'hygiène des églises. 

8° Industrie flromagère. Invention d’un lacto-stéréomètrc, 
c'est-à-dire d’un seau qui, au moyen de graduations ou d’un mécanisme 
quelconque, indique sur-lc-champ, jusqu’à au moins un cinquième de 
litre près, le volume du lait versé dedans. Ce seau devra être construit 
de telle sorte que le couloir usité dans les fromageries puisse aisément 
s’adapter dessus , en même temps qu’il offrira toutes les garanties de 
solidité désirables. 

Récompenses aux fromagers qui, en moyenne, auront obtenu le plus 
de poids caséeux pour une même quantité de lait. 

9° Science» naturelles. Résumé des méthodes de fabrica- 
tion des engrais chimiques, ou des engrais artificiels provenant de ma- 
tières organiques. 

10° Science» et I^etire». Histoire d’une localité, d’un per- 
sonnage remarquable du Jura. — Continuation de l'histoire de Poligny, 
de 1700 a 1848 exclusivement. — Monographie topographique, mé- 
téorologique, agricole ou viticole d’une localité du Jura (la Société 
tiendra compte aux auteurs de tous les détails qu’ils croiront de nature 
à intéresser). 

11® Poésie* — Paroles et musique d’un ou de plusieurs chants 


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— 460 — 


pour les jeunes orphéons des écoles primaires. 

12° Dans l’état actuel de la science, la prévision du temps pour une 
circonscription donnée est-elle, oui ou non, possible d’une manière sinon 
sûre, mais se rapprochant au moins très-près de la certitude? — Obser* 
valions sur la température des sources d’une ou de plusieurs localités du 
Jura pendant les différentes saisons de l’année. 

13 # Encouragements divers. — La Société sc réserve de 
récompenser les auteurs de productions ou travaux scientifiques, litté- 
raires, agricoles, et non mentionnés dans le présent programme. 

Les mémoires devront être adressés à M. Henri Gler, Secrétaire de la 
Société, à Poligny, pour le 1 er décembre 1869 (terme de rigueur). 

Tous les travaux présentés au Concours devront être inédits. 

Le Président , CLERC -OUTHIER. 


DONS. 

Il est offert à la Société, par : 

M. Gigot, capitaine adjudant-major au 74 œe de ligue : De la suppression 
des Cantinières dans l'armée , suivi d’un rapport sur l’application de la loi 
sur l’avancement. Petite brochure grand in-8°, dont il est l’autéur. 

M. le Ministre de l’agriculture, du commerce et des travaux publics : 
Eludes des Vignobles de France , pour servir à l’enseignement mutuel de la 
Viticulture et de la Vinification française, par le docteur Jules Guyot. 3 vol. 
in-8°, d’ensemble 1,840 pages, avec plus de 1000 fig. dans le texte. 

M. Cbonnaux-Dubisson : Des Affections gastro-intestinales dans la pre- 
mière enfance. Broch. in-8°. 

M. Themeschixi : Un appareil cosmographique à l'usage de l’enseigne- 
ment populaire, dont il est l’auteur, accompagné de la brochure explicative. 

M. Roüsselot, inspecteur d’Académie à Lons-le-Saunier : Les Mystiques 
espagnoles. Un vol. in-8°. 

“ M. Tamisier, médecin-major au l« r régiment du train d’artillerie : Nou- 
velles recherches sur les Congestions cérébrales , par À. Regnard. Petite bro- 
chure in- 8°. 1868. 

M. Evariste Carrance : Parfums de l’Ame, poésies. Un vol. in-8°. 1869. 

M. Guichard : Mosaïque , par Ferréol Saviange, poésies. Broch. in-8°. 1869. 


POLIGNY, IMP. DE MARKSCHAL. - * 


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— 1G1 — 


SCIENCES MÉDICALES. 


Dos Hydropisios on g^nértil^ do leur mécanisme 

e( de leurs divers modes de développement , 

PAR N. CflON N AUX -DÜBISSON , 

Docteur en médecine & Vi 11ers- Bocage (Calvados), membre correspomlunl. 

(Suite et fin). 

SIXIÈME ORDRE DE CAUSÉS, 

Certains arrêts de développements 

L’hydrocéphale chronique, congénitale, reconnaît pour cause un arrêt 
dans le développement de la masse encéphalique. 

Je n’entreprendrai pas ici l'étude de cette maladie , dont l'histoire, 
pour être complète, réclamerait à elle seule un volume important; seu- 
lement, je présenterai un résumé très-succjnt des recherches auxquelles 
je me suis livré pendant mes études médicales, et depuis, dans ma pra- 
tique, sur ce point de pathologie. 

La sérosité, chez les hydrocéphales, peut s’accumuler : 1° entre la 
dure-mère et les os du crâne; 2° entre la dure-mère et le feuillet parié- 
tal de l’arachnoïde ; 3° dans la cavité arachnoïdienne et à l'extérieur de 
l'encéphale; 4° dans les ventricules cérébraux; 5° dans le tissu lamineux 
et vasculaire de la pie-mère. 

Le volume de la tctc est ordinairement énorme ; quelquefois il est 
plus petit que dans l'état normal, ou bien la tète se développe réguliè- 
rement, et son volume est en rapport avec l’àgc du sujet. 

Les hydrocéphales meurent presque tous, soit dans le sein maternel, 
soit lors de l’accoucliemcnt, soit enfin peu de temps après la naissance; 
cependant, il existe des exceptions. 

Gœlis cite deux individus qui vécurent, l’un soixante et dix-neuf ans, 
l’autre soixante et onze; Breschct en a vu un de vingt-huit ans. 

Pour ma part, je n’ai jamais rencontré d’hydrocéphales de cet âge; j’en 
ai vu plusieurs qui sont arrivés à sept, neuf et onze ans, mais pas au-delà. 

Lorsque la sérosité est accumulée dans les ventricules , clic distend 
leurs parois,, amincit la substance de l’organe, en déplisse les circonvo- 
lutions et anfractuosités, pour réduire le cerveau en une poche ou kyste 
à parois très- minces. 

Chez la plupart des enfants hydrocéphales que j’ai ouverts, la subs- 
tance encéphalique avait, contrairement à l’opinion de Klein et de plu- 
sieurs autres auteurs, une teinte uniforme, et il n’y avait ni substance 

il 


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— 162 — 


corticale, ni substance médullaire distinctes. 

Lorsque la sérosité est contenue dans la cavité arachnoïdienne, le 
cerveau manque, ou il est à Tétât rudimentaire. 

Dans un mémoire publié Tan dernier, j’ai démontré que non-sculemcnt 
le crâne peut se former, quoique sa cavité ne contienne pas de cerveau; 
mais que dans tous les cas d’hydrocéphalie et l’anencéphalie, on ren- 
contre la durc-mérc, l’arachnoïde et la pie-mère; seulement la grande 
faux cérébrale manque quelquefois ; l’arachnoïde est quelquefois plus 
dense, moins transparente, et la pie-mère est excessivement mince. 

D’ou il faut conclure que l'hydrocéphalie est due aux -altérations de 
la substance cérébrale elle-même. 

Anatomie pathologique . 

La sérosité des hydropiques se rapproche beaucoup du sérum du sang 
par ses propriétés physiques et chimiques : elle est limpide, transpa- 
rente, incolore, ou d’une couleur un peu citrine (parfois elle est teinte 
en rouge, s’il s’est fait en même temps une exhalation sanguine ; quel- 
quefois aussi on y trouve la matière colorante de la bile, si le sujet est 
ictériquc); elle est inodore; sa pesanteur spécifique varie entre 1006,7 
et 1064; elle est formée presque entièrement d’eau, contenant en dis- 
solution une plus ou moins grande quantité d’albumine et des sels alca- 
lins (sulfate de potasse et de soude, chlorhydrate de soude et de potasse, 
phosphates de fer, de chaux, de magnésie), dont 1a quantité est â peu 
près la même que dans le sérum ; elle verdit le sirop de violettes, coagule 
par la chaleur l’alcool, l’acide nitrique. 

Marcct a découvert une matière animale particulière , soluble dans 
l’eau , non coagulable par la chaleur, qu’il a nommée muco-extractive. 

Dans Thydropisie, il n’y a pas simple séparation du sérum, tel qu’il 
est contenu dans le sang ; la sérosité épanchée, bien que restant com- 
posée des mêmes matériaux que le sérum du sang , contient propor- 
tionnellement plus d’eau que celui-ci , et beaucoup moins de principes 
organiques et en particulier d’albumine. 

Ainsi, dans 16 analyses faites des liquides de diverses personnes hy- 
dropiques, nous avons trouvé pour maximum en albumine le chiffre 48, 
et pour minimum 4. 

Dans aucun cas, par conséquent, la quantité d’albumine n’était meme 
égale à la quantité de celle que contient le sérum du sang. 

Dans ces 16 analyses, nous avons trouvé la quantité d’albumine repré- 
sentée, pour 1000 parties, par les chiffres 48, 47, 41, 40, 30, 28, 10, 
15, 14, 12, 12,11,10,8,6, 4. 


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163 — 


Dans 6 autres analyses de sérosités extraites de la tunique vaginale, 
affectée d’hydrocèle, nous avons trouvé l'albumine généralement plus 
abondante que dans les autres sérosités épanchées : ainsi, dans ces 6 cas, 
il y avait en albumine 59, 55, 51, 51, 49, 35. 

Le chiffre le plus élevé de ces 6 cas est loin d’égaler la moyenne de 
l'albumine dans le sérum du sang. 

Nous n’avons pas vu, dans ces cas divers, que le siège de l’hydropisie, 
non plus que sa cause , exerçassent quelque influence sur l’élévation 
plus ou moins grande du chiffre de l’albumine; mais il n’en a pas été 
de même de l’état plus ou moins grand d’intégrité de la constitution : 
plus celle-ci était encore entière et forte, et plus, en général, les séro- 
sités épanchées contenaient d’albumine. 

Voilà pourquoi le liquide qui provenait de la tunique vaginale était, 
en général, plus riche en albumine que celui des autres liydropisics : 
c’est que, dans ces cas d’hydrocèles, les individus opérés étaient encore 
pleins de santé et de vigueur. 

Dans les cas, au contraire, ou nous avons eu occasion d’examiner la 
sérosité du ventre d’un même individu par plusieurs ponctions succes- 
sives, nous avons constamment vu que plus les ponctions se répétaient, 
moins était abondante la quantité d’albumine contenue dans la sérosité, 
ce qui nous parait dépendre de l’affaiblissement progressivement crois- 
sant de la constitution. 

Nous avons pu remarquer aussi que l’eau était en plus grande quahtité 
que dans le sérum du sang : en effet, cclqi-ci contient en moyenne 790 
d’eau, tandis que dans la sérosité des hydropiques, l’eau a été repré- 
sentée par les chiffres 930 pour minimum et 986 pour maximum. 

Cest dans la sérosité de l’hydrocèle que l’eau a été trouvée en moins 
grande quantité : 390 comme minimum, 947 comme maximum. 

La proportion d’albumine a été plus considérable lorsque l’épanche- 
ment dé sérosité a été provoqué par un travail phlegmasique. 

Nous ferons encore cette remarque qui ne manque pas d’intérêt, c'est 
que dans les cas où, chez un même individu, il existait à la fois, en des 
lieux divers, plusieurs épanchements séreux, les liquides qui les cons- 
tituent peuvent différer beaucoup les uns des autres, rélativement à la 
quantité d’albumine qu’ils contiennent. 

La quantité de sérosité épanchée est très-variable dans les différentes 
espèces d’hydropisies. 

Si elle est considérable, elle produit la distension des tissus. Ainsi, 
dans l’anasarque, le tissu cellulaire est raréfié; scs mailles sont agran- 
dies, quelquefois il est ramolli, plus friable, d'aspect gélatineux; dans 


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— 164 — 


l’ ascite, l’hydropéricardc, etc., les séreuses offrent quelquefois une cou- 
leur opaline, une teinte laiteuse. Les organes environnants sont com- 
primés, refoulés, amincis, décolorés. 

SYMPTOMES ET DIAGNOSTIC. 

Les symptômes locaux sont étudiés : 

1° Au moyen des divers modes d'exploration dont nous pouvons dis- 
poser : inspection, mensuration, palpation, percussion, auscultation, 
succussion ; 

2° On remarque dans les organes malades, ou dans ceux qui leur sont 
contigus, des troubles fonctionnels divers, dus è la compression que les 
liquides déterminent. 

Les symptômes varient suivant la quantité du liquide épanché, la 
rapidité de l’épanchement, l’extensibilité des organes. 

Dans tous les cas, il y a une augmentation de volume; les liquides 
obéissant aux lois de la pesanteur, seront toujours en plus grande abon- 
dance dans les points déclives, et on peut les déplacer. Nous ne pour- 
rions faire ici l’application des moyens d’investigation conseillés par les. 
auteurs, sans entrer dans des descriptions spéciales. 

Parmi les symptômes généraux, il n’en est aucun que l’on puisse 
attribuer d’une manière particulière à l’hydropisie. 

On a dit que la bouche était sèche, qu'il existait une soif vive. Dans 
les hydropisies d’autrefois, la soif était bien réelle, et il ne pouvait en 
être autrement, puisqu’on soumettait les malheureux malades à une 
diète sèche, à l’abstinence complète des boissons; tout au plus leur ac- 
cordait-on un peu d’orange pour se désaltérer. 

On a dit aussi que la peau était aride, la sécrétion urinaire moins 
abondante, la constipation opiniâtre. Assurément ees symptômes sont 
souvent observés, mais aucun n’est constant. 

Dans le diagnostic de l’hydropisie, on a trois problèmes à résoudre : 

1° Constater l’existence de l’hydropisie; 

2° En reconnaître la cause ; 

3° La différencier de toutes les maladies qui peuvent avoir avec elle 
quelque ressemblance. 

L’œdème qui commence aux malléoles, pour s’étendre graduellement, 
et après un temps plus ou moins long, aux autres parties du tronc, et 
qui plus tard s’accompagne d’épanchements dans les cavités séreuses, 
reconnaît pour cause une maladie du centre circulatoire, que l’auscul- 
tation, la percussion, etc., feront découvrir; l’œdème borné à un seul 
point du corps indique qu’une veine importante dans ce point est 




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— 165 — 


oblitérée. 

Occupe-t-il, par exemple, la moitié supérieure du corps, comme dans 
le fait rapporté par M. Chomel : il existe un obstacle au cours du sang 
sur le trajet de la veine cave supérieure. 

L’ascite simple accuse l’oblitération ou la compression de la veine 
porte. 

Si l’&dème a commencé par la face, ou s’il est disséminé dans diffé- 
rents points du corps, s’il résiste au doigt, etc., il faut craindre une 
affection rénale et interroger les urines. 

L’anasarque s’établit-elle rapidement, elle dépend d’une maladie 
aiguë des enveloppes du cœur ou de l’albuminurie : l’auscultation, 
Texamcn des urines, sont nécessaires. 

wm. 

La durée des liydropisies, en général, est très-variable. Elle est su- 
bordonnée k la maladie première qui a été la cause prochaine des exha- 
lations séreuses; celles-ci suivent ordinairement les différentes phases 
de celle-là, diminuant ou augmentant, suivant qu'elle s’améliore, ou, 
ou contraire, qu’elle éprouve des exacerbations. 

L’hydropisie pourra durer des mois, ou même plusieurs années, si la 
maladie dont elle est le symptôme est chronique ; mais il est des hydro- 
pisies qui tuent dès leur début ou disparaissent sans laisser de traces 
de leur existence. 


TERMINAISON. 

lin flux diarrhéique, des sueurs abondantes, l'excrétion d'une grande 
quantité d’urine, ont quelquefois précédé la disparition brusque d'une 
bydropisie, et tantôt celle-ci ne s’est pas reproduite, et tantôt, et plus 
souvent, la guérison n’a été que momentanée. 

Mais quand elle s'est produite, il est peu commun qu’elle disparaisse 
une seconde fois, et surtout une troisième. 

Le plus souvent l’bydropisie a une issue funeste : le malade suc- 
combe aux progrès de la maladie organique dont il est atteint, à un éry- 
sipèle phlegmoneux, à la gangrène, à une apoplexie séreuse : l’asphy- 
xie, la syncope, peuvent aussi déterminer la mort. 

PRONOSTIC. 

Le pronostic de l’hydropisie est ordinairement très-grave ; mais il est 
aussi subordonné à la cause qui l’a produite, au siège de l’épauchc- 
ipent, au nombre des récidives, aux complications. 


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— 160 — 


Un malade n’cst pas guéri, parce que Thydropisic a diminue : il faul 
surtout avoir égard à Tétât général. 

11 n’cst pas rare , en effet , de voir les épanchements séreux rétro- 
grader dans les derniers jours de l'existence, ou lorsqu'on a à craindre 
l'invasion d’une apoplexie séreuse. 

TRAITEMENT. 

Dans le traitement des bydropisics, il y a deux indications à remplir : 

1° Combattre la cause de la maladie; 

2° Favoriser l'évacuation du liquide épanché. 

Première indication, — Elle est la plus importante et la plus difficile 
à remplir. 

L'bydropisie dépend-elle d'une affection aiguë du cœur et surtout de 
ses enveloppes, ou d'une phlébite, on a recours aux agents thérapeu- 
tiques ordinaires, dirigés contre les maladies inflammatoire* grave* 

Dans les maladies chroniques du cœur, on emploie les sédatifs de la 
circulation, les révulsifs à la région précordiale, les médicaments alté- 
rants, tous les moyens que fournit l'hygiène. 

Si l’bydropisie se lie à la maladie de Bright, c’est encore à cette der- 
nière affection qu'il faut s’opposer. 

Les suffusions séreuses peuvent coïncider avec l'état pléthorique, ou, 
au contraire, avec Thydrohémie : dans le premier cas, l'abstinence d'un 
régime réparateur, les moyens débilitants directs; dans le second, un 
régime analeptique, les ferrugineux, tous les moyens de l'hygiène. 

U faut rétablir les sécrétions dont la suppression ,a causé Thydropisic, 

La réduction d’une hernie, d’une luxation, l'extirpation d'une tu- 
meur, la résolution des engorgements par les médicaments dits fon- 
dants, la ligature d'une artère anévrysmatiquo, etc., sont quelquefois 
la seule condition de la guérison d'un œdème. 

Avant de passer à la seconde indication quç présente le traitement 
de l'bydropisie, nous devons faire une remarque très-importante, et 
que Ton a déjà pressentie. Nous l'avons dit, l'hydropisie est une mala- 
die très-grave ; mais ce n'est pas par elle-mémc qu’elle a cette gravité : 
c'est bien parce qu'elle est le symptôme ordinaire de maladies danger 
reuscs, et souvent rebelles aux ressources de la thérapeutique ; vous 
l'avez déjà deviné , nous voulons parler des affections chroniques du 
cœur et de la maladie de Bright, qui tiennent sous leur dépendance 
presque toutes les bydropisics que Ton observe. 

Nous devions faire ces réflexions ; clics nous engageront à employer 
avec persévérance tous les moyens prophylactiques de l'bydropisie, que 


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- 167 — 


nous conseille la thérapeutique la pkis intelligente ; maïs a ne pas trop 
compter sur leur succès, lorsque la maladie sera profondément accen- 
tuée ou trop invétérée. 

Deuxième indication. — Les moyens de favoriser l’évacuation des 
liquides épanchés sont directs ou indirects. 

1° Les moyens directs sont : la ponction, les incisions, les mouche- 
tures, 1 acupuncture. 

On emploie la ponction dans l’hydrocèle, l’ascite; on l’a aussi utilisée 
dans l’bydrothorax, l’ hydropéricarde. 

Les incisions s’emploient encore dans ces maladies et dans l’œdème, 
l’anasarque, ainsi que les mouchetures et l’acupuncture. 

2* Les moyens indirects agissent à la condition d’une résorption préa- 
lable; ils sont pris surtout dans la médecine évacuante. 

Purgatifs . — On choisit de préférence les purgatifs drastiques, lors- 
qu’aucunc complication des organes digestifs n’en contre indique pas 
Fusagc. 

On purgera souvent et fortement, tous les trois ou quatre jours, par 
exemple, pourvu que la constitution du malade ne soit pas ébranlée 
par l’efîet d’une maladie prolongée : l’huile de croton tiglium (2 à 3 
gouttes), le séné en décoction (8 à i6 grammes), le sirop de nerprun, 
la racine de jalap (1 à 4 grammes), la résine de jalap (0,3 à 0,6 décig.), 
Feau-dc-vic allemande (8 à 10 grammes), la- gomme-gutte (3 à 4 déci- 
grammes), le sue, 1a décoction de sureau , les pillules de Bâcher, etc. 

Les vomitifs étant tous irritants, il faut être très-réservé sur leur 
usage; du reste, ils agissent bien moins favorablement que les purgatifs. 

Sudorifiques. — Les bains de vapeurs simples ou aromatiques, les bois 
sudorifiques, la poudre de Dowcr, l’usage de la flanelle sur lu peau, 
sont des moyens adjuvants utiles. 

Diurétiques. — Les diurétiques sont, après les purgatifs, les moyens 
qui obtiennent le plus de succès : on les donne à l’intérieur en potions, 
tisanes, cp poudre, etc.; à l’extérieur, en frictions cl en fomentations, 
préconisées surtout par MM. Trousseau et Andral. 

Pour les frictions, nous donnons la préférence à la teinture de scillc 
et de digitale, à la décoction de ces plantes en fomentations; à l’inté- 
rieur on a recours le plus fréquemment à la scillc, le nitrate de potasse. 

Je caença. 

La poudre de digitale, nous disait souvent feu M. Trousseau, se 
donne chez l’adulte, depuis 10 jusqu’à 40 centigrammes; dans certains 
cas et lorsque s’établit la tolérance, depuis 1 gramme jusqu’à 2, 3 et . 
même 4 grammes; mais en prenant toutes sortes de précautions et en 


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— 408 — 


allant progressivement; en interrompant quelquefois, pour recommen- 
cer plus tard. A l’intérieur, la teinture se donne à la dose de 12, 24, 36 
gouttes en potion. 

Les préparations mercurielles sagement administrées, ont été forte- 
ment préconisées; mais malheureusement je ne me trouve pas en me- 
sure de les conseiller ; car, dans mes mains, elles n’ont jamais répondu 
au succès que j’en attendais : aussi, je me contente d’en faire une sim- 
ple mention. 


DESCRIPTION 

Topographique - médicale 
de Cbampagnole, de son canton et de» mon- 
tagnes ou bailliage de Pollgny. 

(Suite). 

Nous reconnaissons un autre fléau dans les maladies anciennes de 
poitrine, telles que la phthisie , la pulmonie , etc. Ces maladies sont en- 
core bien fréquentes, et ont ordinairement une mauvaise issûc. Le cas 
est par lui-méinc diflicultueux, autant que l’on a peu de moyens pour le 
combattre avec fruit; mais ce qui le rend plus désolant encore, c'est 
que l’homme-peuple ne sçait long-tcms insister sur une méthode asscr- 
vissanlc, et ici tout est de rigueur. Je ne m'étendrai pas sur les torts 
que Ton a de congédier le vrai médecin, pour se vouer â l’ignorance 
des empiriques et des femmelettes; je m’en tiens à dire que Ton regarde 
peu à ces changemcns, quoiqu’ils ne contribuent que trop aux fatals 
dénoûcments qui suivent les affections de ce genre. Ces affections déri- 
vent souvent d'une première maladie qui fut mal jugée; par fois aussi 
elles portent sur une cause héréditaire, et nous en avons vu un exem- 
ple, notamment à Cise, où une famille entière s’est éteinte en moins 
de quatre années, la mère succombant la première, et ensuitte cinq de 
ses enfants, tous en bas âge, et de la meilleure santé en apparence. 

Les rhumes qui nous sont si familiers ne participent pas moins à cct 
état, qu’ils servent à engendrer des asthmes. Celte dernière maladie 
est également fort répandue, et trop souvent elle dégénère en hydro- 
pisie de poitrine. Les fraîcheurs d’automne , après les vives chaleurs 
d’eté, exigcroicnl que l’on s’habillât avec soin; l’on s’oublie là-dessus. 
Au printemps , malgré que l’on ressent encore bien des frimais , l’on 
quitte trop tôt scs vétemens d’hiver. Que faudroit-il de plus pour sus- 
citer les accidents dont nous nous entretenons? Jusqu'à la dévotion, 


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— 169 — 


tout s’en tncle. Effectivement, je vois que Ton brave la pluie et la neige 
pour se rendre de loin dans les églises; Ton ÿ entre les pieds cl le corps 
mouillés; MM. les prêtres n’y ont aucun égard : ils vous laissent dans 
efelle pernicieuse disposition, en ne rabattant rien de leurs cérémonies 
pieuses (1). Ainsi, l’on se culbute par trop de ferveur même (2). Quel- 
que louable que soit le motif, il vaudroit mieux d’un zèle ménagé , qui 
ne prendroit nullement sur le pbisique , et n’en laisseront ni plus ni 
moins les consciences en repos. 

C’est une compassion d’avoir à peser sur la multitude des maladies 
auxquelles nous sommes sujets dans ce département, et ce qui m’afflige 
encore, c’est que le sort tombe avec une rigueur plus sensible sur les 
gens réduits à la plu9 haute misère , et absolument dénués de toutes 
ressources. Point d’hôpitaux qui leur servent d'asile au besoin ; il leur 
est bien force de s’abandonner à la Providence. Aussi , combien n’en 
périt-t-il pas faute d’être secourus (3)..! 

Ce seroit sans doute le comble du mal si , à l’instar de certaines pro- 
vinces, comme la Bresse , etc., l’on était privé de l’appui du médecin et 
de son art; mais il en est différemment, car dans toute l’étendue de ces 
montagnes, pour peu que les endroits soient volumineux, l’on trouve 
des personnes qui exercent cette profession. Elles sont toutes très-occu- 
pées d’ailleurs, malgré qu’elles essuyent le désagrément de n’étre ap- 
pelées que tard auprès des malades, ce qui rend inutiles bien des fois et 
leur présence et leurs conseils. 

Les artistes voués à la partie chirurgicale sont en assez grand nombre 
pareillement , et ils pouroient être très courus , suivant les faits qui se 
présentent, comme luxations, fractures , ouvertures de dépôts , etc. Eh 


(I) N’oublions pas que notre chirurgien écrit en 1788, à la veille des grands évènements de la 
révolution. (A. -G.) 

(8) Des épidémies ont régné à Champagnole, à la Chaux-du-Crotenay et au Fort-du -Pline. 
L'on vient encore d'éprouver une maladie do cette sorte à Saincte-Colombe, au baillàge de Pon- 
tariier. Je ne dois pas taire que l'on se remettoit seulement des fatigues qu’entraînent les longues 
missions, lorsque ces maladies sont venues affliger ces différente* paroisses. Une ferveur immo- 
dérée n’y a-t-elle pas eu de l’influence? Il me le parolt.... Mais nos dévots n’en croiront jamais 
rien. 

(3) Je ne connois que deux paroisses oh l’on ait formé des établissements qui tendent au soula- 
gement de l’humanité : c’est Champagnole et Le Chàtel-Neuf. En ce dernier endroit, il existe 
une fondation dont les reveuns sont applicables en faveur des pauvres nécessiteux. De même, à 
Champagnole, l’on recueille des aumônes particulières. 11 en résulte un produit que l’on con- 
sacre aux choses essentielles, comme des draps, des chemises, etc.; et alors tout est mis en ma- 
nière de dépôt, et ce secours est réservé pour tous ceux que l’on sçait dans la détresse. Un par- 
ticulier, que l’on choisit à tour, l’aide de scs fournitures et les reprend lorsque le moment d’uti- 
lité est écoulé. Qu’en coôte-t-il pour ce fonds et son entretien? Peu h tous les coopérateurs. Us 
ont du moins, par cette souscription, le plaisir pur de diminuer les maux de leurs semblables, 
s'ils ne peuvent les effacer. 


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— 170 — 


bien ! le plus souvent Ton dédaigne de se servir d’eux pour se mcltre 
entre les mains des maiges , ou des revendeurs, qui pullulent de toute 
part. Celte race, à notre honte, se soutient toujours, et il faut lui devoir 
jusqu’au découragement où nous jettent le mépris elle deffaul d’usage. 

Ce qui concerne les animaux exige également un détail attentif. Il 
est temps que je m’en occupe. D’abord, le commerce essentiel du païs 
porte à nourrir des bœufs, des vaches et des chevaux. Les vaches for- 
ment le plus grand nombre, surtout depuis que les fromages que l’on 
retire de leur lait ont un cours aussi avantageux. Les bœufs tiennent 
ensuite le second rang; on les destine au labourage et aux charrois sur 
les lieux ou à proximité. Enfin, viennent les chevaux qui ont aussi cette 
destination dans les tems propres, mais dont le service est plus étendu 
en ce que on les applique au transport des marchandises, très-souvent 
hors de la province* 

L’on nourrit encore des brebis, des cochons et des chèvres. Les bre- 
bis et les chèvres fournissent du lait que l’on joint à celui de vache 
pour la composition des fromages, des sérès et du beurre. L’on o, en 
outre, la laine des brebis qui devient un objet d’intérêt, vû qu’on l’em- 
ploie à des véteroens dans le ménage, ou que Ton trafique dessus avec 
bénéfice. Les cochons servent à la vie animale. L’on mange également 
la viande des brebis et des chèvres. 

Il y a des parcours communs pour les vaches, les taureaux et les 
bœufs. Des bergers les y conduisent et sont à leur garde. La saison 
printannière.ce temps où l’herbe commence à croître et à verdir, décide 
ordinairement de la première sortie de ces animaux, et l’on continue de 
les envoyer aux champs jusqu’à l’arrivée des pluies froides, de la neige, 
des gelées qui ont lieu sur la fin de l’automne; alors on les tient a l’é- 
table, et pour nourriture on leur donne du foin, du reguain, de la paille, 
des choux et des raves que l’on cuit ensemble, en y ajoutant quelque 
fois de l’orge. L’on est encore dans l’habitude de susciter leur appétit 
par des croûtes de pain, saupoudrées de sel, lorsque l’on peut fournir & 
cette dépense. 

Par une combinaison fautive, le nombre de ces animaux est excé- 
dent, relativement au produit du territoire ; ils ne peuvent que se dé- 
rober mutuellement la nourriture, l’ors même que les pâturages sont 
le plus en vigueur, et combien l’embarras augmente-t-il en hiver, que 
l’on se trouve court de fourage, ou que l’on manque tout-à-fait de pro- 
visions de ce genre! L’extrémité est forte. Pour y obéir, l’on dépouille 
les sappins d’un végétal que l’on nomme le verd ou le guy. Ainsi, l’on va 


A 


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lit — 


jusqu’au bout; mois les bctes en perdent infiniment de leur prix , et 
bientôt les maladies sont a leur trousse. 

(J suivre). 


ARCHEOLOGIE. 

Droits curiaux du Curé de Vers. 

La pièce suivante , dont je ne fais que rétablir 1’orlliograpbc sans 
loucher au style, fut accordée au mois de septembre de l’an 1686, à la 
requête des habitants de la paroisse de Vers (1), par Jean d’Orinol, 
archidiacre de Gray et official de la cour archiépiscopale de Besançon ; 
elle montre assez bien quel devait être l’état matériel des curés de cam- 
pagne au 17 e siècle, et e’est à ce point de vue qu’elle nous paraît avoir 
quelque intérêt. 

A cette époque, le patronage de l’église de Vers appartenait à l’abbé 
de Heaume, qui, en cette qualité, percevait le tiers des dîmes du terri- 
toire; un autre tiers (2) était prélevé par le curé, et c’était là son prin- 
cipal revenu. Le règlement suivant fixait ses droits curiaux, ou, comme 
on dirait aujourd’hui, son casuel . 

Premièrement, polir les baptêmes , ledit sieur curé aura 

ce qui lui sera gratuitement offert, sans que pour ce, il puisse exiger 
chose aucune; si toutefois il s’y fait un posté , il y sera appelé. 

Tous extraits de baptême que seront par lui expédiés à la réquisition 
des paroissiens, il aura pour chacun, trois gros, de même que pour 
chaque publication de bans, monitoires, etc. 

Ledit sieur curé sera tenu , quand il en sera requis, pendant trois 
dimanches ou fêtes consécutives, après l’accouchcmcnt des femmes, de 
donner l’eau bénite dans leur maison, et ce dans le lieu de la résidence; 
et ce tant seulement pour quoi il aura par chaque fois six blancs. 

Aura de plus des femmes quand elles se relèveront, six gros pour la 
messe qu’il dira à leur intention, et outre l’offerte d’un pain, valeur de 
trois blancs pour les riches et médiocres tant seulement ; les pauvres 
en useront à leur volonté. 

(1) La paroisse de Vers comprenait alors les communautés de Sellières, Vers, La Ronce, Cha- 
vanne , Le Villey, Bois de-Gand, Le Lauvcment, Francheville et La Motte. Ce dernier village 
avait été presque entièrement détruit à la suite des guerres qui amenèrent la réunion de la Fran- 
che-Comté à la France : un misérablo moulin est la seule habitation qui s’élève aujourd’hui sur 
son emplacement. 

(2) Les dîmes rapportaient à l’abbé Alix, le dernier curé de Vers avant la Révolution, envi rua 
60* livres. 


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— 172 — 


Pour les fiançailles qui seront faitçs dans le lieu de sa résidence, le 
dit sieur curé aura six gros, et s’il s’y fait un pa$té , il y sera appelé, et 
s’il s’y fait dans le cabaret ou qu'il n’y soit appelé, il aura neuf gros; 
que si au contraire le dit posté se fait hors du cabaret et n’y roulant pas 
aller, il n’aura rien. 

Pour les droits d’épousailles (1), il aura des riches 4 francs, des mé- 
diocres 3 francs et des pauvres 18 gros, monnoie du Comté, et outre ce 
qu’il aura des riches et médiocres trois pastés , savoir : le dîner et le 
souper le jour des noces et le dîner le lendemain, ou neuf gros pour 
chacun d’iccux, au choix des paroissiens, et ce en la manière que dessus, 
pourvu en l’article des fiançailles; et pour les pauvres, ils en useront à 
Ipur volonté. Ensuite il sera tenu de célébrer deux messes à l’Intention 
des parties, savoir : l’une le jour des noces et l’autre le lendemain, les- 
quelles lui seront payées à six gros si elles sont dites à basse voix, et 
s’il est requis de les dire à haute voix, il aura neuf gros, et de plus sera 
faite l’office desdites noces d’une pinte de vin de la mesure dudit lieu 
et d’un pain a l’accoutumé. Moyennant quoi il fera la bénédiction du lit 
gratis . Les lettres de Recedo (2) lui seront payées à 4 francs par les 
riches, 3 francs par les médiocres et 18 gros par les pauvres. 

Pour les droits mortuaires, il aura 4 francs des chefs d'hostel (chefs 
de famille) riches, 3 francs des médiocres et 18 gros des pauvres, et 
pour les non chefs d'hostel qui seront au-dessus de l'âge de quatorec 
ans, il aura 3 francs des riches, 2 francs des médiocres et i franc des 
pauvres. 

Sera tenu le sieur curé de dire après ledit (enterrement) des chefs 
d'hostel riches et médiocres, trois messes basses ou hautes, selon qu’il en 
sera requis, qui lui seront payées comme dessus, et outre dira les vi- 
giles qui lui seront payées à 4 gros chacune, selon le nombre que les 
héritiers du défunt lui en feront dire. En outre, ledit sieur curé célé- 
brera pour les riches chefs d'hostel et médiocres une messe à l’an révolu 
qui lui sera rétribuée comme dessus. Les pauvres en useront à leur 
volonté. 

Pour l’offerte, elle pourra se faire tous les dimanches de l’année par 
les héritiers des riches et médiocres chefs d'hostel , savoir : d’un pain à 
chaque fois en valeur de quatre blancs. 

Aura de plus d’eux chacun décédant chefs d'hostel riches et médiocres 

(I) Un autre règlement de l’an 1569 fixait à 15 sols les droits d'épousailles; il ajoutait que les 
habitants offriraient ensuite ce que bon leur semblerait. 

(9) Lettres par lesquelles un curé cède è un prêtre étranger le droit de donner à un de ses pa- 
roissiens la bénédiction nuptiale. 


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— 173 — 


un suaire qui ne pourra être de moindre valeur que de deux francs, et 
qui pourra néanmoins être retiré pour ledit prix par les héritiers. Pour 
les pauvres ils en useront à leur volonté. 

Le luminaire ne pourra être moindre pour les riches et médiocres 
chefs d’hùstel de quatre cierges, de la pesanteur chacun d’un quarteron, 
dont deux seront mis sur l’autel et les deux autres à l’entour du corps, 
lesquels (les héritiers) l'enterrement fait, céderont audit sieur curé, le- 
quel sera obligé d’aller prendre les corps des défunts au lieu de Vers, 
dans leur maison mortuaire, revêtu du surplis et de l’étoile, (précédé) de 
la croix, et de les conduire avec la croix dans l’église à la manière accou- 
tumée, et quant aux autres lieux de sa paroisse, il sera tenu seulement' 
de les aller prendre à la première croix, pour ensuite leur donner la 
sépulture selon les cérémonies ordinaires de l’église. ■ 

Pour les bénédictions des fontaines et puits publics qui se feront au 
lieu deVers et Sellières, il aura pour chacun desdils villages un franc 
six gros monnoie susdite, savoir : six gros pour la messe et vingt sous 
pour ses peines. 

Pour les processions ordinaires qui se feront par ordre de Mgr l’ar- 
chevêque, il n’en pourra rien prétendre si les parties n’en conviennent. 

Les bons deniers s’offriront deux fois l’année, savoir : le jour de Pâques 
et le jour de ta’fête du patron de la paroisse desdits lieux, et sera offert . 
par les hommes de chaque ménage un sol de la valeur de trois blancs. 

Pour la bénédiction des maisons lorsqu’il sera requis de la faire, il aura 
six gros pour scs peines et six gros pour sa messe, et autant pour celle 
des fournaux quand il sera requis de la faire. 

11 aura une queue de choux selon la coutume, moyennant quoi il dira 
la messe, et pour la bénédiction, s’il est requis de la faire, il aura six 
blancs pour chacun. 

Pour les droits de charrue, chacun tenant charrue payera audit sieur 
curé une mesure et demie d’avoine, mesure de Sellières, avec dix blancs, 
ceux ayant demi charrue, une mesure et cinq blancs, et ceux qui n’en 
auront point payeront selement demi-mesure (1). 

Pour la gerbe de Passion que ledit sieur curé sera obligé de réciter 
de l’une des fêtes de la S u -Croix à l’autre dans ledit lieu de Vers, tout 
seulement il aura une gerbe de froment par chaque ménage. 

Déclarons qu’en chaque ménage il n’y aura que deux chefs d'hostel , 


(I) Le règlement de 1869 retranchait les dix blancs et fixait à une mesure d’avoine le droit de 
charrue. Plus tard, une ordonnance de l’archevêque de Besançon le supprima comme abusif, mais 
le curé de Vers, paraît-il, n’en tint aucun compte, car il continua à le percevoir jusqu’à la révo- 
lution, eu 1789. Il rapportait environ 100 livres. 


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savoir : le mari cl la femme ou les deux plus anciens à leur défaut, cl cha- 
cun ou seront obligés les cschcvins de ladite paroisse de donner audil 
sieur curé un rolct ou catalogue des riches, médiocres et pauvres. 

, Pour la garde du bétail au lieu de sa résidence, tout seulement seront 
tenus ses paroissiens de lui garder deux vaches et trois cochons , et 
pour le prcsbytéral, les paroissiens payeront audit sieur curé neuf francs 
par an. A. Vayssikrb. 


MÉTÉOROLOGIE. 


Changements récents dans les climats de 
Harlem et de l’istlime de Suez. 

A l’appui de l’opinion émise par M. Gindre (1) sur les causes de la 
fréquence des orages dans le Jura, nous empruntons au Cosmos un pas- 
sage du mémoire de M. Rayet sur les modifications que le climat de 
l’isthme de Suez a récemment éprouvées. 

« Le climat de l’isthme de Suez parait subir une légère transforma- 
it lion, ayant pour cau$e l’arrivée de la mer dan9 le lac Timsah et dans 
« le bassin des lacs amers, et la création de deux immenses nappes d’eau 
« dans une région où il n’existait, il y a quelques années, que quelques 
« bas-fonds où l’eau du Nil arrivait à l’époque des crues exceptionnelles. 
« Cette modification est déjà devenue sensible à plusieurs égards. D’a- 
« près l’ensemble des témoignages recueillis sur les lieux marnes, auprès 
« des anciens employés de la compagnie de Suez, les pluies sont aujour- 
« d’hui beaucoup plus fréquentes qu’il y a 5 ou 6 ans, et des brouillards 
« épais se produisent fort souvent le long du canal. Je ne puis oublier 
« que le 1 er octobre dernier, naviguant sur le lac Timsah, nous avons, 
« vers le lever du soleil, rencontré un brouillard qui aurait pu rivaliser 
« avec ceux de Paris ou de Londres. » 

On affirme aussi que les habitants de certaines parties do l’isthme 
n’avaient jamais vu ni pluie , ni brouillards avant l’entrée de la mer 
dans le lac Timsah; on ne saurait donc mettre en doute que cette cir- 
constance a modifié le climat, et que la présence d’un lac de grande 
étendue favorise l’abondance des pluies, et, par suite, la fréquence des 
orages. 

Les observations météorologiques de M. Buys-Ballot, entreprises 
depuis le dessèchement de la mer de Harlem, qui occupait une super- 

(t) Hnllelins de cette année, pages IC , 56 et 81 . 


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ücie do 49000 hectares entre les villes d'Amsterdam, Leyde et Harlem, 
comparées aux observations antérieures, conduisent aux mêmes résul- 
tats ; car cet observateur a remarqué que depuis ces travaux de dessè- 
chement, la quantité annuelle de pluie a diminué, tandis que la tempé- 
rature s’élevait de 1/2 degré en été et s’abaissait en hiver. 

Serait-il téméraire de présenter ces deux exemples de changements 
de climat, comme un premier indice de l’influence que les grands tra- 
vaux d’utilité publique pourront exercer un jour sur notre régime 
atmosphérique? 

E. Blondeau. 


1 o — ■ — 

BIBLIOGRAPHIE. 

LE MARIAGE DE CHAPOUR TCHÉLÉBI, OU LE TRIPLE 
DIVORCE y conte turc y traduit pour la première fois sur le texte 
original , par E. de Bemyy ancien chargé de mission en Orient , sous- 
intendant militaire , membre correspondant . 

Afin d’entrer dans l’esprit du roman, d’en bien concevoir l’inspira- 
tion et l’entente, il est besoin de pénétrer jusqu’au cœur même de 
rislamisme. Or, la religion du prophète repose notamment sur deux 
principaux dogmes : 1° Croyance au principe de la fatalité; 2° Foi à 
l’ infaillibilité des prescriptions du Koran. Ces deux points dd vue se 
partagent les faits de cette composition et les divisent en quelque sorte 
en deux parties, bien que d’une grande inégalité sous le rapport de 
l’étendue, la première ne comprenant que les deux premiers chapitres, 
la seconde en contenant huit, de trois à onze exclusivement. Les cha- 
pitres qui suivent, de onze au seizième final, peuvent être considérés 
comme une simple annexe ou une troisième partie supplémentaire. 

Tous les chapitres, grâce â une heureuse idée du traducteur, sont 
précédés d’un texte du Koran, auquel ils se rattachent d’un lien plus ou 
moins étroit. 

4 rc partie. Fatalité. — « Lorsque la flèche des arrêts divins est lancée 
par l’ordre du destin, elle ne peut être repoussée par le bouclier de 1» 
précaution. » — « Dieu seul est le dispensateur souverain des biens et 
des maux. Les hommes doivent subir leur destinée, telle qu’elle est 
écrite avec la plume divine sur la tablette sacrée des décrets éternels; 
rien ne peut déranger l’ordre des évènements tracés sur cette tablette 
merveilleuse, suspendue au milieu du dix-septième ciel » 


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— 176 — 


De chaque mortel, même nvnnl sa naissance, d cela du premier atr 
dernier jour, la vie est ainsi marquée et le sort fixé. 11 n’a phisi qu'a se 
résigner et à courber la tôle sous Parrét, s’il ne veut succomber sous 
la force et la violence. 

Fata voleniem ducunt , noienlem trahunt. 

Tout ce qui serait tenté pour l’éluder, ne servirait qu’à le rendre 
plus inévitable. Témoin l’exemple d’Œdipe. 

Encore dans le sein de sa mère Jocaste, dénoncé par l’oracle à son 
père Laïus, roi de Thèbes, comme son futur meurtrier, il est à sa nais- 
sance suspendu par les pieds à un arbre, d’ou il contracte une enflure, 
rappelée en son nom. Un pasteur de Polvbe, roi de Corinthe, l’aperçoit, 
en a pitié, et la femme du roi n’ayant pas d’enfant, il le lui apporte; elle 
accepte et l’élève comme son fils. Mais la vérité devait plus tard se faire 
jour et lui apprendre qu’aillcurs était sa parenté; qu’ainsi il trouverait 
son père dans la Phoçide. 11 y court et tue par mégarde Laïus, qui tra- 
vaillait à apaiser une sédition populaire, puis il revient à Tlièbes. C’était 
le moment où, dans les environs de la ville, le Sphinx proposait aux pas- 
sants, prêt à dévorer qui ne devinerait pas, l’énigme si connue : « Quel 
est l’animal à quatre pieds le matin, à deux à midi, à trois le soir? » 
Œdipe ayant déclaré que c’était l’homme, obtint la récompense pro- 
mise, qui était la main de Jocaste. Parricide innocent, le voilà donc 
incestueux de fait sinon d’intention ; le voilà père eh. germe de deux 
fils qui commenceront à se battre dans les entrailles maternelles. Eclairé 
sur tant d’abominations, le malheureux, bien qu’irréprochable au fond, 
s’arrache les yeux et sc condamne à un exil volontaire. 

Moins vouée au courroux céleste, heureusement, la victime dont nous 
allons faire connaissance. 

Possesseur d’un double taleut, fabriquer des lyres et tirer de cet ins- 
trument les sons les plus mélodieux , mécanicien et versé dans l’art 
musical, Chapour Tcliélébi devait à ccsdeux qualités, relevées encore 
par les agréments de l’esprit et l’amabilité de caractère, avec une hon- 
nête aisance, une existence douce, paisible, sans souci pour le présent, 
sans préoccupation du lendemain. Point de fête à Karzoun, ville de Tur- 
kestan où il était né, point de réjouissance dans les riches jardins envi- 
ronnants, à l’ombre des arbres et aux parfums des fleurs, dont il ne fut 
invité à ranimer l’éclat par sa présence et l’ entroin par ses chants, car 
ainsi que le chantre ailé, il savait improviser air et paroles, et varier ses 
modulations. 

Tout-à-coup la scène change, un éclair sinistre traverse l’horizon, et 
un coup de tonnerre retentit sur sa tcle. Adieu sécurité, joie, plaisir. 


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— 177 — 


De quelle zone est parti le vent dont lo souffle a amoncelé ces nu Ages? 

. Des négociants de Bassora sont arrivés à Karzoun; ils ont entendu 
parler du pocte musicien; eux aussi veulent jouir de ses talents; ils 
rappellent au milieu d’eux. En revanche, ils l’entretiennent de leurs 
voyages, ils l’émerveillent surtout au récit des splendeurs de Baghdad, 
la ville sainte, la ville des kalifes, qu’ils ont contemplée dans une pré- 
cédente excursion, dont ils ont l’imagination pleine, mais qu’ils veulent 
admirer encore et prochainement. 

À peine prononcé, ce nom fatal de Baghdad, avec lo rapidité de la 
flèche exprimée par le fleuve qui l’arrose, le Tigre, a traversé le cœur 
du jeune homme d’un trait meurtrier. 11 sent tout à la fois qu’il ne peut 
vivre loin d’elle, et que son séjour doit lui cire funeste. Au départ des 
négociants pour s’y rendre, il obtient de les accoropagoer. 

La vue de la cité répondit amplement à l’image qu’il s’en était for- 
mée, et la première anoéc de sa résidence dans son sein ne sembla pas 
devoir confirmer les alarmes qu’il avait conçues. Son industrie prospé- 
rait ; mais peu a peu il eut des concurrents. Moins occupé, il devint 
plus accessible aux séductions de l’oisiveté , U s’accoutuma à l’eau de 
dattes, l’absinthe du pays; bref, il tomba dans le dénuement, et par suite, 
sous les atteintes de la maladie. 

Il fut d’abord recueilli par le chef du kan, c’est-à-dire de l’hôtellerie 
où il était descendu à son arrivée; mais celui-ci voyant le mal persister, 
se lassa, et fit déposer le patient au pied des marches de la principale 
mosquée, dans l’espoir qu’à l’issue de ses prières, quelque âme chari- 
table en aurait pitié, ce qui eut lieu. 

Un riche négociant, Abd-el-Ghani , touché du sort du jeune infor- 
tuné, dont les antécédents favorables ne lui étaient pas d’ailleurs in- 
connus, le fit emporter dans son hôtel, bien résolu de ne laisser à per- 
sonne la fâche de l’assister, de le veiller, et à force de soins cl de bons 
traitements, de le rendre à la santé. 

Ici s’ouvre la deuxième partie du roman, la foi à l’infaillibilité des pres- 
criptions du Koran , si loin pourtant de la civilisation chrétienne, sur- 
tout au sujet non-seulement de la plus belle, mais aussi de la meilleure 
partie du genre humain. Voyez : 

Epigraphe du chapitre III. 

a Si un mari répudie sa femme trois fois, il ne lui est permis de la 
reprendre que lorsqu’elle aura épousé un autre mari, et lorsque celui- 
ci l'aura répudiée à son tour. Il ne résultera aucun péché pour aucun 
d’eux, s’ils se réconcilient, croyant pouvoir observer les limites de 
Dieu. » 

12 


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— 178 — 

Ce qui signifie qu'un mari peut répudier une femme deux fois, et qu'au 
terme de chacune il peut la rappeler, si bon lui semble, sans la moindre 
formalité A remplir. Mais que s’il la répudie une troisième, il ne lui sera 
permis de lui faire h nouveau partager sa couche, que si elle a occupé 
pendant une ou quelques nuits le lit d’un étranger. 

Est-il rien de plus antipathique & nos mœurs qu’un tel précepte? Ne 
serait-ce pas chez nous le meilleur moyen de rendre la séparation irré- 
médiablc et définitive? 

Or, Abd-el-Ghani, heureux père d’une jeune fille non moins recom- 
mandable par sa douceur et sa sagesse que remarquable par sa beauté, 
qui l’avait fait appeler par scs compagnes « le tourment des cœurs, » 
n’avait pas craint, abus encore trop fréquent de nos jours, de la sacri- 
fier à ses convenances particulières, il l’avait mariée au fils d’un négo- 
ciant avec lequel il entretenait des rapports d’intérét , mauvais sujet 
dans toute la force du terme, libertin, débauché, ivrogne, brutal. Dix 
mois ne s'étaient pas écoulés qu'il avait répudié deux fois une épouse 
incomparable, ne l’ayant rapatriée que contraint par la double volonté 
paternelle. Il venait de la répudier une troisième, et cette fois, comme 
on vient de le voir, l’intervention des pères, pour amener un rappro- 
chement, était soumise à la condition d’un mariage préalable avec un 
époux disposé à servir de degré précurseur k cette réconciliation. 

Sur qui Abd-el-Ghani a-t-il jetc les yeux pour lui commettre cet 
office? Précisément sur notre jeune convalescent. Celui-Ci accepte sans 
se rendre compte de la gravité de cet engagement. Sans désemparer, i! 
est introduit dans la chambre nuptiale de Zeinel, c’est le nom de sa 
fiancée. 

Conçoit-on l’indicible délicatesse de cetète-à-tètc? Bientôt les deux 
jeunes gens sc font des confidences; Zeine! a bien vite mesuré la dis- 
tance qui élève son nouvel époux au-dessus de son tyran, et les larmes 
aux yeux, elle le supplie de ne pas consentir à un divorce qui la rejet- 
terait dans les bras de son bourreau. Grande perplexité de Chapour. 
S’il manque h la promesse faite ii son sauveur, il n’est plus qu’un mons- 
tre d’ingrqtitudc; mais s’il abandonne cette jeune épouse qui l’a pris nu 
sérieux, et dont lui-mème n’a pas tardé d’être épris, il commet une 
lAcbc, une insigne infamie. Cette dernière cotisidératton remporte. A 
Abd-el-Ghani qui le somme de renoncer ù des droits éphémères, il dé- 
cîarc hardiment qu’il ne s’est pas Uni h une femme la veille pour rom- 
pre avec elle le lendemain. Stupéfaction du riche négociant : Les mains 
pleines d’or, il court au chef de la justice et A son assesseur. Ceux-ci 
ont comparaître le jeune récalcitrant, et sur l’obstination de sa résîs- 


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— 170 — 

tance, lui font distribuer quatre-vingts coups de bâton. Ce tourmetit 
ïFayant pas vaincu son opiniâtreté, ils ordonnent qu’il soit pendu. Déjà 
ce supplice avait reçu un commencement d'exécution, lorsque Ymsh L 
lance, en en apprenant la cause, se révolte et en exige la suspension. 
Quelle main mystérieuse viendra déméler les fils embrouillés de ect 
écheveau ? 

Troisième partie du roman. Secours extérieur inattendu. 

* On lit dans la Bible que le roi Assuérus s’étant fait lire les annales 
de l'empire, fut ainsi conduit à découvrir les service rendus par le fi- 
dèle Mardochéo. Ici, grâce à un mouvement inspiré non moins heu- 
reux, le souverain régnant deBaghdad, l’illustre kalife Haro un -al- 
Raschid , le Salomon de l'Islamisme, le correspondant de Charlemagne, 
à qui il envoya la première horloge connue en France, sentit le même 
besoin de s’assurer, visu et avditu , de ce qui sc passait au sein de la 
grande famille dont jl était le chef. Pour ne pas être gêné dans celte 
enquête, il se déguisa en derviche* 

Le hasard l’amène au pied des mors dy harem où nos deux jeunes 
gens roucoulaient leurs amours sur des notes plaintives et lugubres. 11 
les fait venir en sa présence et leur promet sa protection. C’est bien; 
mais voici qui n’est ni grave, ni sérieux, ni édifiant, c’est le recours 
avoué, patent au mensonge. Ayant appris qu’un des griefs de Gbani 
était la pauvrété de son nouveau gendre, il organise une caravane cen- 
sée partie de Karzdun, et qui apporte à Cfaapour des trésors à lui en- 
voyés par son père, à l’occasion de son mariage. En même temps qu’il 
croit ainsi récompenser la vnrUi, il s’attache à punir le vice. Mais il 
outrepasse le but. Il veut bien, à la prière des enfants, épargner à Abd- 
cl-Gbani la peine capitale, mais il le condamne à l'exil et à la confisca- 
tion de la moitié de ses biens au profil du récent ménage. Quant aux 
juges prévaricateurs, il lance impitoyablement contre eux la peine de 
mort. C’était trop. Ils avaient pour eux le texte formel de la loi , ce 
texte, il est vrai, blessait la conscience, mais il n’élait pas leur ou- 
vrage ; la. loi était dure, mais c’était la loi : « Dura /ex, sed lex. » 

Ces critiques né regardent en rien l'estimable traducteur, qui ne mé- 
rite, au contraire, que des éloges par Féléganee de son style, par les 
notes et les commentaires dont il a enrichi son travail, ne laissant au- 
cun usage musulman» aucun terme technique» sans explieation, et im- 
posant ainsi, en quelque sorte, son œuvre à toute bibliothèque dési- 
reuse d’être un peu complète. 

On regrelie seulement de ne pas connaître l’auteur du roman, et le 
résultat qu’il s’est proposé. Ne serait-ce pas celui qu’avait en vue Vir- 


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— 180 - 

gile, dans la composition de Y Enéide, c'est-à-dire la glorification de la 
maison Césaréenne, issue de Vénus? De même ici la délivrance de deux 
innocents, n’assimilc-t-elle pas l’immortel kalife à la Providence? Et 
de fait, un bon souverain n’est-il pas un don Providentiel? 

H.-G. Cleb, professeur émérite. 


POÉSIE. 

LE MARTYRE DE SAINT HIPPOLYTE 

Patron de Pollgny, à Poccaalon de aa fête» 
le 13 août. 

Du crime déplorons l’effet contagieux : 

Dans son délire aveugle, insensé, furieux, 

(Sur l’Etna, tel on songe à celui d’Empédocle), 

Achille exaspéré de la mort de Patrocle, 

Non content d’immoler le héros d’ilion. 

Gloire, orgueil de Priam et de la nation. 

Trois fois autour des murs, plus par ruse et par piège 
Que par le fer conquis, après dix ans de siège, 

Fait déchirer son corps par des chevaux sans freins. 

Et semer sur le sol ses membres et ses reins. 

Devant Gaza, deux mois, Alexandre, en Asie, 

Irrité, se promet la même frénésie; 

Maître enfin de la place, au lieu de rendre honneur 
Aux armes de son brave et loyal défenseur, 

Estimant s’élever jusqu'au fils de Pélée, 

Il fait saisir Bétis; la course échevelée 
D'indomptables coursiers, tout autour des remparts 
Trois fois traîne son corps et ses membres épars. 

Faits de l'histoire en deuil (1); mais avant ses annales. 

Déjà la fable avait produit ces saturnales; 

Et remarque aggravante et faits plus odieux, 

De ces énormités les acteurs sont des dieux. 

Qui ne connaît la fin de ce fils de Thésée, 

(I) Faits qui devaient se reproduire dans notre histoire de France : On sait que sur l'ordre de 
Clotaire, digne fils d'une mère qui semblait avoir été nommée d'avance Frédégonde, l'infortunée 
Brunchaut, à l’àge de 80 ans, après trois jours de tortures, finit par être attachée a la queue d'un 
cheval fougueux, pour être ainsi mise en pièces. 


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Oui sur terre aurait dû trouver un Élysée? 

Ame pure, esprit ferihe, incorruptible cœur. 

De tout penchant honteux, toujours libre et vainqueur! 

Cest lui qn*un vil soupçon, le vil soupçon d'inceste, 
Poursuit au cœur d’un père; et, résultat funeste, 
Verse dans ses pensées , avec la sombre erreur, 

Ce que la jalousie engendre de fureur. 

L’aveugle époux de Phèdre, en prière importune, 
S’adresse à la vengeance, au courroux de Neptune. 

Du côté de la mer avait conduit son char 
L'innocent Hippolyte, et sa vertu sans fard, 

Sur un père abusé implorait la lumière. 

Dont l’édat du mensonge eût éclairé l'ornière. 
Soudain, un monstre affreux, vomi du sein des eaux. 
Vient, roulant à leurs pieds, effrayer les chevaux. 

La terreur les emporte; en cette horrible crise, 

Par leurs sauts, par leurs bonds, le char vole et se brise, 
De son siège, lui-mème, il tombe renversé. 

Et son corps se disloque en lambeaux dispersé. 

Patron de Poligny, digne objet de son rite, 

Tel fut aussi ton sort, intrépide ttippolyte. 

Aux portes de ton temple, un savant bas-relief 
Contre un tyran proteste et s’érige en grief. 

De Valérius, son fils, doté de la colère, 

Et contre les chrétiens, de rage héréditaire, 

En despote classique et d'érudition/ 

Veut repaître en ce sens sa folle ambition ; 

Bt, jeu cruel, Gallus, pour choix du sacrifice,. 

Sur le nom dHippolyte a réglé le supplice. 

Entendez le signal ; Sur son ordre inhumain , 

Quatre chevaux fougueux et rebelles au frein , 
Chacun sous le fouet d’un écuyer barbare. 

Que surexcite encor la populace ignare , 

Emportent à leurs crins, étroitement liés, 

De ce côté les mains et de l’autre les pieds, 

A travers le cirque où , son corps écartelé 
Tombe en pièces ainsi qu’un fort démantelé. 

Que t’importe, ô grand çaint! Au bas ta renommée 
Des artistes divers a mu la noble armée; 


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Ici doncrdes tableaux, ornements de l'autel, 

Là-haut, couronne au ciel, diadème immortel (1)! 

IL-G. Clbb , professeur émérite. 


— i ■ — ■ ■ 

SÉANCE GÉNÉRALE DU !0 JUIN 1869. 

La séance est ouverte à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc- 
Outhier, Président, par la lecture du procès-verbal' de la réunion pré- 
cédente. 

Correspondance manuscrite : 

Remerciements des membres nouvellement admis, notamment de 
M. L.-P. Guichard, de M. Cadéot et de M. le docteur Ménccicr, ré- 
dacteur du Sud Médical, dont il a la graeteuselé de noua faire renvoi 
au fur et à mesure des publications. 

M. Théodomire Gcsîaûv, membre fondateur du journal littéraire te 
Concours des Muses , exprime le désir qu’il soit rendu compte dans le 
Bulletin, de son poème : Le Dernier Ami. — Nous prenons sur nous 
d'ajouter que cette belle composition poétique se trouve chez l’auteur, 
à S l -Maurice-les-Charcncey (Orne), et chez Arnaud de Vresse, libraire- 
éditeur, 58, rue de Rivoli, à Paris,— «Prix : t fr. 

Une personne recommandable de cette ville nous transmet un jour- 
nal de la Savoie, le Mont-Blanc, contenant nn article à la mémoire 
d'un enfant de Potigny. lien sera question dans la mention des lectures. 

Correspondance imprimée : 

Ministère de l'instruction publique ; Transmission par cet inlcrmé^ 
diairc, de notre dernier tirage aux Sociétés correspondantes. 

Ministère de l'agriculture : Circulaire aux Sociétés savantes, priées do 
répondre aux questions posées, relativement à la piralc, par le procédé 
RaoleL 

(I) On so souvient do beau tableau do martyre de saint Hippolyte exposé an salon de f 861 , par 
M.Giacomotti, grand prix de Borne, en 4854. 

Mais oe n’est pas seulement la peinture , J a. sculpture qui s'ingénient à représenter le grand 
évêque de Portus, près de Rome, le membre éminent du presbytérat romain, ainsi que son dou- 
loureux martyre subi à Rome, fou de c’est aussi. l'Imprimerie qui so fait un devoir de 

publier les pensées de notre valeureux et doote saint.. 

Tel est l'ouvrage de saint Hippolyte, publié par le chevalier do Bureen, ancien ambassadeur do 
Prusse en Angleterre, et un autre édité par un écrivain de la dernière nation, Christopher Vod 
vrorth, doyen de Westminster. 

Il existe aussi une traduction latine d’un ouvrage attribué à ce saint, sous le nom de Philoto- 
phumana, ou réfutation de toutes les hérésies, composée au commencement du 3"** siècle, tra- 
duction duc à la plume de M, P.Cruice, supérieur des hautes études ecclésiastiques, promu au 
siège épiscopal de Marseille, aujourd’hui non moins dignement occupé par Mgr Place. 


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— 183 — 


Société centrale d’apiculture : Programme du Concours : 

1° Le moyen de guérir la loque ; 

2° De conserver un certain temps aux œufs d’abeilles, les facultés 
d’éclosion ; 

3° De reconnaître avec précision la fraude, des cires ; 

4° De foire disparaître l’élouffage de proche en proche; 

5° D’assurer dans Içs lieux à portée le succès de la propagande agri- 
cole et de la formation d’apiculteurs instruits ; 

6° Notamment pour les instituteurs, cTaidcr aux développements de 
l'apiculture, soit par renseignement des bonnes méthodes dans l'inté- 
rieur de l'école, soit par la propagande au dehors. 

Adresser les pièces et toute demande de renseignements nu secréta- 
riat de la Société, rue Saint-Victor, 67, a Paris, avant le 15 novembre 
prochain. 

Société, en Dordogne, pour le développement de l’instruction pri- 
maire. — Règlement du Concours : 

Art. 1 er . — Un Concours sera ouvert au mois d’octobre 1870 pour 
l’attribution d’un prix à l’auteur du meilleur Manuel pratique des devoirs 
de l'enfant et de l’homme, h l’usage des écoles primaires rurales. 

Art. 2. — Ce prix consistera en une somme d’argent de 300 francs, 
outre les frais de première impression de l’ouvroge eouronné. 

Art. 3. — Les mémoires devront être adressés à M. le Préfet de k 
Dordogne, Président de la Société, avant Je i ep juillet 1870, terme de 
rigueur. 

Dîner des Cultivateurs . Sous ce titre, s’est fondé à Paris un cercle où 
pourraient se rencontrer tous ceux qui s’occupent des intérêts agricoles, 
et destiné & établir une grande réunion permanente, de manière à per- 
mettre aux cultivateurs de France et de l’étranger de sc voir, sc con- 
naître, s'apprécier et nouer des relations utiles et agréables. 

Les conditions d’admission consistent dans une cotisation annuelle et 
personnelle de 50 fr. pour les membres titulaires , et pour les simples 
visiteurs (au vu d’une carte de semaine , moyennant une somme de 2 fi\), 
dans la présentation d’un des membres en titre, ou dans la recomman- 
dation par un membre du bureau d’une des Sociétés d’agrjiullurc ou 
d’horticulture de leurs contrées, en outre de deux cartes mises a la dispo- 
sition de ccs Sociétés et donnant droit cbacune à une entrée personnelle. 

Annexes : une salle à exposer les produits de scs exploitations, une 
autre consacrée à la lecture des journaux agricoles, et une troisième à 
une bibliothèque générale. 

Adresser scs demandes à un des membres de la commission, soit pour 


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- 184 - 


notre Société, M. H. Hamel, directeur de l f Apiculteur , avec lequel nous 
pratiquons Técliange, rue S l -Victor, 67. 

Société vaudoîse pour la protection des animaux. 

Le comité central de cette Société s'empresse de faire connaître à scs 
membres ou adhérents le programme élaboré par le comité directeur 
suisse pour la tenue du 5 me congrès international des Sociétés protec- 
trices des animaux, lequel aura lieu à Zurich, les*3, 4 et 8 août 1869. 

Indication de l’emploi de chacune de ces journées. En prendre con- 
naissance au dépôt des archives, ainsi que des statuts de la Société et 
des dispositions réglementaires adoptées depuis sa fondation. 

La France a Rome, album de la poésie catholique, à l’occasion du pro- 
chain Concile universel, recueil qui sera offert au Souverain Pontife, au 
nom de ses auteurs, à l’ouverture du Concile. 

Appel aux poètes désireux d’attacher leur nom à ce recueil, dont ils 
obtiendront naturellement un ou deux exemplaires. 

Nécrologie. Le barreau de Lons-le-Saunier et la Société tl’ Émulation 
du Jura, viennent défaire une perte également sensible dansM. François- 
Gustave-Alphonse Rebour, ancien bâtonnier de l’ordre des avocats, an- 
cien Président de la Société jurassienne. 

Lectures. — De M. le docteur Rouget : Une cause de l’insuccès de 
l’Allaitement artificiel. — Par le même : Sylviculture. De l’Epicéa. — De 
M. H. Cler : Saint Hippolyte, patron de la paroisse de Poligny. — De 
M. d’Arcine, ou sur sa recommandation : Quelques souvenirs à la mé- 
moire de M. Gaudet, de Poligny, mort professeur à Bourg, et inhumé à 
Alby (Savoie). — Poésie. De M. Tournemire : Aux amis de l’Agricul- 
ture. Guerre aux Hannetons; paroles et musique. — De M. H. Clcr : 
Quelques mots sur le Dernier Ami de M. Tb- Geslain. — Programme du 
Concours de 1869. 

Sur la proposition de M. Fernand Gibert, a été admis comme membre 
correspondant : M. Marcelin Barrière, employé des ponts et chaussées, 
astronome et géographe au Bouscat, près Bordeaux. 

La séance est ensuite levée à 4 heures. 

Le Secrétaire-Général , H. -G, Cler. 


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— 185 — 


IV OTE 

sur an article du programme du Concoure de 
1 900, relatif aux engrais chimiques. 

L'emploi des engrais artificiels qui avait été accepté avec faveur à l’o- 
rigine, a perdu tout crédit parmi les cultivateurs, par suite des fraudes 
effrontées dont ils ont été les victimes, sans avoir aucun recours sérieux 
contre les fabricants qui les avaient dupés. 

Ces engrais ont donc été abandonnés, et les cultivateurs, dégoûtés de 
toute ^novation, ont repris leur méthode ancienne, se contentant d’em- 
ployer leur fumier d’étable qu’ils ne produisent pas, cependant, toujours 
en quantité suffisante pour obtenir le rendement maximum et assurer 
l’amélioration continue des terres qu’ils cultivent. 

Mais les essais les plus concluants paraissent prouver que les engrais 
artificiels, organiques ou minéraux, prudemment employés selon la na- 
ture du sol, remboursent dans la même année, et avec un large intérêt, 
le capital engagé. Les travaux si remarquables de M. G. Ville sur les 
engrais chimiques sont venus aussi ranimer les espérances des agrono- 
mes , qui ont alors réuni tous leurs efforts pour obtenir des garanties 
contre les fabricants d’engrais. Leurs plaintes incessantes ont éveillé la 
sollicitude du Gouvernement, et le Corps législatif a donné satisfaction 
à leurs justes griefs, en volant la loi du 27 juillet 1867, qui a pour but 
de réprimer les fraudes dans la vente des engrais. 

Les cultivateurs peuvent donc reprendre leurs essais : aujourd’hui la 
loi les protège. Elle punit « d’un emprisonnement de 3 mois à un an, et 
m d’une amende de 50 francs à 2000 francs : 1° Ceux qui en vendant 
« ou en mettant en vente des engrais ou amendements auront trompé 
« ou tenté de tromper l’acheteur, soit sur leur nature, leur composition 
<4 ou le dosage des éléments qu’ils contiennent, soit sur leur provenance, 
« soit en les désignant sous un nom qui, d’après l’usage, est donné à 
« d'autres substances fertilisantes; 2° ceux qui, sans avoir prévenu 
« l’acheteur, auront vendu ou tenté de vendre des engrais ou des amen- 
ci déments qu’ils sauront falsifiés, altérés ou avariés; le tout sans préju- 
<e dice de l’article 1 er et 3 de la loi du 27 mars 1851, en cas de tromperie 
*« sur la quantité de marchandise. » ~ 

Ce sont sans doute ces considérations qui ont engagé la Société d’a- 
griculture, sciences et arts de Poligny , à encourager par des récompenses 
les expériences sur les engrais artificiels , et à ouvrir de nouveau une 
enquête sur leur emploi, bien qu’il trouve encore beaucoup de contra- 


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(licteurs parmi les agriculteurs praticiens les plus distingués. Pour eux, 
le premier cultivateur venu en sait plus sur les engrais que le meilleur 
chimiste , cl les vastes laboratoires où Ton cherche à utiliser tous les 
résidus d’origine animale, sous le nom d’engrais artificiels, ne sont que 
des usines infectes. 

Le Bulletin de notre Société , qui a fait si bon accueil à ces adver- 
saires des engrais commerciaux, ne refusera pas d’accorder ua instant 
la parole à un cultivateur émérite qui, procédant par l'expérience* s'ef- 
force de faire pénétrer les méthodes scientifiques dans l'exploitation 
du sol. E. Blonde ad. 

Rapport de M . Saunier, propriétaire aux Teppet , commune d'Aiixan 
(Drôme), sur les améliorations obtenues dans son domaine , par l’em - 
ploi des engrais chimiques (système G. Ville), concurremment avec 
les engrais commerciaux et le fumier de ferme . 

Un de vos derniers bulletins réclamait des renseignements sur les engrais 
artificiels que nous aurions pu employer cette année. Je m'empresse de 
mettre à profit les premiers instants que nous laisse la diminution des tra- 
vaux pour vous donner le compte d’une culture d’avoine avec divers engrais. 
Cette note, mais bien moins complète, a déjà été remise au Comice de Cba- 
bcuil ; je ne sais si elle vous est parvenue. La question des engrais artificiels 
est la question vitale du moment; ce n’est que par leur moyen qu'on peut 
rapidement et économiquement remonter un domaine, et, dans bien des cas, 
s’y maintenir. Toujours le fumier d'une ferme est insuffisant et souvent il est 
impuissant, parce que, formé des matériaux du domaine, il est appauvri lui- 
même des éléments qui lui manquent, et s’il faut entrer dans la voie des 
achats, le capital à enfouir, le temps pour le dégager, et à fin de compte, l'in- 
certitude où l’on est du résultat de l’opération faite, sont à mes yeux des 
raisons sans réplique pour ne pas s’y engager. Avec les engrais chimiques 
ou artificiels, il n’en est pas ainsi ; car généralement dans l’année on peut 
rentrer dans la dépense faite. Qu'importe alors qu’il ne dure qu’un an (et ils 
durent davantage), si votre argent rentre vous permet de renouveler l’opéra- 
tion sans augmenter votre mise de fonds ? De plus, la question charroi a bien 
quelque valeur. 

Quant à la crainte d’épuiser le sol, mettez, ainsi que G. Ville le conseille, 
le double de la quantité prélevée par la récolte produite, et vous êtes bien 
certain d’avoir, tout en augmentant votre production, augmenté la richesse 
de votre terrain. Ainsi, chez moi, c’est le phosphate de chaux qui, pour le 
moment, fait défaut. En partout de cette donnée qu’un hectolitre de blé pré- 
lève 2 kilog. environ de phosphate, si votre récolte est de 20 hectolitres, quan- 
tité supérieure de la moyenne de notre département, c'est 40 kilog. de 


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— 187 — 

phosphate prélevé. Avec 20 fr.de superphosphate, port compris, vous en 
apportez 100 kilog.; il reste donc 60 kilog. de richesse acquise pour la récolte 
suivante. Avec 100 fr. d’engrais complet G.Ville, n p i # ou d’engrais Lamotte- 
Beuvron, ou*de pbospho-guano, vous en mettez et au-delà la même quantité, 
puis l’azote et la potasse que ces engrais contiennent. 

J’insiste sur ces questions, car sous peu je ne pourrai plus vous donner ces 
renseignements d'une manière aussi certaine, et je m'abstiendrai. Il ne me 
reste plus que deux parcelles sur lesquelles ces engrais divers n'aient pas 
été employés. G'est là que je ferai mes essais pour la saison prochaine, car 
les faire à la suite d'un autre engrais, c’est risquer d'attribuer à l'un ce qui- 
pourrait être dû à l’autre. 

Avoine de printemps 1868. 

Avoine cultivée sur une terre ayant reçu en 1865 une fuinure d’étable de 
806 quintaux par hectare, et culture sarclée suivie d'un blé en 1866 et d'un 
fourrage mauvais en 1867 : ’ . 


510 k. 

engrais Lamotte 

169 fr. Grain à l'hectare 

39 hectolit. 

Paille 

79 quintaux. 

460 k. 

phospho- guano 

190 » id. 

39 4/9 » 

id. 

05 » 

ceo k. 

G. Ville incomplet 

169 n id. 

39 f/t » 

Id. 

68 » 

500 k. 

G. Ville complet 

150 • id. 

39 * 

M. 

79 » 


Rien 

id. 

49 » 

id. 

30 4 


4 

Four abréger, comme les prix et les rendements sont très- rapproché s, 
faisons le décompte sur des moyennes. Dépense moyenne, 148,50. Grain, 
32 1/2. Paille, 69 quintaux. Augmentation : grain, 13 1/2 hectolitres; paille 
39 quintaux. 

En comptant le grain à 10 fr. l'hectolitre, prix du jour, le grain paye juste 
la dépense de fr. 1 48,50 : voici l'argent rentré. 

En comptant la paille à fr. 1.50 le quintal, prit bon marché, la valeur de 
la paille en plus est de fr. 58,50 : c'est le bénéfice. 

Ce bénéfice est plus fort que l’ancien fermagè qui, impét payé, n’était qtie 
de 36 fr. l'hectare (moins les rabais). 

Avoine de printemps sur terre infertile et sans engrais depuis 
un temps immémorial . 

333 kil. engrais Lamotte ISO fr. Grain & l'hectare 40 bectol. Paille 38 quintaux, 

800 kil. G. Ville complet 240 • id. 82 » id, 64 id. 

Sur quelques raies où, à l’épandage, les quantités d'engrais avaient été 
doublées, la récolte paraissait en proportion; en quantité d'engrais égale, 
l’engrais Lamotte eut peut-être autant prodoit. 

11 paraîtrait, par cette expérience, que 300 k. G. Ville, n° 1, représentaient 
ici la réelle force d'un engrais de deux ans. 

Le sillon sans engrais artificiel a été retardé au moins de huit jours. * 

Stir les lots avec engrais, il y a eu dégrenage; la force de l’engrais faisant 
jusqu’au dernier moment jeter de nouvelles fusées, par suite le grain a été* 
un peu plus léger. 


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— 188 — 

Quant au blé , je ne puis tous donner qu’un aperçu de l'ensemble : par- 
tons dun point de repère bien établi. 

En 1864 et 1865, deux très-bonnes années, la moyenne de la récolte a été 
à peine de 4 fois la semence sur le domaine. En 1866, le rendement a été 
de 2 3;4. En 1867, sans fumure, 2 fois la semence; avec 800 quintaux de 
fumier de ferme à l'hectare, n’ayant serri qu'au blé, 4 fois et demie; arec 
addition de divers engrais, moyenne 9 fois. Cette année, en totalité, j'ai 
obtenu 8 fois. 

En admettant comme production f pour cette année , 4 fois la semence à 
attribuer à l'ancienne culture, c'est lui faire la part belle; car cette année 
ne vaut pas 1864 et 65(1); les engrais artificiels ont donc doublé ma récolte. 
Et comme tous les frais ordinaires de culture doivent être à la charge de la 
première moitié, représentant la culture sans engrais artificiels, la totalité 
des engrais artificiels doit être imputée à la seconde moitié qui n’a pas d'au- 
tres charges. 

J'ai obtenu 224 hectolitres : c'est 112 pour les engrais qui, au prix tendu 
sur l'aire de 25 et plus, représentent 2800 fr.; plus lf3 paille estimée 790 fr.; 
total 3500 fr., pour lesquels il a été dépensé 1536 fr. d'engrais sur 14 hec- 
tares environ, soit 110 fr. par hectare en moyenne. 

J’ai donc quelques raisons de dire qu'avec 100 fr. d'engrais supplémen- 
taire on peut rentrer dans la dépense faite dès la première année , chose 
impossible avec le fumier de ferme , et d’augmenter d’année en année la 
fertilité de son domaine, non-seulement par l’engrais employé , mais aussi 
par les pailles qu'il vous produit gratuitement. 

L'école agricole précédente vous disait : Pour faire du blé , faites des 
prés, chose souvent impossible. G.Ville a dit quelque part : Grâce aux engrais 
chimiques, la formule se trouve renversée : pour faire des prés on fera du 
blé. Ici son dire est pleinement justifié, puisque le blé vous donne le béné- 
fice pour acheter le bétail et la paille pour sa litière. 

Que si, selon les indications de G.Ville, vous augmentez la quantité d'en* 
grais artificiels employés, la portant à une valeur de 2 à 300 fr. par hect., ainsi 
qu’il le conseille; et quoique je n'aie pas eu le courage et les moyens de le 
faire, je regarde comme certain, par l’expérience acquise, que le produit, mais 
surtout la durée d'activité de l’engrais, seront proportionnés aux quantités 
employées. Car sur la parcelle de terre appauvrie où j’ai mis 800 kilog. G. 
Ville, n° 1 complet, le rebrouillis de l'avoine était à l'automne tellement splen- 
dide que je n’ai d'autre crainte que d’y voir mon blé tout versé, ou envahi 
par ce que la charrue n'a pu enterrer. 

J'ai essayé aussi sur prairie l’engrais des prés de Lamotte-Beuvron , le 
pjiospho-guano et l’engrais G.Ville incomplet, n° 1. L’effet produit a été en 
raison de la dépense faite : l’engrais Ville développe davantage les grami- 
nées , les deux autres les légumineuses. L'augmentation sur la première 

(Voir, au *urplus, le compte-rendu de la Société, bulletin N*f0. 


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coupe a produit du foin à 3 fr. le quintal. 

Pour le compte des avoines dans la note de Chabeuil » je porte à 34 hec- 
tolitres le produit moyen, estimant le dégrenage plus dun hectolitre; je n'ai 
donné, dans ce rapport, que les quantités pesées. 

Le compte a été établi sur 3 gerbes pesées et battues séparément dans 
chaque lot de la proportion établie sur la totalité des gerbes de chaque lot 
également. J’avais quelque crainte sur la réalité du résultat , d'autant plus 
que le lot pliospho-guano me parait plus avantagé qu’il ne paraissait à la 
récolte sur pied. La proportion totale m’indiquait 83 hectolitres de récolte; 
le battage en a fourni 85. 11 y a donc lieu d’accepter les indications données 
comme suffisamment exactes. 

NOTE COMPLEMENTAIRE. 

11 serait peut-être utile d'insérer, à la sni te du rapport sur les engrais ar- 
tificiels ou chimiques que je vous ai présenté, la réponse aux observations 
soulevées, d'autant plus qu'indiquant d'une manière spéciale les engrais 
phosphatés comme m'ayant été très-utiles, si sur cette seule donnée, le pro- 
priétaire d’un domaine, dans des conditions autres que le mien, essayait une 
opération analogue, il pourrait fort bien n’aboutir qu'à un mécompte. 

Oui, les engrais chimiques comme les engrais industriels sont un moyen 
économique et rapide de raviver et de maintenir la fertilité d’un domaine; 
mais je ne conseillerai à personne de les employer sans essai préalabll. 

Bien des savants, pour élucider la question de l’alimentation des plantes, 
ont fait de nombreuses analyses de plantes et de terrains. Gilbert etLowes, 
Thaêr, Liébig, Boussingault, Isidore Pierre et plusieurs autres se sont livrés 
à de longs et précieux travaux ; mais nul d’entre eux n'a su grouper ces 
divers résultats et tirer une conclusion pratique aussi féconde que Georges 
Ville. La théorie émise par lui, dans ses six conférences, permet d'expliquer 
nne foule de faits en apparence contradictoires, et elle est pour moi un guide 
précieux. 

Selon lui, quatorze éléments diversement combinés concourent à la forma- 
tion des plantes; trois sont gazeux : ce sont l'oxygène, l'hydrogène et l'azote; 
onze sont solides : ce sont le carbone, le phosphore, le soufre, le chlore, le 
silice, le fer, le manganèse, la chaux, la magnésie, la soude et la potasse. 

Parmi les éléments gazeux, deux, l’oxygène et l'hydrogène, sont en quan- 
tités tellement grandes, soit dans l’atmosphère, soit dans la terre, et se recons- 
tituent continuellement avec tant d’énergie, qu’ils sont en quantité sura- 
bondante et ne peuvent être épuisés. Le troisième , l’azote , lent dans ses 
feombinaisons , parait ne pas suffire aux exigences de nos récoltes sans un 
apport spécial. 

Parmi les éléments solides, le carbone à l’état d’acide carbonique est éga- 
lement en quantité surabondante, soit dans l’atmosphère, soit dans le sol. 
Quant aux dix autres qui ne se trouvent que dans le sol, trois d’entre eux, 
le phosphore, la chaux et la potasse, qui jouent un réle important dans la 


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— *92 — 

enlève avec la pointe des ciseaux une sorte de matière infecte quon y 
trouve , puis on applique sur cette plaie un peu de sel , et la guérison 
s'en suit. » 


RECETTES DIVERSES. 

Mouches : en préserver les meubles et les bestiaux. — Pour Soigner 
ces insectes des cadres , des glaces et des meubles , il suffit d'enduire 
ceux-ci d'huile de laurier ou de les frotter de jus de feuilles de laurier- 
amandier. 

Pour éloigner les mouches des bestiaux , qu'elles tourmentent à l'é- 
poque des chaleurs, frottez les parties susceptibles d'étre piquées, avec 
une éponge ou un linge imbibé de l'infusion suivante : 60 grammes 
d'assa-fœtida , dissous dans un verre de vinaigre et deux verres d'eau. 
Ce préservatif a encore l’avantage d’empêcher les taons de percer la 
peau des bétes pour y déposer leurs œufs , dont l'éclosion produit des 
larves qui, pour en sortir, font de larges trous, ce qui diminue beaucoup 
le prix des cuirs. 

Eau de prunelles. — Cette liqueur, qui possède un goût très-fin de 
vanille , se fabrique de la manière suivante : Mettez infuser dans de la 
bonne eau-de-vie, pendant un mois et même plus, pfcin un verre à boire 
de noyaux par litre , propres, dépouillés de leur pulpe en chair et non 
concassés ; puis passez le tout à la chausse , au papier brouillard , ou 
même i travers un fin lingè, et mettez en bouteilles. 

On peut concasser les noyaux, mais alors la liqueur est un peu 
huileuse. 

Bel, membre correuponant. 


AVIS 

La Bibliothèque de' la ville de Poligny a été ouverte sous la 
surveillance de M. Faivre, professeur au collège, depuis le I er oc- 
tobre 1868, les jeudis, de 8 h. 1/2 à midi, et les dimanches, de 
9 h. à raidi. 

Le nombre des lecteurs à qui il a été prêté des ouvrages de- 
puis cette époque jusqu’au 1 er juillet 1869, a été de 65 apparte- 
nant à la ville et 28 au collège. 

Le nombre des volumes a été de 459 jusqu’au 1 er janvier 1869, 
et de 567 du 1 er janvier au r r juillet. 

Le temps accordé pour lire trois volumes, ou quatre an plus, 
est de 15 jours. 

POLIGNY, IIIP. UE MARE9CHAL. 


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— 193 — 


AVIS* — MM. les membres titulaires , correspondants et 
abonnés qui n 9 ont pas encore acquitté leur cotisation ou 
abonnement pour 4869 , sont instamment priés de vouloir 
bien le faire au plus tôt 


DESCRIPTION 

Topographique - médicale 
do Ghampagnole , de son canton et des mon» 
tagnee au bailliage de Poligny* 

(Suite et fin). 

L’on entretient les chevaux avec le foin, la paille, Favoinc, etc. On 
les met aussi au pâturage, ce qui est assez ordinaire aux particuliers qui 
s’éloignent peu de leur résidence. Les voituriers, par état, ne s’arrêtent 
guères chez eux que pour les labours, la récolte des foins et des graines; 
ils nourrissent ees animaux à la crèche. 

Les moutons et les chèvres vivent de reguain; de paillent de feuilles 
d'arbre que Fou a cueillies dans la saison d’automne. 11 est des cantons 
du communal qu’on leur assigne, et c’est où on les envoie pai.lre dans les 
teins favorables de Pannée. 

Les toebons ne sortent qne rarement de l’étable. L’on aime les y nco-* 
fermer, parce que ils s’y engraissent plutôt. Les glands ne sauroient en- 
trer ici dans leur nourriture , pris égard à ce que les bois de chêne ne 
sont point communs et qu’ils ne fournissent de ces fruits qu’en très-petite 
quantité. L’on y supplée par l’emploi des choux, des raves, des pommes- 
dç-terre, de la courge ou citrouille, du turquié, des fèves, de l’orge, de 
l’avoine et même de la farine de froment. Ces derniers animaux ne décèr 
lent aucunes maladies à caractère, peut-être parco que l’on rend leur 
vie très-courte, en les égorgeant lorsqu’ils ont atteint F embonpoint que 
l’on désire. Néammoins, il en périt quelque-fois, et de la mort la plus 
rapide : ce que l’on verse sur l’cxccs des aliments, et c’est la prétention 
commune, 

- Les autres individus sont moius épargnes. Ils sont en guerre avec 
différentes maladies que l’on est aussi dans le cas de distinguer en en- 
démiques, en épidémiques et en sporadiques. 

Les endémiques sont les plus rares. Elles consistent : i° dans la scia- 
tique, appelée goutte par les laboureurs; 2° dans une maladie du foyc (pic 

13 ' 


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- 194 - 

Ton nomme les doges . La sciatique s’exerce seulement sur les bœufs et 
les Taches; les doges, sur les moutons.* Celles-ci ne se font remarquer 
que dans un certain nombre de communautés voisines, comme Nés, le 
Tfunds, le Vaudiou , Pillemoinc , la Combe-Daim , etc. La sciatique règne 
dans la majeure partie de ces montagnes. 

Les maladies épidémiques sont plus communes, et attaquent les che- 
vaux , les bêles à cornes, les brebis, etc. L’on n’en connoit que deux 
réservées aux chevaux* : le vertigo et la morve . Plusieurs autres sont 
propres aux bêtes à cornes, tels : le tachet , le louvet , la lente , des affec- 
tions catarrhales, putrides, charbonneuses, malignes, etc. Une seule, 
aussi, est propre aux moutons. On la désigne sous le nom d e peste. 

L’on entend par le terme de vertigo une maladie où les chevaux ont 
la tête fort lourde, ne voyent point clair, poussent toujours devant eux 
et tournent continuellement. Attachés à la crèche , ils s’appuient sur 
leurs extrémités postérieures et ne cessent de frapper des pieds de 
devant contre le rattclicr; ils sont dans une agitation on ne peut plus 
vive. 

Cette maladie, suivant l’interprétation de nos médecins vétérinaires, 
provient d'un sang trop exalté et trop abondant, qui se porte avec af- 
fluence au cerveau, l’engorge et le met en échec. J’ignore si cette théprie 
est saine ; mais j’ai dû observer que ce mal était affreux par ses ravages; 
il a rendu souvent les écuries désertes. Peut-être faut-il s’en prendre 
aux maîtres de l’art qui, par trop d’incapacité, s’égarent sur le genre de 
eelte affection, et risquent un traitement sans ordre ni principes* Quel- 
que succès que l’on obtienne alors , je l’impute au hasard le plus heu- 
reux^). 

La morve n’inspire pas moins de terreur , car partout où elle se produit, 
la contagion s’en mêle et s’exerce avec la plus forte véhémence. L’on 
en est si bien prévenu que l’on se bâte de sc défaire du premier animal 
qui en est soupçonné. Tant mieux si l’on a bien saisi le point fixe ; celte 
attention est des plus essentielles. Quelque développées que puissent 
être les causes de cette maladie, il n’est guèresde moyens qui conduisent 
à la guérison. Il étoit donc de la prudence que l’on s’en assurât; il n’én 
coûte du moins qu’un seul sacrifice où la sécurité entasseroit bien des 
victimes. Je serai toujours prêt à conseiller que l’on se voüc à celte réso- 
lution jusqu’à ce que l’on ait découvert un spécifique qui prête à l’espoir, 
et qui mette du moins les chevaux bien portants en garantie, à côté de 


(I) Patience, brave chirurgien î L’illustre Bounrelat va bientôt répandre la lumière sur ce 
sajot, en établissant l’art vétérinaire sur des bases immuables et scientifiques) (À.-C,) 


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véeox qui sont malades. Hoc ùptis, hic labor' (1). 

J’ai traité du tachet, du louvet, de la lente, de la peste, etc.,* dans le 
tableau des maladies aigücs et chroniques des bestiaux, qui a été com- 
muniqué à la Société royale de médecine , et qu’elle a daigné accueillir. 
Je renvoie à cet ouvrage pour la définition de ces différentes maladies, 
de leurs causes* et de tout ce qui embrasse le traitement (2). 

Les affections catarrhales, putrides, charbonneuses, malignes, dépen- 
dent de plusieurs causes : i° de la constitution de l’air; 2° de la disette 
des aliments, de leurs qualités nuisibles; 3° de la nature des boissons et 
de leur rareté; 4° de l'excès du travail et de la fatigue; 5* du dérange» 
ment dès sueurs ; 6* de la mal-propreté des écuries; 7° enfin, de la com- 
munication. 

Ce dernier inconvénient est un reproche aux trafiquants du pais, qui 
se répandent dans les foires de côté et d’autre, qui achettent sans cer- 
tificats ni aveu solide, et qui se cachent encore pour mieux couvrir leur 
fraude. Aussi, le plus souvent, ils entrent en possession d’un animal 
empestiféré, qui ne manque guères de semer la contagion dans tous les 
endroits où il séjourne. Il est bien des peines prononcées contre lous 
les prévaricateurs; le règlement est plein de sagesse; mais por'dcffnut 
d’exécution tout reste dans l’impunité. 11 ne m’étonne plus si l’on trans- 
gresse les lois, puisque ceux qui en sont eux-mémes les dépositaires , 9 
s’oublient sur le9 propres droits de leurs charges (3). 
j Les maladies sporadiques sont des plus nombreuses. Celles qui s'im- 
priment sur les bestiaux sont connues sous le nom de l’étrumc, de ebor- 
bonglion, de la boucle, du félin, du guignet, de la misse, des coliques et 
tranchées, du gonflement, du pisseibcnt de sang, de la constipation, de 
la rétention d’urine, des étranguillons, du morfondement, de la toux, 
du dégoût, deJ’indigestion, des tignes ou dartres, des chancres* dcTliv- 
dropisiç ou de l’enflure. 

La fièvre, le gonflement, l’avortio, la goulème, la toux, la gale et la 
rogne, concernent les, brebis et les chèvres. 

La gourme, le morfondement, la fièvre», la pousse, le dévoiement, la 
dyssenierie, le pissement de sang, la courbature, le refroidissement, les 
avives, l’esquinaneie, les coliques, les tranchées rouges, Pavont-coBur, 

(I) Ces mesures préventives conseillées par DeviUainc, sont d’autant plus urgentes, que 
tes faits modernes ont prouvé que là morve se communiquait aussi du cheval à l’homme. (.À-C.) 

1 <*) S’agit-iUci d’un travail manuscrit, ou d’un imprimé? Jéne sais... Je n’ai pu trouver trace 
de cet ouvrage du chirurgien de Ch&mpagnole. (A.-C.) 

(3) Devillaine, en écrivant ce passage, avait sans doute encore à, la mémoire l’épouvantabU 
peste bovine qui désola une grande partie de l’Europe dans les années I77t et 1773, « qui fit 
tant de rivages en Franche-Comté. (A.C.) 


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- 196 - 

Tcnflurc des jambes, la gale, les dartres, le farcin, etc., appartiennent aux, 
chevaux, ' 

Les soins que l’on donne ft ces animaux, lorsqu’ils éprouvent quelque 
altération, marquent l’empressement de nos laboureurs, et ils en sont 
très-loüables; mais par une fureur toujours répréhensible, ils veulent 
eux-mêmes disposer des remèdes. L’on juge d'avance dans quels écarts 
ils tombent. 

En génétal, ils ignorent que la diète soit un bien, et ils prodiguent 
toujours les aliments sans en faire le moindre choix. Par bonheur, les 
animaux ont un instinct qui les guide, et s’en tiennent à flairer le poison 
qu’on léur présente. Cette conduite des brutles applique une infinité 
de personnes qui ne gardent aucune modération dans l’état de maladie, 
comme si le discernement ne les éclairait sür le danger de la situation. 

L’erreur maîtrise encore nos villageois sur d’autres objets non moins 
conséquents : ceux de nettoyer les étables, d’en Ater souvent les im- 
mondices , de les éloigner de leurs propres demeures au lien de les 
entasser tout auprès, comme ils en ont la coutume; en un mot, d’aider 
à la salubrité dé l’air par des moyens qui n'exigent que la simple vigi- 
lance. Non ! ils restent impassifs sur tout, ou bien ils ne se permettent 
qu’un détail à demi. Et voilà maintes fois d'où part l'orage qui vient 
'fondre sur leurs bestiaux. 11 faudrait si peu pour le détourner.. ! 

C’est toujours un regret pour moi de voir que ces gens, trop foibles 
sans doute , se surpassent dans leurs intentions , ot qu’ils se perdent 
ensuitte dans tout ce qu’ils effectuent. J’aimerois ici que le Gouver- 
nement et la (mltee s’immiçassent ensemble pdur des arrêtés utile# et 
qui tendroient à une fin désirable. Le motif est. des plus dignes, puis- 
qu’il intéresserait le cultivateur qui est la portion la plus chérie do 
rhumatiité. 

Si l’on considère que l’homme de cette classe est gêné dans la plupart 
do ses besoins , l’ôn cesse d’étre surpris s’il rejette tout service étran- 
ger, parce que la dépense devient ensuite le prix du travail. Bans les* 
ménages même, l’on porte si loin la crainte des frais, que l’on se refuse le 
nécessaire, souvent au lit de mort. Tel est ce qui doit exeiter le séledu 
Gouvernement; il répandroit des largesses, d’après une combinaison 
mesurée et dans l’ordre qui suit : 

1° 11 fourniroit des remèdes destinés pour les animaux, comme l’on 
accorde cette faveur & l’hotnme-peuple, principalement lorsqu’il est eÆ 
proye à des maladies épidémiques, contagieuses, ete. 

2° Il élirôît des praticiens méthodiques et instruits, qu’il chargerai 
de la distribution des secours médicinaux, en assignant à chacun undisnr 


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— 197 — 


triet particulier, avec des appointemcdts relatifs & leurs fonctions, leurs 
exercices et les succès méritoires qu’ils relireroient de leur travail. 

3° Il seroit enjoint a ces préposés de suivre tous les évènemens des 
maladies compliquées ou simples , avec assiduité et droite conscience , 
sans distinction ni des riches ni des pauvres. 

4° Il leur seroit spécialement mis en instance de discerner tous les 
cas où les maladies du bétail tiennent à un point de contagion, afin de 
prémunir le métayer sur ce que la communication a de dangereux au 
dedans et au dehors. Il est assez recommandé aux artistes vétérinaires 
que se sont affecté^ nos salines, de frapper attentivement sur cet objet et 
d’établir des barres qui concentrent les troupeaux et les réduisent à leur 
territoire seul. Mais combien de fois l’indifférence a prévalu sur l'exac- 
titude que l’on attendoit d’eux ! Et comment le supposer..? Parce qu’il 
en est toujours de même des émoluments retenus; l’intérêt efface ici la 
gloire et la satisfaction d’obliger des misérables. 

5° Et comme les campagnes recèlent une multitude d’endoctrincurs, 
vendus à l’appas du gain, et qui débitent des drogues pemicieusès en 
trahissant la bonne foi du vulgaire déjà si enclin à la séduction, je de- 
mande qu'on laisse aux maîtres de l'art toute inspection sur ccs agio- 
teurs, à telle fin de les revendiquer et de les confondre sur les preuves 
de leur imposture. Il seroit ensuite de l’autorité légale de les réprimer 
dans leurs excès. 

La police auroit aussi des actes de sa compétence. 

1° Elle statuerait sur le nombre des bestiaux que l’on peut nourrir 
dans les communautés, en examinant la contenue et le produit des par- 
cours publics, bien plus, en se réglant sur ce que chaque métayer relire 
en fourage de la culture de ses propres fonds. 

2° Elle s’éxpliqueroit sur la nécessité d’avoir des écuries commodes, 
et de les entretenir saines, en commettant des gardes qui scroient 
exacts dans leurs visites, cl intègres dans leurs rapports. La moindre 
amende pécuniaire engagerait à beaucoup de circonspection sur cet 
article, et l’on n’auroit aucune indulgence envers les contrevenants. 

3° L’on ne prendrait point d’animaux à la suite d’une maladie quel- 
conque, qu’il ne fut ordonné de les cncrotter promptement et avec sé- 
curité, loin des habitations, en choisissant encore les endroits du tèr- 
riloirc où les troupeaux ne vont pas en pâture. Je me permets cette 
réflexion parce que l’on n’a point dç scrupule â ccl égard ; que l’on en- 
terre les bétes dans les jardins ou dans les champs, â la proximité du 
lieu, et que d’ailleurs l’on ne donne que très-peu de profondeur aux 
fosses que l’on pratique. 


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- 198 — 


4* 14 serait toujours requis d’ enfouir le corps entier des animaux:, 
pour peu que leur maladie eut été marquée au coin de la putréfaction. 
Souvent pour un mince bénéfice que l'on relire de la dépouille (1), 
l’on infecte plusieurs cantons a la fois. 11 n'est pas de circonstances a 
sévir avec plus de rigueur contre les délinquants qui s'abandonneraient 
à ce genre de commerce, au mépris des deffenses qui leur en seraient 
faites. L’on ne saurait être trop ardent à venger la cause commune. 

J’achève par ces considérations, et je désire bien sincèrement qu’on 
les approuve sur tout ce qu’elles renfermeraient d'avantageux cl de 
bien utile au soulagement de l'homme de la campagne. 


HYGIÈNE DE L’ENFANCE. 


Précautions à prendre pour prévenir 
les attitudes vicieuses et les difformités 
Accidentelles , 

PAR LE DOCTEUR A. ROUGET (d'aRBOIS), MEMBRE FONDATEUR. 

« Crebrim imigilentur. 


« Facuum que per aéra tudant; 

« Non tedeantj sed tant; et vitent v incla thoracu . » 
(Ecole de Solcrac). 

L’enfance est comme une cire molle qui prend tous les plis, qui revêt 
toutes les formes. Aussi , dans cette période de la vie, les forces exté- 
rieures n’exercent que trop souvent une action fâcheuse qui se tradui- 
rait aisément par des déformations irrémédiables. On ne saurait trop 
recommander à ceux qui sont chargés de l’éducation physique des en- 
fants, comme utile et nécessaire, depuis la naissance jusqu'à la puberté, 
l'inspection fréquente des membres et de la taille, ainsi que la surveil- 
lance la plus minutieuse des attitudes et du maintien. 11 faut combattre 
le mal dès son origine, et profiter de la jeunesse de l'arbre pour le re- 
dresser. C’est le conseil que les médecins Salernilains donnaient, il y a 

(I) Je parle du cuir, car lo mot dépoûille désigne également les chairs, la viande, etc. A propo* 
de ccttc observation, j'ai à citer des gens qui dans leur insatiabilité, se réunissent pour sc par- 
tager les restes d'un animal qui aura été jetté à la voirie. L'on s'Jr porte en foule, et l’on- setüè- 
putc même à qui aura la meilleure portion. N’est-cc pas une horreur! La police doit encore 
s'opposer à cette dépravation dont les conséquences peuvent attirer des maux qui ne souffrent 
aucun détail. 


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— 199 — 


huit siècles, que reproduit l'épigraphe de cette note, et que Leva cher de 
la Peutrie a traduit dans un distique plus riche de bonnes intentions 
que de poésie : 

a Fais que le médecin qui les aura tus naître 
u Les veille assidûment tant qu’ils auront à croître. » 

Veut-on assurer aux enfants une bonne conformation, il faut faire en 
sorte que l'action de la pesanteur et que l'action musculaire soient tou- 
jours inférieures aux résistances qu'opposent les tissus organiques. 

La pesanteur agit d'une manière différente sur les organes dans les 
diverses positions du corps. Dans le décubitus , elle exerce son action 
suivant des directions perpendiculaires à l’axe du corps, et ne jouit alors 
que d’un faible pouvoir de déformation. Dans la station, au contraire, 
où les organes pèsent les uns sur les autres suivant une direction pa- 
rallèle à l’axe du corps, la pression verticale à laquelle elle soumet l’ap- 
pareil de sustentation , tend incessamment à augmenter les courbures, 
les inclinaisons des os, à déprimer les substances flexibles placées dans 
leurs intervalles, à écraser les surfaces articulaires elles-mêmes, à vaincre 
la résistance des ligaments et des muscles distendus. On pourra juger 
de l'effet de cette force par ce fait que le tassement journalier qu'elle 
détermine est de dix à douze millimètres, que la stature de l'homme perd 
du matin au soir et qu’elle regagne chaque nuit. 

Si le poids des organes ne porte pas d’aplomb sur les différentes cou- 
pes du squelette, la pression tend à affaisser le côté surchargé ct.à pro- 
duire des déformations et des inclinaisons diverses des os. Que des causes 
spéciales diminuent les résistances ou augmentent la puissance , c’est 
alors que se produisent des difformités. 

La faiblesse des os et des muscles rend les nouveau-nés incapables de 
se tenir debout et de marcher; l’attitude horizontale, qu’ils sont obligés 
de garder, agace et impatiente les mères qui ne sc rendent pas compte 
de l'impossibilité de leurs exigences. Une station prématurée altère le 
développement régulier des formes; il est plus sage de savoir attendre 
et de ne demander a l’organisme que ce que comporte son évolution 
progressive. 

« Hâtez-vous lentement; » n’exigez que les attitudes en harmonie 
avec l’état général, vous y parviendrez en observant attentiv ement pen- 
dant toute la durée de l’accroissement, les forces musculaires, et en vous 
guidant sur leur mesure. C’est pour avoir désobéi à celte règle que tant 
de jeunes apprentis, dans certaines professions qui exigent une station 
prolongée et des efforts musculaires agissant dans le même sens que la 


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— 200 — 

pC6anleur, présentent des déviations du rachis» des deformations des 
genoux et l'aplatissement des pieds. 

L'instinct de la locomotion étant nécessaire à l'enfance et à la jeunesse, 
e’est surtout par l'extrême variété des mouvements et des attitudes qui 
déplacent continuellement le centre de gravité, qu'elles échappent aux 
déformations du squelette par l'effet de la pesanteur. Ainsi , que les 
enfants 

. « folâtrent sans repos; 

« Loin d’eux liens et corps : qu’ils agissent à l’aise, 

« Toujours dans un grand air, et jamais sur la chaise. » 

Malheureusement nos habitudes sociales ne permettent pas aisément 
de suivre ces sages préceptes. Dès le plus bas âge, les enfants sont en- 
voyés à l'école où, des heures entières durant, ils sont condamnes a d'im- 
mobilité, au silence, debout ou assis. 

La station verticale fatigue vite; aussi ne sc tiennent-ils pas longtemps 
droits et sc penchent-ils latéralement ou en avant. 

Quant à la station assise prolongée, chacun sait, de par sa propre ex- 
périence, combien elle est pénible. Les muscles de la colonne du dos se 
laissent distendre tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, souvent des deux 
côtés a la fois. Cette position passagère , la répétition et l’habitude Iqt 
transforment en attitude vicieuse , en difformité persistante : telle est , 
l'origine de certaines inflexions latérales du rachis et de beaucoup de 
voussures du dos. Il est indispensable de reposer de temps en temps 
les muscles spinaux. Les adultes ont des chaises, des fauteuils à dossier? 
pour satisfaire ce besoin ; pourvoyons de dossiers les bancs des écoles^ 
Des sièges ainsi organisés, les simples écoles des Etats-Unis les possè- 
dent, et nos lycées impériaux, ceux meme que l'on vient de construire, 
en sont encore dépourvus ! 

Des bancs à sièges mobiles, suivant la taille des enfants, devraient aussi 
faire partie du mobilier de toutes les classcs.il y a de la barbarie de con? 
traindre ces petits êtres à des mouvements incessants pour garder un 
équilibre que rend continuellement instable le défaut d’appuis pour le 
dos et pour les pieds. , 

La réduction de la longueur des classes, en diminuant la durée de la 
station assise, est un véritable progrès. Il faut consacrer ce temps à des 
récréations en plein air. Pendant que les salles évacuées sont largement 
aérées, des chants, des jeux, des courses restituent promptement p roc* 
ganisme, grâce au jeu normal de la circulation, a l'amplitude de la res- 
piration et à la variété des altitudes, les forces que le système muscu- ' 
laire avait perdues. 


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— SOI — 


ARCHEOLOGIE. 

Nous ignorons quel est Fauteur du mémoire suivant : Une note 
placée à la fin- du manuscrit dont nous l’extrayons, nous apprend 
seulement qu’il fut transcrit en 1761, par l’abbé Guérillod, d’un 
ancfen manuscrit de la familiarité de Saint Hippolyte. Ce manus- 
crit existe-t-il encore? Nous l’ignorons : quant au premier, il fait 
partie des archives de l’évêché de Saint-Claude. 

Nous donnons cette pièce telle que nous l’avons trouvée, sans 
rien changer de l’orthographe et du style. 

Mémoires concernons la bâtisse de l'Eglise Saint Hippolyte de 

Poligny, son érection en Collégiale , V union de là cure et du 

prieuré. 

Anciennement l’église parochialc de Poligny était au faubourg que 
encore aujourd’huy Ton appelle le Vicux-Moutier, et iccllc à présent 
en état, qu’estoit desservie par un prieur et des religieux du monastère 
de Baulme, de Tordre de Cluny, et par un curé et des familiers enfants 
natifs de ladité paroisse. La dite église étant de la présentation alter- 
native du duc et comte de Bourgogne et du S r Révérend abbé de Baut- 
mc, pcrcevoit le dit prieur les deux tiers de toutes offrandes tant d’ar- 
gent, cire, pain, vin, linge qu’autres, de quelque espèce elles fussent 
et le sifeûr curé Vautre tiers, et fournissaient iceux prieur et curé le 
luminaire et autres charges, chacun d’eux scion sa contingente^ selon 
qu’encore aujourd’hui est accoutumé de faire en toutes les paroisses 
qu’il y a prioré et cure. 

Les habitons et bourgeois de la dite ville considérans les grands dan- 
gers et périls auxquels ils pouvoient succomber, abandonnants leur 
ville et maisons pour assister â la messe parochiale et divin office, même 
en temps de guerre, pour grandes chaleurs en tems d’estë, pour gran- 
des froidures, neiges et gelées par tems d’hivers, et que vieilles gens, 
cl malades, femmes enceintes et relevées d’enfants, petits enfants nés, 
auxquels convenoit donner baptême promptement et à toute heure 
quelque temps que fit : et ne pouvants les dits habitants satisfaire à 
leur dévotion et devoir, et désirans donner remèdes convenables aux 
inconvénients cy devant rapportés, avisèrent entre eux de recourir à sa 
Sainteté, Alexandre cinquième du nom, cl sur leur rcqueste acquies- 
çant h leur pétition et demande, si juridique et raisonnable, de pouvoir 
faire construire et édifier dedans le bourg et fermette d’iqcllc ville la 


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— *02 — 


dite église parochiale selon qu’il apparoit par ses bulles daltées du 
treize des kalendes d’aousl (1) de l’an premier de son pontificat 1409. 
Que (lesquelles bulles) furent exécutées en 1415 par révérend Thié- 
bajud, S r de Rougemont, archevêque de Besançon, qui bénit la place, et 
assit la première pierre de l’édifice de ladite nouvelle construite dedans 
le dit bourg (2). 

Laquelle place, tant d’icelle église que des chapelles et du cimetière, 
fut acquise et donnée par les dévots bourgeois natifs de ladite viUe, 
lesquels avec l’aide de plusieurs bons seigneurs et dames de divers 
estais, et tant ecclésiastiques que séculières, ont donné de lejur franche 
volonté, de leurs biens pour construire et édifier la dite nouvelle église. 
Estant achevée le pape Martin cinquième du nom, donna par des bulles 
en datte du quinze des kalendes de l’an cinquième de son pontificat 
a l’archidiacre de Langres le pouvoir et mandement de contraindre les 
desservants et bénéficiers au dit Vieux-Moutier (Moutier- Vieil lard) de 
faire le divin office qu'ils y faisaient ch celle nouvelle constraite au 
dit bourg : le tout & la requête du Duc et Comte de Bourgogne et des 
dits habitans. 

Entre les plus renommés bienfaiteurs d’icelle nouvelle église, noble 
Jean Chouzat, natif dudit Poligny, conseiller du bon'duc Philippe, et 
Blanchon Guillet, sa femme, n’ayant eu aucun enfant, pour aider à la 
construire, ont donné plusieurs leurs maisons et places au dit bourg et 
aussy de leurs deniers et moyens. Même désirants de tout leur pouvoir 
pour le remède de leurs âmes faire aumônes, oraisons et prières à Dieu 
plaisantes, et de leur libérale volonté ont donné neuf cens livres, este- 
venants de rente annuelle, pour l’érection et entretenement d’un col- 
lège, d’un doyen, de douze chanoines, l’un (Ficeux chantre, de huit 
vicaires ou chapellains, d’un morellicr (3) et de quatre enfants-de- 
chœur, pour y dire et chanter tous jours une grand-messe, à diacre et 
sous-diacres, avec les heures canoniales et autres services divins seloo 
qu’il est porté en la dite fondation du 2 e janvier 1429, ayants par leur 
humble requête présentée au bon duc Philippe leur bon maître, le 
supplié d’être patron et collateur de leur dite pieuse fondation, l'ayant 


0)90 juillet. 

Il est probable qu* Alexandre V, qui venait d’ètrc élu par les Pères du Concile de Pise, ne fit 
que ratifier ce qu'avaient fait les cardinaux qui l’avaient nommé pape. 

(fi) tt novembre I 491. 

Cette bénédiction oui certainement lien avant son retour du.Çonçilc do Constance qui qt tint 
cette anriéc, et auquel assista l'archevêque de Besançon. 

(fi) 9dcristain. 


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— 203 — 

volontairement accepté et eu agréable par son chancelier Roi in en 
l’année 1430. 

Depuis le dit bon duc Philippe poussé d’une grande amour de charité 
envers ledit collège, a présenté requête au pape Eugène, quatrième du 
nom, pour ériger ladite église parochialc en collégiale, pour annexer 
la cure au doyenné cl donner la juridiction au doyen sur toutes les 
personnes du dit collège, les exemptant de la juridiction du sieur arche* 
véque de Besançon et de tous autres juges tant ecclésiastiques que sé- 
culiers; les recevant sous la protection du Saint-Siège, en les déclarant 
immédiatement y être sujets et juridiques ; donnant pouvoir et com- 
mission au thrésorier de l’église métropolitaine de Besançon de leur 
donner et (aire des statuts, pour selon iceux se régir et gouverner et 
mettre en exécution le contenu en sa bulle datlée du troisième des 
kalendes de roay (1) en l’an 1431, premier de son pontificat. 

Conséquemment de la dite bulle, le premier jour de décembre du 
dit au 1431, vénérable Jean de Fruine, chanoine et thrésorier de ladite 
église de Besançon , juge député du Saint-Siège, a mit à exécution 
tout le contenu en la dite bulle, et fait et promulgué des statuts qu’il 
leur a ordonné de garder, lesquels sont été depuis confirmés et autbo- 
risés par plusieurs sieurs tbrésoriers sous le titre de ladite dignité, et 
même par vénérables Jean Vichoz, thrésorier, le 6* de décembre 150^, 
et par vénérable François Bonvaulot, aussi thrésorier, le 17 septem- 
bre 1546. 

(A suivre). 


BEAUX-ARTS. 

La Médaille d’honneur de M. Perrnud. 

Les uns tombent pleures de tous, pendant que d’autres, entrés plus 
tard dans la vie, arrivent au faite des honneurs ! Pourquoi nous plain- 
dre? C’est la marche babituellé de l’humanité. — Heureux encore quand 
en quittant la vie, on peut sc répéter la belle parole du poète : « Non 
omnis moriar, et laisser, comme M. Cbevassu, une mémoire pure et 
toute remplie de bonnes actions. 

Voilé pourquoi tout en accordant nos regrets à ce funèbre souvenir, 
nons oserons parler aujourd’hui de la gloire d’un autre compatriote 

(«) 99 avril 1431. 


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— 204 — 


illustre, M. Perraud, et lui attribuer notre part d'hommages cl de féli- 
citations pour son récent triomphe. 

Il ne s’agit plus ici d’affermir une vocation, d’encourager des débuts 
ci de promettre à un jeune combattant des palmes plus ou moins recu- 
lées. Non, la lutte a été opiniâtre, le terrain disputé pied à pied, mais 
depuis longtemps la gloire est venue, et notre sculpteur jurassien, passé 
maître entre les maîtres, a été placé par un certain nombre d’artistes, 
au nombre des lauréats probables du grand Prix quinquennal . 

Comme on le sait, M. Perraud, né à Monay, élève de M. Dumont, 
statuaire, membre de l’Institut, successivement prix de Rome, en 1847, 
médaillé aux salons des années 1855, 1857, remporta «me première 
fois, en 1863, la médaille d’homveur du salon pour son magnifique 
groupe de Y Enfance de Baechus. 

11 obtint ensuite à l’Exposition universelle de 1867 une des quatre 
grandes médailles d’or affectées a la statuaire. Enfin, au salon de 1869, 
il vient de mériter une seconde fois la médaille d’honneur pour un nou- 
veau chef-d’œuvre. 

• Le Désespoir , tel est le sujet traité pat M. Perraud. — Un homme 
plein de beauté, de jeunesse et de force est aâsis sur les caiUoUft du 
rivage, et les bras tendus en avant, les mains enlacées, regarde d’un 
œil sombre et profond les vagues qui viennent mourir à ses ÿieds. 

D’un thème éminemment complexe, l'artiste a fait une chose sim- 
ple : nulle effort dans la pose, nulle grimace dans la contraction de ses 
traits. Nous sommes loin du mélodrame qui forme un des principaux 
éléments de l'art du xix me siècle. Le Désespoir est un bel antique de la 
famille du Laocoon, dont il a la noblesse d’expression et la purcté*dcs 
formes. On a reproché un peu de rondeur au modelé de cette admira- 
ble statue, mais les vrais artistes ne s’y sont pas trompés - ils put vu 
dans ces contours si amoureusement caressés par le ciseau du maître, 
une interprétation fidèle, sùrc et toute magistrale de la nature, et une 
fois de plus ont salué dans Perraud un des soutiens les plus fermes, un 
des génies les plus sévères de l’Eoolc moderne. 


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— SOS — 


BIBLIOGRAPHIE. 

LÊ DERNIER AMI, poème par Tliéodomire Geslain , membre fonda - 

feur du journal littéraire Le Concours des Muses, et correspondant 

de notre Société . 

Ce dernier ami, ce n’est pas chez l’homme qu’il a été pris, et il n’au- 
rail pu l'être sans infliger un imprudent démenti à un arrêt déjà bien 
ancien, mais dont les siècles suivants, par une triste expérience, n’ont 
fait, sauf de rares et louables exceptions, que confirmer la justice sé- 
vère, par la transmission de l’une de ses formules : 

« Donec eris felix, multos numerabis amicos; 

« Tempora si fuerint nubila, solus eris . » 

« Heureux? tu compteras toujours beaucoup d’amis; 
u Le temps sombre? à l’écart bientôt ils t’auront mis. » 

Il s’agit de cet liôte aimant, reçu et favorisé d’une place dans nos 
foyers, presque érigé au rang de serviteur domestique; d’up descen- 
dant de celui que la Bible, dans une de scs touchantes idyles, associe 
au voyage de son jeune maître en Mésopotamie, empressé, au retour,, 
de prendre les devants pour annoncer l’beureuse arrivée de son fila, 
au vieux Tobie père, pauvre vieillard frappé de cécité; il 9’agit d’un 
successeur de ce gardien fidèle de Pénélope, attentif à la protéger contre 
les entreprises des nombreux prétendants à sa main, pendant les longues, 
pérégrinations de son cher époux , le premier à reconnaître le roi d’I- 
thaque à 3 a rentrée dans le palais de ses pères, malgré son travestisse- 
ment sous les baillons de mendiant. 

Il s’agit d’un imitateur de ce compagnon quand même de Périclcs - 
qui, le voyant monter sur un navire, afin de se soustraire aux ravages 
de la peste qui décimait Athènes, se jeta hardiment à la nage, et contre 
vents et marées, parvint comme lui et en meme temps, sur le même 
rivage. 

Le poème est donc placé sous cette épigraphe : 

« 0 mon chien! Dieu seul sait la distance entre nous; 

« Seul il sait quel degré de l’échelle de l’être, 

« Sépare ton instinct de l’âme de ton maître. » Lamartine. 

Intelligence, instinct! belle antithèse, sans doute,, mate est-elle fon- 
dée par rapport à notre client, notre voisin dans l’ordre de la création? 


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— 206 — 

Le premier et le second ctre de la création peuvent-ils avoir été séparés 
brusquement par un tel abîme, quand partout ailleurs il n'est procédé 
que graduellement et par une sage transition d’une espece à l’autre? Le 
ebien, par exception, peut-il tomber, sans échelons intermédiaires, au 
niveau du castor, de la fourmi, de l’abeille, de l'araignée qui, en effet, 
fonctionnent instinctivement, a ce signe, que c’est toujours sur le même 
fond et de la même manière. Notre ami en est-il réduit à ce maigre lot? 
N’esl-il pas susceptible d’instruction et d'éducation : chien de chasse, de 
berger et même chien savant, bien que l’expression indulgente dépasse 
un peu la mesure? Si l’homme ne voyait dans son chien qu’un auto- 
mate, s’il ne lui reconnaissait de la sensibilité, du jugement, de la mé- 
moire, de la reconnaissance, éprouverait-il, en général, tant de plaisir 
à en faire sa compagnie? 

Quoiqu’il en soit, le héros de la légende, mais que l’auteur prétend 
être une véritable histoire, dont la scène Vest passée en Moravie, et a 
lui racontée par un témoin oculaire, le héros de ce récit appartenait h 
un de ces privilégiés , un de ccs favoris de la fortuné qu’elle se plaît à 
combler de toutes ses faveurs, et qui n’en usent que pour dissiper dans 
l’orgie, borincur, santé, biens, richesses. C’est le cas dumorave. Mais, 
ainsi qu’il arrive si souvent, ses trésors une fois épuisés, ses greniers 
vides, ses caves à sec, il se voit cruellement abandonné par ses complices 
de débauches. Réfugié loin de toulc habitation, dans un bouge infect 
et noir, ily périt bientôt d’inanition et de misère , en présence de son 
chien, resté seul son consolateur à l’beure dernière, et qui ne peut le 
délaisser dans la tombe. Il sc couche sur sa fosse, et résistant aux mains 
qui veulent l'en arracher, il y attend, sous les aiguillons de la faim, une 
mort non moins douloureuse que volontaire. 

Le sujet n’est pas neuf : Il y a longtemps que la musc sympathique au 
candidat à V humanité , comme a dit Michelet, s’est fait un devoir de chan- 
ter le seul assistant au convoi du pauvre , et le guide désintéressé de 
l’aveugle. Mais il est renouvelé ici par les plus sages conseils, et par une 
onction qui pénètre jusqu’au fond de l’âme. 

Qu’on en juge par ces vers de la fin : 

a Enfin, lorsque la terre eût recouvert le corps , 
a Le pauvre vieil Argus gémit avec efforts ; 

« Il ne regagna point son gîte de la veille, 
a II lui fallait rester où son maître sommeille ; 

« Il y passa les jours, puis les nuits, puis les mois, 


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— 207 — 


« Jtlsqu'à ce que là mort le soumit â ses lois/ 

« Acceptant avec peine un peu de nourriture 
« Qu’un gardien lui donnait à petite mesure; 

« Mais en mourant ainsi, le chien nous faisait voir 
« Qu’aimer le malheureux fut toujours un devoir. » 

Je proposerais pourtant deux corrections à l’auteur, dans le cas pro- 
bable d’une seconde édition. 1° remplacer le terme Argus , toujours 
pris en mauvaise part. Argus est le nom de cet espion mercenaire, atta- 
ché par Junon aux flancs de Jupiter, pour le surveiller dans ses relations 
avec les rivales de la jalouse déesse. 2° modifier ces deux vers dont la 
pensée n’est pas exacte : 

« Lorsque la sombre envie, au front creux et blêmi, 

« Eloigne du foyer jusqu’au dernier ami. ■* 

Ces deux vers sont en contradiction avec la vérité, et de plus , avec 
le reste de la composition : ce n’est pas en général le sentiment de l’envie 
gui rompt les nœuds d’une relation ancienne avec la grandeur et l’opu- 
lence, c’est le sentiment du dédain et d’une méprisable pitié, ce qui a 
donné lieu au proverbe : mieux vaut inspirer envie que pitié. C’est quand 
le morave était en position de nager daqs les plaisirs et de les faire par- 
tager qu’il pouvait susciter des envieux, mais ceux-ci , par ostentation 
et par intérêt, trouvaient leur compte à dissimuler. Au contraire, le 
contact avec une victime, ou de l’inconduite, ou meme de l’inconstance 
de la fortune, semble une souillure et un motif plausible de désertion 

Le Secrétaire-Général, U.- G. Ciæb. 


Les Coiffures d’été en Algérie. 

Sous ce litre, l’ancien Secrétaire-Général de notre Société, M. le D r 
E.-L. Bcrtherand (d’Alger), vient de publier une note qui intéresse 
non-seulement l’hygiène de la France trans-méditerranéenne , mais 
encore celle de toutes les localités de la mère-patrie qui ont à souffrir 
des chaleurs estivales. On ne lui contestera ni L’opportunité, ni l’ac- 
tualité» 

On sait que les chaleurs de l’été exercent sur l’organisme une in- 
fluence générale et une action locale. Celte dernière se produit sur la 
tète. 


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L’action directe dés rayons solaires sur le drâne et la face détermine 
d’abondantes transpirations, l'insolation , des congestions sanguines du 
cerveau et de ses enveloppes, du ncrvolisme, un état psychique spécial, 
des ophlhalmfes. 

Les coiffures destinées à la préservation de ces accidents ont des for- 
mes différentes, suivant les circonstances diverses d’âge , de sexe , de 
profession, de nationalité. 

Le parasol et le chapeau de paille à larges bords dont se contente le 
citadin seraient ridicules et inutiles à l’ouvrier, au cultivateur, au fac- 
teur, au militaire. Pour eux, il faut que l’agent protecteur du crâne, de 
la face et du cou soit léger, portatif, peu embarrassant, facile â nettoyer. 

Les coiffures proposées dans ces derniers temps par des médecins 
militaires semblent remplir ce but multiple. 

Elles supposent toutes un bon couvre-nuque. Son tissu doit être à la 
fois peu perméable au calorique et mauvais conducteur de cette force : 
c’est désigner une étoffe en toile blanche de lin assez serrée et s’appli- 
quant sur toute la surface du crâne. Le couvre-tête de M . le D* Judée, 
modifié par M. le D r E.-L. Bertherand , combiné avec une coiffure très- 
légère en paille (chapeau, casquette), réalise dans une simplicité par- 
faite, toutes les conditions hygiéniques désirables. ; 

Ce couvre-tête est une calotte en toile, formée de quatre légers fu- 
seaux semi-sphériques ralliés en tr’eux par des contours et se termi- 
nant par un rabat. L’angle antérieur et supérieur des faces latérales 
de celui-ci présente une courbe , à convexité antérieure, disposée de 
telle sorte que l’attache de la portion flottante ait lieu perpendiculai- 
rement au-dessus de l’extrémité externe du sourcil, et que le pan anté- 
rieur rase la pommette. Il est incomparablement supérieur au couvre- 
nuque de l’armée et de certaines administrations. 

Avec les données qui précèdent, il sera possible de faire adopter, 
dans certains cas, le chapeau cochinchinois, sur lequel M. le D r Seriziat 
a fait d'utiles études. 

M. le D r Bertherand qui, d’après M. le D r Perron, nous a si bien fait 
connaître les femmes arabes avant et depuis l’islamisme , ne pouvait 
oublier les compagnes du pionnier civilisateur. Je copie son texte : 

« 11 appartient aux modistes de méditer toutes les considérations ci- 
dessus , â l’effet de rendre plus protectrice la coiffure des algériennes 
dont le teint, la peau délicate, les habitudes décolletées de l’été récla- 
ment des abris légers, mais plus complets et moins gênants que ceux 
d’un voile flottant en tous sens, d une microscopique ombrelle ou d’une 
imperceptible vqilctte. Entre la Mauresque qui se voile beaucoup trop, 


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la Juive qui se voile imparfaitement, ci l'Européenne qui se voile trop 
peu, l’hygiène recommande un moyen terme qu’il ne serait point regret- 
table de voir mettre en pratique. Des flots de gaze et de fleurs artiste- 
ment agencés, des contours de dentelles plissécs, tels pourraient être 
les éléments fondamentaux d’une coiffure commode, utile et légère 
pour nos citadines. » 

Ces ressouvcnanccs de la patrie absente iront droit au cœur de nos 
femmes, de nos mères, de nos sœurs : elles sc feront un devoir de re- 
mercier un ami absent. Cependant, si le mal du pays était trop fort, si 
l’éloignement avait trop de rigueurs, elles seraient des premières à lui 
parler, au nom des francs et libres Comtois, des pigeons du fabuliste, 
et à lui rappeler que la place qu’il a laissée parmi nous rc&e vide, et 
que son fauteuil , de rechef, lui tend les bras. 

D r Rouget, membre fondateur l 


POÉSIE. 

La GrÂee et 1a Charité, 

PAR W. A. REGNAYLT , UMBRC CORRESPONDANT, 

Par une aimable sympathie 
Plus belle encore que la beauté, 

La Grâce avec bailleur s'allie 
À Ja divine Charité. 

La Grâce sait doubler l'aumône, 

U simple offrande et le bienfait,. 

De ce je ne sais quoi qui donne 
Pins de prix au bien qu'elle fait. 

La Charité de Dieu la fille, 

Regarde et voit du haut des cieux 
La grande et commune famille, 

La sienne, tous les malheureux. 

Ange, elle descend sur la terre ; 

Sa misûon est un devoir, 

Elle remplit son ministère, 

Soldat du céleste pouvoir. 

D’un zèle égal, sans différence, 

Le crime impie cspvûrité, 

II 


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— 210 — 


Comme la timide inuocence. 

Par l’indulgente Charité. 

La voix caressante et plaintive 
De l’enfant habillé de lin, 

Touche la Grâce, la captive 
Et l’attire vers l’orphelin. 

Deux sœurs, la Charité, la Grâce, 
Marchent, se tenant par la main, 
Qu’un tendre nœud d’amour enlace 
Pour mieux faire ensemble le bien. 
Leur vigilance maternelle, 

Qui vole au-devant du malheur, 

En le protégeant de son aile, 

Ote une épine à la douleur. 

Dans la prison ou dans l’hospice, 
Chacune sait tant compatir. 

Que pour elle c’est un délice 
Avec ses frères de gémir. 

Mais l’uue, sœur hospitalière, 

Sur la paille froide s’assied; 

L’autre visite la chaumière 
Et pleure au rustique foyer. 

La Grâce qu’ont poétisée 
En trois les âges fabuleux, 

Seule ici verse la rosée 
Sur nous modernes demi-dieux. 

Son attribut est le sourire. 

Et même avant qu elle ait parlé. 

Son éloquence a su tout dire 
Au cœur du pauvre consolé. 

Les deux sœurs à I’envi s’entr aident. 
Et conspirant d’un môme effort. 
Donnent tout ce quelles possèdent. 
Leur plus riche et dernier trésor. 

A la Grâce quand rien ne reste. 

Si la Charité n’a plus rien. 

Une larme, baume céleste, 

Fait aux souffrants encor du bien. 


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Lee Brises du So!r< 


Le nom de lenteur de ce recueil de poésies est une garantie deson mérite 
et un gage de son succès. M. Louis Oppepin, directeur de l’Ecole du Château, 
à Nevers (Nièvre), est avantageusement connu dans la république des lettres, 
où il occupe une place honorable comme membre de l'Union des Poètes et 
comme membre très-actif aussi de la Société des travaux littéraires et artis- 
tiques. Son recueil de poésies se compose d’ailleurs en grande partie des 
pièces couronnées dans les concours de Paris et de la province, et les lec- 
teurs de notre Bulletin savent que M. L. Oppepin est un des lauréats habi- 
tuels des luttes pacifiques ouvertes chaque année par notre Société ; ainsi 
ils auront le plaisir d’y renouveler connaissance avec plusieurs morceaux 
qu’ils n’ont pas oubliés : c’était donc pour le Bulletin un acte de sympathie 
et d’obligation que de publier le prospectus de l’œuvre annoncée (voir aux 
annonces). IL-G. C. 


RÉCOMPENSES. 

La Société pour T Instruction élémentaire a, dans sa séance de juillet 1869, 
et sur la proposition de notre Société, décerné : 

À M 11 * Bailly-Maître, institutrice laïque libre à Fay-en-Montagrre , une 
Médaille de brome. 

À M n ® Grenier-Boley , institutrice laïque libre à Àrbois, une Mention 
honorable . 

A M 110 Cassaro, institutrice laïque libre à Salins, une Mention honorable . 

Ces propositions nous avaient été soumises par M. l’Inspecteur d’Académie. 

La Société pi'olectrice des animaux vient aussi de décerner à M. Xavier 
Jacqulx, cultivateur à Barretaine-Cbampvaux, d’après les renseignements 
donnés pftr notre Société, une Mention honorable. « Chef d’nne exploitation 
importante, il donne des «oins intelligents, pour lui et les siens, aux ani~ 
maux; vient au secours de ceux des autres dans les cas urgents, dans le but 
de faire le bien. » 


SEANCE GÉNÉRALE DU 15 JUILLET 1869. 

La séance est ouverte a 2 heures, sous la présidence de M. Clerc- 
Outhier, par la lecture du procès-verbal de la réunion précédente. 

Correspondance manuscrite. Une lettre de M. Merle, membre corres- 
pondant, adressée à M. Blondeau, ancien officier de marine, Vice- 
Président de noire Sociélé, est ainsi conçue : 

« J’ai reçu vos deux honorées lellres des 22 avril et 20 juin. Vous 
êtes tout-à-fait dans le vrai en supposant que l'attention des agricul- 
teurs commence à s'éveiller au sujet des engrais chimiques , et ce qui 
prouve qu'il en est ainsi, c’est l'accroissement que prend la vente à cha- 
que saison nouvelle. Mais tout n'est pas dit encore sur cette grande 
question qui est née d'hier et qui sollicite la sanction des praticiens; 


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— 212 — 


aussi ne peut-on avoir que des éloges pour les Sociétés scientifiques qui 
prennent l’initiative de la vulgarisation des théories qui doivent si avan- 
tageusement modifier l'agriculture ; aussi doit-on savoir un gré infini 
aux savants qui ne se contentent pas de recommander les nouveaux 
moyens de fumure, mais qui se font encore praticiens comme votre cor- 
respondant d’Ahun. » 


Cette lettre était accompagnée d’un opuscule imprimé, contenant 
notamment les instructions de M. G. Ville, pour l’épandage des engrais 
chimiques. 

M. Barrière, astronome à Bordeaux, membre correspondant, nous 
mande : « Sous peu de jours, je l’espcre, je vais faire quelques confé- 
rences à Bordeaux, concernant l’astronomie et la géographie. Je vais 
donc pouvoir prouver, j’en ai la confiance, que les systèmes planétaires 
les. plus importants, professés jusqu’ici, ne sont que l’expression de 
l’erreur, et que ceux que j’ai l’honneur de proposer sont, seuls, la vé- 
ritable reproduction des lois de la nature. 

Aussitôt que nos nouveaux systèmes planétaires auront passé par le 

contrôle des savants, j’aurai l’honneur d’en informer la Société 

d’agriculture de Poligny. 

u Comme on ne saurait donner trop de publicité à des travaux qui 
intéressent tous les hommes, et que c’est autant que possible devant 
les personnes .qui s'occupent de sciences, qu'on doit les expliquer, 
j’ai l’honneur de vous demander, M. le Secrétaire, s'il me sera accordé 
par la Société d’agriculture dont j’ai l’honneur de faire partie, de déve- 
lopper mes systèmes astronomiques en présence de MM. les membres 
de l’Académie. » 

Cette lettre, à laquelle il a été répondu, se trouvait suivie d'une autre 
explicative de son système et de trois plans y relatifs. 

M. F. Gibcrt, o l’occasion des remerciements qu’il adresse à l’auteur 
bienveillant de l’article sur son baroscope, nous annonce la description 
d’un nouvel instrument de son invention. — En meme temps, il nous 
prévient que de Rayonne doit partir prochainement à notre destination, 
deux onces de graines de bombes, variété de choux-fleurs venant de 
Walladolid. 

Les mettre dans du purin, ensuite dans la terre, arroser tous les 
cinq jours pendant un mois. 


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M. C. Dupasquicr, docteur-médecin à Juliénas (Rhône), en nous 
adressant plusieurs exemplaires de son Traité d' Hygiène à l'usage des 
Écoles rurales , ouvrage couronné par notre Société, au Concours public 
de 1861, nous fait hommage également d’une brochure sous ce titre : 
Tonique reconstituant par excellence , remède dont il est l’inventeur, 
et qui consiste dans des pillules d’extrait de quinquina ferrugineux 
arséniaté. 

Notre compatriote et collègue, M. le docteur Tamisier, dont le régi- 
ment est en ce moment è Aire, en Artois, nous écrit de cette rési- 
dence, qu’il nous fait adresser de Paris une thèse sur le tabac, d’un de 
scs confrères, M. le docteur Lepervanche. Cette monographie, qui pré- 
sente des faits intéressants, traite ce sujet sous les mêmes vues qu’il l’a 
traité lui-même. Il sc propose, d’ailleurs, de poursuivre ses recherches 
h cet égard et de nous faire part du résultat de scs nouvelles expé- 
riences. Il est encouragé dans la reprise de ses observations par l’ap- 
probation des personnes compétentes, témoins des ravages dé l’abus 
qu’il signale. En ce moment même, il est à traiter une maladie chez un 
officier de son régiment, qui, sans aucun doute, a pour origine l’usage 
excessif du tabac, et qui a malheureusement compromis, d’une manière 
presque certaine, la vie de cc malheureux. 

Correspondance imprimée. — Société botanique de France, rue de 
Grenelle, 84, à Paris, 14 juin 1869. 

« Monsieur le Président, la Société botanique de France a décidé que 
sa session départementale annuelle serait consacrée cette année a l’ex- 
ploration du Jura. Elle espère que les Sociétés d’histoire naturelle dont 
le siège est voisin de cc pays, voudront bien accroître l’intérêt scienti- 
fique de cette exploration, en envoyant des délégués à la session de 
Pontarlier. Je viens vous prier de transmettre à la Société d’agriculture, 
sciences et arts de Poligny, l’expression de ce désir, et l’inviter a se 
faire représenter ù notre Congrès départemental. Nous serons heureux 
d’entendre et de reproduire dans notre Bulletin les communications 
que pourront nous faire les délégués de votre Société, sur des sujets 
concernant la botanique et spécialement la végétation du Jura. 

u La session du Jura s’ouvrira à Pontarlier, et durera de 8 à 10 jours, 
employés à des courses dans les montagnes, du 12, où elle sc réunira à 
la mairie de Pontarlier jusqu’au 22. 

« Veuillez, etc. Le Président de la Société, Lasègnc. » 


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—*14 — 


Notre délégué se trouvait heureusement tout trouvé dans la per- 
sonne de M. Ed. Girod, bibliothécaire de Pontarlicr, notre honorable 
correspondant, qui a bien voulu accepter cette mission, dont nous ren- 
drons compte dans le prochain numéro. 

Société française de numismatique et d'archéologie. Indépendamment 
d'un annuaire et des comptes-rendus ou procès-verbaux des séances, 
eette Société publie des mémoires fort intéressants, ayant trait à l’his- 
toire de l’art, céramique , géographie historique, épigraphie, bibliogra- 
phie, sigillographie et héraldique , philologie , histoire et ethnographie, 
archéologie monumentale , et s'adressant dès lors à la fois aux nuraisma- 
tistes, aux archéologues, aux historiens, aux collectionneurs» à tous 
ceux qui se distinguent par des goûts sérieux ou délicats. Directeur des 
Mémoires , M. Léouzon Leduc. 

Société d'horticulture du centre de la Normandie, fondée dans le but 
de faire progresser Le jardinage par tous les moyens possibles et d'amé- 
liorer le sort des jardiniers qui, par l’àge» des maladies ou des infor- 
tunes imméritées, auraient besoin de secours. Cette Société, en adres- 
sant le premier numéro de son Bulletin aux Sociétés savantes, leur 
propose un échange entre son recueil et leurs publications. 

Exposition agricole en Belgique. — La Société agricole et forestière 
de la province de Namur (Belgique) sc propose d’ouvrir à Namur, au 
mois de septembre 1869, sa 3 e Exposition quinquennale (voir le pro- 
gramme aux archives). 

Lectures. — De M. Barrière, astronome à Bordeaux : L'Univers. 
Théories de ses principales lois. — De M. H. Cler i Instructions sur le 
Cheptel. — De M. le docteur Rouget : Hygiène de l’Enfance. Précau- 
tions à prendre pour prévenir les altitudes vicieuses et les difformités 
accidentelles. — De M. Moucbot : La Médaille d'bonneur de M. Perraud. 
— De M. Fauconnet : La Folle des Buttes Chaumont, 

La séance est levée à 4 heures. 

Le Secrétaire-Général, H. -G. Cler. 


Caisses d'assurances en cas de décès 
on d’accidents. 

Note lue h la séance agricole du 5 avril 1869, par M. E. Blondeau. 

La loi du 11 juillet 1868, qui a créé les caisses d’assurances en cas de 


L 


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— *15 — 


décès Ou en cas d'accidents résultant de travaux industriels ou agncoies, 
est venue compléter de la manière la plus heureuse les garanties dont 
la population, ouvrière était déjà entourée par les institutions plus an- 
ciennes * telles que les caisses d’épargne , les caisses de retraite et les 
sociétés de secours mutuels. 

Autrefois, la partie la plus nombreuse de la population, celle qui ne 
peut compter que sur son travail de chaque jour pour subvenir à scs 
besoins, aux charges de la famille, et pour faire face aux dépenses im- 
prévues des temps de chômage, de maladies ou d’infirmités, vivait dans 
un état continuel d’épouvante du lendemain. Tandis qu'aujourd’hui, 
ceux qui ont été prévoyants et qui ont eu le courage et la constance de 
faire chaque jour, même au prix de quelques privations , une légère 
épargne et de la placer dans ces utiles établissements, se trouvent 
assurés contre les principales causes de la misère. 

Survient-il un chômage? la caisse leur permet dNiltendre le retour 
du travail en leur rendant, accrues des intérêts, leurs économies qui, 
sans elle, seraient restées improductives. 

Est-ce un pèfe qui tombe malade? S’il est membre d’une société de 
secours mutuels, il n’a plus le surcroit de douleur de se sentir isolé avec 
sa famille , et de penser que les médicaments qui lui rendront la santé 
ne seront acquis qu’au prix des privations de scs enfants. Ses collègues, 
devenus des amis par les liens de l’association, l’entourent de leurs soins, 
lui amènent un médecin, et, noiroeulement il n’a rien à payer, ni pour 
les visites, ni pour les médicaments, mais il reçoit encore, comme un 
droit et non comme une aumône, une indemnité pécuniaire pour chaque 
jour de maladie. S’il vient à mourir, il n’csl point abandonné : nn mo- 
deste convoi lui est assuré aux frais de la société, qui le fait accompagner 
à sa dernière demeure par une députation de scs membres. 

Voulez-vous vous préparer des ressources pour l’époque où les infir- 
mités ne vous permettront plus de travailler? la caisse des retraites est 
là ; une prime modique versée chaque année, ou si vous le préférez, un 
'versement unique , vous assurera une pension qui pourra s’élever jus- 
qu’à cinq fois ce versement, si vous avez consenti à aliéner votre capital, 
ou, s’il est réservé, vous recevrez à l’àge que vous aurez fixé, à partir 
de 50 ans, ce capital primitif augmenté d’une rente viagère, qui sera 
réglée en tenant compte de l’intérêt composé du capital , h raison de 
4 1/2 0/o l’an, et des chances de mortalité suivant votre âge, aux épo- 
ques du premier versement et de l’entrée en jouissance de la retraite. 

Voila déjà bien des préoccupations douloureuses adoucies, mais il en 
restait encore d’autres à prévoir. 


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- 216 — 

Un bon pure s'inquiète de Vavenit. Quoi no doit pas être son chagrin 
de penser quo sa jeune famille qu’il élève déjà avec peine se troover* 
dans ïa misère si le solaire de s* journée est interrompu r s’il tient b 
mourir» eu, ce qui serait pins poignant encore, si, au lieu de mourir, ü 
devient infirme par suite de quelque occident? 

C’est pour remédier à ces deux causes de souffrance que la lot du il 
juillet 1868, dont nous atton* exposer les prineipaks dispositions, est In- 
tervenue en créant la caisse d’ assurance en eas de déeé&, et la caisse 
d’assurance en cas d’accidents résultant de travaux industriels ou egri- 
aolcs. C’est de celle-ci que nous parlerons d’abord, parée qu’elle nous 
parait mériter U premier faag par lés .avantages qiTeUo oeeorde aux 
assurés. 

CAISSE D’àSSUÈUNCE EK CAS D ? ACCIDENTS. 

D résulte do relevé statistique du nombre des accident* qui oarivenl 
parmi les ouvriers mineurs, que sur 100,00!ftde «es ouvriers, 320 sont 
chaque année victime? d’accidents entraînant fa mort ou une incapacité 
absolue de continuer leur profession. % 

Si donc çes ouvriers voulaient organiser entre eux une caisse d’assu- 
rance, et que la cotisation ait été fixée a i fr. par personne, il y aurait «Ta 
fin de Vannée 100,000 fr. à partager entre les 320 victimes, ce qui cons- 
tituerait pour chacune d’elles, une part de 312 fr., ou 312 fois sa mise. 

La loi qui nous occupe fait aux ouvriers une position plus avantageuse 
que celle qui résulterait peur eux de cette assurance mutuelle ; car, peur 
les encourager dans la voie de la prévoyance, l’Etat, s’assimilant pour 
ainsi dire à un membre honoraire, double sur ses propres fonda la eoli~ 
sation versée par l’ouvrier. 

La caisse d'assurance en cas d'accidents a pour but : 1* de servir des 
pensions viagères aux personnes assurées qui, dans l’exécution de tra- 
vaux agricoles Ou industriels, seront atteintes de blessures ayriût occa- 
sionné une incapacité permanente de travail; 2*de donner des secours ou* 
veuves et aux enfants mineurs des personnes assurées qui auront péri 
par suite d’accidents survenus dans Fexécution de ces memes travaux. 

* Par une disposition aussi juste que bienveillante, la loi considère les 
risques couru? par les pompiers en cas d’incendie comme donnant droit 
û l’assurance, cl lesadministrations municipales sont autorisées à assurer 
collectivement les compagnies de sapeurs-pompiers contre les risques 
inhérents soit a leur service spécial, soit aux professions individuelles 
des ouvriers qui les composent. 

Les administrations publiques , les établissements industriels et lw 


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— 217 — 


sociétés do secours mutuel» autorisées, peuvent aussi assurer collecti- 
vement leurs ouvriers ou leurs ueubres. 

L’assurance a lieu par aimée. 

L’assuré peut, dés l’âge de 12 ans, verser à son choix pour chaque 
année, ou 8 fr., ou 8 fr., Ou 3 fr., sravadt la pension qu’il voudra obtenir 
en cas d’accident. 

Peur le règlement de ces pensions, les accidents sont partagés en deux 
classes : 1° ceux qui entraînent une incapacité absolue de tout travail; 
2* ceux qui n'entraînent que l'incapacité du travail de la profession. 

Les pensions accordées pour les accidents de cette seconde elasee, oc 
seront que la moitié de celles afférentes aux accidents de la première. 

Le eapital qui représente la pension en cas d’aeeident de la première 
classe se compose : 1° d’une somme égale à 320 fols le montant de la 
cotisation versée par l’assuré; 2° d’une seconde somme égale à la pré- 
cédente et qüi est prélevée sur Une subvention de un million accordée 
par l’Etat. De plus, le montant de la pénsion correspondant aux cotisa- 
tions de 5 fr. et de 3fr. ne petit être inférieur à 200 fh pour le premier 
cas, et à 180.fr. pour le second. 

En cas de mort de l’assuré par 9uite d’aeeident. Sa veuve, ou s’il est 
célibataire ou veuf Sans enfants, son père ou sa mère sexagénaire , ou 
son enfant ou ses enfants mineurs , recevront un secours égal à deux 
années de la pension à laquelle il étirait eu droit s’il eût survécu. 

Ce Secours sera payé, en deux annuités. 

Enfin» peur que l’assuré ne puisse jamais être privé de sa pension; la 
loi la rend incessible et insaisissable. 

Examinons maintenant la conséquence de ces dispositions et leur effet 
pratique. 

Posons quelques exemples. 

Un homme de 80 ans verse 3 fr. h la caisse d’assurance. A partir de ce 
moment, s’il lui arrive dans l’année un accident qui lui occasionne une 
incapacité , absolue de travail, il recevra une pension dont le capital sera 
représenté par une somme de 640 fois 3 fr. ou 1020 fr. Ce capital sera 
versé par la caisse d’assurance en cas d’accidents à la caisse de retraite, 
et eelle-ci sera chargée de payer à l’assuré la pension correspondant à 
un versement unique de 1920 fr. à capital aliéné. Si nous consultons les 
tarifs de cette dernière caisse (1), nous trouvons que celui qui verse 1 fr. 
à capital aliéné, pour jouir de suite, doit recevoir une pension de Of. 0813. 
Un versement de 1920 fr. donnera 1920 fois plus, et, par conséquent, 

(I) Guide du déposant à la caisse des retraites pour la vieillesse, par E.Beàuvis&ge. !&-• 

àtittan, p.lS. 


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156 fr. en négligeant les centimes. Telle est aussi la pension indiquée 
dans le tarif de la caisse en cas d’accidents (1), qui se trouve ainsi con- 
trôlé par celui de la caisse des retraites, dont l'exactitude parait assu- 
rée par un long usage, sans qu’aucune réclamation se soit élevée. 

Ce calcul de la pension à laquelle l’assuré a droit se ferait de la même 
manière depuis l’âge de 49 ans jusqu’à l’âge de 65 ans, et le montant 
de cette pension ira en augmentant jusqu’à ce dernier âge, à partir du- 
quel il restera le même suivant le règlement de la caisse des retraites. 
De même, au-dessous de l’âge de 49 ans, et à mesure que l’on se rap- 
procherait de l’âge de 12 ans, le montant de la pension devrait aller en 
diminuant; mais, comme la pension serait alors au-dessous de 150 fr.» 
clic reste invariablement fixée à cette somme par une disposition ex- 
presse de la loi en faveur des petites cotisations de 3 fr. 

Ainsi, le versement de 3 fr. assurera, en cas d'accident de la première 
classe survenu dans le cours de l’année, une pension de 150 fr. depuis 
l’âge de 12 ans jusqu'à l’âge de 49 ans , à partir duquel la pension ira 
en croissant avec l’âge jusqu’à 65 an6, où elle atteindra 234 fr. Au-delà 
de 65 ans, elle restera fixée à cette même somme de 234 fr., suivant les 
tarifs de la caisse des retraites. 

Si l’accident n’est que de deuxieme classe/ c’est- à-dire si l’incapacité 
de travail qui en est résulté ne porte que sur l’exercice de la profession 
de l’assuré, et qu’il puisse encore être employé dans une autre profes- 
sion, la pension ne sera que la moitié de celle que nous venons de cal- 
culer. Elle sera donc de 75 fr. de 12 ans à 49 ans, et elle ira en augmen- 
tant, pour devenir égale à 117 fr., à l’âge de 65 ans et au-dessus. 

Si l'accident a occasionné la mort de l’assuré, sa veuve ou ses enfants 
mineurs, s’il les laisse orphelins de père et de mère, ou encore son père 
ou sa mère sexagénaire , s’il ne laisse ni veuve, ni enfants, recevront à 
titre de secours, une indemnité égale à deux années de la pension à 
laquelle l’assuré aurait eu droit s’il eût vécu. 

Ces explications rendront facile l’application des tarifs aux eas où les 
versements d’assurances auraient été de 5 fr. ou de 8 fr. 

Nous pouvons nous convaincre maintenant des avantages considéra- 
bles que lacaisse d’assurance en cas d’accidents fait aux assurés, en cdm- 
parant le montant de la pension qu’elle accorde, à celui qu’ils obtien- 
draient par une tontine ou par toute autre société particulière qui 
pourrait se fonder en dehors du concours de l’Etat. 

Nous avons vu, ou début de cette étude, que si les ouvriers mineurs, 

(1) Instruction pratique à l'usage des déposants è la caisse d'assurance en cas d'acci- 
dents. Imprimerie impériale, p. 12, et plus bas, p. 223 du Bulletin. 


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— 219 — 


les seuls sur lesquels il ait été possible d’observer avec exactitude le 
nombre des accidents annuels, versaient chacun une même somme pour 
la partager à la fin de l’année entre toutes les victimes des accidents 
assez graves pour causer la mort ou une incapacité du travail de cette 
profession, la part de chacune des victimes serait de 3i2 fois la mise com- 
mune, tandis que le capital de la pension concédée par la caisse d’assu- 
rance en cas d’accidents , est plus élevé , même dans le cas le moins 
favorable, puisqu’il ne peut pas être au-dessous de 320 fois la mise. Il 
atteint le double de cette somme, c’est-à-dire 640 fois la mise pour les 
accidents de la première classe. La position de l’assuré est bien plus 
avantageuse encore quand il a droit au minimum de la pension. Si, par 
exemple , il n’a que 12 ans et que l’accidcnt lui arrive dans l’annce du 
versement, il recevra une pension de 150 fr. pour un seul paiement de 
3 fr., et ccttc pension correspondra à un capital de 2648 fr. ou de 883 
fois sa mise (1). 

On comprend qu’il serait impossible à la caisse d’assurance d’accorder 
de telles pensions sans une subvention étrangère aux versement, des as- 
surés; aussi, voyons-nous qu’elle reçoit de l’Etat une somme égale à 
320 fois la prime qui a été payée par les victimes des accidents de la 
première classe, et, en outre, le capital nécessaire pour élever au mi- 
nimum de 150 fr. les pensions relatives aux versements de 3 fr., et au 
minimum de 200 fr. celles relatives aux versements de 5 fr. 

S’il est vrai que les ouvriers mineurs sont les plus favorisés par cette 
loi, parce que ce sont ceux qui sont le plus souvent frappés par de graves 
accidents, il faut reconnaître aussi que les avantages qu’elle accorde aux 
assurés la rend utile pour tous les ouvriers qui courent quelques dangers 
dans l’exercice de leur profession, et qu’en pro6tant de ses dispositions, 
ils font acte de haute prévoyance, en même temps qu’un bon placement 
de leurs économies. 

Bien que notre arrondissement de Poligny ne soit pas un pays de 
grande industrie, on peut cependant citer plusieurs professions dont 
l’exercice présente des dangers, et, entre autres, celles des mineurs, car- 
riers, puisatiers, couvreurs, ferblantiers, meuniers, scieurs à la méca- 
nique, forgerons, fondeurs, papetiers, etc. Tous les ouvriers de ces pro- 
fessions auraient intérêt à s’assurer, surtout en versant la prime de 3 fr., 
qui est la plus avantageuse jusqu’à 49 ans. 

(I) D'après la tarif, p. 12 de l’instruction dtgà citée, et ci dessouaf p. 223, le versement de 8 fr. 
à 12 ans donne droit à une pension de 290 fr. et correspond à un capL a l de «40 fois 8 fr. ou 5120 fr. 
On déduit de là par une simple proportion que la pension de 150 f. correspondrait à un capital 
de 2648 fr. 


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— 220 — 

La caisse en cas d'accidents est gérée par la caisse des dépôt» et 
consignations. 

Ses recettes proviennent : 1° du montant des cotisations versées par 
tes assurés; 2° d'une subvention de l'Etat qui, pour la première année, 
est fixée à un million; 3° des dons et legs faits à la caisse. 

Toutes les recettes disponibles provenant, soit des versements des 
assurés, soit des intérêts perçus par la caisse, sont successivement et 
dans les huit jours, au plus tard, employées en achat de rentes sur l’Etat. 

Ces rentes sont inscrites au nom de la caisse. 

Lorsqu'il s'agit de faire payer une pension à un assuré, la caisse d'as- 
surance en cas d'accidents verse à la caisse des retraites le capital néces- 
saire pour constituer cette pension, et c'est eette dernière caisse qui est 
chargée de la servir. 

La caisse des dépôts et consignations qui a la gérance de la caisse 
d’assurance en cas d'accidents est chargée aussi de recevoir les verse- 
ments des assurés par l’intermédiaire de ses représentants à Paris et 
dans les départements, c’est-à-dire par les trésoriers-payeurs généraux 
et par les receveurs particuliers des finances. Elle emploie aussi, dans ce 
but, les percepteurs des contributions directes et les receveurs des postes. 

Celui qui veut s’assurer en cas d'accidents fait sa proposition d'assu- 
rance sur une formule imprimée qui lui est remise parle percepteur de 
sa commune ou par un des autres représentants de la caisse des dépôts 
et consignations. Il doit faire connaître sur cette pièce : 

Ses nom et prénoms; 

Son état civil, e’est-à-dire s'il est célibataire, marié ôu veuf; 

Sa profession ; 

Son domicile ; 

La date et le lieu de sa naissance ; 

Le taux de la cotisation qu'il a adopté, 8 fr., 5 fr. ou 3 fr.; 

Le jour à partir duquel il veut que l’assurance produise son effet; 

El l'engagement de verser sa cotisation entre les mains du percep- 
teur. 

Cette pièce, datée et signée par l'assuré, puis légalisée par le maire 
de la commune, est remise au percepteur en même temps que les 8 fr*, 
5 fr. ou 3 fr., suivant la cotisation adoptée par l'assuré. 

Le percepteur remet à l'assuré un récépissé provisoire de sa cotisation, 
dont il transmet le montant ainsi que la proposition d’assurance, à la di- 
rection générale. Celle-ci , après les vérifications nécessaires , fait re- 
mettre à l’assuré un livret-police t en échange du récépissé provisoire 
qui lui a été donné au moment du versement. 


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— 221 — 


Le livret-police contient un extrait des loi , décret , instructions et 
tarifs concernant la caisse d’assurance en cas d’accidents, et dotine ainsi 
4 l’assuré tous les renseignements qui peuvent lui être utiles pour 
faire valoir ses droits. 

11 constitue pour l’assuré un titre envers l’Etal, à la condition que 
l’assuré le fera viser dans les vingUqualre heures par le maire de sa 
commune, si c’est au percepteur ou au receveur des postes qu’il a remis 
sa cotisation, et par le Préfet ou le Sous-Préfet, s’il l’a versée à la caisse 
du trésorier-payeur général ou à celle du receveur particulier. 

•Ces visa ont pour but de servir de contrôle, et, à cet effet, les auto- 
rités qui les ont apposés en donnent avis, dans des délais déterminés, 
4 la caisse des dépôts et consignations. 

Si fmssuré éprouve quelque doute sur l’exactitude des mentions por- 
tées sur son livreUpolice, il peut, 4 toute époque, l’adresser à la direction 
générale pour le faire vérifier. 

En cas de perte de ce titre, il serait pourvu à son remplacement sur là 
production d’une déclaration faite devant le maire de la commune où 
l’assuré a sa résidence. 

Si l’assuré vient 4 être atteint par un accident grave, de nature à lui 
donner droit a une pension, il doit en donner au plus tôt connaissance 
au maire de sa commune. Celui-ci constate les circonstances, les causes 
et la nature de cet accident, et consigne sur un proces-verbal les décla- 
rations des personnes présentes et ses observations personnelles; puis 
il charge un médecin de constater l’état du blessé, d’indiquer les suites 
probables de l’accident, et, s’il y a lieu, l’époque où il sera possible d’en 
déterminer le résultat définitif. 

Le certificat dressé par le médecin est remis au maire, qui 1c transmet 
au Préfet ou au Sous-Préfet avec son proces-verbal. Ces pièces sont 
aussitôt adressées a un comité spécial qui est chargé d’étudier l’affaire 
et de donner son avis. 

Ce comité est composé, pour chaque arrondissement, du Pmfet ou du 
Sous-Préfet, président, d’un ingénieur des Ponls^t-Chaussées ou des 
Mines, d’un médecin et de deux membres de sociétés de secours mutuels. 

Ce comité, qui offre toutes les garanties ^impartialité désirables, 
donne son avis dans les huit jours sur toutes les affaires susceptibles de 
recevoir une solution définitive. Pour les autres, il surseoit à statuer 
jusqu’à production d’un nouveau certificat. Le médecin chargé de le 
donner, prête serment devant le juge de poix. 


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— 222 — 


Le maire doit être prévenu au moins huit jours à l'avance de la visite 
de ce médecin, et il est chargé d’en informer l’assuré, qui peut deman- 
der un ajournement de cctlc visite, s’il pense y avoir intérêt pour 
mieux établir la nature de ses blessures. 

Les avis du comité sont transmis au Préfet ou au Sous-Préfet, et par 
ceux-ci au Directeur général de la caisse, qui statue définitivement et 
règle la pension à servir à l’assuré ; ou en cas de mort de ce dernier, 
détermine le secours à accorder a ceux qui y ont droit. 

Telle est l’économie de la première partie de cette loi sur les assu- 
rances, qui était à l’étude depuis plus de dix ans et que nous devons à 
la généreuse initiative de l’Empereur. 

Elle a eu le rare honneur de réunir l’unanimité des suffrages de nos 
représentants, qui ont montré par là que, lorsqu’il s’agissait d’adoucir 
les souffrances de la classe qui porte la plus grande part du fardeau de 
la production, tous les dissentiments disparaissaient pour ne laisser 
place qu’à l’unique pensée de lui venir en aide. 

Il ne nous reste qu’à souhaiter qu’elle soit assez bien comprise pour 
que le million que l’Etat a consacré à augmenter les pensions afférentes 
aux petites cotisations, qui répondent aux petites bourses, trouve son 
emploi dès celte année. Ce serait la preuve que l’esprit de prévoyance 
qu’il a voulu encourager se répand parmi nous, et que nous comprenons 
toute la puissance du principe d’assurances dont cette loi nous pré- 
sente une précieuse application. 

(4 suivre). 


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— 223 — 


EXTRAIT DES TARIFS. 


Pensions allouées à chaque âge pour des accidents ayant occasionné 
une incapacité absolue de travail. 


AGES. 

COTISATION 

DE 


COTISATION 

DE 


COTISATION 

DE 

8 

franc 

8 

franc 

3 

franc 

AGES. 

8 

franc 

5 

franc 

x 

3 

franc 

AGES. 

8 

franc 

5 

franc 

8 

franc 

12 ans 

290 

200 

150 

30 ans 

320 

200 

150 

48 ans 

401 

250 

150 

13 

292 

200 

150 

31 

322 

202 

150 

49 

408 

255 

153 

14 

293 

200 

150 

32 

325 

203 

150 

50 

417 

260 

156 

15 

295 

200 

150 

33 

327 

205 

150 

51 

425 

266 

159 

16 

297 

200 

150 

34 

330 

206 

150 

52 

433 

271 

162 

17 

298 

200 

150 

35 

333 

208 

150 

53 

442 

276 

166 

18 

300 

200 

150 

36 

336 

210 

150 

54 

im 

283 

170 

19 

301 

200 

150 

37 

339 

212 

150 

55 

462 

289 

173 

20 

303 

200 

150 

38 

343 

214 

150 

56 

473 

296 

177 

21 

304 

200 

150 

39 

347 

217 

150 

57 

485 

303 

182 

22 

306 

200 

150 

40 

351 

219 

150 

58 

497 

311 

186 

23 

307 

200 

150 

41 

356 

222 

150 

59 

510 

319 

19t 

24 

309 

200 

150 

42 

361 

226 

150 

60 

525 

328 

197 

25 

311 

200 

150 

43 

366 

229 

150 

61 

541 

338 

203 

26 

312 

200 

150 

44 

372 

23.3 

150 

62 


350 

210 

27 

314 

200 

150 

45 

379 

237 

150 

63 

579 

362 

217 

28 

316 

200 

,150 

46 

386 

241 

150 

64 


375 

225 

29 

318 

200 

150 

47 

393 

246 

150 

65 et 

au- \ 
dessus 

624 

390 

234 


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— 224 — 

HORTICULTURE. 


La piéride du chou. 

Le plus commun des papillons dans les Vosges est le grand papillon 
du chou ( Pieris brcissicœ ). Les ailes sont blanches, avec des taches noi- 
res; elles sont composées de lamelles imbriquées. La chenille est rayée 
de jaune, avec des points noirs tuberculeux, du centre de chacun des- 
quels part un poil. C’est de toutes les chenilles celle qui fait le plus de 
tort à J’ogricuUurc. Pour donner une idée de la grande reproduction de 
ces petits lépidoptères, disons qu’une femelle fait deux ou trois pontes 
par an, et, dans l’espace de deux jours, dépose au moins trois cents œufc. 
Fort heureusement les icbneumons, leurs parasites, aident à la destruc- 
tion de cette légion immense de ravageurs : souvent, dans dix ou douce 
chrysalides , ne trouve-t-on rien , le papillon est mangé par un autre 
insecte. 

C’est à l’heure de midi qu’il faudrait faire la chaSsc aux piérides, 
paree que, a celte heure, la femelle dépose scs œufs. Combien de che- 
nilles détruirait-on en tuant un papillon! Le chasse-papillon que l’on 
donne aux enfants pour s’amuser servirait très-bien pour une chasse 
plus sérieuse. 

Il arrive quelquefois, dans une plantation de choux, où les chenilles 
sont très-abondantes, de voir tous les légumes entièrement ronges jus- 

3 u’aux nervures des feuilles, que la chenille ne mange jamais. Le bruit 
c leurs mâchoires ressemble â une pluie battante; c’est à l’approche 
de la transformation en chrysalide que l’avidité extraordinaire de ccs 
insectes se fait sentir. 

La chenille du papillon du chou s’attaque à d’autres végétaux; la rave 
et beaucoup de crucifères conviennent & la consommation de ccs voraces 
destructeurs, qui mangent dans un jour trois fois le poids de leur corps, 
tes autres papillons blancs moins grands sont les Piérides de la rave et 
les Aurores. Ils sont moins communs que le grand papillon du chou, mais 
puisent également à l’agriculture. 

Le papillon blanc parait le premier, au commencement du printemps ; 
Cn autorano, si on en voit encore voltiger un, c’est le papillon blanc. On 
l’aperçoit de loin, le long de la lisière des bois, dans les allées des parcs, 
dur tous les gazons. 

Un petit sac de gaze ou de toile attaché à un cercle, emmanché â an 
bâton de quatre pieds , suffît pour prendre très-promptement ce pa- 
pillon lorsqu’on cn a l’habitude. 

Adolphe Broksvick. 


ERRATUM. 

Dernier Bulletin, page 173, ligne 26, au lieu de : queue de choux, lise* : 
queue dr chaux. • - 


POLIGNY, IM P. DE MARESCHAL. 


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- m - 


NOTRE SOCIÉTÉ. 

Après dix années d’existence, sans autre assistance que les cotisations 
de ses membres et les abonnements à son Bulletin , la Société d’agri- 
culture, sciences et arts de Poligny a pensé qu’elle avait donné des 
preuves suffisantes de vitalité et qu’elle pouvait, à l’imitation de toutes 
les Sociétés analogues dont elle poursuit le même but, avec le même 
dévouement et les mêmes efforts , recourir à la justice , non moins 
qu’à la bienveillance des assemblées représentatives du département, 
afin d’en obtenir les encouragements qui ne se refusent à aucune autre 
placée dans le même cas. 

Après une pétition confiante et respectueuse adressée aux adminis- 
trations compétentes, M. Blondeau en a développé l’expression, sous 
les auspices de M. leSou s -Préfet, à la dernière réunion du Conseil 
d’arrondissement; et ce voeu, revêtu de l’approbation de ses membres, 
a été reproduit au Conseil Général par M. le docteur Légerot. 

De cette double démarche est résultée la pièce officielle qu’on va lire. 

Nous ne saurions en trop remercier le Conseil Général en son ensemble 
et chaque membre en particulier, et en témoigner une trop vive recon- 
naissance à M. le Préfet. 

« Poligny, le 21 septembre 1869. 

« Monsieur le Président, conformément à ma proposition, M. le Pré- 
fet a soumis au Conseil Général la demande de la Société d’agriculture, 
sciences et arts de Poligny, tendant à obtenir une subvention sur les 
fonds départementaux. 

« Les services rendus depuis plusieurs années par cette Société ont été 
pris en considération, et pour l’encourager a persister dans ses efforts, le 
Conseil Général a décidé : 

« Qu’à l’avenir, elle pourra recevoir, au même titre que les autres 
associations agricoles du département, une subvention que l’économie 
de son budget ne lui permettait pas d’allouer dès celte année, et dont 
le chiffre sera fixé ultérieurement. 

« Je vous prie, Monsieur le Président, de vouloir bien faire part de 
cette résolution à MM. les représentants de la Société, signataires de la 
supplique sur laquelle est intervenu le vote du Conseil Général. 

« Recevez, etc. Le Sous-Préfet , Vivais. » 



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— 226 — 

HYGIÈNE RURALE. 

Eflial sur les affections cutanées 

parasitaires transmissibles des animaux 
domestiques à l’homme f 

PAR LC DOCTEUR A. ROUGET (d’aRBOIs), MEMBRE FONDATEUR. 

La nature vend ce qu'on croit qu'elle donne. 

Lumina mmè,manus, geUdâ mulcene tard undâ ; 

Hic iilâc modicùm pergat. (Ecole de Salernc). 

I 

Les animaux domestiques, essentiels à l'existence et au bien-être de 
l'homme, lui occasionnent souvent des maladies. A leur contact inces- 
sant, les habitants des campagnes doivent certaines affections qui leur 
deviennent en quelque sorte particulières. 

Les traités d’hygiène .professionnelle qu’lis ont entre les mains ne les 
prémunissent point contre ce danger : ces notions y font complètement 
défaut. Ils continuent à vivre à la merci de maux dont ils ignorent 
l'existence, et dont ils ne reconnaissent que par une fâcheuse expé- 
rience, les ennuis ou la gravité. 

C’est un des coins de ce tableau que je vais dérouler devant leurs yeux, 
dans le seul but de les mettre sur leurs gardes. Doc fois prévenus, ils sau- 
ront aviser : ils sont trop bons entendeurs pour rester sourds à l’appel 
d’une voix amie. — J’entre immédiatement en matière : 

II 

Affhctions cutanées produites par les parasites animaux . 

Les animaux parasites qui vivent habituellement sur la peau do 
l’homme appartiennent b deux catégories distinctes : les uns occupent 
toujours la surface extérieure du tégument qu'ils parcourent en tout? 
liberté; les autres sont situés dans l’épaisseur même du deripc. 

A 

Affections cutanées produites par les animaux parasites qui vivent à la 
surface de la peau. 

Phthiriase des gallinacèes. — Les poules et les perdrix sont sujettes 
il une maladie pédiculaire spéciale déterminée par un insecte parasite, 
le ricinus gallinœ , transmissible à l’bomme. Le journal d’Hufeland en 
cite des preuves, et, récemment (1), M. le D r Hæssebroucq rapportait 

(4) Bulletin de thérapeutique, tome 35, et Boucbardat, Annuaire de thérapeutique, etc* 
pour 4849. 


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— 227 — 


riiistoire d’une jeune servante qui, après avoir plumé des poulets, cul 
la tête infectée d’une si grande quant ilé de rictus , que pendant plus 
d’un an, elle mena la plus piteuse existence. 

B 

Affections cutanées produites par les animaux parasites qui vivent 
dans V épaisseur de la peau * 

I. Inflammation circonscrite de la peau déterminée par des larves 
d'œstre. — Quelquefois Yœslridé , connu sous le nom d’hypoderme des 
bçeufsy implante ses œufs dans la peau des enfants, des bergers, etc. Sa 
piqûre occasionne des tumeurs analogues à des furpncles, qui présentent 
une certaine gravité. M. Duncan (1), en 1859, elM. Spring, de Liège (2), 
en 1860, relatent des observations dç cet accident. 

If. Gale . Pendant que les observateurs reconnaissaient la trans- 
missibilité a l’homme de la gale des chats, des chiens, des chevaux, etc., 
certains systématiques s’appuyaient, pour rejeter cette opjnkxn tradition- 
nelle, sur des données inexactes d’histoire naturelle. On divise mainte- 
nant la famille des acarcs en deux genres distincts : 1° les dermalodeclcs 
qui ne font que ponctionner l’cpidermc, ne sont point transmissibles à 
l’homme; 2° les sarcoptes qui creusent des sillons sous la peau, sc trans- 
mettent des animaux à l'homme d réciproquement. 

Aux faits curieux signales par MM. Dassit, de Confolcns (3), Dupont, 
de Bordeaux (4) , 6e sont ajoutés ceux qu’a publiés M. le D p Bourgui- 
gnon (5), jadis l’adversaire, aujourd’hui le partisan et le démonstrateur 
de la contagion. Ce sont des lions du cirque Franeoni qui transmettent 
la gale a des gardiens, à des chevaux, à un ours, à une hyène, et qui, 
après guérison, sont à leur tour infectés par ceux des contagionnés en- 
core en traitement. 

Les oiseaux de basse-cour transmettent une gale de forme particulière. 

MM, Raynal et Lanquctin, dans une note lue à l’Académie de Méde- 
cine (6), ont constate chez les poules et les coqs une affection spéciale 
transmissible à l’homme et aux animaux, et déterminée par un arachnide 


(I) Revue vétérinaire d'Edimbourg , janvier 1859, et Annuaire de littérature me ttrai <• 
étrangère , pour <860, par M.Noirot. 

(3) Bulletin de V Académie royale de Belgique, tome IV, 1861, et Echo médirai de i\ru - 
chAtel (Suisse), tome 5, page 312. 

(3) Bulletin de thérapeutique , tome 19. 

(V) Journal des l'ctérinaires du Midi. 

(5) Société de Médecine de Paris. 

(6) Séance du 21 juin 1859. 


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désigné par M. le professeur Robin sous le nom de sarcoptes mutant. 

Cette affection, dont ce n’est point ici le lieu de décrire la marche , 
se propage par contagion aux volailles saines. Le contact direct n’est 
pas nécessaire; il suffit souvent, pour que le mal apparaisse, de l’habi- 
talion dans un poulailler infecté. 

Le sarcoptes mutons est la cause déterminante de cette maladie pru- 
rigineuse des chevaux et des animaux domestiques si bien décrite par 
M. Bouley et que ceux-ci contractent par la cohabitation avec les poules 
et pigeons. 

Enfin, les vives démangeaisons aux mains cl aux bras que l’on ob- 
serve souvent sur des filles de basse-cour, sont dues à ce meme acare. 
Déposé sur la peau de l’avant-bras, sous un verre de montre, le sarcoptes 
mutons provoque le développement d’une éruption vésiculeuse qui rap- 
pelle celle de la gale. Cette variété se rapprocherait de la gale de Nor- 
vège dont on doit une bonne description à M. le professeur Boeck, de 
Christiania (i),et de la forme observée par M. Lanquetin, dans le service 
de M. Cazenave (2). 

III 

Affections cutanées produites par les parasites végétaux . 

Ce n’est qu’au point de vue théorique que nous signalons sur la des- 
tination des fongus, l’opinion de M. le D r J. Hogg (3). 

« Ces parasites, loin d’étre un fléau, comme on l’a prétendu, doivent 
« être et sont effectivement créés dans un but utilitaire. » Des consi- 
dérations moins élevées, mais d’une application immédiate dirigent les 
investigations des savants sur ces trop nombreuses mucédinées dont 
l’action nocive se traduit par l’annihilation de nos aliments les plus 
utiles ou par la production de maladies dont on ne méconnaît que trop 
généralement la fréquence et la gravité (4) . Parmi ces dernières, les affec- 
tions de la peau déterminées par ces végétaux microscopiques et trans- 
missibles des animaux à l’homme, forment seules l’objet de celte étude. 

Elle les comprend sou9 la dénomination de teignes , ce vieux mot que 
les dcrmalologistes modernes avaient banni de la science , et que M. 
Bazin a réhabilité (5). A son exemple, l’acception en sera restreinte aux 


(I) Annale» de» maladie» de la peau et de la typhili », tome 4, page ISS. 

(S) Lanquetin, Notice sur la gale , page 77. 

(S) Union médicale de Pari «, 1860. 

(4) Bouchardat, Supplément à l’annuaire de thérapeutique pour 1861. 

(5) Leçon» théorique» et clinique» rur le» affection» cutanée» parasitaire», professée* par 
M. le D r Bazin, etc. Paris, Àd. Delahaye, I86S. 


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— 229 


affections déterminées par les végétaux trichophy tiques. 

L’étude des affections cutanées produites par l’invasion de Yachorion 
Schœnkinii , en d'autres termes, l’étude des teignes faveuses , précédera 
celle des teignes tonsur antes. 

A 

Teignes faveuses . — Les animaux ne sont pas exempts du favus. 
MM. Bennett (1) et Friedreich (2), qui l’ont observé chez des souris, ont 
constaté que lqchampignon qui le produit est un achorion généralement 
plus petit que celui du favus de l’homme , mais ne présentant aucune 
différence spécifique. M. Zandcr, d’Eschweiler (3), a observé cette affec- 
tion sur un chat et sur une souris ; enfin, M. Schrader, de Hambourg (4), 
a démontré sa propagation à ces divers animaux. On comprend dès lors 
la possibilité de sa transmission à l’homme. 

Les travaux de M. Saint-Cyr (de Lyon), qui mettent hors de doute (5) 
la transmissibilité du favus des animaux à l’homme, démontrent la vé- 
rité de cette étiologie de la teigne faveuse dans notre espèce. La pré- 
sence de chiens teigneux à l’Ecole vétérinaire de Lyon a déterminé une 
véritable épizootie sur les souris de l’établissement. Toutes celles qu’on 
prend sont atteintes de la maladie. Trois élèves de l’Ecole ont eux- 
mémes subi les effets de la contagion. 

B 

Teignes tonsuranïes ou trichophytie. — De tout temps les cultivateurs 
se sont plaints de la transmission de certaines dartres dont souffraient 
les animaux des espèces bovine et chevaline. Ce fait, que l’Ecole physio- 
logique avait brutalement nié, les médecins des petites localités, mieux 
placés pour observer, l’ont constamment admis. Dès 1840, l’un d’eux, 
M. le D r Dassit, de Confolens (6), rappelait l’attention sur ce sujet et dé- 
montrait la contagion de l’animal à l’homme. Depuis, MM. Lavergne, 
Verheyen , Cazenave et Letênneur ont ajouté quelques notions à celles 
que possédait la science. Enfin, M. Baynal (7), après avoir démontré chez 
le cheval et le bœuf l’existence de cette affection , en a déterminé la 

(«) Echo médical de Neuchâtel , tome S, 4858, d’après les Archives d'anatomie et physiologie 
pathologiques, tome XIU. 

(*) Echo médical de Neuchâtel , tome II, 4858, d’après Monthly journ. of méd. sc., 4850. 

(S) Echo médical de Neuchâtel , tome II, 4858, d'après les Archives d'anatomie et de physio- 
logie pathologiques, tome XjV. 

(I) Journal suisse précité, d'après le même recueil- allemand, tome XV. 

(5) Académie des sciences de Paris. Août 4869. 

(6) Bulletin de thérapeutique , tomes XIX et XXIII. 

CO Académie de médecine, séance du 50 juin 4857. 


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— 230 — 

forme , la marche et la transmissibilité des animaux entre eux et de 
ecux-ci à l'homme. 

La contagion que Ton avait niée s'explique naturellement par la dé- 
couverte dans ces herpès du trichophyton de M. Bazin. 

Dans un travail lu à la Société de médecine de Limoges (1), M. le 
D r Lcmaeslre a parfaitement décrit chez le bœuf cette affection désignée 
en Limousin sous le nom d'endaï, et, en Auvergne, sous celui d’ander*. 
Sans entrer dans des détails descriptifs, on reconnaîtra facilement l’af- 
fection chez les animaux aux signes suivants : l°elle apparaît sous forme 
d’anneaux et de cercles d’un diamètre de trois h six centimètres; 2° elle 
détermine la dépilation des points envahis en procédant toujours cir- 
culaircment. 

Il est important de rappeler aux éleveurs qu’en général, les acheteurs 
ne veulent point des animaux atteints parce qu’ils savent que l’affection 
est contagieuse, et qu’ils en craignent la transmission au bétail sain, voire 
à eux-memes. 

La teigne lonsuranie h’ést pas tare en Süissc ni en Frandic-Côiüté, 
où je l’ai observée' plusieurs fois (dans le Doubs et 1c Jura) chez des 
enfants et des femmes (2) sous la forme d’herpès circinné. Elle attrait 
meme rcvèltt les formes épizootique et épidémique (3). 

IV 

Prophylaxie. 

Les affections cutanées parasitaires ne se transmettent que par con- 
tagion. Celle-ci peut s'effectuer de quatre manières différentes : 

i° Contagion par l'air . — La poussière sporulairc, emportée par l'air, 
traverse les pores de l'épiderme et pénètre dans les phanères. 

2° et 3° Contact immédiat ou médiat. — C'est la cause ordinaire* I* 
plus souvent, le principe contagieux est transmis d'un animal à un autre, 
de l'animal à l'homme, de l'homme à l'homme ; quelquefois, c'est sur Je 
meme individu, d’une partie du corps à une autre partie. 

4 è Inoculation . — Qu’elle soit volontaire et artificielle, ou involontaire 
et accidentelle, clic transmet aussi le parasite. 

Les parasites végétaux peuvent se communiquer de ces quatre ma- 
nières; quant aux parasites animaux, ils ne le peuvent que par le con- 
tact médiat ou immédiat. 


(1) L'nion medicale de Paris, tome XII, page 38. 

(2) Echo medical de Xeuchâtel, passim. 

ç\) J. Macorp.c, Annales de vicdccinc vétérinaire, janvier 1859 


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— 231 — 


De ccs notions dérivent les indications de la prophylaxie. 

I. Prophylaxie des affections cutanées produites par les parasites ani - 
maux. . — Les précautions à prendre sont relatives à la possibilité de la 
contagion des animaux entre eux et de ceux-ci à F homme. 

A 

En attendant que la médication instituée par l’artiste vétérinaire au- 
quel on se sera hâté de recourir, ait produit ses effets, les animaux ma- 
lades seront isolés ou tout au moins séparés de telle sorte que tout 
contact soit impossible. Les couvertures, les objets de pansement des 
animaux contaminés leur seront exclusivement affectés ; si la nécessité 
l’exigeait , ils ne seraient utilisés pour les animaux sains qu’après une 
désinfection préalable. Les locaux qui ont été occupés par des animaux 
malades seront soigneusement purifiés après la cessation de la maladie. 

B 

Quoique le mal ne se propage le plus fréquemment que par un con- 
tact direct prolongé, les personnes qui donnent des soins aux animaux 
contaminés s’astreindront à quelques précautions. Elles éviteront de les 
toucher avec la main nue pendant les pansements; elles déposeront dans 
un lieu spécial les objets qui ont servi à ces opérations ; elfes éviteront 
le contact de leurs vêlements avec les animaux malades ainsi qu’avec 
les brosses, linges, etc., qu’elles ont employés. Leur travail terminé, 
elles prendront, en ee qui les concerne, les soins de propreté les plus 
minutieux. 

II. Prophylaxie des affections cutanées produites par les parasites 
végétaux . — On se préservera de l’invasion des parasites du règne vé- 
gétal en employant, en sus des précautions déjà recommandées , celles 
que réclame la possibilité de la contagion par l’air ambiant.et par l’ino- 
culation. 

Il ne faut point perdre de vue que les éléments constitutifs des para- 
sites végétaux se rapportent à deux systèmes : au système végétatif qui 
se compose de cellules allongées formant des tubes plus eu moins étroits, 
et au système reproducteur comprenant les pores et les filaments récep- 
taculaires. Ces derniers contiennent les spores ou corps reproducteurs 
dont les dimensions varient de un a six millièmes de millimètre de dia- 
mètre et qui, à un grossissement de cinq à six cents diamètres, parais- 
sent formés d’une double enveloppe et renferment dans leur intérieur 
des granules qui ne sont, sans doute, que des spores phis petites, quel- 
quefois agitées d’un mouvement brownien. 


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- 232 — 
A 


Soins relatifs aux animaux. — Dorant la maladie , la séquestration 
des animaux affectés sera de rigueur. Ils ne seront conduits à l’abreu- 
voir ou au pâturage qu’après le retour des animaux sains. Pour les pan- 
S€Hients,on se servira d’un mobilier spécial. Après guérison .désinfection 
générale de l’étable. 

B 

Soins relatifs aux bergers et surveillants des étables et écuries . — Pen- 
dant la ventilation des étables et durant les pansements^ les serviteurs de 
la ferme éviteront de se trouver sous le coup du vent. S’ils portent aux 
mains ou à la face des excoriations, ils les recouvriront d’un tissu ou d’un 
enduit imperméable avant de se livrer à leurs occupations. Celles-ci 
finies , ils quitteront le tablier, la blouse ou tout autre vêtement pro- 
tecteur qu’ils auraient préalablement endossé, puis, ils laveront avec un 
soin rigoureux les régions du corps plus particulièrement exposées à la 
contagion : face, mains et avantr-bras, etc., soit avec de l’eau pure, de 
l’eau tenant du savon en dissolution, soit même avec une solution légè- 
rement parasiticide. Inutile d’ajouter qu’au premier symptôme de com- 
munication de la maladie, il faudra appeler un médecin et exécuter ses 
prescriptions. 

Ces régies peuvent se résumer en un mot : la propreté , « dont les 
sages ont presque fait une vertu. » Les soins du corps, en effèt, sont 
aussi indispensables pour les animaux que pour les hommes. Le dépé- 
rissement et les maladies punissent ceux qui les négligent. . 

n y a plus de six siècles que l’Ecole de Salerne a dit : 

« Quand tu seras levé, fais un tour dans tes chambres; 

« Lave tes yeux, tes mains, étends un peu tes membres; 

« Peigne et parfume-toi; frotte tes dents, puis sors : 

« Voilà les vrais moyens de renforcer ton corps. » 


Etymologie du nom propre Trousseau. 

Trousseau, le grand professeur dont M. Lasègue vient de lire le pa- 
négyrique à la Faculté de médecine de Paris, Trousseau fut, un jour, 
curieux de savoir d’où lui venait son nom, quelle était son origine, sa 
signification, son étymologie. Pour cela, il s’adressa.... (je copie la fin 
d’une des spirituelles causeries du docteur Simplice, dans Y Union mé- 
dicale de Paris) il s’adressa, parbleu! à notre dénicheur de choses 


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— 233 — 


curieuses, à notre cher ami Chereau, qui sait tout et bien d'autres 
choses. Or, Chereau, dans une lettre que sa modestie l’crapêche de me 
communiquer, donna avec empressement satisfaction à la curiosité de 
Trousseau. De quelle façon ? Vous allez le savoir par la réponse de 
Trousseau même, que Chereau a permis de faire eonnailre, et qui 
indique parfaitement le sens des recherches faites par notre savant 
collègue : 

« Samedi, 6 janvier 1866. — Mon cher ami, 

« J'ai reçu votre petite lettre si bien troussée .. 11 est bien clair que, 
lors de l'affranchissement des serfs au moyen-âge, un de mes aïeux a dû 
être chargé par le seigneur de détrousser les pauvres paysans pour com- 
poser le trousseau de la fille qu'il avait à marier, exactement comme 
nos excellents rois détroussaient nobles et vilains quand ils voulaient 
faire le trousseau des princesses qu'il^destinaicnt à quelque couronne. 

« La trousse médicale, celte boite de petits instruments, dérive en- 
core du trossa dont vous me parlez, et si, quand on trousse une dinde, 
c’est habituellement pour arranger et lier ensemble les pattes et les 
ailes, je ne suis pas sur que ce soit avec la même intention que l'on 
trousse quelquefois autre chose. 

« Tout à vous, A. Trousseau. » 

Ce délicieux autographe n’a pu être inspiré que par le bon goût du 
collègue qui a déniché dans le Jura ces jolies raretés qui ont mis en 
relief le Bulletin de notre Société. Du courage, cher confrère et collè- 
gue ! Votre lettre à Trousseau, s’il vous plail; ou, tout au moins quel- 
ques lignes sur l’homonyme du grand médecin, le trousseau, ce plant 
si réputé, qu’il détrône de jour en jour le poulsard, et qui bientôt, con- 
quérant privilégié, composera à lui seul le vin d'honneur que l’on serait 
si heureux de vous offrir ! 

D r Rouget, membre fondateur. 


Un pendu a .Orgelet* 

Dans le mois de janvier 1766, sept pauvres diables étaient surpris à 
S*-Amour, sur les terres du seigneur de Laubépin, et fourrés dans les 
cachots du lieu. Qu’avaient-ils fait? Quel crime avaient-ils commis? Je 
ne sais.... Probablement quelque peccadille, punissable aujourd’hui de 
quelques francs d’amende ou, tout au plus, de quelques jours de prison. 

Toujours est-il que les fermiers de la terre de Laubépin sommèrent 
l'huissier de l’endroit, maître Groffoz, et les officiers de justice de 


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— 234 — 


S 1 - Amour de faire conduire les prisonniers aux conciergeries du palais 
de Besançon, accompagnés, bien entendu, de deux cavaliers de la maré- 
chaussée de Lons-le-Saunier, les sieurs Bcnot et Lecœur. Une somme 
de deux cent trente-cinq livres fut prélevée pour subvenir aux frais de 
l’expédition : location d’tme charrette, nourriture de l’escorte, nourri- 
ture des prisonniers, paiement des gîtes, etc. 

Puis, la triste escorte se mettait en marche pour Besançon. Là était 
sans doute rendu un jugement contre ces sept hommes, dont l'on, Phi- 
libert Béroux, était condamné à être pendu. Le lieu de l'exécution de- 
vait être Orgelet. 

Philibert Béroux est donc ramené à Orgelet. 

Nous avons le compte de dépenses qu’occasionna son transfert de 
Besançon à Orgelet : 

Etat des frais faits au sujet âh nommé Pilibert Béroux , pour la con - 
doit te des journée de trois cavalier, frais de voiture et nouriture : 

Chaq’un neuf journées, et 4 livres par jour, fait 36 livres, sy . 36 I. 

3_ 

108 

Pour les journées de trois cavalier, frais de voiture , nouri- 


ture du dit Philibert Béroux, dix-huit , sy . . 18 l. 

Ce monte en tout * . < 1261. 

A Orgelet, Philibert Béroux est confié au geôlier, Joseph Peuget, qui 
ne manque pus de se faire payer sa note, laquelle est libellée ainsi : 
Pour le nommé Philibert Béroux. 

Pour trois repas ; chaque repas, six sols 18 s. 

Pour eaux-de-vies et vins, huit sols 8 

Pour droit de geôle, une livre quatre sols 1 L 4 


Pour avoir éclairé, chauffés pendant la nuit, dix-huit sols ; 18 

Total . . . 31. 8 s. 

Le 25 janvier 1766, Philibert Béroux, de Curny, était pendu haut et 
court, à une potence plantée devant la geôle D’Orgelet. 

11 avait passé tout au plus vingt-quatre heures dans les prisons de 
cette ville, lesquelles n’étaient pas très-sures, puisque le serrurier Buffet 
fut chargé de les consolider : 

Dtt24 janvier 1766. 

Par ordre de monsieur de Savignia, procureur du Boy [«} Orgelet, 

J'ay fait cinq crampon pour areter laBcche. Les crampon pèse cnsarMe 


dix livre, qui monte deux livre cinq sols 2 L & 

Pour façon de cinq crampàn et de huit crosse, le tout 
vallettr de deux livres 2 L 


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— 235 — 


Plus , deux crampon , valleur de quinze sols 45 s. 

Resut le montant cy desus, de monsieur de Saviynia. Signé : Buffet. 

Enfin, Philibert Béroux, de Curny, est pendu « jusqu'à ce que mort 
s’en suive. » 

Mais la potence d’Orgelet n’était pas en bien bon état; elle était 
rouillée, et son fonctionnement laissait à désirer. 

Vite, les maîtres charpentiers, Claude-Marie La Croix, François Sage, 
Philippe S l -Oyans et Benoît Michaut, tous quatre résidant à Orgelet, 
Sont mandés et réparent tant bien que mal le gibet. 

Côs braves charpentiers ne travaillaient pas, à Coup sûr, gratiâ Dei , 
car nous possédons leur quittance originale et signée : 

Nous , soussignés , Claude-Marie La Croix , François Sage, Philippe 
SMtyans et Benoît Michaut, maîtres charpentiers de la ville d’Orgelet* 
y demeurans , confessons avoir reçu de M. de Savignia , procureur du 
Roy au bailliage de ladite ville, la somme de trois livres pour avoir ré- 
paré et attaché avec des pattes ou crampons de fer, la potence qui a 
servi à l'exécution de Philibert Béroux, de Curny, qui a été pendu le 
présent jour, vingt-eînq janvier. En foy de quoy nous avons signé la 
présente quittance de ladite somme, non ledit Miehaut qui ést illètré. 

LaCroix. fP-Oyans. F. Sage. 

Et l’exécuteur donc! 11 faut bien qu’il ait sa part de la curée! Aussi, 
9 v empressa-Wil, après avoir étranglé Philibert Béroux, de porter sa note 
au procureur De Savignia : 

Etat des frais de F exécuteur. 

Pour journées, quatre-vingt-dix livres . . . • . . . . 90 1. 


Exécution . . . 30 

Exposition . . . . é 45 

Signé : Chrétien . 435 1. 


Cent trente-cinq livres! C’C6t un peu cher, maître Chrétien! mais 
vous avez été sans doute habile à la besogne , et Philibert Béroux n’a 
rien a vous reprocher...! 

D’ailleurs, son cadavre a été exposé sur les terres mêmes du seigneur 
de Leubépin, et cette exposition a encore coûté, outre les 45 livres que 
vous demandez, neuf autres livres qu'ont payé les fermiers dp ladite 
seigneurie : 

a Plus les fermiers de la terre de Laubépin ont payé au voiturier 
qui a conduit le cadavre de Philibert Béroux, dès Orgelet à S'-Amomy 
et au lieu où il devait être exposé, par convention faite par M. le Pro- 
cureur du roy avec ledit voiturier, le lendemain de l’exécution dudit 
Béroux* la somme de neuf livres. » D r A. Creusai?. 


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— 236 — 


SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 

Comme on l’a tu dans le N°7 du Bulletin, la Société botanique 
de France ayant fait l’honneur à la nôtre de se faire représenter 
à sa session départementale annuelle qui, cette année, devait 
être consacrée à l'exploration du Jura, et aucun de nos membres 
résidants ne s’étant trouvé en mesure de se rendre à temps à 
Pontarlier, centre des opérations , nous avons dû jeter les yeux 
sur le plus apte de nos correspondants de cette ville, l’honorable 
bibliothécaire communal, M. Girod. Nous ne pouvions perdre au 
change. Voici de quelle manière il a été répondu à notre appel. 

A H. Cler, Secrétaire général de la Société d’agriculture, sciences et 
arts de Poligny. 

Cîest le 17 du courant que m’est parvenue votre lettre en date du 15 
juillet, par laquelle, au nom du Bureau de la Société, vous daignez me 
confier la flatteuse mission d’étre son représentant comme délégué au- 
près de la Société botanique de France , dont la session, pour cette année, 
avait lieu dans notre ville. 

Aux termes de la lettre de M. Lesègue , président de cette Société, 
adressée à notre Président en date du 14 juin dernier, cette session 
pouvait parfaitement vous paraître devoir durer dix jours à Pontarlier 
même (soit du 12 au 22 juillet), et vous étiez en conséquence assez & 
temps encore pour espérer que je témoignerais suffisamment par ma 
démarche auprès de la Société de botanique de France , de l'attention 
empressée du bureau de la Société d’agriculture t sciences et arts de 
Poligny , à répondre à sa gracieuse invitation. Mais il n’en a point été 
ainsi. 

Le rendez-vous général eut bien lieu à rHètel-de-Ville de Pontarlier, 
le 12 juillet, dans la matinée, puis, à midi, fut tenue la séance d'ouver- 
ture qui se termina vers 2 heures. Ces Messieurs employèrent le reste de 
la journée à une excursion très-fructueuse aux tourbières de Pontarlier, 
sous la savante direction de M. le docteur Grenier, doyen de la Faculté 
des sciences de Besançon, et le soir un banquet confraternel les réu- 
nissait tous à l'Hétel-de-la- Poste. Là, plusieurs toasts ont été portés : 
l’un, à l’union des botanistes français et des botanistes suisses (dont on 
fort remarquable contingent était venu se joindre à nos compatriotes), 
par M. Grenier; à M. Grenier, par M. Eugène Fournier; aux botanistes 


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- 237 - 

français, par M. de Büren (Suisse); à la botanique en général, par 
M. Godet (Suisse), etc. 

Le 13, la Société s'est dirigée sur le Creux-du-Fan , par le val de Tra- 
vers (canton de Neuchâtel), station botanique illustrée par les décou- 
vertes de Haller. Elle y a fait une herborisation intéressante sous la 
direction de M. Charles Godet, et les jours suivants, elle a continué se 9 
explorations sur différents points des montagnes du Jura , sans plus 
reparaître à Pontarlier. Jusqu'au 22 , j’ai espéré qu’èlle effectuerait 
peut-être son retour par notre ville, mais il n’y est repassé que quelques 
membres isolés. Il m’a donc été impossible, vous le voyez, cher confrère, 
de me conformer au vœu de notre Président et du Bureau. — Daignez, 
k la séance du 12 août,. si je ne puis y assister moi-même, exprimer 
tous mes regrets de cette déconvenue , en même temps que ma vive 
gratitude pour l’honneur dont on me favorisait. 

En fiche de dédommagement, j’ai le bonheur de pouvoir vous donner 
ci-après, dans un extrait du Courrier de la Montagne et du Journal de 
Pontarlier , deux petites feuilles hebdomadaires de notre localité, quel- 
ques détails généraux sur la séance du 12 juillet, ainsi que les discours 
qui y ont été prononcés. 


Session extraordinaire à Pontarlier , en juillet 1869. 

Le lundi 12 juillet dernier, a eu lieu à Pontarlier l’ouverture de la 
session extraordinaire que la Société botanique de Franee est venue 
consacrer & l’exploration des montagnes du Jura. 

A midi, réunion à l’Hôtcl-dc-Villc, salle des portraits. 

Après quelques paroles de M. le Maire de Pontarlier, M. Eugène Four- 
nier, archiviste de la Société, délégué parle conseil d’administration, 
s’est ensuite exprimé en ces termes : 

Messieurs, 

« La quatorzième session de la Société botanique de France est ouverte, 
et je puis dire qu’elle s’ouvre dans les conditions les plus heureuses pour 
elle, et par conséquent pour la botanique française. 

En effet, en prenant place à ce fauteuil , j’ai l’honneur de déposer sur le 
bureau un exemplaire de la dernière session extraordinaire tenue dans les 
Pyrénées par la Société, en 1868, et dont la publication clôt la série arriérée 
de nos travaux. Désormais, il n’y a plus de regrets à exprimer, ni de solli- 
citations à faire; le but tant désiré est atteint, et cela, grâce à la collabora- 
tion de plusieurs des membres de votre bureau permanent, grâce surtout au 
zèle, au dévouement de votre excellent Secrétaire-Général, M. de Schœnefeld, 
auquel M. l’abbé Garroute, en clôturant la session de Pau, rendait un hom- 
mage si justement mérité. 


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238 — 


Cette heureuse situation nous impose à tous un devoir. Tendant quelque 
temps, le ralentissement de nos publications avait pu gêner le prosélytisme 
de nos cônfrêrcs : tâche bien nécessaire cependant, car pour accroître t'in- 
fluence de notre Société, il faut augmenter ses ressources, cest-â-dire lui 
recruter des membres. Que chacun de vous amène dans nos rangs, en une 
année, seulement un ami de plus, et bientôt notre Société, à même de pu- 
blier toute œuvre importante aux progrès de la botanique française, sera 
réellement ce que nous voudrions tous voir reconnaître , un établissement 
d’utilité publique. 

Je disais que notre session s’ouvrait dans des conditions heureuses : cela 
est vrai pour la botanique française en général, et notamment pour la bota- 
nique spéciale du Jura. L’éminent doyen de la Faculté des sciences de 
Besançon, que vos suffrages ont appelé ce matin à présider cette session, 
vient de terminer, en effet, sa Flore de la chaîne jurassique , et c'est à Pon- 
tarlier même qu’il en apporte aujourd’hui, pour les offrir à la Société, les 
premiers exemplaires complets. 11. le professeur Grenier me permettra de 
lui exprimer les plus vives félicitations de la Société, pour l’achèvement 
d’une œuvre aussi consciencieuse, qui résume, même après la publication de 
la Flore de France , les travaux d’une longue suite d’années, et que couronne 
la récompense la plus flatteuse pour l’auteur d’une Flore , la découverte 
d’espèces excellentes, nouvellement conquises à notre domaine national; vous 
les recueillerez dans nos prochaines excursions. 

Dans ces courses, vous aurez pour guide naturel votre président et aussi 
les savants botanistes de Suisse qui sont venus nous apporter leur concours. 
Grâces soient rendues aux Sociétés savantes de Bâle, de Neuchâtel, de Berne 
et de Genève, qui répondant à votre appel , nous ont envoyé des délégués, 
tels que : MM. Hermann Christ, de Bâle; Ch. Godet, de Neuchâtel; André, de 
Flcurier; Lersch, Welter, Chapuis, tous de Neuchâtel ou des environs de 
cette ville; Boiron, de Bienne; Reuter, Bapin et Canut, de Genève; vous 
connaissez les importants travaux de plusieurs d’entre eux, et les connais- 
sances spéciales de tous; vous y puiserez largement dans tout le conrs de 
cette session, heureux de les voir justifier une parole célèbre : Pour la 
science, il n’y a plus de frontières. 

Ces heureux résultats de nos efforts et de leur concours, si nous pouvons 
les constater ici , nous le devons à l’accueil hospitalier de M. le Maire de 
Pontarlier, en qui plusieurs d’entre vous sont heureux de saluer un confrère. 
Que M. le docteur Pêne reçoive ici les remerciements de la Société botanique 
de France. 

Vous le voyez, Messieurs, les circonstances nous favorisent, le ciel même 
nous sourit : à vous de féconder par vos découvertes les riantes promesses 
de la nature; que l’avenir les consacre, et que la session du Jura soit digne 
de ses aînées. » 

M. Roze, secrétoire du bureau de Paris, donne lecture d’une lettre ou 


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— m — 


M. Lasègue, président de la Société, empêché de se rendre à Pontariier, 
a consigné F ex pression de ses regrets. 

M. Bug. Fournier procède ensuite à l'installation du bureau spécial 
nommé par la Société dans sa séance préparatoire du matin, et il appelle 
successivement au bureau, pour y remplir leurs fonctions : 

Président : 

M. Grenier, doyen de la Faculté des sciences de Besançon. 

Vice- Présidents : 

MM. Bourgault-Ducoudray, de Nantes. 

Bras, maire de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron). 

Godet, bibliothécaire à Neuchâtel. 

Martin (Bernardin), docteur en médecine au Vigan. 

Reuter, directeur du jardin botanique de Genève. 

Secrétaires : 

MM. Cornu , licencié cs-sciences naturelles. 

Hpsnot, moire de Caban (Orne). 

Maillard» docteur en médecine à Dijon. 

Peyre (Armand), de Toulouse. 

Royer, avocat à Monlbard (Cète-d’Or). 

M. le professeur Grenier, président, s'exprime en ccs termes : 

Discours de M. Grenier . 

Messieurs, 

u Çe n’est pas sans une vive émotion quç je viens occuper le fauteuil de 
la présidence. En voyant réunis dans cette enceinte l’élite des botanistes 
suisses et français, je ne dois considérer l’insigpe distinction dont vous 
m avez honoré, que comme l’expression de cette exquise courtoisie dont la 
Société botanique de France aime à faire preuve dans ces solennelles réu- 
nions. Merci néanmoins, mille fois merci, pour cette cordiale et flatteuse 
marque de sympathie. 

Ma pensée, Messieurs, avait été de vous exposer quelques données géné- 
rales sur la végétation du Jura. Mais votre honorable Secrétaire-Général m’a 
fait observer qu’il était d’usage de donner au moins un tableau succinGtdes 
travaux botaniques accomplis sur la végétation des régions qui doivent être 
explorées par la Société. 

Sans livres et sans moyens d’études, j’ai hésité à accepter cette tâche. 
Toutefois, comptant sur votre extrême bienveillance, je tais essayer de faire 
appel à mes souvenirs et de vous donner au moins l’énumération des hommes, 
distingués qui ont concouru à mettre en lumière la végétation de nos mon-, 
tagnes du Jura. 

Les deux premiers botanistes qui s’offrent à ma mémoire, sont les deux 


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- 240 — 


Bauhin qui, l’un dans le prodrome et le Pinax , l’antre dans Yflistoria uni - 
versalis, ont cité la plupart des plantes les plus curieuses du Jura. Puis Tient 
le grand Haller, qui a fait figurer avec distinction, dans son Flora helvelica, 
toutes nos richesses botaniques. 

A ces trois illustrations succède un des botanistes modernes qui opt jeté 
le plus vif éclat sur le monde entier : je veux parler de De Candolle qui a, 
lui aussi , compris dans sa Flore française , la végétation de notre chaîne 
jurassique. 

Cette illustre pléïade se clôt par Gaudin, dont le Flora helvetica , embras- 
sant la végétation du Jura, est un véritable monument botanique. 

Tous ces grands noms appartiennent à la Suisse, mais je les revendique 
pour la France, car les hommes d'étude, les travailleurs qui se proposent 
la science pour but unique , ne connaissent pas de frontière. Sans tenir 
compte d'aucune nationalité, ils sè donnent partout une cordiale et frater- 
nelle accolade, prêchant ainsi d’exemple, en attendant que la grande famille 
humaine efface du sol et du dictionnaire ce mot « frontière, » cause de tant 
de lnttcs et de désastres. 

Mais revenons à nos botanistes jurassiens : ici ma tâche est douce à rem- 
plir. J’ai à parler d’hommes que j'aime, de vieux amis avec qui, depuis 40 ans, 
j’explore les deux versants du Jura. Godet, Reuter, Rapin, recevez les éloges 
qui vous sont si bien dus pour la large part que vous avez prise dans l’étude 
des plantes du Jura. 

Le versant français est moins riche en illustrations botaniques. Cependant, 
je dois une place d'honneur à Chantrans pour ses études sur les conferves, 
imitant en cela la science reconnaissante qui lui a dédié le genre Chantransia. 
Puis viennent les Michalet, les Jouffrov, qui, hélas! ne sont plus pour nous 
que des souvenirs. La mort les a moissonnés avant l’âge, au moment où ils 
entraient si brillamment dans la carrière. A ces noms, j'ajoute celui de M. 
Gouget, doyen d’âge de nos botanistes et qui a été le maître des hommes 
dont je déplore la perte, et qui, dans M. Blanche, nous a donné un nouveau 
collègue. Lorsqu’on fait de tels élèves, on a droit à une mention d’honneur, 
et je la revendique pour M. Gouget. 

Messieurs, je suis venu le dernier, j’ai bénéficié des travaux de tous mes 
devanciers, et si vous avez trouvé mon œuvre pas trop indigne de vous, c’est â 
eux qu’en revient l’honneur, et à moi le devoir de vous exprimer de nouveau 
ma cordiale reconnaissance, pour l'unique honneur que vous m’avez fait en 
m’appelant à la présidence de cette session extraordinaire. » 

Lecture est donnée des lettres suivantes : 

1° Lettre de M. le Président de la Société d’émulation du Doubs, 
annonçant que cette Société délègue , pour la représenter à la session 
de Pontarlier, M. le professeur Grenier. 

2° Lettre de M. Germain de S l -Pierre, Vice-Président de la Société à 
Paris, qui, retenu par les soins de la publication de son dictionnaire de 


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241 — 


botanique, -s’excuse de ne pouvoir assister à la session , et lui commu- 
nique le mémoire suivant, sur la vie végétale. 

3° Lettre de M. Cbaberl, jugé de paix à S^Vallier (Drôme), lequél 
adresse à la Société des échantillons douteux de Carex , parmi lesquels 
il croit distinguer une espèce nouvelle. 

M. Grenier, qui a examiné ces plantes la veille, fait connaître son 
opinion à ee sujet et veut bien se charger de répondre directement à 
M. Chabert. 

Divers mémoires sont en outre annoncés a la Société comme devant 
prendre place dans ses publications. 

1* Sur le Primufa Allionii , par M. Reuter. 

2° Sur l’acclimatation des plantes dans le Jura, par M. Albert de Buren . 

3° Sur la végétation des environs de Bienne, par M. Botron. 

4 ° Sur la distribution géographique des Fougères du Mexique , par 
M. Eug. Fournier. 

5° Observations sur l’origine des espèces jurassiques, par M. le doc- 
teur H. Christ, de Bâle. 

6° Sur quelques plantes exotiques, par M. Hosskarl, de Clèves (Prusse 
rhénane). 

7° Sur l’herbier Lelester, par M. Bouvier. 

Et la séance est levée à une heure et demie. 


BIBLIOGRAPHIE. 

Un chapitre à ajouter à l'éducation : l'initiative individuelle en reli- 
gion, en politique , en littérature , dans les relations sociales et la vie 
pratique , par Louis BomuvtNNE, auteur d’un Essai sur l'instruction 
. primaire , membre correspondant. 

fl est assez difficile de rendre compte de ce livre : sans doute, le but 
pdùrsuivi est manifeste , mais les moyens à employer sont moins en 
évidence. Ce qui l’est, ce qu’on peut hardiment déclarer, c’est l’honnê- 
teté de ce but, aillant qué celle des intentions de l’auteur, c'est encore 
le mérite et l’importance de l’œuvre qui en recommandent essentielle- 
ment la lecture â toute personne ayant charge d’âmes. 

Certes, même pour un croyant sincère, il n’est rien d’édifiant dans 
les anathèmes lancés contre les libres penseurs , en tant que pensant 
librement, en dehors des textes et de la tradition. 

D’abord, la pensée est-elle réellement libre? Il n’est pas interdit de 

16 


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— 242 — 

poser la question. L'est-elle, notamment, de regimber et de s’inscrire 
en faux contre l’évidence, de dire, par exemple, deux et deux font cinq, 
et la nuit venue, qu’il continue à faire jour? 

De plus, la pensée n’est-elle pas contenue dans un enclos et enserrée 
dans les limites de ce qu’on a appelé le patrimoine ou le domaine du 
sens commun. Selon la doctrine de la grande et sage école écossaise, 
lui est-il possible de franchir ces bornes sans s’exposer au sort de ces 
astres sortis de leur orbite , et une fois dévoyés , condamnés a errer 
éperdus et échevelés dans les plaines ardues de l’espace ? 

Qu’est devenue la promesse d’un célèbre publiciste de notre temps, 
de nous apporter dans son journal une idée nouvelle chaque jour, en 
démenti de l’adage déjà en vogue sous Salomon : « Nihü novi sub sole . » 
« Rien de nouveau sous le soleil. » 

Cela supposé , nos jugements sont-ils sous la dépendance de notre 
volonté? Ne résultent-ils pas, en grande partie, d’idées antérieures, et 
celles-ci, des impressions subies dans le milieu ou nous'sommes nés, 
où nous avons vécu, au cours des circonstances et des évènements que 
nous avons du traverser? 

Ces points d’interrogation, notre écrivain ne se les adresse pas, ou 
il passe outre. La liberté de penser, il l’admet dans toute sa plénitude; 
seulement il l’accuse de ne pas savoir faire usage d’ elle-même , par 
suite des leçons affirmatives d’une première éducation, à elle imposée 
sans son concours, sans appel à son contrôle , en violation du droit de 
l’initiative individuelle et, comme résultat de celte impulsion extérieure, 
continuant, inerte et routinière, à languir captive dans les liens d’une 
servitude originelle. 

Donc, ce qui a été proposé par certains novateurs au physique, pour 
l’enfant qui vient de naître, savoir, ne plus le bercer dans sa couchette, 
ne plus l’y étreindre sous les ligaments d’un maillot qui l’étouffe, et upe 
fois sorti du berceau, le déposer simplement sur le parquet ou sur terre, 
et là, sans bourrelet en tète, sans lisières autour des reins, sans panier 
à roulettes, le laisser s’exercer lui seul à la locomotion, à U marche, 
au risque de chutes inévitables, mais devant avoir pour effet de le ren- 
dre plus agile, plus adroit, plus fort, plus confiant en lui-même, notre 
réformateur le demande, au moral , pour l’enfant presque au seuil de 
la vie. 

La devise du libre échange : « Sinile facere , sinite transire . » « Lais- 
ser faire, laisser passer, » il l’inscrit au frontispice de l’édifice pédago- 
gique qu’il veut élever. 


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— 243 — 

C’est bien : la théorie est connue, reste l’application : Hoc opus , hic 
labor , là est la difficulté. 

Dans le système de Platon, qui admettait, comme on sait, le dogme 
de la préexistence, c’est-à-dire d’une vie antérieure, d’où l’homme, en 
punition d’un péché d’orgueil, aurait mérité de déchoir, pour être pré- 
cipité dans la prison d’un corps mortel, dans ce système, on conçoit 
Socrate s’intitulant : « Accoucheur des esprits. » Il accouche des idées 
depuis longtemps conçues; sa tâche est, non de donner des connais- 
sances à son élève, mais de réveiller en lui des réminiscences, des sou- 
venirs; c’est ainsi que dans une seule séance, par des questions habile- 
ment graduées en géométrie, il le conduit jusqu’à la trente-deuxième 
proposition d’Euclide. 

De même, nous comprenons notre illustre Descartes : Lorsque le 
grand philosophe, pressé d’en finir scientifiquement avec le scepticisme 
absolu, qui osait s’étendre jusqu’à l’existence du monde extérieur, feint 
de faire table rase de toutes ses notions précédemment acquises, il ré- 
serve pourtant, comme point de repère, quatre principes dont la certi- 
tude lui semble défier tous les doutes, à l’imitation d’un propriétaire, 
qui ne jette bas sa maison qu’après s’être ménagé un refuge jusqu’à sa 
reconstruction sur de nouvelles bases. 

Hais dans l’ouvrage que nous cherchons à apprécier avec impartialité 
et bonne foi, ce droit d’examen réclamé pour l’enfant (mettons l’ado* 
lescent), comment, avant toute expérience, et à l’aide de quels éléments 
pourra-t-il être exercé? Comment procédera à son tour l’instituteur et 
s’y prendra-t-il pour communiquer sa pensée, tout en laissant l’élève 
libre de se l’approprier, de la faire sienne, de la féconder, ou même en 
le provoquant à s’en défier, ou du moins à ne l’accepter que Sous béné- 
fice d’inventaire? Et quel est le maître qui voudra s’abaisser à ce rôle 
humiliant et coupable, d’insinuer, contre les murmures de sa cons- 
cience, qu’il n’est pas très-sûr de ne pas enseigner l’erreur au lieu de 
la vérité, à la confusion et à la honte du ministère dont il est investi, 
le ministère de l’éducation, de tous le plus saint après le sacerdoce? 

Le self government , le gouvernement de soi-même, introduit ici, non- 
seulement en politique et en littérature, mais aussi en religion, celle 
concession à un âge encore en tutelle d’après nos mœurs et notre légis- 
lation, dépasse donc de bien loin le Cartésianisme, qui établit des réser- 
ves, même pour l’âge mur; et le Protestantisme qui admet la révéla- 
tion. Et pourtant, bien que ce ne soit pas l’opinion de M. Bondi venue, 
la croyance catholique se sépare ouvertement et du principe cartésien 


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— 244 — 


et de l’esprit protestant ; c’est même là son signe distinctif et spécial (1). 
Ainsi , tandis qu’il a suffi à la Confession d’Augsbourg et à la Commu- 
nion de Genève de revendiquer le droit d’expliquer à volonté les Ecri- 
tures, pour les jeter dans une fourmilière de sectes éphémères et im- 
palpables , et les réduire finalement en poussière, la soumission de la 
grande Eglise catholique à une autorité supérieure réputée infaillible, 
Fa préservée, au contraire, de toute scission, de tout démembrement, 
et Fa maintenue, relativement du moins, dans son état primitif de vi- 
talité et de puissance. 

Je ne sais pas non plus sous l’empire de quel scrupule notre excel- 
lent et docte collègue n’entend pas que le droit d’examen et la liberté 
de penser qu’il préconise, soient confondus avec le Rationalisme . 
Qu’est-ce à dire? Quel est le système ainsi nommé? Sinon la prétention 
de la raison ultra raisonneuse, d’avoir seule voix au chapitre, et à l’ex- 
clusion du sentiment, aussi bien qu’elle pourtant, partie intégrante de 
notre être intellectuel et moral, de se constituer en toute chose, juge 
suprême et en dernier ressort. Et n’est-ce pas le cas ou nous nous trou- 
vons placés? 

Assurément, c’est un beau, grand et noble spectacle que la vue d’un 
peuple en pleine possession de son autonomie, marqué au front du sceau 
de l’originalité, doué d’une personnalité énergique et priine-sautière, 
doté enfin de toutes les qualités propres, quoiqu’il arrive, après avoir 
signalé et fait briller sa nationalité au premier rang , parmi les races 
contemporaines, à le faire passer, en dépit des revers et des désastres, 
même sang dans les veines, même ressemblance dans l’attitude, aux 
générations futures, et la physionomie intacte, à le perpétuer jusqu’à 
la postérité la plus reculée. 

Mais, est-ce bien en affaiblissant les croyances religieuses et sociales, 
en inaugurant de bonne heure , en soufflant l’habitude anticipée des 
discussions, des contradictions, bien souvent sans égard à l’honneur, à 
la considération de la patrie, qu’il est possible de conquérir et de réaliser 
cet admirable et grandiose phénomène ! 

Ce n’est pas ainsi, du moins, que se sont immortalisés les Grecs et les 
Romains, et qu’ils sont parvenus à graver un type ineffaçable au temple 
de mémoire, bien s’en faut. C’est depuis, au contraire, que Socrate à 
Athènes, consultant bien moins les intérêts de son pays que ceux de la 
vérité spéculative, s’est mis à attaquer, à saper les croyances régnantes, 

(I) « La science doit précéder la foi, » enseignait Aboylard; d’où il suivait, objectait S*- Bernard, 
que la vrai© foi, la foi certaine reposait, en dernier analyse, sur le jugement individuel. Cette 
hérésie d’Abeylard, on sait comment elle a été poursuivie dans son disciple, Arnaud de Brescia. 


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— 245 — 


et du même coup, aux jeux d’Ânitus, de Mélitus, d’Aristophanes et de 
tous les citoyens qui ont concouru à sa condamnation , à porter une 
atteinte irréparable à la prospérité et la solidité de l’État, que le peuple 
de Minerve, et & son exemple, celui de Minos et de son interprète Ly- 
eurgue ont été lancés sur la voie d’une irrémédiable et rapide déca- 
dence.... A Rome, c’est du jour où Appius, insultant aux dévotions du 
temps, afficha l’impiété en jetant & la mer les poulets sacrés; du jour 
oà Cicéron , aiguisant l’épigrammc , se permit de plaisanter sur les 
augures; où César, afin de soustraire les complices de Catilina à la vin- 
dicte des lois humaines , ne craignit pas dè soutenir, en plein sénat, 
qu’au-delà de la tombe, ils n’avaient d'autre châtiment à redouter que 
le néant ; c’est de ces actes et de ces propos négatifs et dissolvants que 
le peuple du sage Numa sentit désormais s’éteindre en lui ccs facultés 
viriles et martiales qui l’avaient rendu maître du monde connu. 

De même , essayez de ravir aux juifs leur foi au Dieu d’ Abraham, 
d'Isaac et de Jacob; de détourner leurs yeux du Sinaï et du Décalogue; 
d’arracher de leurs mains l’étendard qui leur a servi et leur sert de 
ralliement au milieu des persécutions et des épreuves, le livre par excel- 
lence, la Bible , et vous verrez ce que deviendra l’empreinte originelle 
qui les classe â part. 

Quant à la Pologne > qui déjà s’avoue que Dieu ut trop haut et la 
France trop loin ; quant à la Pologne orthodoxe, faites qu’elle ne soit 
plus sous la menace de la Russie schismatique, et la source de son pro- 
sélytisme et celle de son orgueil national également taries, vous verrez 
de combien de temps sera retardée l’inscription lugubre , la désolante 
épitaphe : « Finis Poloniœ t fin de la Pologne. » 

D'un chapitre à ajouter à l'éducation , puisqu'ainsi se définit-il , et à 
bon droit, en tout l’éducation générale ou particulière étant le point de 
départ rationnel et normal , et devant présider de rigueur à tout essai 
de développement , d’amélioration dans l’individu , la famille, la cité, 
l’État; des articles dont il se compose, nous nous sommes attaché à 
étudier surtout l’article religieux, de tous, l’élément le plus foncièrement 
essentiel, le plus fécond, le plus influent; par l’universalité de ses aspi- 
rations, de ses tendances, il s’adresse à tous , sans exception d’âge, de 
sexe, de condition; par la règle des mœurs dont il est dépositaire, il 
s’empare de tout notre être, le consolant des maux présents par la pers- 
pective des félicités futures; par ses relations avec la politique, par son 
intervention dans les grandes phases de la vie humaine, par son ingé- 
rence discrète dans les rapports sociaux, il s’impose forcément aux mé- 


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— 246 — 

dilations de tous les agents , de tous les serviteurs de l'administration 
publique. 

Mais, pour ne pas embrasser une aussi vaste étendue, pour ne pas 
agitée des problèmes aussi graves , pour ne s'adresser qu’aux esprits 
d'une certaine culture et d’un goût déjà préparé, l'élément littéraire 
n'en a pas moins son importance. Pas lui suffit de faire vivre ses 
adeptes dans la compagnie des sages et des personnages d’élite de tous 
les temps et de tous les lieux, il les transporte encore dans les sphères 
de l’idéal , dans les régions transcendantes du bien, du vrai, du beau 
conçu, dans le sens absolu : sursum corda. 

L'élément littéraire est ici magistralement traité, suivi et savamment 
apprécié de siècle en siècle. Ajoutez-y que, grâce à l'élévation toujours 
soutenue de la pensée, à l'élégance toujours exquise de l’expression, 
l’habile écrivain ne cesse de roaitriser notre attention, en la tenant 
constamment sous le charme par le double et magique attrait, et de la 
leçon et de l'exemple. 

H.-G. Clër, professeur émérite. 


POÉSIE. 

L’IMMORTELLE EX LA ROSE, 

Par’ M. Victor Lbroy, membre correspondant. 

FABLE. 

Par un beau matin de printemps. 

Un bon père , avec ses enfants. 

Se promenait dans un parterre 
Où, des roses et des muguets, 

Des gazons parsemés d'œillets , 

Embaumaient l’atmosphère 
Du plus agréable parfum. 

Les deux petits étaient dans cet âge si tendre 
Où le babil naïf est souvent importua; 

Où l’esprit, le regard veulent tout voir, apprendre; 

Et, contemplant ces mille fleurs, 

Ils en discutaient les couleurs : 

— « Celle-ci me parait plus belle! 

— « Moi, je trouve cette autre mieux!... 

A la rose, l’atné préférait l’immortelle; 

Le cadet protestait d un air impérieux. 


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— m — 


Le père, à quelques pas , écoutait leur querelle, 
Mais, il vint sagement la calmer par ces mots 
Qu’il sut trouver fort à propos : 

a La rose, en effet, si brillante, 

« Telle que la beauté, le luxe, les grandeurs 
« Dont elle est l’image vivante, 
a N’a que des charmes bien trompeurs. 

« Gomme eux, elle séduit; mais, comme eux éphémère, 
a Un souffle, un rien détruit sa splendeur passagère. 

« Cette humble immortelle, au contraire, 
a Des saisons, brave la rigueur, 

« Et lorsque sa tige s’effeuille, 

« Sous l’âpre tranchant qui la cueille, 

« 11 semble que la mort ajoute à sa fraîcheur!! » 

« Mes enfants , la vertu ressemble à l’immortelle : 

« Elle vit sans éclat , mais elle est toujours belle. » 


A un Ami, 

PAR M. VAYSSIERE , MEMBRE CORRESPONDANT. 

Ami, depuis un mois la montagne a quitté 
Cette blanche auréole et ce voile argenté,^ 

Qu'un hiver rigoureux, saison cruelle et dure, 
Avait partout jeté sur ses flancs sans verdure. 

Le printemps lui succède : aidé d’un doux soleil 
H fait feuiller l’arbuste ; et le bouton vermeil 
De la rose sauvage, ombragé par le hêtre 
Nous ouvre ses trésors : il lui tardait de naître. 

Déjà la gentiane aux doux reflets d’azur 
Parait dans son sein bleu refléter le ciel pur 
De notre beau pays : la neige lui fait place, 

Car image du ciel elle a fait fuir la glace. 

Enfin, mon cher ami, notre belle nature 
A revêtu pour toi une riche parure, 

Et semble t’inviter par un gracieux appel, 

A venir près de nous, sous lo toit paternel. 


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SÉANCE GÉNÉRALE DU 12 AOUT 1869. 

La séance est ouverte à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc- 
OuJthier, Président, par la lecture du procès-verbal de la réunion pré- 
cédente. 

Sur la proposition du President, la Société a discuté et voté à Tuna- 
nimilé l’adresse suivante à M. le Préfet et à MM. les Conseillers 
Généraux du Jura : 

« Au mois de décembre 1859, les principaux personnages de la ville de 
Poligny se réunissaient dans une des salles de l’Hôtel-de-Yille, dans le aut 
de jeter les bases d une Association destinée à servir de liens commurs à 
tous les hommes désireux de voir prospérer dans notre département et 
surtout dans l'arrondissement de Poligny, les sciences, les arts et l’açri- 
culture. 

« Pour arriver à ce résultat, on se proposa d’encourager par des réom- 
penses honorifiques tous les travaux qui pouvaient jeter quelque lundère 
nouvelle sur les différentes connaissances humaines intéressant plus spé- 
cialement la Franche-Comté, et surtout notre département, et il fut dccidé 
en outre que l’Association organiserait à Poligny une Bibliothèque <t un 
Musée. 

« Quelques jours après cette première réunion, les statuts de la noivelle 
Société étaient approuvés par M. le Préfet du Jura; l'Association prenmt le 
titre de Société d'agriculture , sciences et arts de Poligny , ne tardait pas à 
publier un premier Bulletin mensuel. Ne comprenant d’abord qu’uneseule 
feuille d’impression, ce Bulletin s'accrut rapidement par les nombreux ma- 
tériaux envoyés de toute part. Aujourd’hui, la Société publie son 10“»vd urne, 
et dans chacun d'eux on trouve les mémoires les plus variés, et plusieirs ont 
eu les honneurs de la reproduction dans différentes revues scientificues et 
littéraires. 

« La Société se réunit deux fois par mois : une des séances, à laquelle 
prennent part les membres de la Société seulement, est consacrée aui ques- 
tions d'administration intérieure et à la lecture des manuscrits qui ont été 
adressés dans le mois, et ceux-ci sont ensuite soumis à des commissions qui 
décident s’ils méritent les honneurs de l’impression. L’autre séance est uie 
séance agricole publique ; on y convoque les cultivateurs par affiches spé- 
ciales placardées dans les différentes communes du canton de Poligoy et de 
cantons circonvoisins. Habituellement, une vingtaine de cultivateurs, vigne 
rons et jardiniers, assistent à cette séance, où ils peuvent participer à toute 
les discussions soulevées à la suite des lectures qui leur sont faites sur de 
sujets intéressant surtout l’agriculture de notre pays, et deux fois par an 
leur distribue des graines achetées aux frais de la Société. 

u Dans les premières années de sa création, la Société a organisé succor 


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— 249 — 


sivement quatre expositions des produits industriels, agricoles et viticoles du 
département du Jura, et à son appel, Lons-le-Saunier nous a envoyé ses 
pompes et ses pressoirs; Dole, ses bleus; S l -Claude, sa tabletterie; Morez, 
son horlogerie; Tassenières, Salins, Sellières, leur poterie et faïencerie; la 
Vieille-Loyc, sa verrerie; enfin, différentes localités, la taillanderie, des 
instruments aratoires perfectionnés, la vannerie, etc. De nombreux produits 
de l’horticulture, de l’arboriculture et de la viticulture venaient compléter ce 
tableau, qui résumait tout le travail de notre département. 

« Nous avons récompensé par des médailles d’or, d'argent et de bronze, 
par des ouvrages et des instruments d’agriculture, un grand nombre d’indus- 
triels, d’agriculteurs, etc. 

a Mais les frais d'installation, de récompenses, de diplômes, etc., occa- 
sionnés par ces solennités, sont venus mettre la Société dans l'impossibilité 
de continuer ces exhibitions , qui étaient un puissant moyen d'émulation 
pour les travailleurs de notre pays. 

a Elle a cependant encore conservé un concours scientifique, littéraire et 
agricole, et chaque année elle honore de récompenses les cultures les mieux 
soignées, ainsi que les auteurs de mémoires littéraires et scientifiques qui 
sont jugés les plus dignes de cette distinction. 

« Ajoutons encore que la Bibliothèque de Poligny, déjà considérable, est 
due presque entièrement à la libéralité de la Société; le Musée! lui doit de 
nombreux objets d'archéologie et d’histoire naturelle, et nous espérons, 
Messieurs les Conseillers Généraux, que vous voudrez bien prendre en con- 
sidération le vœu émis par notre Conseil d’arrondissement dans sa dernière 
session, et nous accorder une subvention qui nous permette d’étendre davan- 
tage nos publications et d'entrer d’une manière plus large dans la voie des 
améliorations agricoles, industrielles et intellectuelles, que nous nous som- 
mes proposés d’introduire dans notre département, et surtout dans notre 
bel arrondissement de Poligny. 

u Dans l’espoir que vous daignerez examiner avec bienveillance le zèle 
développé par la Société d'agriculture , sciences et arts de Poligny, pour 
remplir le but quelle s’est proposé dans l’intérêt de notre Jura, nous avons 
l'honneur d’ôtre, etc. » 

- Correspondance manuscrite : 

M. Tamisier nous adresse une note intéressante au sujet d’un épisode 
controversé de la campagne de Russie. Elle est de la main d’un de ses 
maîtres, médecin militaire, qui en faisait partie avec ce grade, M. Ray- 
mond Faure, depuis professeur de médecine à l’hôpital militaire d’ins- 
truction de Strasbourg, où il a suivi ses leçons en 1840 et 1841. La 
rédaction de cette note remontait à l’époque où son auteur était médecin 
principal ebef de l’hôpital militaire de Toulon, c’est-à-dire où la proxi- 
mité de l’évènement en question ne permettait guère à scs souvenirs de 
n’égarer. 


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- 260 — 


Notre honorable collègue nous adresse, en même temps , nne thèse 
devant la Faculté de médecine de Paris, pour le doctorat, présentée et 
soutenue le 9 avril 1869, par M. C.-M. de Lepcrvanche, né à l’ile de la 
Réunion. 

Engrais chimiques. Au sujet de la question des engrais commerciaux 
qui est à l’ordre du jour de toutes les Sociétés d’agriculture , nous rece- 
vons des encouragements de plusieurs de nos correspondants, ou de ceux 
qui, sans l'être encore, sympathisent à notre œuvre. 

Voici ce qu’écrit à notre Vice-Président, M. Blondeau, M. Isidore 
Merle, de Lyon, occupé en ce moment delà création d’une grande société 
anonyme, ayant pour objet la fabrication d’un nouvel engrais chimique, 
le phosphate ammoniaco magnésien , et la vulgarisation de son emploi 
on agriculture. 

« Lyon, 1 er août. 


« Bien loin de me sentir blessé par les plaintes dont vous vous faites 
l’écho au sujet des engrais artificiels, je sui6, au contraire, en complète 
communauté de vues avec vous, parce qu’aucune industrie n’a été qussi 
avilie par les fabricants que celle des engrais, et qu’il est indispensable 
de la réhabiliter, d’une part, en dénonçant la fraudé et les fraudeurs; et, 
d’autre part, en instruisant les agriculteurs et en leur apprenant quels 
sont les éléments qui constituent la valeur d’un engrais et les garanties 
qu’ils doivent se faire donner. 

« La production des engrais industriels est une question de vie ou 
de mort pour l’agriculture, pqjsqu’il est manifeste que nous avons à 
peine le .dixième du fumier nécessaire pour mettre en plein rapport 
toutes les terres cultivables, et l’on peut tenir pour certain que l’agri- 
culture demeurera dans le honteux état d’infériorité qui nous distingue 
des autres nations, aussi longtemps que nos cultivateurs resteront 
étrangers aux principes élémentaires de la science agricole, et par suite 
attacheront une importance trop minime aux engrais sans lesquels la 
terre ne peut donner que de faibles récoltes. 

« Depuis un siècle, l’agriculture n'a réalisé aucun progrès scientifi- 
que (je ne parle que des nft9ses, bien entendu)* et pas plus qu’il y à 
cent ans, l’agriculteur qui porte son blé au marché ne eonnait les élé- 
ments dont il est composé et à quel prix il lui revient; pendant que, 
d’autre part, tout ccde au mouvement irrésistible de la Science et de 
l’idée, on reste confondu de eette étrange anomalie d’une industrie qui 
persiste à ne s’inquiéter, ni des matières premières qu’elle doit mettre 
en œuvre, ni du prix qu'elle peut les payer. » 


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— 281 — 


En le priant d'offrir en son nom à la Société une brochure qu'il vient 
de publier sous ce titre : Production du Phosphate neutre de magnésie et 
de son dérivé , le Phosphate magnésien ammoniacal , M. Merle éerit de 
nouveau à notre Vice-Président : 

« Lyon, 8 août 1869. 

a Monsieur, votre lettre du 2 courant m’est parvenue à bonne date. 
Vous aurez certainement reçu les échantillons d'engrais chimiques, 
mais suivant vos désirs, je vais m'occuper de réunir tous les sels qui 
sont employés ou peuvent être employés comme engrais ; je vous en 
ferai une collection avec indication de la convenance de chacun d'eux et 
de leur valeur comparée au fumier de ferme. Cette collection pourra 
toujours être utilement consultée, aussi bien pour les engrais chimiques 
proprement dits que pour les matières fertilisantes de toute nature. 

c< On ne saurait trop vulgariser les engrais : aucun cultivateur n'hé- 
siterait à s'en servir, s'il connaissait la raison de leur action sur la végé- 
tation ; mais pas h pas la lumière se fera, et l’agriculture traditionnelle 
cédera la place à l'agriculture raisonnée et basée sur les principes. 

« P. S. Un mot sur ma notice : L'engrais auquel elle est consacrée, 
et que notre future Société anonyme se propose de propager, est 
d'une très-grande valeur pour les céréales, et surtout pour le maïs et le 
sarrazin. » 

M. Vayssière offre à notre Société une petite notice qu’il vient de pu- 
blier sur Sellières. 11 nous annonce en même temps l’envoi prochain 
des mémoires des Clarisses de Poligny sur les dernières guerres qui 
précédèrent la réunion définitive de notre province à la France. M. 
l’abbé Delatour, auquel on en doit la publication, se propose de les 
faire précéder d’une introduction. 

U est fait hommage è la Société d’un discours prononcé à la fête 
solennelle de la Société centrale des Sauveteurs de la Seine, le 3 juillet 
1869, par un de nos membres honoraires, M. Adolphe Huard, rédac- 
teur en chef du journal k Sauveteur , en sa double qualité de représen- 
tant de la Société centrale et royale des Sauveteurs de Belgique, et de 
la Société humanitaire des Sauveteurs de Marseille. 

Notre correspondant, M. Evariste Carrance, nous annonce le pros- 
pectus d'une Revue qui va paraître prochainement. 

«livre d'or de l'humanité. » Galerie des illustrations contempo- 
raines, publié sous la direction de MM. Evariste Carranoe et J. Chapelot. 

« Sous ce titre, nous nous proposons de faire successivement paraître 
piusieur séries de livraisons destinées à reproduire les actes de courage, 


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de dévouement, de philanthropie et de charité accomplis par les hommes 
de coeur de tous les pays. 

« En un mot, notre galerie contiendra la photographie et la biographie 
de toutes les illustrations : sauveteurs, poètes, magistrats, ecclésias- 
tiques, médecins, inventeurs, romanciers, artistes, avocats, journa- 
listes, soldats, etc.; sauveteurs de l’âmc; sauveteurs du corps; sauve- 
teurs de la pensée ; apôtres de 1’amour; apôtres de la vertu; apôtres de 
la charité. » 

Lettre de M. Marcellin Barrière, dans laquelle, en nous adressant le 
compte-rendu de la conférence astronomique faite par lui à Bordeaux, 
le 14 juillet, il nous entretient des incidents auxquels elle a donné lieu. 

Lettre de M. F. Gibert, nous annonçant l'envoi d’un nouveau travail 
sur les sciences physiques et naturelles. 

Notre honorable ancien Secrétaire-Général, comme nouvelle preuve 
des souvenirs qu’il conserve pour la Société dont il a été le principal 
fondateur, lui fait hommage de sa dernière publication : Les Coiffures 
(Tété en Algérie , sans nous dire ce qu’il y a de grave et de sérieux sous 
ce titre, en apparence léger et frivole, et quel service important il fend 
à nos colons d’Afrique, exposés sous les rayons d’un soleil dévorant, et 
surtout sous les reflets d’une lumière incandescente , non-seulement 
aux accidents physiques, aux effets de l’insolation, de l’ophtalmie, aux 
congestions sanguines vers le cerveau et ses membranes, aux névral- 
gies, etc., mais aux affections morales, le dérangement mental, l’hypo- 
condrie, et par suite, ce qui est attesté par plusieurs exemples, même 
au suicide. 

Au reste, cette appréciation a été confirmée et développée par une 
plume des plus compétentes. 

Correspondance imprimée : 

Ministère de l’instruction publique. — Institution d’un prix annuel 
de 1000 fr. pour le meilleur ouvrage ou mémoire d’archéologie ou de 
sciences dans chaque ressort académique. 

Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendomois. Appel 
fait par cette Société à toutes les Compagnies savantes de souscrire à 
l’érection d’un monument h Ronsard, le Gentilhomme Vendomois, et 
surnommé par ses contemporains, le Prince des Poètes . 

Lectures. — De M. le docteur Rouget : Hygiène rurale. Essai sur les 
Affections cutanées parasitaires transmissibles des animaux domestiques 
à l’homme. — Par le même : Bibliographie. Les Coiffures d’été en 
Afrique. — De M. E. Blondeau : Note sur l’Appareil cosmographique 
de M. Tremesehini. — De M. Marcellin Barrière : L’Astronomie popo- 


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— 253 — 

laire. Compte-rendu de la Conférence astronomique faite dans la salle 
de l’Académie de Bordeaux, le 14 juillet 1869. — De M. Faure : Sou- 
venirs de la campagne de Russie. — De M. Bondivenne : Un chapitre 
à ajouter à l’éducation, ou l’initiative individuelle en religion, en poli- 
tique, en littérature et dans les relations sociales (de cette publication, 
analyse par M. Cler). — De M. Victor Leroy : L’Immortelle et la Rose 
(fable). 

Sont admis comme membres correspondants de la Société : M. Merle, 
employé aux Docks lyonnais, et M. Vayssière, archiviste à S l -Claudc. 

La. séance est levée à 4 heures. 

Le Secrétaire-Général , H. -G. Cler. 


AGRICULTURE. 

Le phosphate ammonlaco - magnésien ; 
sa fabrication et son emploi comme engrais 

chimique. 

Quelle que soit leur espèce, les végétaux contiennent en moyenne 
95 p. O/o de substances organiques ou aériennes et 5 p. 0 /q d’azote et 
substances minérales; tous ccft éléments sont également indispensables 
pour la végétation ; toutefois, l’atmosphère contribue en grande partie 
à l’apport des principes organiques * tandis que l’azote et les minéraux 
doivent rigoureusement se trouver dans le sol pour y être puisés par les 
racines des plantes. 

Au nombre de ces minéraux figurent la chaux , la magnésie et la silice 
qn’on peut, à peu près partout, se procurer facilement et à bas prix; 
mais il n’en est pas ainsi de l’acide phosphorique et de la potasse, dont 
l’action prépondérante est bien constatée par l’importante proportion 
qu’en contiennent les cendres végétales; ces deux éléments, de même 
que l’azote, sont moins abondants, et leur prix est relativement élevé. 

A eux trois, ils constituent la presque totalité de la valeur des engrais, 
car, lorsqu’on a à sa disposition l’azote, l’acide phosphorique et la po- 
tasse assimilables, on peut toujours se procurer sur place et à très-peu 
de frais tous les autres éléments nécessaires pour la constitution d’en- 
grais complets appropriés à la nature du sol et à celle de la récolte. 

Ceci est connu de tous les agriculteurs déjà très-nombreux, qui sa- 
vent que l’activité d’un engrais est généralement en raison directe de 


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la concordance de ses éléments chimiques avec ceux de la récolte à obte- 
nir; mais quoique la science agricole soit loin encore d’étre appliquée 
partout, F insuffisance de nos moyens de production est déjà très-réelle, 
et c'est à propos de l’azxïte que la pénurie se fait principalement sentir : 
Ainsi, depuis deux ans, le prix du sulfate d’ammoniaque est monté de 
f. 32 0/o k. à f. 45. — Cours actuel qui ne sera pas dépassé probable- 
ment, parce que ce taux représente le maximum du prix que l’agricul- 
ture peut allouer à l’azote pour en retirer un résultat rémunérateur ; 
toutefois, il est acquis que, même dans ces conditions, la demande est 
aujourd’hui dix fois supérieure à la production du sulfate d’ammoniaque. 

Cependant Fazote existe partout en assez grande abondance sous 
forme d’eaux vannes et de liquides ammoniacaux provenant de l’indus- 
trie, mais leur trop faible richesse n’en permet pas l’exploitation profi- 
table avec nos moyens actuels; j’ai pensé qu'on pouvait supprimer cette 
difficulté en utilisant la propriété que possède l’acide phosphorique de 
former un sel insoluble, par sa combinaison avec l’ammoniaque et la 
magnésie; l’expérience a justifié cette prévision, non pas au point de 
vue scientifique, qui ne pouvait être douteux, mais au point de vue in- 
dustriel et pratique, puisqu’elle a constaté qu’on pouvait ainsi retirer 
l’ammoniaque d’un liquide sans évaporation, ni distillation, ni chaleur. 

Dans le principe, j’avais rencontré une difficulté apparente, je regar- 
dais la solubilité du phosphate de magnésie comme nécessaire pour sa 
combinaison avec l’ammoniaque; mois 1k phosphate ne pouvant être 
en dissolution qu’à l’état de phosphate acide (PH05 MgO f HO), et le 
phosphate ammoniaco-magnésien contenant deux équivalents de ma- 
gnésie (PH08 2MgO AzH3), il se formait naturellement un mélange de 
phosphate double insoluble et de phosphate simple d’ammoniaque très- 
soluble et demeurant en dissolution dans le liquide ; alors j’ai eu re- 
cours au phosphate neutre (PH05 2 MgO H) insoluble, mais, comme 
le phosphate bibosique de cbaux, se prêtant avec facilité à toutes trans- 
formations, et je me suis assuré que la formation du sel double se pro- 
duisait régulièrement, a la seule condition que l’ammoniaque fut enga- 
gée dans une combinaison volatile, c’est-à-dire précisément à l’état de 
carbonate ou sulphydrate où elle se trouve dans les liquides à utiliser. 

La réaction est très-simple : les acides gazeux se dégagent et le 
phosphate neutre de magnésie PH05 2 MgO HO se combine avec un 
équivalent d’ammoniaque AzH3 pour former le sel dooble PH08 
2Mg0 AzH3. 

En présence des besoins créés par la science, cette nouvelle produc- 
tion rendra a l’agriculture le double service de lui fournir de l’acide 


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phosphorique, de l’azote et de la magnésie à un prix très-modéré, et de 
lui procurer ces trois éléments sous la forme la plus avantageuse pour 
la végétation, c’est-à-dire à l’état très-assimilable, quoique insoluble. 

Mais depuis ces premières expériences, je me suis préoccupé de cette 
idée, que quelque puisse être l’importance d’une ou plusieurs fabriques 
de phosphate amrooniaco-magnésien, l’agriculture n’en retirerait qu’un 
concours forcément limité, et qu’il resterait partout des liquides am- 
moniacaux continuant à être perdus au détriment de la salubrité. Plus 
j’approfondis cette question , plus je suis convaincu de la nécessité de 
généraliser l’utilisation de la mobilité du phosphore que M. Bobierre 
qualifie si justement de providentielle ; plus je suis persuadé que, dans 
un avenir prochain , on n’emploiera aucun phosphate sans l’avoir fait 
servir préalablement à la solidification de l’ammoniaque. Je cherche 
cette solution qui n’est rien moins qu’introuvable , et j’espère pouvoir 
soroettre bientôt un procédé très-simple par lequel chaque agriculteur 
pourra lui-même , avec la plus grande facilité , produire du phosphate 
ammoniacot-magnésien , sans même avoir besoin, pour cela, de phos- 
phate de magnésie. 

!. Merle, membre correspondant. 


Alimentation économique du bétail* 

* 

La rareté des fourrages m’engage à faire connaître un moyen aussi 
simple qu’économique de nourrir le gros bétail. Ce procédé me donne 
d’excellents résultats. Le voici dans toute sa simplicité : 

Je prends pour chaque animal la valeur de deux à deux kilos et demi 
de paille que je fais hacher; j’y ajoute environ un litre de son et je mets 
le tout dans un baquet avec la quantité d’eau nécessaire pour humecter 
le tout; puis je laisse macérer pendant une heure et demie ou deux, et 
je donne cc composé à mon bétail en place de fourrage. Les animaux 
mangent cette paille ainsi préparée avec avidité, et ce régime, loin de 
diminuer leur force et leur santé, ne fait que l’augmenter; leur poil 
devient plus fin, plus brillant, et leur allure plus vive. En cc qui concerne 
l’économie, il c$t facile de voir qu’elle est notable. En effet, la seule 
dépense est l’achat d’un hachc-paillc, dépense bien minime, vu les 
services que rend un semblable instrument. 

Pour le son , un hectolitre et demi , représentant une valeur de 4 
francs, suffit pleinement pendant un mois pour un cheval. Maintenant, 
faites la différence avec le prix de revient du foin, et vous verrez l’éeo- 


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nomic de ce système, dont la simplicité, le peu de frais d’installation et 
l’excellence des résultats sont une recommandation plus que suffisante 
pour les cultivateurs. 

(Journal d'agriculture progressive). Henri Calmels. 


Fabrication du Beurre. 

Une discussion intéressante sur les procédés de fabrication du beurre 
a eu lieu dans une séance de la Société centrale d’agriculture de 
France. Celte discussion avait été provoquée par les éloges décernés 
par M. Robinet à une baratte perfectionnée qu’il avait eu l’occasion 
d’examiner au concours régional de I^yon. 

Au dire de M. Robinet, cette baratte fonctionnait avec une rapidité 
telle qu’en deux ou trois minutes le beurre était complètement isolé du 
petit lait. On a fait observer à ce sujet, que les barattes qui fonction- 
nent si rapidement ont l’inconvénient de ne pas séparer complètement 
le caséum du beurre , qui reste complètement mou , plus blanc, et qui 
perd de sa quantité. 

Dans les pays renommés pour la production du bon beurre, il y a 
tendance à revenir aujourd’hui aux anciens procédés de fabrication. 
M. de Béhague, qui était présent à cette séance, a confirmé cette obser- 
vation de son expérience personnelle. Il a déclaré avoir renoncé pour 
son compte à l’usage des barattes perfectionnées qui font le beurre avec 
tant de rapidité. 

Il croit que pour faire du très-bon beurre, il faut y consacrer 20 à 
25 minutes, et il ne se sert plus aujourd’hui que de l’ancienne baratte 
cylindrique à battoir vertical. 

Cette discussion nous a paru intéressante à faire connaître. 


ERRATA (Bulletin N° 7). 

Page 199, ligne 2, au lieu de : traduit , lisez : traduite. 

Page 200, ligne 3, au lieu de : étant , lisez : était. 

Page 200, ligne 3, au lieu de : jeunesse , lisez : jeunesse ; 

Page 208, ligne 3, au lieu de : nervotisme , lisez : nervosisme. 

Page 209, ligne 6, au lieu de : ami absent, lisez : ancien ami. 


AVI® IMPORTAIT. — Nous prions ceux de nos membres 
titulaires, correspondants et abonnés qui n’ont pas encore acquitté leur 
cotisation ou abonnement pour 1869, de vouloir bien le faire avant le 
20 octobre. Passé ce délai, il voudront bien attendre la traite qui leur 
sera présentée, et surtout de ne pas la laisser revenir, afin de ne pas 
nous occasionner de nouveaux frais. 

P0LIG3Y, IMF. DE M AU ESC HA L. 


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— 257 — 


HYGIÈNE. 

Notre collègue. M. fe docteur Rouget (d’Arbois), auquel nous 
avions confié l’étude de la partie hygiénique des Conférences 
pédagogiques faites â la Sorbonne, nous répond qu’il a demandé 
à M. le docl r Gallard et obtenu de ce médecin, aussi distingué par 
le talent que par le caractère, la permission de puiser dans son 
travail et d’en reproduire les passages qui lui paraîtront le 
plus mériter davantage. A ce volume, qui sort des presses de L. 
Hachette, nous empruntons les pages suivantes, qui ont trait à 
l’exercice. 

DE L’EXERCICE. 

Ce qui constitue essentiellement l'homme, c'est, j'ai déjà eu plusieurs 
fois l'occasion de le répéter ici , l’union intime de l'esprit et du corps, 
et il est, à mon avis, insensé de vouloir établir une trop grande préémi- 
nence de l'une dé ces deux parties intégrantes de l’humanité au détri- 
ment de l’autre. Déjà l’un des sages de l'antiquité, Platon, avait reconnu 
cette union indissoluble , et proclamé la nécessité du bon accord qui 
doit exister entre l’esprit et le corps, en les comparant à deux coursiers 
qui, attelés au même char, doivent combiner leurs efforts et régler mu- 
tuellement leur marche l’un sur l’autre pour arriver ensemble au but 
de la course. Comparaison remarquable et pleine de justesse, que l’on 
peut modifier en faisant de l’esprit et du corps, non pas deux coursiers 
marchant côte à côte, mais un coursier cl son cavalier qui, réunis, at- 
teindront le but auquel chacun d'eux ne saurait parvenir isolément. 
Faut-il vous dire qu’à l’intelligence appartient le rôle du cavalier? Si 
habile qu’il soit, ce cavalier resterait en route s’il avait enfourché une 
rosse, et s’il ne prenait soin de sa monture. L’espril doit donc permettre 
au corps de se développer et de se fortifier, s’il veut qu’il lui fournisse 
une carrière suffisante. 

La meilleure manière de donner au corps la vigueur, l'énergie, la 
souplesse et la force, c’est de lui faire prendre de l'exercice. L’exercice 
c'est le mouvement, mais le mouvement actif et volontaire, celui qui est 
du à l’action des muscles de* l’individu lui-mème. 

Vous allez me demander tout d’abord : qu’est-ce qu’un muscle? cl 
vous aurez raison, car il est indispensable que vous le sachiez pour com- 
prendre tout ce que j'ai à vous dire de l’influence de l’cxcrcice sur le 
développement de la force corporelle. Le musle, c'est la chair, c’est la 

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partie essentielle de la viande de boucherie, celle que vous voyez colorée 
en rouge vif chez les animaux adultes et vigoureux, comme le bœuf, le 
chevreuil ou le lièvre ; eh rose pâle chez les animaux jeunes ou affaiblis, 
comme le veau , l’agneau , le lapin domestique. Autour du muscle se 
trouve la graisse , qui n’a qu’un rôle très-secondaire , et dont l’abon- 
dance exagérée constitue pour beaucoup de personnes une superfluité 
pénible , dont elles aimeraient à se passer. Le muscle est composé de 
fibres qui vont s’attachant d’un os i l’autre et qui ont la propriété de se 
raccourcir, pour imprimer des mouvements aux os auxquels elles sont 
fixées. La disposition de la machine humaine est si merveilleusement 
combinée que le plus léger mouvement exige, pour se produire, la con- 
traction successive ou simultanée d'un assez grand nombre de muscles. 

Voyons ce qui se passe lorsqu’un muscle se raccourcit ou se contracte, 
ce qui est tout un. 

11 y a d'abord un dégagement d’électricité assez remarqué pour avoir 
pu être mesuré par la déviation de l’aiguille d’un électromètre, et vous 
connaissez assez de physique pour savoir que l'électricité est une force 
active, dont l’homme a su tirer le plus merveilleux parti depuis quel- 
ques années. 11 y a donc dégagement de celte force mystérieuse, mais 
puissante, qui s’appelle l’électricité; il y a en même temps développe- 
ment d’une autre force non moins puissante : la chaleur; die est telle, 
qu’elle fait immédiatement monter le thermomètre de plus d’un lf2 degré. 
Peart, cité par de Humboldt, assure qu’il suffit d’agiter, pendant quel- 
ques instants, les membres inférieurs dans un bain pour élever de plu- 
sieurs degrés la température de l’eau du bain. On conçoit aisément 
qu’il en soit ainsi , si l’on se reporte à cette autre expérience qui a 
permis de constater que la température des pieds d’un homme , de îi 
degrés seulement au repos , est montée jusqu’à 36 degrés » après la 
marche. 

Ce dégagement de chaleur et d’électricité est la conséquence d’une 
action chimique qui se passe au sein du muscle contracté. Je dois vous 
dire que les muscles respirent au moins autant, sinon plus, que les pou- 
mons. Dans les poumons, le sang est mis en contact avec l’air; il absorbe 
de l’oxygène, puis il va porter cet oxygène dans la trame des muscles, 
ou il se charge, en échange, d’acide carbonique et d’azote, qu’il vient 
ensuite exhaler à la surface des poumons. Or, pendant sa contraction, 
le muscle absorbe une quantité d’oxygène* double de celle qu’il absorbe 
quand il est au repos. D'un autre côté, le sang y circule plus vite. 

Voilà bien des choses qui se passent dans un muscle contracté, et, 
sans prendre un grand intérêt à tous ces détails que j’abrège singulié- 


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rcmcnt , vous attendez que je vous fasse connaître le résultat definitif 
de tous ees actes si minutieusement étudies. Ce résultat, c’est une mo- 
dification dans la vitalité du muscle, qui détermine une augmentation 
de son volume. Or, le muscle étant la force active par excellence de la 
machine humaine, la force d’un individu est en raison directe de la 
masse musculaire dont il dispose, et vous comprenez à merveille que 
la meilleure manière d’augmenter celte force sera de solliciter par 
l’exercice l’accroissement des muscles. Cette augmentation du volume 
des muscles, sous l’influence de l’exercice, est rendue très-évidente sur 
les bras des boulangers et sur les mollets des danseurs qui, étant les 
parties du corps qui travaillent le plus, sont aussi les plus fortement 
musclées, chez les hommes de ces deux professions. 11 n’y a dans cette 
augmentation de volume rien de factice ; elle est bien permanente et 
réelle, car elle est la conséquence d’un travail intime, accompli dans 
l’intérieur même du muscle, et qui modifie sa composition en agissant 
autant sur la qualité que sur la quantité de la substance qui le compose. 

Cette modification de structure a été rendue évidente par une expé- 
rience que je puis vous raconter. Les muscles jouissent de la propriété 
de se contracter, sous l’influence de l’électricité, même pendant un 
certain temps après la mort de l’animal auquel ils ont appartenu. Cette 
propriété n’est chez nul autre animal plus évidente que chez l'a gre- 
nouille, laquelle peut vivre — passez-moi cette expression — même 
fort longtemps après avoir été tuée, si bien qu 'après l’avoir coupée 
transversalement en deux, il n’est pas rare de voir le train de devant et 
le train de derrière sautiller chacun de son côté. On a pris le train de 
derrière d’une grenouille ainsi détronquée; on a parfaitement isolé scs 
deux cuisses l’une de l’autre ; puis on a sollicité de nombreuses contrac- 
tions musculaires dans l’une de ses deux cuisses, en y faisant passer de 
400 à 600 décharges électriques, tandis que l’autre membre restait en 
repos. Cela fait, on a analysé comparativement la chair musculaire des 
deux cuisses, et on a trouvé que celle qui avait agi renfermait dé 24 à 38 
centièmes de matière azotée de plus que celle qui était restée au repos. 
Or, cette matière azotée est justement ce qui constitue l’essence de la 
ebair musculaire; son augmentation, sous l’influence de la contraction 
musculaire, est la preuve manifeste que l’exercice contribue à développer 
la force musculaire. 

La matière azotée est en même temps ta matière nutritive par excel- 
lence, et puisque nous la trouvons plus abondante après l’exercice, nous 
eu devons conclure que la chair des animaux qui ont travaillé est préfé- 
rable pour l’alimentation à celle des animaux qui ont été élevés cxclusi- 


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veinent pour rencaissement et pour l’abatage. C* est ce qui vous explique 
pourquoi les riches anglais abandonnent à la consommation du peuple 
leurs magnifiques Durhams, qui ressemblent h de véritables boules de 
graisse, et font venir pour leur usage personnel du bétail d’Ecosse; pour- 
quoi le lièvre de montagne est préférable au lièvre de la plaine; pour- 
quoi le gibier est plus savoureux et plus nourrissant que la viande de 
basse-cour; pourquoi la chair du cheval, qui tend à entrer tous les jours 
davantage dans la consommation, a plus de goût que celle du bœuf. 

Tous ces faits vous étaient certainement connus depuis longtemps, 
mais vous n’en aviez pas l’explication, et je suis heureux d’avoir pu 
vous la donner en l’appuyant sur des preuves scientifiques. 

Outre ces effets locaux sur les muscles eux-mêmes, l’exercice pro- 
duit des effets généraux qui retentissent sur toute la machine humaine. 
La circulation est accélérée, le cœur et le pouls battent plus vite; la dif- 
férence, qui est de 5 à 15 pulsations entre l’homme couché et l’homme 
debout, est bien plus grande lorsque, à la station debout, succède 
l’exercice. Vous avez tous senti les battements de votre cœur se préci- 
piter sous l’influence d’un travail tant soit peu fatigant. En même 
temps que la circulation, la respiration s’active également : la poitrine 
se dilate plus profondément, la respiration se faitd’une façon plus large, 
plus complète et plus précipitée. La sueur qui survient et qui a pour 
effet de modifier l’excès de la température produite sous l’influence de 
l’exercice, n'est pas, elle-même, quand elle est peu abondante, sans 
avoir une action efficace sur l’ensemble de l’organisme. Enfin l'exercice, 
qui est nuisible et trouble la digestion lorsqu’il est pris immédiatement 
après le repas, est très-favorable à cette fonction lorsqu’il est pris 5 un 
autre moment. 11 développe l’appétit, et c’est avec juste raison que 
l'on a pu dire que l’exercice modéré, avant le repas, est un deuxième 
estomac. 

De tout ce que je viens de vous dire, vous seriez tentés de conclure 
que l’exercice, si précieux pour développer les forces musculaires, Si 
avantageux pour assurer le jeu régulier des principales fonctions de 
l’organisme, peut être pris indéfiniment et sans réserve. Cependant fi 
n’en est rien. Toute médaille a son revers, et le revers de celle que jè 
vous présente se trouve dans la fatigue qui résulte de l’excès même de 
l’exercice. Les muscles, qui se développent sous l’influence d’un exer- 
cice régulier et bien dirigé, s’atrophient et se raidissent sous l'influence 
d’un exercice violent et immodéré. Vous en trouvez le plus frappant 
exemple dans les muscles du lièvre, qui a été forcé par une meute et 
qui est mort d’épuisement ; les muscles raides et amaigris ne contien- 


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— 261 — 


œnt plus de substance nutritive. Aux jambes du danseur dont je vous 
parlais il n’y a qu’un instant, vous pouvez opposer celles d’un modeste 
fonctionnaire qui vit près de vous dans les campagnes : le facteur rural. 
Elles sont sèches au lieu d’étre rebondies, et si elles augmentent quel- 
quefois de volume, c’est en raison des varices que la fatigue y a pro- 
duites. C’est que l’exercice prolongé est une des pratiques les plus épui- 
santes qui se puisse imaginer. Nous avons vu que l’exercice modéré 
détermine l’appétit et facilite les digestions. Dès qu’il est exagéré, on 
voit survenir, ou la perte de l’appétit, si la fatigue est excessive, ou la 
conservation de l’appétit, mais sans que l’alimentation amène une ré- 
paration suffisante; aussi l’amaigrissement ne tarde-t-il pas à se pro- 
duire en dépit de ralimenlalion. C’est ainsi que l’on voit les chevaux 
de poste, livrés à un travail très-fatigant, être toujours maigres, quoi- 
que fort abondamment nourris. On voit aussi les personnes qui se 
livrent aux exercices corporels et principalement à la gymnastique, 
maigrir au moins pendant les premiers temps. La sueur qui est alors 
perdue en abondance n’est pas étrangère à cet amaigrissement. 

Les deux moyens véritablement efficaces pour réparer les forces 
épuisées par un travail excessif, alors que survient ce sentiment de 
courbature, de lassitude, de brisement des membres, indice irrécusable 
de la fatigue, ce sont le repos et une alimentation suffisamment répara- 
trice. Je viens de dire que l’alimentation ne parv ient pas toujours è ré- 
parer les pertes que la fatigue a réalisées, mais elle permet de les sup- 
porter plus longtemps. Aussi voyons-nous les ouvriers des campagnes 
résister, pendant la moisson, à des travaux infiniment plus pénibles et 
beaucoup plus prolongés qu’à toute autre époque de l’année, parce 
qu’ils ont la précaution de réserver pour ce moment leur petite provi- 
sion de viande salée et de boisson fermentée, vin, cidre ou poiré, dont 
ils savent se priver quand le labeur est moins rude. 

Quant au repos, c’est le moyen par excellence, et il suffit de le faire 
alterner, dans une proportion convenable, avec les exercices muscu- 
laires, pour dissiper la fatigue résultant de ces derniers. C'est dans 
cette alternance, convenablement dirigée, que consiste la meilleure 
condition à réaliser pour obtenir un bon entretien des forces et de 
la santé. 

Ce que je viens de dire prouve que la force musculaire ne peut pas 
être développée à l’infini et que les efforts tentés dans ce sens trouvent 
leur limite dans la fatigue, à laquelle succède l'épuisement; mais je 
vous ai promis de rechercher s’il convient d’aller jusqu’à cette limite, 
01* s’il n’y a pas lieu de s’arrêter auparavant. Pour cela, voyons ce que 


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deviennent les individus qui ne paraissent pas avoir en d’autre but, 
dans leur existence, que celui de chercher à acquérir la plus grande 
force musculaire possible. Ils n'y sont parvenus qu’en réparant par une 
alimentation excessive l<fs déperditions considérables auxquelles les ex- 
posaient leurs exercices; dès lors leur appétit est devenu considérable, 
excessif même. 4près qu’ils ont pris gloutonnement leur repas copieux, 
leur digestion est lente et pénible, elle s’accompagne d’alourdissement, 
de somnolence et de torpeur ; les facultés intellectuelles participent à 
cet engourdissement et finissent par se trouver à peu près complètement 
anéanties ou tout au moins considérablement obscurcies. Et n’allez pas 
croire que ces hommes, doués d’une grande force musculaire, soient 
capables d’entreprendre de bien pénibles travaux. Tant s’en fout : d’a- 
bord il est rare qu’à la force ils joignent l’adresse, qui est l’emploi éco- 
nomique de la force et permet de la diriger de façon à lui faire produire, 
à peu de frais, le plus grand effet possible ; puis ils sont promptement 
'abattus des que leur ration de vivres est diminuée, et ils ne résistent à 
aucune fatigue. Ce tableau n’est certainement pas assez séduisant pour 
encourager à sacrifier tout ou partie de son intelligence afin d’arriver à 
acquérir une plus grande force musculaire; et H nous prouve que si 
l’exercice est utile pour le maintien et le développement de la vigueur 
corporelle, c’est à la condition d'étre maintenu dans des limites assez 
étroites, qu’il convient de ne pas dépasser. 

De tous les exercices, le plus réellement utile sera celui qui permettra 
de contracter à peu près également tous les muscles, afin que certains 
d’entre eux ne prennent pas un développement exagéré qui détruise 
l’harmonie de l’ensemble. Nous avons vu que plusieurs professions, en 
nécessitant la contraction plus fréquente de quelques muscles, ont pour 
effet de les développer outre mesure, et cela d’une façon d’autant plus 
sensible, que ce développement anormal de certains groupes musco- 
laires se fait au détriment des autres. Je vous ai cité, comme exemple, 
les bras du boulanger et les jambes du danseur. Cet effet est plus cho- 
quant encore lorsque l’action se fait sentir d’un seul côté du corps. Dans 
les villes et les bourgs industriels où les enfants sont occupés de très- 
bonne heure à la conduite de certains métiers, qui exigent d’eux un 
petit nombre de mouvements incessamment répétés, on voit survenir 
souvent des déformations comme conséquence du développement exces- 
sif des muscles préposés à ccs mouvements. Ces déformations sont d’au- 
tant plus graves que, dans le jeune âge, elles ne se bornent pas aux mus- 
cles et s’étendent jusqu’aux os, qui se contournent d’une façon disgra- 
cieuse. On ne peut obvier à ccs inconvénients qu’en ne laissant pas trop 


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— 263 — 


longtemps les enfants occupés au même travail et en ayant soin de leur 
faire exécuter, autant que possible, dans leurs moments de repos, des 
mouvements en sens opposés de ceux que réclament ce travail. 

La gymnastique, qui a pour objet de remédier par des mouvements 
habilement combinés aux vices de conformation déjà acquis, n’appar- 
tient pas à l’bygiène, elle rentre tout-à-fait dans le domaine de la mé- 
decine et plus particulièrement de l’orthopédie. Ce n’est pas le moment 
de lui demander ce qu’elle peut faire, ni comment elle procède. 

Quant à celle qui ressortit à l’hygiène, je devrais également me dis- 
penser de vous en parler, si nous ne devions comprendre la gymnasti- 
que qu’avec un portique, des échelles, des trapèzes, des harres trans- 
versales et tous les engins qui ornent les gymnases dans lesquels on 
élève les émules de Léotard. Ainsi comprise, la gymnastique est, je ne 
crains pas de le dire, quelque chose de complètement absurde ; nous 
sommes bien obligés de la supporter avec tous ses agrès dans les insti- 
tutions resserrées au milieu des villes, où l’espace est si parcimonieuse- 
ment mesuré à chacun, qu’il lui faut suppléer, par des exercices en 
quelque sorte factices, aux exercices naturels auxquels se livrent, en 
toute liberté, les habitants des campagnes. Ces gymnases, dans les- 
quels ceux de nos enfants qui ne se sentent pas de vocation pour le 
métier d’acrobate , perdent le goût des exercices corporels , ont leur 
raison d’élre là ou tout autre exercice fait défaut; mais tout en les re- 
commandant, je ne puis m’empêcher de reconnaître qu’ils constituent 
quelque chose d’artificiel et de faux. Je les admets au même titre, mais 
avec la même répugnance, que j’admets le biberon pour les enfants qui 
se trouvent privés du sein maternel. 

Combien je préfère à tous ces exercices de commande, ceux que pren- 
nent en toute liberté vos écoliers de la campagne, qui savent toujours 
choisir le chemin le plus long pour se rendre à l’école, qui ne reculent 
pas devant une haie ou un fossé à franchir et qui grimpent aux arbres 
ou s’arrêtent pour faire une pleine eau dans la rivière voisine ! Voilà de 
la bonne, de la vraie et saine gymnastique, de celle qui peut être défi- 
nie l’art de ne pas entraver les mouvements naturels; celle-là donne la 
force, la vigueur et la santé ; tout au plus est-il nécessaire de diriger 
ceux qui s’y livrent, de façon à leur donner en même temps l’adresse, 
laquelle est, comme je vous le disais, l’emploi économique de la force. 
Cette adresse, vous pouvez la faire acquérir facilement à vos élèves en 
dirigeant leurs jeux pendant les récréations ; la balle est de tous les 
jeux celui qui convient le mieux pour cela ; il exige de l’agilité, du 
coup d’œil et de la précision dans les mouvements; les barres consti- 


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— m — 

tuent aussi un jeu excellent, pour le développement des forces muscu- 
laires d’un enfant. Enfin l'équitation, la natation et la participation aux 
travaux agricoles sont des exercices qui manquent rarement aux élèves 
de vos écoles et qui doivent suffire pour favoriser le développement 
régulier de leurs forces musculaires. Il n’y aurait aucun avantage, et 
il y aurait certainement inconvénient, à exiger davantage d’eux, sous 
forme de leçons de gymnastique, même en admettant que vous puissiez 
avoir la facilité de leur en faire donner. Vous ne devez pas oublier que, 
chez les enfants surtout, les exercices musculaires ne doivent jamais 
être poussés jusqu’à la fatigue, et vous atteindriez facilement celte li- 
mite avee des enfants qui, sans ctre complètement exempts des travaux 
de la ferme, font souvent de 3 à 4 kilomètres a pied, pour venir h 
l’école. 

Si Hnstallation d’un gymnase pouvait être utile dans vos écoles, ce 
serait certainement pour vous, plutôt que pour vos élèves. Mais point 
n’est besoin d’un tel attirail pour vous reposer, dans un exercice mo- 
déré et véritablement efficace, de voire labeur intellectuel de la journée. 
Vous avez mieux qu’un gymnase, c’est le petit jardin attenant à votre 
maison d’école. Cultivez- le vous-même, votre santé y gagnera. Un mé- 
decin philosophe a dit qu’il n’y a pas de profession plus salubre que 
eellc d’un jardinier soôre, et comme vous êtes de-ccux auxquels on n’a 
pas besoin de recommander la sobriété, le jardinage ne peut que vous 
être extrêmement profitable. Outre l’intérêt que vous prendrez à la 
culture, vous y trouverez un délassement véritable, car il est parfaite- 
ment vrai que l’esprit se repose quand le corps agit. 


— — — w* — 

ASTRONOMIE. 

RAPPORT 

sur 1* Appareil cosmographique de 
BL Tremeschlnl. 

Les lecteurs du Bulletin n’ont sans doute pas oublié l’article inté- 
ressant que M n * Gabriellc de Poligny a consacré l'année dernière à la 
description d’un appareil cosmographique nouveau, dont la science 
populaire est redevable a un liabile constructeur, M. Trcmcschini. La 
Société possédant aujourd’hui cet instrument, qu’elle a reçu en don de 


hl A 


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— 263 — 


l’auteur, nous avons pu en étudier les Ingénieuses dispositions qui per- 
mettent de saisir d’un seul coup d’œil les problèmes les plus compliqués 
de la cosmographie. 

Pendant les observations, l’appareil ne doit être éclairé que par une 
bougie placée au sommet d’une tige fixe. La flamme de la bougie repré- 
sente le soleil. Un mécanisme très-simple fait circuler la terre autour 
de ce foyer, en conservant à la ligne des pôles une direction fixe dans 
l’espace, et l’inclinaison invariable de 66° 32* sur le plan de son orbite. 
La terre parcourt ainsi une courbe excentrique qui figure très-bien 
l’écliptique. Des lettres initiales placées sur le socle de l’instrument et 
un index mobile indiquent les mois de Tannée auxquels correspondent 
les différentes positions de la terre. La petite sphère qui la représente, 
et sur laquelle sont tracés les principaux cercles cosmograpbiqucs, tels 
que Téquateur, les deux solstices et les cercles polaires, est mobile sur 
son axe, et l’angle dont elle a tourné se mesure sur un cadran circulaire 
divisé en heures comme celui d’une horloge. 

Au tooyen de cet instrument, les principales circonstances que la terre 
présente, soit dans son mouvement diurne autour de scs pôles, soit 
dans sa translation annuelle autour du soleil, deviennent sensibles à 
la vue. 

Si, par exemple, on se place au mois de mars, à l’équinoxe* du prin- 
temps, on voit le grand cercle de séparation de l’ombre et de la lu- 
mière passer par la ligne des pôles. La durée du jour serait alors exac- 
tement de 12 heures pour toute la terre, si celle-ci n’avait que son 
mouvement de rotation sur elle-même ; mais à cause de sa translation 
autour du soleil, l’excès de cette durée sur 24 heures va en grandissant 
de Téquateur au pôle nord qui ne rentre plus dans l’ombre jusqu’à 
l’équinoxe d’automne. Pour lui, c’est le grond jour de six mois qui 
commence, tandis qu’il finit pour le pôle sud que la nuit envahit de 
plus en plus à mesure que la terre se rapproche du solstice d’été. 
Lorsque la terre est arrivée & cette seconde position, la lumière enve- 
loppe tout le cercle polaire nord, qui jouit de sa longue journée de 
24 heures, tandis que le eerele polaire sud subit une nuit de même 
durée. Les jours atteignent alors leur maximum de grandeur dans le 
premier hémisphère, et leur minimum dans le second ; c’est l’hiver 
pour celui-ci' et Tété pour celui-là. — A l’équinoxe d’automne et au 
solstice d’hiver, des effets inverses se produisent sous les yeux de 
l’observateur. 

Cet instrument permet également de définir avec précision le jour 
solaire et le jour sidéral, et d’expliquer la cause de leur inégalité; il 




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peut servir aussi à donner une idée du mouvement elliptique de la 
terre et de son influence sur la durée des saisons, ou à étudier les effets 
lents, mais continus de la précession des équinoxes sur la longueur de 
l’année tropique comparée à l’année sidérale. 

Un appareil supplémentaire, mobile à la main, permet de suivre les 
mouvements de la lune, ses phases, son rôle dans les éclipses de soleil, 
et les circonstances dans lesquelles elle s’éclipse elle-même en péné- 
trant dans le cône d’ombre de la terre. 

Une notice écrite avec clarté donne tous les détails nécessaires pour 
faire usage de l’appareil. Il est un point, cependant, sur lequel nous 
différons complètement d'opinion avec M. Tremescbini; mais comme 
il ne s’agit que d’une question purement théorique sur le mouvement 
de rotation de la lune, et que sa solution, quelle qu’elle soit, ne sau- 
rait rien enlever au mérite du nouveau planétaire , il nous suffit de 
mentionner ici cette réserve. 

En résumé, nous pensons que cet appareil sera très-utile dans toutes 
les écoles, et nous souhaitons que notre Société contribue pour sa part 
i le faire connaître, en le distribuant en prime aux instituteurs qui au- 
ront mérité des récompenses dans ses concours. 

E. Blondeau. 


BIBLIOGRAPHIE . 

Notice historique sur Belllère», 

PAS V. VAYSS1ERE, MEMBRE CORRESPONDANT, 

Voici un jeune écrivain qui, de fait, sinon d’intention, nous apporte 
un excellent exemple, et dont Poligny, notamment, est invité à faire 
grandement son profit. Parmi ses habitants, en effet, combien compte- 
rait-on de gens assez favorisés de la naissance et de la fortune, pour se 
procurer et lire à loisir les deux gros volumes in-folio du glorieux his- 
torien de Poligny, M. Chevallier? A défaut de l’ouvrage complet, en 
existe-t-il du moins, à leur service, une analyse substantielle, propre 
à leur fournir une notion générale du passé d’une ville, dont iis 
s’honorent pourtant d’avoir eu l’enceinte pour berceau? Aucune de 
spéciale. 

Dans les derniers jours de son existence, cette regrettable lacune 


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— 267 — 

blessait l'esprit juste et le sens droit de M . Cbevassu, et, comme s'il 
eut pressenti sa ûn prochaine, il s'occupait sérieusement des moyens 
de remplir ce vide, parla réunion, à rHôtel-de-Ville, des matériaux épars 
pour être ensuite confiés à la mise en ordre et à la rédaction d'une plume 
animée de bonne volonté. Celte idée qui, je crois, a reçu un commen- 
cement d'exécution, est- il téméraire d’espérer qu'elle sera reprise par 
son successeur, et, sous ses auspices, conduite à bonne fin! 

Quoiqu'il en soit, la notice sur Sellières semble venir fort à propos, 
ensemble comme stimulant et comme point d'imitation, fcette mono- 
graphie, sans doute, est réduite k sa plus simple expression, mais, sans 
son apparition, qui eût désiré d'en voir le développement? Ignoti nutta 
cupide. De même, sans ccs quelques mots auxquels elle va donner lieu, 
qui eût éprouvé l'envie d'en acquérir la possession? 

Si l'on en croit l'auteur du petit travail dont nous donnons ici l'ana- 
lyse, Sellières n'aurait d'abord été qu'une modeste hôtellerie, sorte de 
caravansérail où relayaient les voitures publiques et où se reposaient les 
voyageurs fatigués. Etabli, toutefois, dans un lieu fertile et agréable, ce 
petit établissement n'aurait pas tardé & devenir qn bourg d'une certaine 
importance. 

Son nom, que M. Vayssière tire de Sella , Sellarium ; les vestiges encore 
existants de plusieurs voies romaines aboutissant è Sellières ; des mé- 
dailles du Haut-Empire découvertes sur son territoire : tels sont les 
points d'appui principaux de cette hypothèse. 

Détruite à la. première ou & la seconde invasion, la modeste bourgade 
se relève avec les Burgondes, et sous la domination de ccs barbares 
civilisés , elle ne tarde pas h acquérir une importance qu'elle n'avait 
jamais eue, même dans le temps ou la civilisation romaine était la plus 
brillante dans- nos contrées. 

Au commencement du xiu®* siècle, Sellières nous apparaît sous la 
domination suzeraine de la famille de Chàlon et sous la domination 
immédiate de la famille de Vienne. Alors ce n'est plus la modeste 
bourgade du temps de Tibère, mais c'est une de ces belles villes féo- 
dales du moyen-âge, telle qu'on en rencontre encore de nos jours dans 
quelques provinces de la vieille Italie. Des ramparts flanqués de tours 
nombreuses, pressent dans leur ceinture les maisons modestes, mais 
gracieuses de ses bourgeois et les manoirs plus riches de ses nobles 
habitants : au-dessus de la cité paisible, se dresse la masse imposante 


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du château des comtes de Châlon. 

En 1233, Jean de Châlon, le Sage, l’enlève à Hugues d f AUigny et la 
transmet à son fils ou plutôt à son petit-fils, Renaud de Bourgogne, 
prince auquel Sellières est redevable de son affranchissement. iJne fille 
de ce prince la reporte ensuite plus tard à la famille de Vienne par son 
mariage avec Guillaume III de Vienne. Le frère de celui-ci fut investi 
à sa mort de tous ses biens. Mais des mains de Guillaume IV, ayant 
passé dans celles de son fils Guillaume V, ce prince prodigue hérita de 
sa fortune, mais non de sa sagesse. De même que son père, il faisait du 
cbâteou de Sellières sa résidence habituelle, et c’est là qu’il se ruina en 
folles dépenses, au profit de la famille de Cbâlon-Arlay. Tels étaient les 
symptômes d’une prochaine catastrophe. 

Déjà sous Jean IV de Châlon, ennemi personnel de Louis XI, Craon 
était venu à la tête des troupes du monarque français faire le siège de 
Sellières et détruire la ville de fond-cn-covnble. Le coup qu’il lui porta 
fut terrible, car elle ne put se relever entièrement. Les comtes de Châlon 
qui, ju6ques-là, n’avaient pas dédaigné de faire son château le lieu de 
leur résidence, le démantelèrent, et, dons leur retraite, entraînèrent les 
familles nobles que leur présence y avait attirées. 

De nombreux incendies achevèrent de l'abattre, et ce n’est que sur la 
fin du xvi?" siècle qu'elle put recouvrer une certaine importanee. Mais, 
presque aussitôt, elle tomba sous les coups du Béarnais, surprise, dit 
Jean Grivel, par les troupes pillardes de la Bresse. 

Dès lors, ce bourg n’est plus que l’ombre de lui-même, et le rôle qu’il 
joue dans les dernières guerres qui précédèrent la réunion de notre 
province à la France est tellement insignifiant, qu’il ne mérite pas une 
mention particulière. 

Après avoir ainsi retracé à grands traits l’histoire proprement dite 
de Sellières , M. Vayssière s’étend sur son administration municipale ; 
il en suit les vicissitudes aux diverses époques, pui6 il finit par appeler 
notre intérêt sur les péripéties de son église et celles de son couvent 
de Cordeliers. 

Nous demandons pardon au jeune écrivain de ne pas entrer dans plus 
de détails, mais notre but est qu’il en soit pris connaissance dans l’ori- 
ginal mémo. 

fl. -G. Clrb, professeur émérite. 

N. B. M. Vayssière est également à la reeberchc des pierres tombales que 


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peut céler notre département; il accueillerait avec un vif sentiment de gra- 
titude les renseignements qu’on voudrait bien lui donner à cet égard. 


Sous ce titre : De la nécessité d'un capital inaliénable pour servir à 
P assistance médicale des campagnes , M. le docteur Guillaumot (de Po- 
ligny), vient de publier dans la Revue médicale de Paris, une intéressante 
étude sur une importante question sociale. 

Faire bénéficier, à leur foyer, les cultivateurs pauvres d’une partie 
des avantages hospitaliers : tel est le problème à résoudre. Il se com- 
pose de deux termes principaux, connexes dans la pratique : élément 
médical et élément financier. 

Ce dernier a pour base les cotisations de la commune et les fonds 
généraux du département, mais communes et département peuvent 
être pauvres ou obérés : de là des ballottements, des tiraillements dus 
aux nombreuses variations des besoins communaux et départementaux ; 
de là une instabilité qui fait péricliter la vie pratique de l’institution 
médicale. 

Il s’agit donc de substituer ou d’ajouter à des ressources aléatoires 
des ressources fixes, assurées; c’est le but qu’il propose à l’initiative. 
L’institution de l’assistance rurale n’est pas autre ebose que l’hôpital à 
l’état de diffusion et d'espacement; or, la charité qui, au moyen-âge, créa 
les hôpitaux peut, s’adoptant à de nouveaux besoins, réaliser cette sorte 
d’hôpital général. 

Si un capital s’organisait avec le denier du pauvre et la grande aumône 
du riche, la commune et l’État le grossiraient de leurs subventions, et par 
leur appui moral, donneraient à cette œuvre le cachet de la pérennité. 

Cette idée humanitaire qu’à courageusement exposée notre confrère 
est une idée d'avenir. Si dans le moment présent elle ne fait pas fortune, 
cela lui arrivera sans doute plus tard. Quoiqu’il en soit, d’ailleurs, du 
sort qui l’attend , elle fait honneur au talent et au caractère de celui 
qui l’a conçue et qui s’efforce de la propager. 

D r Rougbt, membre fondateur . 


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270 — 


POÉSIE. 

Un Dévouement sublime, 

PAR H. BONNEFOÏ, OFFICIER AO 2l m * DE LIGNE, MEMBRE CORRESPONDANT. 

Almez-vou* les uns les autres. 

Sur le vaste Océan que le marin génois 
Osa franchir jadis pour la première fois, 

Un navire entraîné par l’ouragan rapide, 

S’entr’ouvrait fracassé sur un écueil perfide, 

Aux éclats de la foudre et lorsque mille éclairs 
Se reflétaient sur l'onde et sillonnaient les airs ! 

Quelques marins tremblants, oubliés par l'orage, 

Purent seuls échapper aux horreurs du naufrage, 

Dans un canot chétif le dernier d’eux entra 
Lorsque dans l’Océan le vaisseau s'engouffra!.... 

Mais quelle sombre angoisse en leur lugubre joie ! 

Si les flots un instant avaient lâché leur proie. 

Déjà le frêle esquif sous le nombre sombrait : 

La mer comme uu aimant dans son sein l'attirait!... 

Alors la peur atteint jusqu’au plus intrépide; 

Sous les flots soulevés leur regard plonge avide. 

Gomme pour y chercher les affres du tombeau!.... 

L’ange du désespoir plane sur le bateau !.... 

Le découragement s'empare de leur âme, 

Et leurs débiles mains laissent tomber la rame! 

Un de ces malheureux dont l’œil erre au hasard, 

S'agite sur son banc, jette au loin son regard, 

Se dresse haletant, pousse un cri : terre! terre! 

Tous se lèvent d’un bond!.... un espoir éphémère 
A ranimé soudain leur défaillante ardeur! 

Un courage nouveau reconforte leur cœur : 

Ils lancent leur esquif.... hélas! c’est inutile. 

L'onde envahit la barque, elle monte tranquille.... 
Grossit.... grossit toujours/ et son clapottement 
D’une implacable mort annonce le moment! 

Pourtant la vie est là!.... tout près on voit la plage,! 

Il faut si peu d’instants pour toucher au rivage! 

Flots, ne vous hâtez pas, ils atteindront leur but; 

Mort, donne-leur une heure : une heure est leur salut ! 




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— 271 — 


Mais leurs efforts sont vains, la mort est inflexible ; 

Ils invoquent le Ciel, le Ciel est impassible; 

Ils demandent une heure, ils ne l’obtiendront pas ; 
Hélas! rien ne pourra les sauver du trépas! 

Ah! qui nous dépeindra leur atroce agonie! 

Qui pourra mesurer leur douleur infinie! 

Livides de terreur, les yeux mornes, hagards. 

Ils échangeaient entr’eux de lugubres regards. 

Le cœur anéanti, l’âme sombre, oppressée. 

Sur leur lèvre pâlie errait une pensée, 

Un souffle de la mort, un fruit du désespoir : 
L'horreur seule et l'eflroi l’avaient pu concevoir! 

L’un d’eux ose exprimer ce sentiment funeste : 
a Camarades, dit-il, un seul instant nous reste. 

« L’Océan tend les bras, nous allons tous périr, 

« En sacrifice aux flots si nul ne veut s’offrir! 

« Nous allons tous rouler dans le fond des abîmes, 

« Si deux cœurs dévoués, généreuses victimes, 

« De la mer en fureur, apaisant le courroux, 

« Au plus affreux péril ne nous arrachent tous! 

« Vous frémissez du choix que le sort nous impose; 

« Eh bien! que de nos jours le hasard seul dispose : 

« Qu’un numéro fatal nous indique à chacun 
« Qui devra s'immoler pour le salut commun!. .. » 

Le matelot se tait.... Un lugubre silence 
Est la seule répouse au projet qu’il avance! 

Plus d’espoir, c’en est fait; leur esquif va sombrer!... 
Alors on entendit faiblement murmurer 
Des mots presque étouffés. Les voix se rapprochèrent, 
Avec anxiété les regards se cherchèrent : 

Le pacte était conclu, tous ne périraient pas!.... 

Leurs noms sont confondus dans l'urne du trépas. 
Mais afin que le sort décide avec justice; 

Le plus âgé d’entr'eux doit dans ce sacrifice 
Tenir lieu tour-à-tour de juge et de destin; 

Au fond de l’urne seul il plongera la main 
Et dictera l’arrêt.... Quelle voix lamentable 
Peindra de ce moment la scène épouvantable! 

Les malheureux, tremblants., incertains de leur sort, 
Etouffaient leurs soupirs; un silence de mort 
Succédait aux sanglots et planait dans l’espace; 


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— 272 — 


De chaque front tombait une sueur de glace; 

Près de l’urne fatale on les voyait pressés; 

Leurs cœurs 11 e battaient plus. Leurs yeux étaient fixés 
Sur la main qui devait guider la destinée; 

Au hasard des courants la barque abandonnée, 

Dans le gouffre béant allait s’ensevelir, 

Si l’holocauste encor tardait à s’accomplir!.... 


Enfin un nom parait!.... tout le reste soupire, 
On voit le malheureux amèrement sourire; 
Mais jetant vers les cieux un regard résigné. 
Il est prêt à mourir puisqu’il est désigné!,... 


Un cri de désespoir fait retentir l’ablme! 

Le sort vient de nommer la seconde victime. 

Les sanglots l'étouffaient. C était un passager 
Qui n’avait pas encore affronté le danger : 
u Quoi, dit-il en délire, il n’est plus d’espérance! 
a 0 ciel, pourquoi veux -tu m’arracher l’existence.... 

« Je ne veux pas mourir!.... » En ce moment affreux, 
Un vieillard et son fils tout bas parlaient entr’eux. 
L’enfant avait seize ans; il était plein de charmes. 

11 ignorait le mal, les soucis, les alarmes; 

A ce suprême instant son front pur et serein. 

Semblait illuminé par un reflet divin. 

Le vieillard était doux, avait les traits du sage; 

Le calme des vertus brillait, sur son visage; 

En parlant à son bis il semblait radieux; 

Ses yeux pleins de bonté se tournaient vers les cieux. 
Soudain, comme poussés par une main céleste, 

Ils se lèvent tous deux en cct instant funeste 
Où, faisant leurs adieux aux autres matelots. 

Les victimes allaient s'élancer dans les flots : 

« Amis, dit le vieillard, c’est le ciel qui m’inspire, 
u 11 nous a réservé les honneurs du martyre; 

« Le sacrifice amer par nous doit s’accomplir; 

« Vous avez tous les deux des devoirs à remplir. 

« Mais mon enfant et moi nous n'avons sur la terre 
« Personne à consoler, aucun heureux à faire. 

« Notre amour nous tient lieu d’amis et de parents; 

» Quelques instants de plus nous sont indifférents; 

« Puisqu’une même mort aujourd’hui nous rassemble, 
« A votre place, amis, nous nous offrons ensemble : 


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— 273 — 


« Nous périrons contents d’avoir sauvé vos jours, 

« Et nous serons ainsi réunis pour toujours!.... * 

En vain ceux dont la mort doit apaiser Tablmc, 
Repoussent en pleurant ce dévoûment sublime, 

Il est trop tard, hélas! et les flots ténébreux 
Ont englouti déjà les martyrs généreux !.... 
Quelques instants plus tard l’esquif sur le rivage 
Déposa les marins échappés au naufrage. 

Les flots étaient calmés, leurs jours étaient sauvés : 
Un sacrifice amer les avait préservés. . ., 

Avant de s’éloigner de ces plages funestes. 

Ils virent dans les airs deux figures célestes, 
S’élevant lentement au séjour éternel. 

Leurs fronts resplendissaient d'un éclat immortel. 
Un ange les guidait au travers des espaces, 

Et l’auréole sainte illuminait leurs traces,... 


- ÉCONOMIE RURALE ET DOMESTIQUE. 


Conservation des Œufs, 

PAB LE DOCTEUR A. ROUGET (d’aRBOIS), MEMBRE FONDATEUR. 

» La découverte d’un moyen sûr, facile et économique 
de conserver les œufs ou do faire pondre des poules en 
hiver, ne serait certainement pas sans quelque importance 
pour le thérapeutiste..» (Méiut et ms Le* s). 

Toute partie d'une substance organique qui a cessé de vivre se décom- 
pose lorsqu’elle est abandonnée aux influences extérieures; ses éléments 
primitifs se dissocient pour entrer dans de nouvelles combinaisons. 

Pour que la putréfaction ait lieu, il faut : 1° une certaine chaleur; 
2° la présence de Teau, ou 3° celle de l’air ou de l’oxygène. 

C'est sur ces données que reposent les diverses méthodes de con- 
servation de l’œuf, cet aliment d'une haute importance, objet d'un 
commerce considérable, si sujet à s'altérer, et dont la ponte n’a ordi- 
nairement lieu, dans l'année, qu’à deux époques différentes. 

La première chose à faire est de s’assurer de la bonté des œufs que 
l’on veut conserver. A cet effet, quelques personnes touchent, pendant 2 
secondes, les deux bouts d’un œuf avec la langue : si elles éprouvent une 

18 


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impression de froid au petit bout et de chaleur au gros bout, c’est le signe 
de la vie de l’œuf. Il est bon , quelque faible que soit la différence de 
chaleur perçue à ses deux extrémités. Si la température des deux bouts 
est égale, l’œuf est mort. 

M. Delarue (de Dijon) enseigne un autre moyen incomparablement 
plus sûr : 

On fait dissoudre 120 grammes de sel blanc de cuisine dans un litre 
d’eau pure, et lorsque la solution est complète, on y plonge l’œuf dont 
on veut connaître Page. Si l’œuf est d’un jour, il se précipite au fond du 
vase; s’il est de la veille, il n’en atteint pas le fond; s’il a 3 jours, il flotte 
dans le liquide; s’il a plus de 5 jours, il vient à la surface, et la coque res- 
sort d’autant plus que l’œuf est plus âgé. 

Le procédé du chimiste bourguignon repose sur ce fait expérimental 
que, l’œuf exposé à l’air, se décompose et perd de son poids. M. H. Vio- 
lette vient de démontrer à la Société des sciences de Lille qu’un œuf ordi- 
naire, après 3 mois d’exposition à l’air, a perdu 11,40 p.0/0, et apres 6 
mois, 18,10 p. 0/o de son poids primitif. Il est alors à moitié vide et 
exhale l’odeur de la corruption. 

Y a-t-il un choix à faire parmi les œufs à conserver? 

On préférera les œufs pondus par un temps frais , aux mois de mars 
et de septembre : ceux de cette dernière saison se conserveraient durant 
tout l’hiver. 

Si les œufs non fécondés se conservent plus longtemps que les autres, 
il faudrait laisser vivre un certain nombre de poules sans coq. 

Pour une conservation d’un nombre de jours très-limités, on a, et avec 
raison, recommandé de simples précautions : 

Ne mettez pas les œufs dans des caves : ils s’y gâtent et prennent un 
mauvais goût. 

La position de l’œuf a une certaine influence. Recouvrez le fond d’un 
vase ou d’une corbeille de quelques centimètres de cendre, posez-y les 
œufs la pointe en l’air, recouvrez le tout d’une nouvelle couche de cendre 
qui dépasse la pointe de 3 à 4 centimètres; ainsi de suite. Déposez en- 
suite le vase dans un lieu frais et sec. 

On peut encaisser les œufs de la même façon dans un mélange de 
rendre et de sable fin, bien sec ; dans du son , de la sciure de bois ; dans 
un mélange de sel et de son; dans des tas de blé et de seigle; sur des 
lits de son et de paille; dans du sel; dans du chlorure de chaux. Tel 
serait, â ce qu’on affirme , le mode que l’on emploie pour les livrer de 
nos côtes à l’Angleterre, où la France en exporte annuellement pour 
des millions. 




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— 275 — 

Un moyen qui ne laisse rien à désirer lorsque, comme dans un petit 
ménage, l’approvisionnement n’est pas considérable, consiste a jeter les 
œufs frais pondus dans de l’eau bouillante, un peu moins longtemps 
que pour les manger à la coque. En les sortant de l’eau on les enve- 
loppe de sel et on lç£ place daDs un lieu frais. Lorsqu’on en use on les 
fait chauffer dans l’eau bouillante. Au bout de quelques mois, ils sont 
aussi frais, aussi laiteux, aussi agréables au goût que s’ils venaient 
d’étre pondus. Ce procédé repose sur l’interception du contact de l’air 
par la coagulation d'une couche d’albumine. 

11 y a d’autres méthodes basées sur Yobslruclion des pores de la co- 
quille . On a immergé les œufs dans un liquide contenant du vinaigre et 
des jaunes d’œufs; dans des solutions de chlorflrc de sodium et de cal- 
cium; dans de l’eau de cbaux; dans une solution composée d’un kilog. 
de crème de tartre, de chaux vive et d’eau. Ce dernier liquide est recom- 
mandé par un journal scientifique. Le Farmer 9 s Magazine donne la 
recette suivante : 

Versez 4 litres 1 ;2 d’eau sur une livre (500 grammes) de cbaux vive ; 
laissez le mélange s’opérer pendant 24 heures. Procurez-vous des 
œufs aussi frais que possible et placez-les dans l’eau de cbaux ; mettez 
la jarre en un endroit tel qu^ vous puissiez facilement y puiser sans 
troubler l’eau, et vos œufs se conserveront pendant une douzaine de 
mois. 

On a eu recours au vernissage. On aurait avec succès recouvert les 
œufs d’un vernis imperméable à l’eau, de cire, d’une matière gtassc, 
d’une couche de gomme arabique, puis on les aurait roulés dans du 
charbon de bois en poudre; enfin on les aurait revêtus d’une couche 
de plâtre. 

Mais, l’immersion continue dans l’eau de cbaux donne à l’œuf un goût 
particulier et peu agréable; l’eau salée pénètre dans l’œuf; la cendre, 
le son, .la sciure de bois n’empêchent qu’imparfaitement la dessication. 

i Certains vernissages ont été bientôt abandonnés en raison du goût 
et de l’odeur qu’ils communiquaient aux œufs. Néanmoins, le vernissage 
à l’huite pure, conseillé par Réaumur, recommandé récemment par M. 
Dareste die la Chavanne a fixé, par sa simplicité, l’attention de M. H.Vio- 
lette. 11 l’a soumis a la sanction de l’expérience et en a obtenu des ré- 
sultats qu’il est utile de faire connaître. L’œuf enduit d’huile d’œillette 
a perdu, après 3 mois, 2,91 p. 0 /q, et après 6 mois, 4,51 p. 0/o de .son 
poids primitif. L’œuf enduit d’huile de lin ne perdait, dans les mêmes 
conditions, que 2,16 et 3,02 p. 0 /q de son poids primitif. Après ce laps 


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de temps , ils étaient pleins , et donnaient l’odeur et le goût de l’œuf 
parfaitement sain. 

Ainsi, de simples frictions d'huile de lin sur l’œuf , en empêchent 
l’altération pendant un temps suffisamment long. Ce mode facile et effi- 
cace de conservation , préférable aux modes précédemment conseillés 
et pratiqués est-il le dernier mot sur ce sujet? J'avais autrefois tenté 
dans ce but un certain nombre d’expériences avec le collodion ; les suc- 
cès que j’avais obtenus me font vivement regretter de ne pouvoir les 
poursuivre, et m’engagent k recommander l’emploi de cet enduit imper- 
méable à des observateurs placés dans de bonnes conditions d'expéri- 
mentation. 


SÉANCE GÉNÉRALE OU 9 SEPTEMBRE 1869. 

La séance est ouverte & 2 heures, sous la présidence de M. Blondeau, 
Vice-Président, par la lecture du procès-verbal de la dernière séance. 
M. le docteur Légerot, membre du Conseil Général et l’un des fonda- 
teurs de notre Société, s’empresse d’exposer le résultat de la demande 
de subvention adressée à M. le Préfet et au Conseil Général. L’assem- 
blée appcend avec satisfaction que la mission de son représentant n’est 
pas restée infructueuse, que les titres de la Société ont été appréciés, 
et que l’envoi tardif de la demande l’a seule empêchée de prendre part, 
dès cette année, aux subventions accordées par le départementaux 
Sociétés d’agriculture consœurs. Des remerciements sont spontanément 
adressés par tous les membres présents à notre dévoué collègue, qui 
avait bien voulu aussi accepter la délégation de la Société et assister, 
en son nom, à la distribution des prix aux instituteurs. Dans cette 
solennité, présidée par M. le Préfet du Jura, en présence du Conseil 
Général, une médaille d’argent, trois médailles de bronze et trois men- 
tions honorables, qui avaient été mises par la Société k la disposition 
de M. l’Inspecteur d’Académie, ont été décernées aux directeurs et di- 
rectrices des cours d’adultes les plus méritants de l’arrondissement : 

Médaille d’argent, à M. Gindre, instituteur à Pont-d’Héry. 

Id. de bronze, k M 11 * Coste, institutrice k Mesnay. 

Id. id. à M lle Janier-Dubry, institutrice k la Cbaux- 

des-Crotenay. 

Id. id. k M. Allard, instituteur à Viltfersfarlay. 

Mention honorable, k M. Vacelet, instituteur à Buvilly. 

Jd. à M. Jacquet, instituteur à Crotenay. 


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Mention honorable, à M. Cille, instituteur à Lemuy. 

Chacune des mentions honorables était en outre accompagnée d’un 
don de livres. 

Il est procédé ensuite au dépouillement de la correspondance : 

• Correspondance manuscrite. — D’Aire-sur-îa-Lys, à la date du 15 
août, notre compatriote, M. Tamisier, nous écrit : 

« J’ai l’honneur de tous présenter comme membre correspondant un 
de mes jeunes collègues, M. Ernest Breton, médecin aide-major de i r * 
classe au 13 mo de ligne, à Aire. J’offre en son nom à la Société, la thèse 
présentée par lui à la Faculté de médecine de Strasbourg et soutenue 
publiquement le vendredi 3 mai 1861, pour obtenir le grade de doc- 
teur en médecine, sur la Bartholinite ou inflammation de la grande 
vulve vaginale . » 

Cette composition, qui se fait lire avec intérêt, même par les per- 
sonnes étrangères & l’art de guérir, et qui attend l’appréciation d’une 
plume compétente, se partage en deux parties distinctes : la première, 
traitant le sujet au point de vue de l’anatomie et de la physiologie; la 
seconde nous le faisant successivement parcourir sous ces aspects di- 
vers : étiologie, symptômologie, diagnostic, marche, durée, traite- 
ment, outre une introduction qui trace l’histoire de la maladie, et des 
conclusions qui attestent la fréquence et la gravité du mal, et fe recom- 
mandent à l’attention et à toutes les ressources de la Faculté. 

A la même date, une de nos jeunes correspondantes, M 11 " Clarisse 
Arnoult, nous mande de Blois : Tandis que le canon tonne et retentit, 
je m’occupe k retracer, à votre destination, les dernières lignes d’un 
mémoire en l’honneur de Denis Papin, le premier savant amené par 
ses expériences, non-seulement h concevoir, mais à réaliser l’idée 
d'appliquer la vapeur à la navigation; une des grandes illustrations de 
Blois, guère moins fier de sa naissance que de celle de Louis XI J, le 
père du peuple, et pourtant, semblant l’oublier dans une indifférence 
apparente, mais en réalité sentant accroître ses regrets à chaque heure 
de retard qu’il apporte à consacrer une de ses places, ou une des rives 
de son beau fleuve, par l’érection d’une statue à cette infortunée et 
glorieuse mémoire, témoignage authentique et legs aux siècles futurs, 
de sa pieuse et sincère admiration. 

Il est donné lecture de la lettre suivante, de M. James Boutin : 

« Suivant le désir que m'en a exprimé M. Blondeau, votre Vice- 
Président, j’ai l’avantage de vous aviser que j’ai remis au chemin de 
fer, à votre adresse, un baril de mon engrais portant le numéro 21924, 


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dont je vous prie de faire Fessai, en vous conformant au prospectus que 
je vous adresse ci -inclus. 

« Vous recevrez aussi une brochure dans laquelle je vous prie de lire 
particulièrement, à la page 79, le rapport de M. Mervau, Président du 
Comice agricole de Saint-Gilles-sous-Vie-Vendée. Cet honorable pro- 
priétaire m’achète tous les ans, depuis i862, pour 1500 fr. d’engrais, 
et vous verrez ce qu’il en pense. 

« M. Blondeau manifestant aussi le désir d’avoir un échantillon pour 
votre musée, vous voudrez bien emplir un petit flacon après avoir 
bien agité le baril, ce qu’on doit toujours faire chaque fois qu’on prend 
du liquide. » 

H est également donné lecture du rapport de M. Mervau, signalé 
dans la lettre précédente. Après quelques observations de M. Blondeau, 
qui se propose de les reproduire avec plus de développements è la pro- 
chaine séance agricole, l’assemblée décide que l’engrais Boutin sera 
expérimenté concurremment avec l’engrais chimique, et distribués tous 
deux aux cultivateurs qui paraîtront le plus aptes à rendre exacte- 
ment compte de leurs essais. 

M. Merle, membre correspondant, remercie la Société du diplôme 
qu’il a reçu, et en des termes qui lui donnent, à son tour, des droits à 
toute notre reconnaissance : 

« Les expressions trop flatteuses par lesquelles vous m’annoncez 
cette bonne nouvelle, dit-il , m’exposent à encourir les conséquences 
d’une réputation surfaite, mais en même temps m’obligent à faire tous 
mes efforts pour n’en laisser que modérément baisser le niveau ; toute- 
fois, veuillez me permettre de vous dire combien je suis sensible aux 
sympathiques saluts de bienvenue que vous m’adressez au nom de mes 
nouveaux collègues. » 

Ces paroles ne devaient pas tarder à prendre un corps et une âme dans 
un don très-gracieux : Le Traité élémentaire d'agriculture , par MM. 
Girardin et Dubreuil, en 2 volumes, hommage à notre Compagnie, au- 
quel elle est vivement sensible. 

Correspondance imprimée. — Ministère de l’agriculture : Sur le bu- 
reau sont déposés des documents dont il est pris connaissance : Ainsi, 
prospectus des Concours généraux qui doivent avoir lieu â Paris, au 
Palais de l’industrie, en février 1870 : Concours d’animaux gras, de 
volailles vivantes et mortes; de grains, graines, racines et plantes four- 
ragères; de fromages et beurres; d’instruments et de machines agri- 
coles. Sur la décision de l’assemblée, il sera publié un extrait de ces 
documents, pour être communiqué aux cultivateurs qui, sans faire 


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- 279 — 


partie de la Société, assistent habituellement aux séances agricoles. 

Société protectrice des animaux. Comité des récompenses pour 1870. 
Cette année, comme celles qui l’ont précédée, la Société distribuera 
des récompenses à toutes les personnes qui, à titres divers, se seront 
montrées bonnes et compatissantes envers les animaux. 

Association française contre l’abus du tabac, autorisée par décision 
de M. le Préfet de police, en date du 11 juillet 1868. 

Cette Association vient de changer le format de son Bulletin et nous 
adresse les deux premiers numéros de 1869; dans ce format ainsi mo- 
difié, tel le recueil paraîtra tous les trois mois, par eahier de deux ou 
trois feuilles. 

Les deux premiers numéros que nous avons sous les yeux abondent 
en détails pleins d’intérét, notamment V Abjuration d'un fumeur t les 
Effets du tabac sur la mémoire . 

Le Secrétaire-Général de l’Association , M. E. Dccroix, veut bien 
nous faire hommage, de son côté, d’un second exemplaire (2* édition), 
de son opuscule écrit dans le même esprit : L'Ami de la maison , entre- 
tiens sur l’hygiène. 

Appel aux poètes. 4 e concours poétique ouvert à Bordeaux sous les 
auspices de notre jeune correspondant, M. Evariste Carrance, Président 
d’honneur des Sauveteurs de Saônc-ct-Loire, du midi de l’Italie, mem- 
bre de l’Institut de Genève, etc. 

« Répandre l’instruction, éclairer les masses, ennoblir l’esprit, puri- 
fier le cœur, tel est le but que nous voulons atteindre. Que tous, 
grands et petits, nous aident dans l’accomplissement de cette œuvre 
humanitaire. » 

Le 4 e Concours, ouvert à partir du 15 août, sera clos le l ec décembre 
1869. 

En voir les conditions au bureau des archives de notre Société. 

Ancienne Tribune lyrique (hebdomadaire). Ce recueil poétique de 
Micon, dans la collaboration duquel nous comptions et continuerons u 
compter plusieurs correspondants de notre Société, après une existence 
de six ans et quelqu’inlervallc d’interruption, vient de reparaître sous 
ce titre : 

La Revue contemporaine , revue de l’alliance fédérative des lettres, de$ 
sciences et des arts, sous cette épigraphe : Chacun pour tous , tous pour 
chacun . ,, 

La nouvelle enseigne, moins spéciale, offrira des proportions plus 
larges et plus en rapport avec le genre de sa publication, laquelle, sans 
fermer ses colonnes à la poésie, sera sans contredit, par la variété de 


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— 280 — 


ses articles, une véritable encyclopédie. 

Quant au programme de la Tribune contemporaine , il sera le même 
que celui de la Tribune lyrique , c’est-à-dire que toutes les opinions 
honnêtes et convaincues pourront s’y produire, pourvu qu’elles soient 
exprimées avec talent, et, en ce moment, du moins, sans préjudice de 
l’avenir, renfermées dans les limites assignées aux revues non politi- 
ques. Même aussi sera son but : la décentralisation intellectuelle. 

Dès lors, appel fait à quiconque se sent un peu de talent, et le désir 
d’attacher à son nom une modeste auréole, de concourir à cette œuvre 
éminemment philosophique. 

Se mettre en rapport avec M. J.-M. Démoule, l’ancien et nouveau 
directeur, au bureau de la Revue, rue Ph. Laguichc, 51. 

Lectures à l'ordre du jour : De M. le docteur Descieux : Enseigne- 
ment de l’Hygiène, sa nécessité dans toutes les Ecoles de tous les 
degrés. — De M. le docteur Chereau : La Galerie de Portraits de l’an- 
cienne Faculté de Paris. De M. le docteur Rouget : Etymologie du 
nom propre Trousseau. — De M. Vayssière : Notice historique sur 
Sellières (de cette dernière publication, analyse par H. H. Cler). 

Avec l’admission de M. Ernest Breton, mentionnée plus haut, ont 
été admis comme membres correspondants : M. Hadery, ingénieur à 
Paris, et M. Guinchard, professeur à Saint-Amour. 

La séance est levée à 4 heures. 

Le Secrétaire-Général , H. -G. Cle*. 


AGRICULTURE. 

l^e Blé hybride Galland et l’Avoine 
de Sibérie* 

En dehors des lois de la culture, de la connaissance de la terre, des 
principes qu’elle doit renfermer en quantité suffisante, il y aurait une 
étude très-intéressante à faire et qui, je le crois, a été inexploitée jus- 
qu'à présent. L’appropriation des especes aux terrains différents, et le 
choix à en faire pour chacun de nous, eu égard à son milieu. 

U y a là, en dehors des conditions chimiques que je n’ai pas à consi- 
dérer ici , le côté physique des plantes qui s’accommoderont plus les 
unes que les autres de telle situation, de telle terre. 

Pénétré de ces faits, j’avais entrepris une série d’études de cc genre, 
et après avoir essayé comparativement toutes les sortes de blé, même 


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— 281 — 


celui des Pharaons, j'en étais arrivé à n'en distinguer aucune : toutes 
devenaient presque également belles, toutes versaient, et le choix n’é- 
tait réellement guidé par rien. 

J’en étais là, lorsque le hasard me fit lire une annonce d’un certain 
blé hybride Galland. 

Je pris dès informations sur la provenance, la fixation de l’espèce, 
les procédés culturaux employés pour l’obtenir, afin d’avoir les élé- 
ments d’appréciation nécessaires pour m’expliquer les rendements de 
80 et 60 hectolitres à l’hectare annoncés par le vendeur. 

L’expérience seule pouvait m’instruire , et moyennant un prix peu 
agricole , 120 francs, j’obtins un hectolitre de ce blé, qui n’était pas 
même criblé. 

Le procédé était commercial peut-être, mais le déchet de 10 p. 0 /q que 
j’obtins au nettoyage, portant le prix de revient à 132 fr. l’hectolitre, 
je commençai à redouter une mystification. 

A tort ou à raison, j’augurai mal de l’avenir, et au lieu de semer ce 
blé dans une bonne terre, je le fis placer sur un morceau de 8,800 mèt. 
carrés, le long d'une futaie de vieux chênes, dont les racines parcou- 
raient complètement le sol. Le 10 octobre 1866, le blé était en terre 
dans les conditions suivantes : 

Calcaire exclusivement de fertilité inférieure, diminuée par l’absorp- 
tion des racines des chênes contigus, deux labours, pas de fumure, 
autre que le reliquat laissé en 1866 par une culture de vesce d’hiver 
sur engrais chimiques; somme toute, mauvaises conditions. 

L’hiver 1866-67 fut pluvieux, le printemps le fut davantage. 

Au mois de février, la pièce présentait l’aspect d’une véritable prai- 
rie : avoines folles, agrostis, phlox, rave sauvage, occupaient la terre 
concurremment avec un blé à feuilles larges, il est vrai , mais qui ne 
présentait rien d’extraordinaire. 

Ne pardonnant pas à ce dernier le prix qu’il m’avait coûté, je ne le 
fis point sarcler; la fin de mars arriva, et c’est de ce moment que com- 
mença ma surprise. 

Le blé prenant brusquement son essor, dépassa, du 10 au 26 mars, 
de 0,48 cent, le niveau des plantes adventices; je constatai un tellement 
de 17 à 18 tiges à épis sur la même souche ; les feuilles, d’un teint noir, 
avaient de 0,017 mill. à 0,023 mill. de largeur. 

Bref, une apparence de vigueur que je n’avais jamais constatée sur 
aucune espèce. 

Je me pris à regretter mon manque de soins, et lorsqu'avril arriva, 
au moment de rouler, les pluies vinrent avec une telle persistance que 


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— 282 — 


je ne pus le faire que dans les premiers jours de mai. 

Ce travail fait, j’en vérifiai le résultat. 

La bauteur des mauvaises herbes m’avait caché l’état du pied, et je 
constatai que j’avais eu le plus grand tort de rouler et que 0,30 cent, 
au moins de chaque tige était couché à plat. 

Vers le 15 mai, les épis se montraient les uns barbus, les autres sans 
barbes. 

La croissance de la tige était constante, et je constatai à cette époque 
une hauteur moyenne de 1 m. 70 cent. 

A la fin de juin, le champ présentait un aspect splendide. 

Les épis avaient en moyenne de 10 à 14 cent, de longueur, avec six 
rangs de grains. 

La croissance verticale s’arrêta là, et les premiers jours de juillet 
ayant été très-chauds, le 12 je faisais couper le blé qui était déjà devenu 
la proie des oiseaux depuis le 6. 

Pendant trois jours je le laissai en javelles ; le 15, il était lié et me 
donnait 426 gerbes. 

Le 20, il était battu et rendait pour 90 litres semés : 

1° 290 gerbes de paille de 15 kilog., soit 4,350 kilog. 

2° 111 doubles décalitres, chiffre auquel il convient d’ajouter 7 dou- 
bles mangés par les oiseaux et 4 doubles provenant des ràtelures du 
champ après l’enlèvement de la récolte. Soit donc 111 et 11 = 122 
doubles. 

Passés au tarare, les 115 doubles en laissèrent 108 net, en négli- 
geant les 7 doubles disparus par le fait des oiseaux. 

Ce chiffre correspond donc à un rendement de 130 doubles à l’ar- 
pent, ou 195 doubles à l’hectare, et en paille 5,270 kilog. à l’arpent 
ou 7,895 kilog. à l’hectare. 

Nos blés de Saint-Laud, cultivés à côté de celui-ci et sur une surface 
égale, ont rendu : 

A l’arpent, 41 doubles de grains et 2,004 kilog. de paille. Les oura- 
gans de la mi-juin l’avaient roulé à plat, bouleversé en tout sens, tandis 
que son voisin s’était incliné pendant deux jours 4 puis s’était com- 
plètement relevé , malgré le vent , la pluie, les mauvaises herbes et le 
rouleau. 

J’avoue que ccs résultats me parurent prodigieux, et pour compléter 
mon expérience, je voulus le soumettre au moulin en concurrence avec 
le blé de Saint-Laud. 

Je fis donc nettoyer rigoureusement les meules, les tamis, et je fis 


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— 283 — 


moudre sous mes yeux un hcctol. de S*-Laud, qui pesait 75 kil. 

J’en ai retiré : 

50 kil. Fleur. 

5 kil. 5 Recoupes. 

17 kil. 8 Son. 

1 kil. 7 Perte. 

75 kil. 

Je fis ensuite nettoyer à fond tout le moulin, et après avoir vérifié 
moi-méme la netteté de tous les organes, je fis moudre 1 hectolitre de 
blé hybride du poids de 75 kil. 700. 

J’en récoltai : 

60 kil. Fleur. 

4 kil. 7 Recoupes. 

9 kil. 5 Son. 

1 kil. 5 Perte. 

75 kil. 7 

En tenant compte de tous ces différents résultats, j’obtins donc les 
rapports suivants : 

Le blé de Saint-Laud a été au blé hybride, récolte 1867 : 

: : 1 ; 3,41 comme grain. 

: : 1 : 2,62 comme paille. 

: : 1 : 1,20 comme rendement en fleur. 

:: 1 : 4,10 comme rendement total de farines, eu égard au 
rendement total en grains. 

: : 1,86 : 1 comme son. 

: : 60 : 72 comme rendement en pain, pour 50 kil. farine et 60 

kil. hybride. 

Ou bien pour résumer tous ces rapports en un seul , un arpent de 
blé de Saint-Laud eût donné 410 kil. fleur, tandis que l’hybride eût 
donné 1,560 kil.; ou bien en pain, le Saint-Laud eût fourni 492 kil. 
pain , et l’hybride 1,872 kil. 

N’y a-t-il pas là de quoi frapper F esprit d’étonnement? Voici deux 
especes de blé différentes, toutes deux dans une terre moins que 
moyenne et qui utilisent d’une manière si différente la terre en question. 
N’y a-t-il pas là un argument irréfutable en faveur de la thèse énoncée 
au commencement de ce compte rendu? 

J’ai voulu pousser jusque dans ses derniers retranchements la compa- 
raison, et je me suis adressé à la chimie pour savoir dans quelle propor- 
tion variaient les éléments constitutifs. 


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— 284 — 

J’ai trouvé sur vingt et quelques essais une moyenne de gluten (partie 
nutritive) inférieure d’un tiers à la quantité renfermée dans les farines 
dites de première , et d’un quart seulement pour les farines ordinaires 
de consommation. 

J’appliquerai donc ce résultat à ma comparaison finale et je dirai que, 
cultivant un arpent de Saint-Laud, j’aurai 492 kil. pain, tandis que cul- 
tivant un arpent en blé hybride, j’en aurai 1,404 kil. (1,872 kil. diminué 
d’un quart) de qualité nutritive exactement semblable, mathématique- 
ment égale. 

Des rendements supérieurs aux miens ont été obtenus, je le sais, et il 
me restera deux points à vérifier, tous deux de grande importance : 

Dégénérescence de l’espèce comme caractères physiques et comme 
rendement. 

L’expérience et le temps peuvent seuls fournir la réponse à ces deux 
points. 

Cette année encore, je suis certain du maintien de l’espèce. 

Le champ qui porte la récolte présente une hauteur moyenne de 
2 m. 10 à 2 m. 43 ; les épis ont une longueur qui varie de 0 m. 09 à 
Om.14, et le froid a été sans influence aucune sur cette admirable plante, 
la plus rustique, la' plus solide de toutes ses congénères. 

Je compléterai cette notice par les résultats de la récolte corres- 
pondante. 

Il me reste à entretenir les lecteurs des Annales d’une espèce sem- 
blable comme rendement, appartenant à la famille des avoines. 

Un de nos grands cultivateurs de Vaucluse, M. le Marquis de Jocas, 
eut l'obligeance de m’envoyer, en janvier dernier, quatre doubles déca- 
litres d’une avoine blanche, pesant 53 kil. l’hectolitre. 

Cette avoine, semée une seule fois, lui venait directement de Sibérie, 
où elle constitue la base de l'alimentation; elle y est semée indifférem- 
ment comme avoine d’hiver et comme avoine de printemps. 

J’ai semé ces 80 litres dans une superficie d’environ 5,000 m. c., dans 
une mauvaise terre que j’ai soutenue par 200 kil. du guano du Pérou. 

Cette avoine a aujourd’hui I m. 80 de haut. 

Elle a des panicules de Om. 21 de hauteur, couverts de grains de bonne 
apparence. Je ne puis la comparer qu’à l'avoine bilatérale de Hongrie, 
avec cette différence qu’un seul côté porte du grain, ce qui fait que 
comme indication, je l’appellerai avoine unilatérale de Hongrie. 

Cette avoine est bordée d’avoine d’Italie, d’une part, et d’avoine noire 
de Bric, de l’autre, semées en même quantité, même surface, même 


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— 285 — 

fumure; celle dilalic a aujourd’hui i m. 05 de haut, et l'avoine noire 
Om. 61. 

Je suis convaincu que je récolterai 25 hectol. de grains, ce qui confir- 
merait les indications de M. de Jocas, qui a obtenu, la campagne dernière, 
47 p. 1. 

Lors de la maturité et de la récolte, je ferai connaître les chiffres exacts. 

Il me reste, pour terminer, à faire mention d’un essai très-intéressant 
qui est maintenant en cours d’expérience. 

J’ai semé, le 15 mars, 20 litres de hlé hybride , afin de voir quel ré- 
sultat j'obtiendrais. 

Je m’attendais à un échec; au lieu de cela, j’observe la même vigueur, 
les mêmes caractères, le même épi, le même tallement, et aujourd'hui 
1 m. 80 de haut , l’épi de même longueur et jusqu’à onze tiges à épis 
sur le même grain semé. 

Tous ces faits paraîtraient fabuleux si je n’avais pu les prouver comme 
je compte le faire à notre prochaine réunion , où je mettrai mes collè- 
gues à même de vérifier toutes mes énonciations. 

GOUSSABD DB MAYO LL ES. 

Nota. Nous publierons dans le prochain Bulletin le compte-rendu de l’essai infructueux tentâ 
cette année par M. Gindre, sur la culture du blé hybride Galland, qui a donné des résultats si 
satisfaisants dans le département d’Indre-et-Loire. 


CHIMIE AGRICOLE. 

Les renseignements suivants, que nous extrayons d’une lettre de M. 
Isidore Merle , font connaître la cause du renchérissement du sulfate 
d'ammoniaque, et donnent une appréciation de la valeur en acide 
phosphorique , du superphosphate extra, dont on trouvera le prix aux 
annonces. E. B. 

« L'augmentation de prix du sulfate d’ammoniaque' n’est pas aussi 
considérable que vous le supposez, car ce n’était pas 30 f. que se vendait 
ce sel au commencement de l’année, mais bien 39 fr.; la hausse n’est 
donc que de 1 fr. par 100 kilog ; elle est cependant regrettable, mais ce 
qui l’est bien davantage , c’est qu’il est à peu près certain qu’elle ne 
s’arrêtera pas là. Le sulfate d’ammoniaque manque généralement, parce 
que sa production est forcément limitée aux grands centres de popu- 
lation, tels que Paris, Lyon, Marseille et quelques autres villes; déjà 
à Paris son prix est à 45 fr., et il faut renoncer à l’espoir d’une baisse 
jusqu’à ce que l'on ait découvert une nouvelle source d'ammoniaque, la 


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— 286 — 

combinaison de l’azole de Pair, par exemple, mais nous n'y sommes pas 
encore. 

u En attendant, je suis persuadé que le phosphate ammoniaco-ma- 
gnésicn est le seul palliatif à opposer à T insuffisance du sulfate d’ammo- 
niaque , de jpéme que les engrais chimiques ou industriels constituent 
le seul moyen de compenser l’insuffisance notoire des fumiers de ferme. 

« Mais arrivons à la partie principale de votre lettre , celle qui est 
relative à votre appréciation de futilité du phosphate ammoniaco-ma- 
gnésien, au point de vue de V économie. 

« Vos calculs sont très-exacts , mais veuillez me permettre de vous 
expliquer qu’ils sont appuyés sur une base qui l’est moins. 

« Le superphosphate extra contient bien 40 à 48 p. 0/q de phosphate; 
toutefois, il ne faut pas perdre de vue que par phosphate on entend tou- 
jours le phosphate ordinaire ou tribasique , lequel sert d’étalon pour 
évaluer la richesse des superphosphates; ainsi, il pourrait arriver, par 
exemple, que l’on annonçât du phosphate neutre â 110 p. 0/q de phos- 
phate , ce qui paraîtrait matériellement impossible, et cependant, rien 
ne serait plus simple. 

« En disant qu'un superphosphate dose de 40 à 45 p. 0/q de phosphate, 
on veut simplement annoncer que ce superphosphate renferme la quan- 
tité d’acide phospborique correspondant à 40 ou 45 p. 0/q de phosphate 
ordinaire. 

« Par conséquent, voici la véritable composition du superphosphate 
extra, le meilleur marché de tous : 

Acide phospborique (moyenne) . 1 9,600 \ 

Chaux, silice, sulfate de chaux, 1 100 

humidité, matières diverses . . 80, 400 ) 

« Valeur de l'acide phosphorique, 0,76 c. le kilog. 

u Dans les autres superphosphates , l’acide phosphorique revient à 
0,83 c. pour le N° 1 et 0,80 c. pour le N° 2. 

« D’autre part, la composition moyenne du sulfate d’ammoniaque 
est la suivante : 

Ammoniaque .... 24,600 \ Soit azote 20,500 

Acide sulfurique et eau 70,000 ( 100 Prix de revient. 

Matières diverses . „ 4, 500 J 1 fr. 95 c. le kilog. 

a Mais l’expérience m’a démontré que le phosphate ammoniaco-ma- 
gnésicn produit industriellement à la composition suivante : 


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— 287 — 


Acide pbosphorique ...... 33,400 \ 

Magnésie 19 i 

— (ES 1 !" '• '• : : : : : ’••»{ S l0 ° 

Eau et matières diverses 39,630 J 

« Dans ces conditions, voici à combien reviendrait ce phosphate 
double, en prenant pour hase le prix du superphosphate extra et celui 
du sulfate d'ammoniaque. 

Acide pbosphorique . 33,400 à 0,765 25,55) 

Azote 6,640 à 1,95 12,95 j ' 58 > 50 

« Et encore à ce prix de 38 fr. 50 (au lieu de 34 fr.), convient-il 
d'ajouter la valeur de la magnésie à 10 fr. le kilog., soit 1 fr. 90, car il 
ne faut pas perdre de vue que la magnésie joue un rôle important dans 
les céréales, mais je reviendrai plus en détail sur toutes ces questions. 

« Pour le moment , je me borne à vous faire remarquer que l’azote 
est l'élément qui manque le plus, et que toute augmentation de sa 
production, meme à prix égal à celui du sulfate d'ammoniaque, est 
un service rendu à l’agriculture. » * 

I. Merle. 


VITICULTURE. 

A propos de PEumolpe et du Phylloxéra 
vaatatrlx , 

* PAR H. LE DOCTEUR A. ROUGET (d’aRBOIS), MEMBRE FONDATEUR. 

Les plantes cultivées ne végètent pas dans leurs conditions natu- 
relles. Elles se développent dans un état de coercition artificielle qu’elles 
subissent d’une manière différente, mais qui, è la longue, modifie in- 
failliblement leur vitalité : de là, des altérations, des maladies qui leur 
sont inconnues à l’état que j’appellerais volontiers sauvage. De nos 
plantes culturales, la plus déviée, sans contredit, de seè. conditions na- 
turelles, c’est la vigne. De par sa nature, cette plante exotique est un 
arbuste, un arbre grimpant et s'élevant au-dessus des appuis qu’il ren- 
contre; elle est destinée à vivre dans de puissants massifs de végétaux 
au-dessous desquels le sol est sans cesse enrichi par les détritus de 
feuilles et de brindilles qui s'y accumulent. 

Qu’en a fait la culture? Elle l’empèchc de s'élever et la rabougrit 


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288 — 


par des tailles fréquentes et périodiques. Le terrain où l'homme Ta 
plantée, elle doit l’occuper pendant une longue série d’années. Ses 
ceps, disposés en rangs serrés, se disputent le peu de substance orga- 
nique que renferme encore un sol depuis longtemps dépouillé de son 
humus, et ce sol fréquemment remué, soigneusement purgé de toute 
végétation. étrangère, s’échauffe et se dessèche rapidement sous les 
rayons du soleil. La vigne échappe ainsi à la loi d’alternance, ce prin- 
cipe capital de la culture sur lequel repose la théorie féconde des asso- 
lements. 

« 11 faudrait donc, dit M. Naudin, remettre temporairement la vigne 
dans des conditions moins^différentes de l’état naturel, en couvrant le 
sol, pendant un an ou deux, d’un épais manteau de plantes annuelles 
ou bisannuelles, à végétation hivernale, qui, après avoir abrité le ter- 
rain en hiver et au printemps contre la gelée, le soleil et la sécheresse, 
seraient finalement enfouies comme engrais vert. » 

Aux fourrages légumineux : trèfle, luzerne, sainfoin, féverollcs, ce 
savant préfère les plantes de la famille des crucifères : colza, navette, 
radis sauvages, moutardes, etc. 

Les crucifères recommandées contiennent du soufre en quantité no- 
table. Il en reste dans les tourteaux des graines oléagineuses des plan- 
tes de cette famille naturelle. 

Or, un parasite de la vigne, YEumolpe, M. P. Thénard l’a combattu 
avec succès par les tourteaux de crucifères. L’huile essentielle de mou- 
tarde qu’ils renfermaient se décomposait en formant de l’hydrogène 
sulfuré. 

Aujourd’hui les viticulteurs du Midi se préoccupent des ravage* du 
Phylloxéra vastatrix> un puceron qui envahit les racines des ceps. Tous 
les moyens auxquels ils ont eu recours ont été infructueux. Cependant, 
un ancien élève de l’école polytechnique, M. Victor Marchand, recom- 
mande l’emploi de l’acide sulphydriquc , en d’autres termes , de l’hy- 
drogène sulfuré. Son travail a reçu la sanction et les encouragements 
les plus explicites de M. le docteur Jules Guyot, dont la compétence est 
incontestable. 

Ne pourrait-on , en attendant le résultat des expériences qui vont 
nécessairement être instituées , essayer du mode de culture indiqué 
par le savant M. Naudin? Mieux vaut prévenir que guérir. 


POLIGNY, IUP. DE MARBSCHAL. 


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— 289 — 

SCIENCES MÉDICALES. 

LA ME II 

au point de vue médical, 

PAR M. CHONN A U X - D C B 1 S S 0 X , 

Docteur en médecine à Villers-Bocagc (Calvados), merahro correspondant. 


Considérations générales. 

Pour nous aulres médecins , toutes les fois que nous prescrivons un 
traitement quelconque , voici le double but que nous nous proposons : 

Nous cherchons à modifier, soit simplement la vitalité de l’organe 
affecté, par l’action locale et spécifique d’un agent médicamenteux, soit 
l’ensemble de la constitution. 

Pour parvenir à cette dernière Gn, nous agissons soit isolément, soit 
simultanément sur les grandes surfaces d’absorption et de révulsion; 
savoir : la peau et les muqueuses, respiratoire ou digestive. 

Toutes les fois donc qu’on voudra agir sur elles ou par elles, qu’on 
les envisage comme organes d’absorption ou qu’on veuille exercer une 
révulsion sur elles, il faudra les mettre en contact avec des milieux ou 
avec des agents capables de produire l’effet qu’on se propose. 

Là est toute la thérapeutique militante, là est l’unique moyen de chan- 
ger temporairement leur mode d’action et d’imprimer une direction 
nouvelle à leur vitalité. 

C’est ainsi que l’on voit journellement introduire des agents médica- 
menteux dans l’économie, soit par les voies respiratoires, sous forme de 
gaz ou vapeurs, à l’aide de fbmigations, soit par les voies digestives, sous 
des formes très-variées, soit enGn par la peau, en mettant pendant un 
temps plus ou moins long tout ou partie de cet organe en rapport avec 
les agents que je signale. Ils seront excitants ou sédatifs, toniques ou 
débilitants , selon l’effet qu’on aura en vue d’obtenir, et celte action 
pourra ou se borner à l’application matérielle de l’agent, d’une manière 
toute limitée, selon sa nature, ou bien réagir, par l’intermédiaire de 
sympathies qu’il éveille, sur des organes plus ou moins éloignés. 

Telle est l’action des bains en général , et leurs propriétés et leurs 
effets varient suivant la nature du milieu où l’on a plongé tout ou partie 
du corps. 

Un exemple nous fera mieux comprendre. 

iü 


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- 290 — 


Supposons, en effet, qu'un bain simple, tiède, à la température ordi- 
naire dc+0,28 à 33° centigrades soit prescrit, examinons les phéno- 
mènes physiques qui se passent pendant l'immersion du corps dans 
l’eau. 

D’abord la peau, en vertu des propriétés de ses éléments organiques, 
absorbe une portion du liquide aqueux. Elle se détend, s’assouplit; il s'y 
passe, en un mot, un véritable phénomène d'imbibition qui bientôt se 
convertit en un phénomène d’absorption, sans que nous ayons à nous 
préoccuper ici de la manière dont elle se fait, et que ce soit par l’inter- 
médiaire du système lymphatique ou du système veineux, ou par l’ac- 
tion combinée de ces deux systèmes. 

Là n’est pas la question : nous ne voulons que constater le phéno- 
mène de l’absorption, et elle est hors de doute, puisqu’il est démontré 
par les faits , malheureusement trop nombreux , qu’on peut éprouver 
tous les accidents de l’empoisonnement par suite de l’immersion du 
corps, ou même d’une de scs parties, dans un liquide contenant en dis- 
solution ou en suspension , des substances vénéneuses. Mais revenons 
à notre sujet. 

L’eau du bain tend en même temps, en raison de sa température, 
incessamment à se vaporiser et à charger l’air ambiant de principes 
aqueux, de sorte qu’à chaque inspiration s’introduit encore dans l’éco- 
nomie, au moyen de l’absorption pulmonaire, une certaine quantité de 
vapeur d’eau. 

Le bain exerce donc là une double action. 

Elle se retrouvera de même, si le liquide que jusqu’ici nous avons 
supposé simple, est chargé de principes médicamenteux susceptibles 
d’être tenus en dissolution , vaporisés et conséquemment absorbés en 
même temps que le liquide; et s’ils sont de nature à exciter la peau, à 
agir sur elle d’une manière révulsive , l’on voit qu’une action double 
aura été produite et que le principe aura agi de deux manières à la fois. 

On pourra me faire ici une objection : 

Le plus souvent, les bains de mer seront pris froids ou frais, et l’action 
du froid étant de resserrer les tissus, de les crisper, produit surtout cet 
effet sur la peau et doit diminuer de beaucoup sa faculté absorbante. 

J’en conviens; mais, à l’action du froid, au refoulement des fluides, 
qui en est la suite, ne tardera pas à succéder la réaction, dont l’énergie 
sera toujours en raison directe de l’action qui l’excite. C’est à ce moment 
surtout , je pense , que l’absorption se fait , et elle sera d’autant plus 
active que la peau aura été plus énergiquement stimulée par l'agent. 
C'est pourquoi, comme on le verra par la suite, le baigneur doit prendre, 


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— 291 — 

à la sortie du bain , quelques précautions spéciales que je décrirai en 
temps et lieu. 

Mais en admettant que cette objection fut réelle, et je crois y avoir 
suffisamment répondu, resterait toujours, dans tous les cas, l'absorption 
pulmonaire qui, à elle seule encore, serait capable de produire une 
grande partie des effets que nous aurons occasion de signaler plus tard. 

Des bains en général. 

La question des bains, envisagée d'une manière générale, a déjà été 
tant et tant de fois traitée par tous les auteurs qui se sont spécialement 
occupés d’hygiène, surtout par MM. Rostan et Charles Londe, qu’il n’y 
a en vérité rien de nouveau à dire à leur sujet. 

Nous nous bornerons donc à présenter à leur occasion, et en partie 
d’après les idées de ces savants si distingués , des considérations fort 
abrégées que nous réduirons aux suivantes : 

On entend communément par bain, en hygiène et en médecine, en 
prenant ce mot dans sa stricte acception, l’immersion du corps ou d’une 
partie du corps dans l’eau. 

Ce sont les bains simptes , généraux ou partiels , mois on a, en théra- 
peutique particulièrement, appliqué la même dénomination à l’immer- 
sion dans l’eau vaporisée (bains de vapeur ), dans d’autres liquides que 
l’eau, ou dans l’eau chargée de différents principes (bains médicamen- 
teux, bains (Féaux minérales , bains de mer); à Vappliealion de diverses 
substances sèches ou humides, à une température variable, à une plus 
ou moins grande surface du corps (bains de sable , bains de marc.de rai- 
sin , etc., etc.); enfin, dans d’autres cas, à réchauffement de l’atmos- 
phère dans laquelle on fait séjourner le corps (bains d'étuve, bains de 
chaleur), et même à l’exposition des mêmes parties dépouillées de vê- 
tements à l’air libre (bains d'air). 

Nous ne nous occuperons ici que des bains liquides, généraux ou par- 
tiels, et de leur action sur l’économie. 

Quelle que soit leur température, les bains produisent sur le corps des 
effets communs. Nous allons les énumérer : 

i* Ils forment , autour du corps de l’homme , une atmosphère plus 
pesante, plus dense que l’air, et qui présente, dans une étendue déter- 
minée , un plus grand nombre de molécules au contact du corps; c’est 
pour cela, et à cause de sa capacité plus grande pour le calorique, 
qu’à une température égale l’eau nous fait éprouver, à un plus haut 
degré que l’air, les sensations de chaud et de froid. La soustraction ou 


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— 292 — 

l’addition du calorique se fait donc beaucoup plus rapidement dans l’eau 
que dans l'air. 

C’est sans doute cette meme densité de l’eau qui fait éprouver, à cer- 
taines personnes, une espèce d’oppression à l’épigastre, et les empêche 
de prendre des bains entiers. 

Ajoutons néanmoins , en passant , que cette oppression épigastrique 
est plus fréquemment produite par la sensation à laquelle donne lieu 
la température de l’eau. 

2° Les bains empêchent le contact de l’air sur la peau et s’opposent, 
pendant l’immersion, aux phénomènes d’ailleurs peu connus, de la dé- 
composition de ce fluide. 

3° Les bains fournissent à l’économie, parle moyen de l’absorption, 
plus ou moins d’eau, suivant leur température. 

4° Les bains agissent encore par la sensation que déterminent les 
diverses températures auxquelles ils sont pris. 

Les bains liquides peuvent être pris à la température chaude , tiède, 
fraîche et froide . 

Le bain chaud devrait être celui dont la température excède -j- 35* 
centigrades. 

Nous prévenons pourtant que, pour nous conformer à l’usage, il nous 
arrivera souvent de donner cette dénomination au hain tiède ou tem- 
péré, et que, lorsque nous voudrons parler du bain excédant sa tempé- 
rature, nous dirons bain très-chaud. 

Nous entendrons par bain tiède, ou mieux, tempéré , celui qui est 
donné à une température entre 28 à 35° centigrades. 

Nous appellerons bain frais celui qui sera pris à la température 
moyenne de l’eau des rivières ou de la mer pendant l’été, alors qu’elles 
sont chauffées par les feux du soleil , c’est-à-dire arrivées à un degré 
variable entre — f— i5 à 25° centigrades. 

Enfin , nous réserverons le nom de bains froids à ceux dont la tem- 
pérature sera inférieure à + 15° centigrades. 

Effet des bains sous le rapport 
de leur température. — Du bain très-chaud. 

Les effets des bains varient selon la température à laquelle on les 
prend. Nous allons les passer successivement en revue, en les divisant 
en effets primitifs et en effets consécutifs. 

Nous ne dirons que peu de chose du bain très-chaud, ainsi que nous 
l’avons défini, c’cst-à-dire de celui qui peut être pris au-dessus de la 


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température que nous avons assignée comme maximum du bain tem- 
péré (+ 35° centigrades au plus). 

A un degré plus élevé, le bain n'est plus un moyen hygiénique; il 
ne peut et ne doit plus être employé , sauf des cas extrêmement rares 
et spéciaux, et qui rentrent lout-à-fait dans le domaine d’une théra- 
peutique spéciale, que par suite de la prescription et sous la surveillance 
immédiate du médecin. 

Pris intempestivement, ils peuvent déterminer les accidents les plus 
funestes, tels que des congestions rapidement mortelles; mais, ne nous 
occupant ici des bains que d’une manière générale et comme moyen 
hygiénique, nous ne nous appesantirons pas davantage sur les effets du 
bain très-chaud. 

Nous ne dirons de même que peu de choses du bain froid, c’est-à-dire 
de celui pris à une température au-dessous de -f- 10 à 15° centigrades. 
Ce bain est plutôt douloureux qu’agréable , et partant cesse d’être un 
moyen hygiénique, du moins dans nos climats tempérés. 

Pourtant, nous ne pensons pas que son emploi , pour certaines per- 
sonnes au moins chez lesquelles il ne déterminerait pas une sensation 
par trop pénible , dût entraîner pour l’économie des accidents aussi 
graves que ceux que Ton pourrait observer à la suite du bain trés-cbaud. 

Du bain tiède ou tempéré. — Ses effets. 

Nous avons dit ce qu’on doit entendre par bain tiède ou tempéré. Les 
effets primitifs de ce bain sont les suivants : 

Au moment de l’immersion, sensation de chaleur douce et agréable, 
perçue à la surface du corps, et qui semble se répéter dans les viscères; 
expansion des liquides de l’économie , imbibition et gonflement de la 
peau qui s’assouplit, s’adoucit et devient plus impressionnable, et dont 
les débris épidermolques se détachent et viennent flotter à la surface 
de l’eau : ralentissement des battements du cœur et des mouvements 
respiratoires; état de calme qui finirait par conduire doucement au 
sommeil pour peu qu’on y fût disposé. 

Pendant le bain, néanmoins, quelques fonctions paraissent augmen- 
ter d’activité; l’absorption cutanée et secondairement la sécrétion rénale 
sont dans ce cas; au moins Falconnet prétend, d’après ses expériences, 
qu’un adulte peut absorber dans un bain environ 1500 grammes d’eau 
par heure. 

Ce qu’il y a de positif, c’est que, pendant l’immersion, le besoin d’u- 
riner se manifeste ordinairement plusieurs fois, et que l’urine excrétée 
est claire et limpide. 


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— 294 — 


Les observations de M. Dutrochct, sur l’endosmose, donnent une ex- 
plication satisfaisante de ces divers phénomènes. 

Quant aux effets consécutifs de ce bain, ils sont calmants et relâchants; 
il délasse parfaitement et mieux que le bain froid. On sent , après en 
avoir fait usage, toutes les fonctions s’exécuter, sinon avec plus de force, 
du moins avec plus de liberté et d’aisance. 

Répétés trop souvent, à moins de circonstances spéciales, ces bains 
deviennent débilitants et finissent par énerver les forces. 

Du bain frais . — Ses effets . 

Nous rappellerons ce que nous entendons par bain frais , ce sujet 
devant nous occuper spécialement dans la majeure partie de ce travail. 

C’est celui qui est pris à la température de l’eau des rivières ou de 
la mer pendant l’été. 

Peut-être trouvera-t-on que nous avons assigné à ces bains une li- 
mite de température bien élevée en leur fixant celle de -f- 15 à 25° 
centigrades. 

Tel est pourtant le résultat des nombreuses observations thermomé- 
triques auxquelles je me suis livré à ce sujet. 

En effet, répétées presque quotidiennement pendant plusieurs années, 
depuis la moitié du mois de juin jusqu’à la fin de septembre, c’est-à-dire 
pendant une période de trois mois et demi, qui est aussi la saison habi- 
tuelle des bains, ces observations m’ont prouvé que jamais la tempéra- 
ture de la mer, prise à une distance du rivage suffisante pour l’immersion 
complète du corps dans l’eau, jusqu’au col, ne s’est abaissée au-dessous 
de 16% ni élevée au-dessus de -J- 26° centigrades, ce qui donne une 
moyenne, pour la chaleur de l’eau, de -j- 20 à 21°. 

Pendant ee même espace de temps , la température atmosphérique, 
mesurée a l’ombre, a varié de -j- 17 à 25°, prise au moment même de 
mon observation, et j’ai pu me convaincre qu’il y avait presque toqjours 
concordance entre les deux températures. 

Nous aurons prochainement occasion de revenir sur ce sujet, lorsque 
nous nous occuperons de la température de la mer, ou que nous parle- 
rons de l’heure la plus convenable pour prendre le bain'. 

Les effets primitifs du bain frais sont les suivants : 

L’eau, à cette température, détermine encore un certain saisissement, 
une horripilation quelquefois même assez forte, surtout lorsqu’on n’y 
est point habitué et qu’on entre dans l’eau graduellement; car, lors- 
qu’on s’y précipite, on éprouve bien une impression vive et subite de 
froid, mais elle disparnit promptement. 


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Google 



Le bain frais étant pris ordinairement pendant les chaleurs de Télé, 
milite avantageusement contre l’influence débilitante de cette saison. 
L’exhalation ne s’exerce pas , ou ne s’exerce que fort peu dans cette 
sorte de bain, d’ou il résulte peu de pertes de ce côté. 

Cette fonction est en partie remplacée par les urines qui semblent 
alors être plus activement sécrétées, par suite <lu refoulement des li- 
quides à l’intérieur, à en juger au moins par le besoin plus fréquent de 
leur émission, qui ne tarde pas a se manifester. 

L’appétit est peu prononcé tant que l’on séjourne dans Peau, la soif 
aussi ; il est même de remarque que si la soif existait au moment de 
l’immersion, elle disparaîtrait bientôt. L’eau de mer, absorbée de celte 
manière, produit sur nos organes absolument le meme phénomène. Je 
l’ai souvent éprouvé par moi-même, et des relations nombreuses et au- 
thentiques de voyageurs dignes de foi qui , pendant une trop longue 
traversée, manquant d’eau douce, ayant usé de ce moyen pour se dé- 
saltérer, ne laissent aucun doute h cet égard. 

Je me souviens qu’en 1842, en revenant des grandes Indes, le navire 
sur lequel j’étais venant à manquer d’eau douce après une traversée 
de 7 mois 1/2, l’ordre fut donne aux matelots et à un grand nombre de 
passagers de prendre des bains d’eau de mer chaque jour, afin de se 
désaltérer sous les feux brûlants de l’Equateur. Le résultat répondit 
pleinement à l’attente des matelots, et la consommation fut bien moins 
considérable. J’ai été témoin de ce fait, aussi je me plais à l’enregistrer ici . 

Si l’on n’exécute aucun mouvement, la circulation se ralentit, la res- 
piration devient plus rare et la calorification générale diminue, ce qui 
n’a' pas lieu aussi rapidement si l’on prend de l’exercice. 

Les effets consécutifs de ce bain sont d’abord sédatifs, puis toniques 
et assez sensibles. On se sent, après son usage, plus fort et plus dispos; 
la contractilité musculaire s’accroît, il semble que les aponévroses, que 
Ja peau soient plus intimément appliquées sur le système musculaire; 
l'appétit est plus vif et la digestion plus facile. 

Rien n’est plus salutaire, en général , que l’habitude de ce bain; il 
fortifie les constitutions faibles, délicates et molles; détruit une foule 
de prédispositions et peut même, h lui seul, guérir certaines affections 
chroniques. 

Pourtant, hàtons-nous de le dire, il peut arriver, suivant les idyosyn- 
crasies, ou les conditions individuelles, que ce bain produise les mêmes 
effets que le bain froid , effets que nous passerons successivement en 
revue. 

Ils pourront encore se produire chez des personnes fortes et robustes, 


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— 296 — 


cl doul le tempérament réclame pourtant l'emploi des bains frais, par 
suite d’un séjour trop prolongé dans l’eau. 

Bien qu’il soit impossible d’assigner, à la durée du bain qui nous 
occupe ici , des limites fixes, et qu’il y ait à ce sujet autant de variétés 
qu’il y a d’idiosyncrasies parmi les baigneurs, on peut cependant poser 
en principe qu’on doit se retirer de l’eau des que le bain commence à 
devenir désagréable. 

Nous aurons, du reste, occasion de revenir sur ce sujet, en .faisant aux 
bains de mer en particulier l’application de ces principes généraux. 
Telle est meme la raison qui nous empêche de nous étendre davantage 
ici sur cette matière. 

(.4 suivre ). 


NOTICE HISTORIQUE 

SUR L’ABBAYE DE ROSIERE» (Jura), 

DE L’ORDRE DE CITEÀUX, 

Par M. M.-B. Prost (de Poligny), ancien élève do l’école des Chartes. 

L’abbaye de Rosières fut fondée par Humbert IU, sire de Salins, en 
l’an 1132, selon l’opfnion le plus généralement adoptée. Le père Cbif- 
flet, dans ses Illustraliones Claudianœ (1), revendique l’honneur de 
cette fondation pour Gaucher III ; mais c’est là une erreur évidente 
de sa part : il confond, ou ne sait trop comment l’expliquer, Humbert 
III avec son fils et son successeur, Gaucher III. Le même historien 
nous apprend qu’au xvu* siècle , sur la foi d’une inscription conservée 
dans l’église dcGoailles, on attribuait a Gaucher l’établissement de trois 
monastères en un même jour, de Rosières le matin, de Goailles a midi 
et de Mont-Saintc-Marie le soir. Accréditée pendant longtemps, cette 
légende faite a plaisir ne peut tromper personne aujourd’hui ; Gaucher, 
en effet, on en a des preuves certaines, fonda Mont-Sainle-Marie en 
1199, Goailles en 1207, et, n celte époque , Rosières comptait déjà plus 
d’un demi siècle d’existence. L’auteur de l’inscription dont nous avons 
parlé aura donc, probablement à dessein et par flatterie, qualifié de 
fondation une simple donation faite à l’abbaye de Rosières par son pieux 
et puissant protecteur. 

Nous sommes au commencement du xn e siècle. En 1130 ou 1131, Hum- 

vl) Bollundistes, 6 juin. 


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bert III, sire de Salins, sur le poinl d’aller faire un péférinage en Terre- 
Sainte, voulant attirer les bénédictions de Dieu sur ce long et dangereux 
voyage, résolut de mettre à exécution le projet qu’il avait conçu depuis 
longtemps, de fonder un monastère sur ses domaines, dans le voisinage 
de la ville de Salins. Animé de cetlc intention , il désigna à Anséric, 
archevêque de Besançon, et à Ponce, abbé de Bellevaux, un vaste ter- 
ritoire appelé Rosières, qu’il voulait consacrera la fondation d’une 
abbaye ; il leur en fit don solennel et les cbargèa de l’accomplissement 
de ses volontés. Ceux-ci s’acquittèrent fidèlement de la mission qui îcur 
était confiée. Ils commencent par faire venir quelques religieux de la 
célèbre abbaye de Morimont, en Bassigny, leur communiquent les in- 
tentions du fondateur et placent à leur tête un pieux moine , cellerier 
de la Charité , du nom de Bernard. Sous sa conduite, les religieux se 
mirent immédiatement à l’œuvre, et commencèrent les bâtiments devant 
former le monastère, tout en défrichant sans relâche le terrain assigné 
à la nouvelle communauté. Humbert III ne vit pas l'achèvement des 
travaux; il revenait de Jérusalem quand la maladie le força â s’arrêter 
à Lausanne, où il mourut, croit-on, en 1133. Son corps fut ramené en 
grande pompe à Salins , et inhumé , selon le désir qu’il en avait cons- 
tamment témoigné, sous le portail de l’abbaye naissante. Gaucher III, 
son fils et son successeur, Comme nous l’avons déjà dit, se conformant 
aux dernières volontés d’un père mourant , fit poursuivre avec ardeur 
les travaux, accrut les possessions de Rosières, lui accorda de nom- 
breux, d’importants privilèges, et prit les religieux sous sa défense 
spéciale. Les seigneurs du voisinage imitèrent cet exemple. Rainaud III, 
comte de Bourgogne, les sires de Vadans, Simon de Neublans, Guillaume 
de Thoire, Bernard de Tramelay et un grand nombre d’autres nobles 
personnages voulurent être les bienfaiteurs de l’abbaye, et, en cette 
qualité, lui assurèrent leur protection et la comblèrent de biens. Leurs 
diverses donations, mais surtout celles d’Humbert et de Gaucher, nla- 
vaient été faites que verbalement, par-devant témoins. Pour plus de 
sûreté, et pour prévenir toutes les difficultés, toutes les contestations 
pouvant naître à l’avenir de ce mode de possession , l’archevêque de 
Besançon, Hùmbert, à la demande de l'abbé Ascelin, consigna dans un 
acte, avec les formes requises et les signes d’authenticité nécessaires, 
les donations faites jusqu’alors à l’abbaye de Rosières. Cette charte, 
de 1135 suivant les uns, de 1136 selon les autres, est trop importante, 
offre trop d’intérêt, pour .que je ne me croie pas obligé de la traduire 
en partie : 

Humbert , par la grâce de Dieu , archevêque de Besançon , à notre 


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— 298 — 


bicn-aimé fils en Notre-Seigneur, Ascelin, abbé de Rosières, à ses frères 
et à leur.s successeurs Nous vous cédons en pleine et entière pro- 

priété le lieu appelé Rosières, que nous a donné Gaucher, fils d’Humbert 
de Salins, en présence du comte Rainaud et d’un grand nombre d’autres 
personnages nobles, clercs et laïques, à savoir : Pierre de Trave, doyen 
de S l -Eticnnc, Hugue, chantre, et Mancgaud, trésorier de S^iean^Olhon 
de la Roche, Etienne et Hugue de Scey, et beaucoup d’autres. Leur 
témoignage prouve que ledit Gaucher a remis entre nos mains ce lieu 
de 'Rosières avec ses dépendances; qu’Humbert, son père, l’avait déjà 
désigné à notre vénérable frère Ponce, abbé de Bellevaux, par-devant 
Robert de Bermont, Gui de Joux, Pierre de Longevillc, Humbert, clerc, 
de Vadans, et en avait fait don à notre prédécesseur de sainte mémoire» 
Anséric, sous l’attestation de toute la cour épiscopale. Ce lieu ou em- 
placement s’étend depuis les sinuosités de la Cuisance jusqu’au bief de 
Brans, et de là jusqu’à Brainans; d’un autre côté, depuis les mêmes 
sinuosités, près du chemin qui conduit à Vaudrey, à travers le bois, 
jusqu’au bief de Burscy. Dans ces limites, le susdit Gaucher a tout aban- 
donné à l’abbaye de Notre-Dame-de-Rosières, et ne s’est rien conservé, 
sinon le droit de faire paître scs porcs. A cette donation, il a joint encore 
le Vienx-Mathenay, depuis la Fonlaine-sous-l’Orme, à côté du chemin 
qui mène à Grozon, jusqu’à la Rochette, de là jusqu’à la Tournelle, et 
de la Tournelle jusqu’à la terre de S l -Jean (d’Autun); d’un autre côté, 
depuis Cbalillon... jusqu’aux prairies (de Grozon?) En outre, il a donné 
aux religieux, dans toute l’étendue de ses terres, la libre jouissance des 
pâturages, des forêts, des eaux et de tout ce qui peut leur être néces- 
saire. Le même Gaucher a cédé à votre abbaye, entre les mains de l'abbé 
de Bellevaux , la terre de Charnay, en présence de Rcnatfd de Trave, 
de Renaud de Joux, chevalier, et de Constantin, maire de la Ferté. Ces 
diverses donations étant restées verbales jusqu’à ce jour, nous les avons 
consignées dans le présent acte, muni de notre sceau. De plus, nous 
vous ratifions et confirmons la possession de tous vos biens et de tout 
ce que par la suite vous pourrez acquérir. Qu’à l’avenir, nul, sous peine 
d’excommunicatibn, n’ose envahir ou dévaster vos propriétés, s’il n’en 
a de nous et de notre chapitre une autorisation spéciale. Que nul n’ose 
exiger de vous aucune dîme.... Que vous et vos successeurs conserviez 
toujours en paix et sécurité toutes les possessions, tous les biens que 
l’abbaye a maintenant et pourra jamais avoir. Que quiconque aura la 
témérité d’enfreindre la teneur du présent acte, s’il ne répare dignement 
sa faute après un premier cl un second avertissement, soit excommunié 
et privé de la participation au Corps et au Sang sacré de Notre Seigneur 


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— 299 — 


et Rédempteur Jésus-Christ, et qu’au jugement dernier, il éprouve la 
juste sévérité du Dieu Tout-Puissant. Qu’au contraire, ceux qui vivront 
avec vous en bonne harmonie trouvent grâce et miséricorde devant lui. 
Ainsi soit-il. Fait solennellement à Besançon, à la cour épiscopale, le 7 
des ides d’octobre, l’an de l’Incarnation de Noire-Seigneur, 1136., qua- 
torzième indiction (1). 

Cette charte, curieuse à plus d’un titre , prouve d’une manière pé- 
remptoire qu’Humbcrt III est le fondateur de notre abbaye; qu’il désigna 
et donna l’emplacement pour la construire, avec les revenus nécessaires 
pour la subsistance des religieux. 

Commencés,. nous l’avons dit, en 1130 ou 1131, les bâtiments furent 
promptement achevés, mais l’église ne lcfulque bien plus tard.En!177, 
le 7 des ides d’octobre, selon le père Cbifflet, Everard, archevêque de 
Besançon, vint la consacrer avec grande solennité, et profita de cette 
circonstance pour prendre l’abbaye sous sa protection, à l’exemple de 
ses prédécesseurs. 

De bonne heure, Rosières vit croître son importance et put prendre 
rang entre les maisons religieuses les plus considérables du comté de 
Bourgogne. Le xu f et le xiu* siècles furent pour clic une époque de pros- 
périté et de grandeur. En 1200, une colonie de moines sortis de son sein^ 
alla fonder en Grèce le monastère de S^Thomos, devenu si célèbre dans 
la suite. Mais cet état florissant ne devait pas être de longue durée. 
Jusqu’alors, l’esprit de pauvreté et d’abnégation, l’ascétisme, une règle 
dure et austère avaient régné dans notre communauté et maintenu les 
religieux dans la ferveur primitive. Les richesses y introduisirent le 
luxe, elle luxe fut bientôt suivi d’un relâchement général, funeste avant- 
coureur d’une période de décadence et de calamités. C’est, croit-on, 
le comntenoement du xiv e siècle qui inaugura pour Rosières cette ère 
funeste. 

La guerre des barons comtois révoltés contre le duc de Bourgogne, 
leur suzerain ; les invasions des Routiers^des Grandes-Compagnies, des. 
Tards-Venus, qui désolèrent l’ancienne Séquanie pendant tout-le xiv* 
siècle et une partie du xv*, firent subir de rudes épreuves à l’établisse- 
ment cistercien, si florissant jusqu’à ce jour. Ses possessions étaient 
envahies, dévastées, sans que les religieux pussent opposer la moindre 
résistance. S’ils tentaient de le faire, les pillards, non contents de les 
outrager et de les insulter grossièrement, les accablaient de coups et 
les laissaient morts sur plaee, ou les renvoyaient à l’abbayc, tout mu- 

(I) L’abbé Guillaume. Histoire généalogique des sires de Salins, 1. 1, preuve*, pp. 40-42. 


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— 300 — 


tilés, tout meurtris, pour effrayer les autres religieux. Si Ton joint à cela 
des difficultés, des contestations sans nombre avec les seigneurs voisins; 
les continuelles vexations de ceux-ci ; de fréquentes révoltes de serfs; 
des refus de payer les dîmes et les redevances; de journalières mani- 
festations, de la haine vive, implacable, que tous les villages des alentours 
nourrissaient contre l’abbaye ; d’incessants et d’interminables procès 
que les moines se voyaient forcés de soutenir pour défendre leurs 
droits, pour résister aux usurpations, aux envahissements, l’on aura 
un tableau assez fidèle de l’histoire de l’abbaye de Rosières durant le 
xiv* et le xv e siècle. 

La conquête et l’occupation de la Franche-Comté par les troupes de 
Louis XI, continua la série de ses malheurs. Au commencement du xvi* 
siècle, elle a quelques moments de répit : elle semble faire un su- 
prême effort paur prendre part au grand et général mouvement de la 
Renaissance; pour lutter contre sa décadence anticipée, contre la ruine 
qui la menace. Elle semble vouloir renaître, pour ainsi dire, et repren- 
dre son ancienne splendeur. Vain espoir! Les guerres des xvi # et xvn* 
siècle, si funestes à la Comté, lui donnèrent un coup mortel, et la firent 
tomber plus bas que jamais. L’introduction du régime commandataire 
ne la releva pas, comme on le pense bien. Continuellement absents, lf6 
abbés ne s’occupaient que de toucher leurs revenus, insouciants du 
reste. Aussi le monastère était-il dans le plus déplorable étfct, et le 
nombre des moines, réduit à quelques-uns, quand la révolution sup- 
prima en France toutes les communautés religieuses. 

De l’ordre de Citcaux et de la filiation de Morimont, Rosières, comme 
la plupart des abbayes cisterciennes en Franche-Comté, dépendait di- 
rectement de Bcllevaux, sinon depuis son origine, du moins depuis la 
seconde moitié du xn e siècle. — Les comtes de Bourgogne en avaient 
de droit la garde. Fidèles à la mission que leur imposait ce litre, ils 
furent toujours ses protecteurs dévoués, et à l’envi la comblèrent de 
biens et de privilèges. De lerit côté, les souverains pontifes lui accor- 
dèrent, dés sa fondation, la protection immédiate du Saint-Siège. On 
voit un grand nombre de papes du xu e au xiv e siècle surtout, confir- 
mer, augmenter ses prérogatives, en ratifiant les donations reçues et 
les acquisitions antérieures ou futures. Citons entre autres Eugène III, 
Alexandre III, Innocent III, Jean XXII, l’antipape Nicolas V et Clément 
VI, dont les bulles nous font connaître les riches possessions de l’ab- 
baye à diverses époques. Elle était exempte de toute juridiction ecclé- 
siastique, de toute dîme, et ne pouvait être visitée que par les supé- 
rieurs de l’ordre. L’abbé avait haute, moyenne et basse justice sur tout 


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le lerritoirc de Rosières, et la faisait exercer par des officiers résidant 
a la Tournelle, qu’il nommait et révoquait à son gré. Il avait en outre 
le droit de nommer des messiers et des forestiers pour la garde des 
propriétés du monastère. Enfin, il siégeait aux places d’honneur, aux 
assemblées des Etats, et jouissait d’une grande considération dans la 
province. En 1338, l’abbé Guillaume de Poligny fut député à la cour 
d’Espagne, comme représentant des trois Etats. 

Dans le dénombrement général du comté de Bourgogne, qu’Otton IV 
fournit vers 1294, à Philippe-lc-Bel, roi de France, les revenus de Ro- 
sières sont estimés 300 livres, somme qui équivaut à peu près à deux 
ou trois mille francs d’aujourd’hui. En 1622, ils s’élevaient à trois 
mille livres, et à cinq mille en 1774. Une bonne administration eût 
certainement triplé ou quadruplé ces revenus, relativement modiques. 

Les principaux domaines de l’abbaye étaient : les granges de Rosières, 
de Mathenay, de Charnay, des îles de la Tournelle, d’Oiselaine, de 
Brainans, de Tilleray et plusieurs autres de moindre importance. Ellé 
possédait en outre les moulins et les fours de la Ferté, des maisons à 
Àrbois, Salins, Dole, etc.; une vaste étendue de bois; des rentes sur 
les salines de Salins et de Lons-le-Saunier; des redevances et des dîmes 
nombreuses; des cen9 en argent et en nature de toutes sortes, et enfin 
des immeubles considérables â Montigny, Oussières, Brainans, aux Ar- 
sures, à Grozon, Mont-sous- Vaudrey, Vadans, Salins, Poligny, Mont- 
barrey, Dole, Arbois, Andelot, Molamboz, Aumont, Tourmont, Or- 
champs, Chissey, Villcrs-lcs-Bois, Cernans, Montholier, Colonne, etc. 
De plus, les religieux de Rosières jouissaient d’une multitude de privi- 
lèges et d’exemptions : ainsi, ils étaient affranchis des droits de péage, 
de tonlieu, d’éminage cl de la plupart des autres charges si onéreuses, 
si multipliées au moyen-âge et sous les régimes en vigueur jusqu’à la 
grande révolution de 1789. 

L’auteur du Dictionnaire historique des Communes du Jura (tome III, 
pages 103-104), M. Roussel, a donné, de l’abbaye de Rosières, une 
description que faute de documents authentiques, nous n’essaierons pas 
de compléter; nous y renvoyons donc. Disons seulement que l’église, 
de style ogival et composée de trois nefs, était remarquablement belle. 
On y voyait un grand nombre de chapelles fondées par les seigneurs 
qui avaient voulu être inhumés dans cette église, et plusieurs mauso- 
lées, tombeaux ou pierres tumulaircs, entre autres, d’Humbert III, sire 
de Salins, fondateur de l’abbaye, de Marguerite de Vergy et de Jeanne 
de Lannoy, dames de Vadans; de Gui de Salins, chambellan du duc de 
Bourgogne, et d’Etiennettc du Pasquier, son épouse. 


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Aujourd’hui une ferme occupe l’emplacement de rétablissement mo- 
nastique dont nous essayons de retracer Thistoirc ; et c’est en vain 
qu’on rechercherait quelques traces, quelques vestiges de son ancienne 
prospérité. En moins d’un siècle, tous les bâtiments sont tombés en 
ruines ou sous la pioche du démolisseur, et le souvenir de l’abbaye est 
déjà dans l’esprit des populations voisines à l’état de tradition déna- 
turée par la légende. 

Plusieurs listes des abbés de Rosières ont déjà été publiées. On trou- 
vera les principales dans le Clergé de France , d'Hugue Du teins , tome 
III, pages 119-120; dans le IV roa volume du Gallia Christiana, des 
Frères de Sainle-Marlhe (1), pages 795-796; dans Y Annuaire du Jura, 
de 1852, et enfin dans le 15 e volume du grand Gallia CkrisUana , con- 
tinué par M. Hauréau. 

(A suivre). 


Notre honorable collègue, M. Blondeau, nous, remet la pièce qui suit, en 
nous priant de l’insérer dans le prochain Bulletin. Elle ne pourra qu’y re- 
cevoir un favorable accueil. Déjà, l’année dernière, ses colonnes s'étaient 
ouvertes avec empressement à une invitation semblable. 11 s’agit, d’ailleurs, 
d’un projet en tout point conforme au but poursuivi par la Société, le pro- 
grès des sciences, et avec elles et par elles, le développement du bien-être 
physique, intellectuel et moral, résultat dont elle sera heureuse de seconder 
l’accomplissement dans la mesure des moyens à sa disposition. 

Les détracteurs du temps présent auront beau faire et beau dire : elle ne 
disparaîtra pas de la scène sans laisser une trace lumineuse de son passage, 
l‘époque qu’auront signalée tant de découvertes imprévues , tant de pro- 
blèmes agités et en train de se résoudre : Paris, port de mer; l'Angleterre 
et la France reliées par un tunnel; ces montagnes orgueilleuses qu'Amnbal, 
selon Tite-Live, n’avait pu faire gravir à son armée, qu’en faisant sauter des 
quartiers de rochers, traversées ou escaladées par la vapeur en toute aisance 
et toute securité, en sorte qu'au mot célèbre : Il n’y a plus de Pyrénées , 
pourra s’ajouter avec plus de réalité encore : Plus d'Alpes, plus d'Apennins, 
êt tandis qu’au Nord abordera une expédition française, qu’elle atteindra au 
pôle arctique et lui arrachera les secrets dont il peut être la clef, notre hon- 
neur national ne se trouvera pas moins intéressé au Midi, au succès du per. 
cernent d’une isthme qui rapprochera de 3000 lieues l’Orient et l'Occident, 
et permettra à notre génération cette exclamation du chef de l’ancienne 
expédition d’Egypte : « Du haut de ces pyramides, quarante siècles voas 
contemplent. » 

(I) Cette liste a été rédigée d'après les papiers du Père Chiflïct. 


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EXPÉDITION FRANÇAISE AU POLE NORD 

SOUS LE COMMANDEMENT 

de M. Gustave LAMBERT. 

COMITÉ DU JURA. 


Ce Comité s’cst organisé pour ouvrir dans ce département la sous- 
cription destinée à réunir les fonds nécessaires à l’expédition au Pôle 
Nord que veut entreprendre M. Gustave Lambert. 

Cette expédition aurait surtout pour résultat des observations de la 
plus haute importance pour la cosmographie, la physique et l'histoire 
naturelle. 

Elle mérite aussi d'étre encouragée au point de vue de l’honneur 
national, car elle a déjà fait l’objet de nombreuses tentatives par tons 
les grands peuples maritimes, et ce serait un noble sujet d’orgueil 
pour celui qui arriverait enfin au but poursuivi depuis si longtemps par 
tant d’habiles et intrépides navigateurs. 

C’est une œuvre glorieuse à laquelle M. Gustave Lambert a, pour 
ainsi dire, voué toute son efislcnce. Il y consacre depuis longtemps ses 
méditations et tous ses intérêts. 

Pour éclairer ses concitoyens sur la possibilité du succès et sur les 
conquêtes scientifiques qui en seraient la conséquence, il a fait un très- 
grand nombre de conférences, dont deux spécialement dans ce dépar- 
tement. Il s’adresse uniquement à l’initiative individuelle. Le Comité 
espère qu’il ne comptera pas en vain, dans ce département, sur les 
sympathies bien méritées par un but si élevé et un si noble dévoue-* 
ment. 

La dépense totale qni est jugée nécessaire, est de 600,000 fr., sur 
laquelle il ne reste plus à obtenir qu’environ 460,000 fr. Les prépa- 
ratifs sont déjà bien avancés. Le navire Le Boréal , dont les dispositions 
ont été étudiées d’une manière tout-à-fait spéciale pour sa destination, 
attend au Hàvre, dans le bassin Vauban, le complément des ressources 
pour l’approvisionnement d’une campagne de quatre ans, dont deux 
ans au moins d’hivernage au Pôle Nord. 

On rappelle que l’Empereur a souscrit personnellement pour 50,000 
fr. Cette coopération, obtenue apres les explications données à Sa Ma- 
jesté par M. Gustave Lambert, est un témoignage d’honorabilité pour 
le chef de l’expédition et de confiance éclairée dans le succès. 


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— 304 — 


Cet appel s'adresse à toutes les personnes qui, pénétrées de l’impor- 
tance et de la graildcur de cette entreprise, voudront bien y coopérer 
en souscrivant elles-mêmes et incitant leurs amis à suivre leur exemple. 

Ci-joint un mandat à signer et h retourner a un des membres du 
Comité du Jura. Le montant de chaque souscription sera versé entre 
les mains de l’un des membres ou touché à domicile, suivant ce que 
chaque souscripteur jugera convenable. 

Le Comité, qui aura d'ailleurs recours à l'assistance des personnes qui 
voudraient bien le seconder dans les localités où, jusqu’à présent, il 
n’est pas représenté, est composé ainsi qu’il suit : 

M. le Préfet, président honoraire. 

MM. Beliù, ingénieur des ponts et chaussées à Dole. 

Blondeau, ancien officier de marine à Poligny. 

Boris, ingénieur en chef des ponts et chaussées, président do Comité. 

Bouvet, maire de Salins. ' 

Cler, contrôleur des contributions directes à Lons-le-Saunier. 

Devaux, président du tribunal de commerce de Lons-le-Saunier. 

Bagmey, maire de Lons-le-Saunier. 

Butv, membre du Conseil Général à Lons-le-Saunier. 

DeTinseau, id. à Dole. 

Toubin, professeur au lycée de Lons-^e-Saunicr. 

Bien qu’il suffise à la conscience de jouir en secret du fruit d’une bonne 
action, ce n’est rien ôter à. son mérite que de chercher à s'édifier les uns 
et les autres par la manifestation des mêmes sympathies pour ce qui est 
louable, noble et généreux : Nous ouvrons donc une souscription. La Société 
souscrit pour 20 francs, tout en regrettant que ses ressources ne lui per- 
missent pas d clever plus haut sa cotisation. Elle fait aussi appel aux sous- 
criptions particulières de ses membres, et à celles de nos compatriotes qui, 
sans faire partie de la Société, ne seront pas fâchés d’attester, par l’ins- 
cription de leur nom dans nos Annales, qu’eux aussi ont un cœur sensible 
à tout ce qui justifie notre titre de rois de la création, et une volonté au 
service d’une nouvelle conquête de l’homme sur la nature, de l’intelligence 
sur la matière. 

Le Secrétaire-Général, Il.-G. Cler. 


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HISTOIRE. 

SOUVENIRS DE LA CAMPAGNE DE RUSSIE. 

Passage du Niémen pur l’armée française 

(Juin <812). 

M. Tliiers, au livre XXV de son Histoire de C Empire, relative au 
passage du Niémen, assure que celle opération a élé favorisée par un 
très-beau temps. « .... On a souvent parlé, dil-il, d’un orage subit qui 
« serait venu, comme un oracle sinislre, donner un avis non écouté; 
« il n’en fut rien. Hélas ! le temps ne cessa pas d’être superbe, cl Na- 
« poléon , qui n’avait pas eu les avertissements de l’opinion publique, 
« n’eul pas même ceux de la superstition. » Plus loin, nous trouvons 
encore la note suivante : « Divers historiens de celle époque ont parlé 
« d’un orage qui éclata au moment du passage du Niémen, et ont voulu 
« y voir de sinislres présages. Celte assertion mérite Une explication. 
« La lecture attentive des dépêches des généraux relatant les faits jour 
« par jour, prouve que sur tous les points, le mauvais temps, celui qu'on 
« peut vraiment appeler de ce nom, ne commença que du 28 au 29 juin, 
« et dura jusqu’au 2 ou 3 juillet. Le principal passage du Niémen ayant 
« eu lieu le 24, à Kowno, ne fut doue précédé d'aucun signe alarmant, 
u comme on dit que le fut, chez les anciens, la mort de César. Il est 
a bien vrai que vers la fin de la journée du 24 on essuya un .court 
« orage, mais pendant la plus grande partie de la journée du 24, le 
« temps fut beau, et il ne justifie en rien la tradition des présages si- 
<€ nistres. Le passage du prince Eugène à Prenn ayant commencé le 
« 29 au soir, fut en effet interrompu par l’orage, et c’est sans doute 
« ce qui a fourni occasion de dire que la foudre avait averti Napoléon 
« de la destinée qui l’attendait au-delà du Niémen. C’est une preuve 
sur mille de la difficulté d’arriver à l’exactitude historique, et de la 
« part que l’imagination des hommes cherche toujours à prendre dans 
<« le récitées choses aux dépens de la vérité rigoureuse. » 

Nous reproduisons in extenso ces deux passages du grand ouvrage 
de M. Thicrs, dans le but de rappeler les circonstances qui ont donné 
lieu à conteste, et d’opposer à l’opinion du grand historien celle d’un 
homme qui a raconté aussi les mêmes faits dont il a été témoin. Nous 
venons de retrouver, en effet, sur cet épisode historique controversé, 
une [note de Raymond Faure (i), ex-professeur à l’école de médecine 

(I) Dati3 un album appartenant à ma *a>ur, M"* • Gellion. 

20 


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— 306 — 


militaire de Strasbourg. Cette note, écrite le 17 avril 1845, de la main 
même de notre vénéré et bien regretté maître, alors médecin en chef 
de l’hôpital militaire de Toulon, est en contradiction avec les assertions 
de M. Tbicrs. Celte courte esquisse, qui nous rappelle un esprit aussi 
brillant que solide, puise également son intérêt dans la forme et le 
fond. Faure avait assisté Ù ce passage du Niémen devant Kowno, cette 
première étape de la campagne de Russie, où il a été prisonnier, et 
dont il avait rapporté de nombreux souvenirs écrits après l'action et 
pendant sa captivité. 

Nous pensons être agréable à la Société de Poligny, en lui commu- 
niquant ce documeot inédit. En histoire, le plus mince détail est im- 
portant, et puis nous sommes heureux de payer de cette manière une 
dette de souvenfr à la mémoire d'un savant que nous vénérions. 

D r Tamisier. 

SOUVENIRS. 

Dans le nord de la Prusse, l'enceinte des villages et des villes ne 
suffisait plus à contenir nos troupes. Elles se mettaient en marebe dès 
le lever du jour; on voyait alors briller au-dessus des moissons de lon- 
gues files de cuirassiers dont les cbevaux hennissant se répondaient de 
toutes parts et semblaient appeler les combats. Tous ces escadrons ten- 
daient à se grouper comme ces nuages encore muets qui doivent for- 
mer Forage. 

Le 23 juin, notre corps d'armée fut réuni au bivouac à trois ou quatre 
lieues du Niémen, et, le soir à dix heures, la trompette donna le signal 
de se porter en avant. La lune éclairait ce mouvement qui rapprochait 
des lignes ennemies. 

Le 24, nous étions en vue du Niémen, dont la rive droite était parcou- 
rue par un cosaque éclaireur, au modeste coursier et à l'étroite lance. 

Les clochers de la petite ville de Kowno s'offraient à peu de distance 
dans la direction de l'Est. De la forêt qui la dominait en amphithéâtre 
sur un plan reculé, s'élevait une épaisse fumée, comme si elle eût été 
livrée aux flammes. Ainsi , l'idée d'incendie, qui ne devait plqs nous 
quitter jusqu’à Moscou , s'offrait dès le commencement de cette funeste 
campagne. 

Le 25, trois ponts étant établis devant Kowno, l’armée instruite dès la 
veille de la déclaration de guerre, par le fameux manifeste de l’Empe- 
reur, reçut ordre de passer le fleuve sous les yeux de ce chef, dont la toute 
puissance se serait alors révélée à ceux qui n'en auraient pas été suffi- 
samment convaincus. De nombreux bataillons qui avaient fait des dé- 


v 


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— 307 - 


monstrations vers Tilsit, fermaient sur ce point, apres trois jours de 
marche presque continuelle , soutenus par l’espoir de sc mesurer avec 
l'ennemi. Tout l’avantage semblait devoir être pour l’armée qui avait 
à défendre le fleuve , et le désavantage pour celle qui se préparait à le 
franchir. 

Un violent orage éclata pendant cette journée, destinée à faire époque 
dans l’histoire de notre patrie. Loin d’en tirer de fâcheux présages, on 
était disposé à s’en réjouir. 11 n’y avait qu'un ciel couvert de sombres 
nuages, sillonné d’éclairs et rempli du bruit terrible de la foudre qui pût 
être en harmonie avec la grandeur de ce mouvement et l’àme de ces 
guerriers. Cette agitation des éléments ajoutait à cette marche impo- 
sante et plus que triomphale , la seule pompe qui pût lui convenir, et 
faisait sentir que le calme de la nature n’eut été rien en comparaison de 
ce signe d'attention du ciel à ce qui se passait sur la terre. 

On remontait lentement le bord du fleuve pour arriver aux ponts, et, 
en même temps qu’on voyait la tente de Napoléon sur une hauteur de 
la rive gauche, d’ou il présidait à cette opération mémorable , le bruit 
des tambours, sur la rive droite, annonçait l'entrée de sa garde dans la 
petite ville de Kowno, dont les habitants, d’abord dispersés, se rappro- 
chaient avec lenteur. Le passage s’opérait sans résistance, et l’on pou- 
vait apprendre par cet exemple que si l'ambition peut attirer bien des 
malheurs , le courage et la fermeté de caractère peuvent aussi conjurer 
bien des dangers. 

Pendant toute la nuit, l’armée continua à effectuer son passage avec 
une confusion de bruits difficile à imaginer. Le lendemain matin, à peine 
l’aurore rougissait l’air chargé de poussière, qu’on se dirigeait vers les 
hauteurs voisines déjà couronnées de troupes. Là , quelques accidents 
de terrain obligeaient à ne passer qu’en colonne. Mais après ces obsta- 
cles, on rejoignait facilement les corps passés les premiers, et tout s’avafr» 
çait comme un torrent impétueux, précédé du bruit sourd des tempêtes, 
laissant derrière lui les moissons renversées, les habitations détruites, 
et la terre dans la désolation, étonnée de la rapidité de l'épouvantable 
fléau de la guerre. Que d’hommes on avait réunis dans cette armée! A 
voir ses nombreux bagages, on eût dit que les peuples du midi de l’Eu- 
rope refluaient vers le nord, épouvantés par quelque grande catastrophe; 
ou que, dans un bouleversement universel, ils volaient vers le septen- 
trion, devenu le point le plus bas de la terre. Telle fut la marche de l'ar- 
mée jusqu’à Wilna. Cette ville, qui venait de donner des fêtes à son 
souverain, qu’elle croyait encore dans ses murs, sc voyait tout-à-coup 
inondée d’une armée ennemie ; toute prévoyance humaine se trouvait 


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— 308 — 

déçue , à tel point que ses habitants se demandaient si ce n’était 
un songe. R. Faure. 


POÉSIE. 


Hymne au Soleil, 

PAR M 11 * GA BRI ELLE DE POLIGNY, MEMBRE FONDATRICE. 

Astre consolateur, ô soleil dont la flamme 
A ton ardent foyer viens ranimer mon âme, 

Et dans elle reluit, 

Salut! géant vainqueur des ténèbres muettes, 

Qui chasses devant toi les ombres inquiètes 
Des heures de la nuit. 

Sur un trône embrâsé ta majesté réside. 

Des globes à tes pieds, dans leur orbe rapide 
Tournent de toutes parts ; 

La terre, poursuivant sa route fugitive, 

Comme un fils sous les yeux de sa mère attentive 
Marche sous tes regards. 

0 roi, dans tout l’espace où s’étend ton empire. 
Rien ne vit que par toi, rieu de ce qui respire 
N’échappe à ta clarté ; 

Tu verses tes rayons sur le moindre brin d’herbe. 
En tous lieux tu répands, bienveillant et superbe. 
Ta féconde beauté. 

Tu revêts les palais de ta chaude lumière, 

Par les murs délabrés de sa vieille chaumière. 

Au pauvre tu souris; 

Tu pares les cités pleines de multitudes, 

Et celles dont la mort a fait des solitudes 
Et d’informes débris. 

Tu parais! ton aspect charme notre souffrance. 

Et ramène en nos cœurs la craintive espérance 
Qui s’éloignait de nous; 

Ta présence embellit nos heures éphémères; 


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— 309 — 


Nos tristesses par toi deviennent moins amères 
Et nos plaisirs plus doux. 

Étaient-ils insensés ces bergers et ces mages 
Qui, courbés devant toi, de leurs pieux hommages 
Saluaient le matin. 

• Ta splendeur, ô soleil , était leur évangile ; 

C’est à toi que leur vie, incertaine et fragile, 
Suspendait son destin J 

Sitôt que s’éclipsait ta lumière sacrée, 

Ils se troublaient, croyant notre terre livrée 
A d’éternelles nuits; 

Il s’en va, disaient-ils, épouvantés et mornes, 

Il s’éloigne, emportant dans l’espace sans bornes 
Nos jours évanouis. 

Qui pourrait t’égaler dans ta magnificence , 

Soleil , vaste océan de ce feu dont l’essence 
Anime l’univers! 

Dans chaque être à nos yeux, subtil il se dérobe, 
Et s’échappe parfois des entrailles du globe 
Par les monts entrouverts. 

Il est le créateur des plus secrètes choses, 

C’est du creuset puissant de ses métamorphoses 
Que l’existence sort; 

Partout il l’entretient, l’excite et la propage, 

Et, s’il détruit, toujours donne un riant visage 
Aux œuvres de la mort. 

Ah! que mon corps n’ait point l’humide sépulture 
D’une tombe où les vers feraient leur nourriture 
Des lambeaux de ma chair; 

. Emportez-moi plutôt, le soir, sur la colline , 

A l’heure harmonieuse où le chêne s’incline 
Sous les brises de l’air. 

A l’heure où visitant son verdoyant domaine, 

Le grave laboureur nonchalamment ramène 
Les bœufs à l’abreuvoir; 

Que la flamme légère, et par les vents roulée, 

Du hameau qui s’étend au fond de la vallée 
Puisse s’apercevoir. 


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— 310 — 


À l'heure où , rapportant sa gerbe et sa faucille. 

Par les sentiers en fleurs , la brune jeune fille 
Regagne sa maison, 

Que mon bûcher joyeux tout entier me dévore; 

Que ma vaine dépouille en montant s'évapore 
Sur le vague horizon! 

Quelle s'envole oü vont nos mobiles pensées. 

Et nos illusions si vite dispersées 
Par le souffle des ans! 

Qu elle s'envole où vont les nations éteintes, 

La joie et la douleur, les espoirs et les craintes 
Des peuples renaissants! 

Et toi , vivant soleil , tandis que sur la terre , 

Bientôt s'effacera de mon nom solitaire 
Le pôle souvenir, 

Demeure, et suspendu sur les planètes sombres, 

Vois passer sous tes feux les fugitives ombres 
Des siècles à venir. 


SÉANCE AGRICOLE PUBLIQUE DU 4 OCTOBRE 1869. 

M. le Président honoraire Demougin , qui assiste à la séance, veut 
bien l'ouvrir, et dit quelques mots bien sentis sur l'opportunité de nos 
réunions agricoles, appelées n rendre des services aux populations 
rurales, en leur donnant communication des découvertes et essais nou- 
veaux relatifs a leur art. 

Le premier paragraphe de l'ordre du jour était : Renseignements sur 
les Concours généraux agricoles qui auront lieu d Paris f au Palais de 
VIndustrie 9 en février 1870. M. le Vice-Président Blondeau donne, à 
ee sujet, lecture de la note suivante : 

Des concours généraux d'animaux gras, de volailles vivantes et mortes, 
de grains, graines et plantes fourragères, de fromages et beurres, et une 
exposition d’instruments et machines agricoles, auront lieu à Paris, au Palais 
de l’Industrie, dans le courant du mois de février 1870. 

Notre Société a pensé que parmi ces concours , ceux de fromages et de 
beurres intéressaient particulièrement les cultivateurs du canton, et qu’ils 
pourraient môme y prendre part sans aucuns frais, ni dérangement, par 
suite des facilités accordées par le règlement, dont voici les principales 
dispositions, en ce qui concerne ces produits. 


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— 314 — 


Concours de Fromages. 

Chaque lot se composera de deux fromages. Un exposant ne peut pré- 
senter plus de doux lots de même nature. 

Les diverses catégories des fromages de la France sont partagées en cinq 
divisions : 1° Les pètes grasses, qui renferment le Brie, le Coulommiers, etc; 
2° les pâtes fermes, où se trouvent le Roquefort, le Septraoncel, etc.; 3° les 
pâtes cuites qui se composent uniquement des Gruyères et façons Gruyères; 
4® les fromages frais et de crème, tels que le Neufchâtel, etc.; et enfin 5° les 
fromages non classés dans les divisions précédentes. 

Cinq prix , représentés par uue médaille d’or, une médaille d’argent et 
trois médailles de bronze, seront attribués au Gruyère et façon Gruyère. 

Un prix d’honneur, consistant en une médaille d f or grand module , sera 
décerné au meilleur lot, sans distinction de catégorie. 

Deux médailles d’or, trois d’argent et des médailles de bronze seront mises 
à la disposition du Jury, pour être distribuées aux meilleurs lots de fro- 
mages présentés par les marchands de Paris ou des départements. 

Les formalités à remplir sont extrêmement simples. 

On devra d’abord adresser au Ministre de l'agriculture , du commerce et 
des travaux publics, ait plus tard le 1 er janvier 1870, une déclaration écrite 
dont la Société se charge de fournir le modèle. Cette déclaration devra être 
libellée d’une manière lisible. Tous les renseignements demandés en tête 
de chaque colonne et qui comprennent : le nombre des lots, la désignation 
des fromages, la catégorie où le produit doit concourir, le prix de vente, 
les détails propres à faire connaître les produits, et l’autorisation de vendre 
les fromages déclarés aux enchères publiques, si l’exposant ne tient pas à 
ce qu’ils lui soient renvoyés, devront être donnés de la manière la plus 
complète et la plus exacte, sans quoi la déclaration serait considérée comme 
non avenue. 

Les exposants qui ne pourront pas accompagner leurs produits ou se faire 
remplacer par un représentant, n’auront- qu’à expédier leurs colis franco , 
à M. le Commissaire général du concours, au Palais de l’Industrie, à Paris, 
de manière qu’ils parviennent à l’exposition le lundi 14 février, avant 4 
heures du soir. 

Les adresses des colis devront porter le nom et le domicile de l’expédi- 
teur, indiquer le nombre et la nature des pièces qu’ils renferment. 

Il est important aussi d’indiquer d’une manière précise dans la déclara- 
tion adressée au Ministre , si l’on entend concourir comme producteur ou 
comme marchand . 

Les mêmes formalités devront être remplies pour le concours des beurres, 
avec cette seule différence que les colis devront parvenir à l’exposition le 
jeudi 17 février, avant 4 heures du soir. Chaque lot se composera d’une 
quantité de beurre du poids approximatif de 5 kilogrammes. Un exposant 
ne pourra présenter plus de deux lots de même, nature. 


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— 312 — 


Les beurres sont classés en 3 divisions. La 1**, qui comprend les beurres 
frais, renferme 6 catégories. C'est dans la 5“*, qui se compose des beurres 
en livres, dits de ferme, que les beurres de notre localité paraissent devoir 
être classés. Une médaille d’or, une médaille d'argent et deux médailles de 
bronze leur seront attribuées. — Les beurres demi-sel et salés forment laî®* 
division, qui renferme 2 catégories. C'est dans la seconde que nos beurres 
demi-sel ou salés seront placés. La 3 e division, qui comprend les beurres 
fondus de toute provenance, ne forme qu'une senle catégorie. 

Messieurs les Présidents des sociétés fromagères agissant au nom de leur 
société, les fromageries, les agriculteurs et les marchands qui désireront 
participer à ces concours et se servir de l’intermédiaire de la Société d'a- 
griculture, sciences et arts de Poligny pour faire parvenir leurs produits à 
Paris, au Palais de l’Industrie, sont priés de faire connaître leur intention à 
M. Cler, Secrétaire général de la Société, à Poligny. Des modèles de décla- 
ration leur seront remis avec les indications nécessaires, à la séance agricole 
du lundi 8 novembre prochain, ou leur seront adressés par la poste. 

La Société espère que les cultivateurs du premier plateau, qui fabriquent 
des beurres et des fromages de première qualité, ne laisseront pas échapper 
cette occasion de faire connaître leurs produits aux consommateurs de Paris. 

Les personnes présentes remercient M. Blondeau de celte commu- 
nication et expriment le vœu qu’il soit fait et imprimé, comme circu- 
laire, une notice donnant aux associations fromagères surtout, connais- 
sance des principaux articles relatifs aux beurres et aux fromages. La 
Société de Poligny se chargerait alors de faire parvenir à destination 
les produits qui lui seraient confiés, et rendrait ensuite compte des ré- 
sultats de cette Exposition. 

On passe au 2® paragraphe : Blc hydride Galland ; — Zêa Maïs ; — 
Avantages que paraît offrir le blé Moutct-jaune; — Moyens de prévenir 
la chute des blés dans les terres meubles. 

M. Gindre lit alors la note suivante, relative au blé hybride Galland : 

Notre Société a reçu en mars dernier, comme blé de printemps, 30 gr. de 
blé hybride Galland, dont M. Goussard de Mayolles dit obtenir des produits 
si avantageux, et que nous avons été chargé d’expérimenter. 

Le temps ne nous permit de mettre ce blé en terre que le 20 avril. Pour 
économiser la semence, nous le plantâmes grain après grain, à 2 décimètres 
de distance l’un de l’autre, dans un terrain en très-bon état. Les talles en 
devinrent nombreuses et il atteignit en six semaines une élévation moyenne 
de 35 ccntimètr., puis il s'est arrêté à ce point de sa croissance et n'a pas épié. 

Comme il n’est présenté aucune observation sérieuse, il passe au 
Zéa Maïs de Tétuan : 


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— 313 — 


Cette variété, que nous ayons également essayée, n’a donné qu’une paille 
rabougrie et pas un épi, tandis que nous avons eu lieu d’être satisfait du 
mais hâtif planté à côté, dans des conditions absolument identiques. 

Nous n’avons pas d’opinion bien arrêtée sur la cause ou les causes de ces 
deux résultats négatifs. 

On comprend, du reste, qu'il serait peu rationnel de porter un jugement 
d'après un unique essai. 

Plusieurs personnes qui, elles aussi, avaient semé de ce maïs, vien- 
nent pleinement confirmer par la non réussite de leurs essais ce que dit 
M. Gindrc de cette plante de récente importation. Ainsi, M. Pidancet, 
père, malgré des soins assidus, n’a pu obtenir d’epis bien formés. M. 
Romand n’en a obtenu qu’un tallage assez épais, sans épis. M. Faton, 
lui seul, a eu des épis formés, mais n’avant encore atteint qu’une ma- 
turité bien incomplète. 

M. Gindre expose ensuite les avantages que parait offrir le blé 
Moutetrjaune : 

En général, nos cultivateurs préfèrent, pour la semence, des blés cdnnus 
sous le nom de moutets. 

Des observations personnelles et qui comprennent un période de plus de 
20 ans, nous mettent à même d’affirmer que, comparé au blé rouge, le jaune- 
moutet donne une paille plus longue, moins de son, un pain plus blanc, ré- 
siste mieux aux influences des fraîcheurs, pendant comme après la floraison, 
peut être coupé au moins huit jours plus tôt et donne un rendement aussi 
fort, sinon supérieur. 

A la suite de cette lecture, dont les conclusions sont confirmées par 
M. Romanet, M. Etienne parle des avantages du blé bleu, qui, selon 
lui, donnerait un grain lourd et abondant, une paille ferme et élevée. 
Le bureau décide qu’il sera fait une commande de ce blé pour être dis- 
tribué à divers cultivateurs qui voudraient en faire l’essai. 

Moyen de prévenir la chute des blés dans les terres meubles , telle est 
la quatrième question du 2* paragraphe. 

M. Gindre communique h l’assemblée les observations suivantes : 

Ces sortes de terrains, qu’ils soient ameublis par de nombreuses façons, 
comme dans le cas des plantes sarclées, ou que cet état tienne à leur nature, 
ne sauraient offrir aux racines un point d'appui suffisant pour empêcher, 
dans certaines circonstances défavorables, la chute de la tige du blé. On 
devrait, en pareille occurence, plomber fortement au printemps les blés 
semés dans ces terres, pour donner au sol plus de consistance, plus de com- 
pacité. 


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Ce qui prouverait pratiquement l'efficacité de cette opération , c'est que 
sur les points des fonds de cette nature qui ont été piétinés par les animaux, 
c’est-à-dire qui ont servi de contours, la paille est plus ferme et les racines 
ne sont pas déchaussées, tandis quelle est tombée en partie dans le reste 
du champ et s'arrache au moment du fauchage. 

Les rouleaux ordinaires, en chêne ou en hêtre, n'étant pas assez lourds, 
ne produiraient qu'un foulage insuffisant. Pour atteindre le but que l'on se 
proposerait, il deviendrait alors nécessaire d'adapter à ces instruments un 
mécanisme semblable à celui des rouleaux dont l'Administration des Ponts- 
et-Chaussées se sert pour tasser les routes nouvellement établies, mécanisme 
qui permettrait d'en augmenter à volonté le poids au moyen de corps pesants, 
pierres ou autres. 

Ces rouleaux ainsi surchargés procureraient encore cet autre avantage que 
la surface des fonds , rendue beaucoup plus unie , dispenserait pour ainsi 
dire le cultivateur de l’épierrement qu’il est obligé de faire dans les prai- 
ries artificielles qu’il crée. 

Nous pensons qu’avant tout il serait bon de semer moins dru dans les terres 
légères que dans celles qui sont plus tenaces, afin de faciliter le tallage, parce 
que le tallage implique plus de puissance pour la racine, et, pour les tiges, 
moins de chances de tomber ou de verser. 

M. Etienne dit que n’ayant pas de rouleau perfectionné, il est arrivé 
au même résultat par le piétinement d'une petite surface de terrain, il 
est vrai. Un pré retourné à la bêche qui, l'année précédente, n'avait 
.donné qu'une maigre récolte, des pieds renversés faute de fixité suffi- 
sante des racines dans le sol, a donné ou produit, l'année suivante, 
grâce à ce roulage énergique, mais quelque peu continué, de splendides 
gerbes. 

M. Gindre donne ensuite l’analyse d’un procédé pour obtenir une ma- 
turité complète du bois de la vigne : 

Un Lombard prétend avoir découvert le moyen d'obtenir tous les ans de 
bonnes vendanges. Son secret consiste à faire mûrir complètement le bois 
qui, l'année suivante, doit produire les raisins. 11 y parvient en faisant suivre 
les vendangeurs par plusieurs hommes qui enlèvent tous les jets et sarments 
inutiles et ne laissent à chaque cep que le bois nécessaire pour la production 
des grappes de la récolte suivante. 11 fait également conserver avec soin les 
feuilles de ce bois. Il résulte de là que, durant tous le cours de l'automne, 
la sève se portant entièrement sur le bois conservé, le mûrit parfaitement, 
développe les yeux et les met ainsi à même de résister aux gelées. 

M. Etienne ne pense pas que dans la partie du vignoble de Poligny, 
où l'on a l’habitude de coucher les ceps de vigne pour les garaotir de 


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la gelée, le procédé lombard puisse donner de bons résultats. 

M. Blondeau communique h l’assemblée scs observations sur le mode 
d'emploi des engrais Ville et Boutin : 

Nous nous proposons d'expérimenter, dès cet automne, deux engrais com- 
merciaux qui ne sont connus que depuis un petit nombre d’années, mais qui 
ont acquis uné grande notoriété : les engrais chimiques ou engrais Ville, et 
l'engrais Boutin. 

Les inventeurs de ces engrais les ont présentés comme pouvant remplacer à 
eux seuls le fumier de ferme; mais la plupart des agronomes ne les acceptent 
qu'à titre d'engrais auxiliaires . 

L'engrais Ville est pulvérulent. Il sc compose d'un mélange de sels miné- 
raux que l'on répand sur le sol en quantité suffisante pour lui rendre les 
éléments de même nature qui lui seront enlevés avec la récolte. Mais si l'on 
fumait un champ uniquement avec cet engrais, il parait évident que la matière 
organique qui se trouvait dans le sol à l'état d’humus ou de terreau, et qui 
constituait un de scs principaux éléments de fertilité, se consumerait peu à 
peu, et qu'aprôs un certain nombre d'années, le champ soumis à ce régime 
serait moins fertile qu'au début. 

Le danger de nuire à la fertilité du sol serait encore plus grand avec l'en- 
grais Boutin qui ne s'emploie qu’à des doses si minimes, qu'il ne pourrait pas 
même rendre à* la terre ses sels minéraux. 

Telle est du moins l'opinion d’un écrivain compétent en cette matière, 
M. Jacques Valserrcs, qui termine ainsi son appréciation de ces engrais : 
« Le liquide Boutin ne doit pas être considéré comme la matière fertilisante 
« par excellence, pouvant remplacer toutes les autres, pas davantage qu’il 
« n'est permis de regarder l’engrais chimique de M. Georges Ville comme 
« la panacée universelle. » 

C’est donc comme auxiliaires du fumier de ferme qu'il convient d’essayer 
ces engrais. Dans ces limites, ils nous paraissent destinés à rendre de grands 
services à l'agriculture si , comme les expériences déjà tentées nous per- 
mettent de l’espérer, l’accroissement de la valeur de la récolte dépasse de 
beaucoup Je prix du supplément d’engrais commercial employé. 

Ce qui parait hors de doute , c’est que l'engrais Boutin est un stimulant 
très-puissant de la végétation. La brochure renfermant les certificats adressés 
à M. Boutin en renferme de nombreuses preuves. Nous nous contenterons de 
citer une expérience décisive de M. Pachot, géomètre à Seraincourt : 

« Un autre résultat non moins joli s’est offert dans un essai que j’ai fait 
avec un cultivateur de ce pays-ci : nous avons fait défoncer environ 1 are 
56 centiares dans un endroit où on tire habituellement de la craie et où il 
n’y a pas à la surface 2 centimètres de terre végétale; nous avons fait trois 
petits morceaux d’égale contenance; dans l’un nous y avons mis une forte 
couche de fumier d ’étable que nous avons enclos avant de semer; dans la 
partie voisine, la semence a été répandue sans aucun engrais, et dans la troi- 


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— 316 — 

sième partie nous avons semé notre graine sans fumier et pralinée seule- 
ment à l'aide de votre engrais. 

« II résulte de cette opération que dans le carré où aucun engrais à avait 
été employé, deux tiges seulement sont parvenues à croître, quoique maigres 
et très-jaunes; dans le carré où le fumier d’étable a été enclos, 10 tiges 
seulement ont réussi, mais sans aucune verdure, tandis que la partie semée 
parvotre méthode offre un coup d’œil magnifique, d’uneverdure sans pareille, 
avec environ 150 ou 160 beaux épis de millet, dont -la longueur moyenne 
est de chacun 26 centimètres, tandis que ceux d’à côté n'ont pas 7 ou 8 cen- 
timètres. Je me propose, du reste, de vous envoyer un échantillon après que- 
je l’aurai récolté. » 

Nous emprunterons aussi à cette brochure l’exposé des essais de M. Menrau, 
Président du Comice agricole de Saint-Gilles-sur-Vie (Vendée) : 

a Oui, je l’avoue, je suis enthousiaste de cet engrais; mais, veuillez bien 
le croire, je ne suis qu’enthousiaste de raison. 

« Ce n’est qu’aprôs avoir éprouvé bien des déceptions que je puis expri- 
mer des croyances aussi profondes. 

a Tenir un pareil langage, c’est déclarer que je suis certain que cet en- 
grais ne convient pas à tous les terrains et à toutes les plantes. 

« Ainsi , malgré les conseils que j’ai reçus , malgré les affirmations qui 
m’ont été données, malgré les précautions que j’ai prises, je n'ai jamais pu 
l’appliquer à la transplantation du chou et même du colza , sans détruire 
une partie du plant, sans éprouver de véritables dommages. 

« Son effet sur les céréales a toujours été complètement nul lorsque la 
.plante a été en partie déracinée par le soulèvement ou par l’éboulementdu 
terrain, provoqué par de fortes gelées ou par des pluies trop abondantes. 

« Son efficacité est moins grande que celle du fumier ou môme que celle 
de certains engrais commerciaux sur des terres trop acides non chaulées. 
Partout le chaulage est pour lui un auxiliaire puissant. 

« Cet engrais craint surtout le fer et l’eau. Son action semble être presque 
entièrement paralysée sur les sols trop ferrugineux ou rendus trop humides 
par la stagnation des eaux, quelle qu’en soit la cause. 

« Sa place n’est donc point sur les landes récemment défrichées, sur les 
plateaux humides, sur les côteaux où les sources jaillissent; elle n’est même 
pas sur les bonnes terres froides , sans l’adjonction d’une faible quantité 
d’engrais capable de favoriser le développement de la plante pendant Hii- 
ver, époque où l’action de cet engrais étant presque toujours nulle et même 
souvent rétrograde, expose cette plante à tous les dangers provoqués par les 
grandes chaleurs sur une végétation trop attardée et devenue trop luxuriante. 

« Ce sont certainement ces inconvénients que M. Boutin n’avait point 
signalés , qui ont été le principal obstacle à la propagation de sa découverte. 

« Car, pour qu’aucun doute ne puisse surgir sur la valeur de la plante ou 
de l’engrais qu’il expérimente, le cultivateur tente presque toujours ses essais 
sur les parcelles les plus défectueuses de la propriété qu’il exploite, par* 


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— 317 — 


celles qui sont ordinairement ou les plus acides, ou les plus ferrugineuses, 
ou les plus humides. Disposition d’esprit fâcheuse , qui n'est pas une de 3 
moindres causes de la lenteur avec laquelle les améliorations agricoles se 
généralisent.Vous le savez mieux que moi, en agriculture on tient peu compte 
d’un premier succès, tandis qu’un premier échec, quelle qu’en soit la cause, 
a toujours un immense retentissement. 

o Je le déclare donc , pendant les cinq années où j’ai soumis et vu sou- 
mettre l’engrais Boutin à plusieurs milliers d’essais, je n’ai jamais réussi ni vu 
réussir dans les conditions défavorables que je viens de signaler. J’ai tou- 
jours éprouvé des p’ertes de rendement compensant en moyenne la différence 
du prix des engrais. 

a Dans ces conditions , l'emploi du liquide Boutin est donc une illusion 
ou un danger. 

« Mais, j’ai hâte de le dire, je n’ai jamais échoué que par des défauts de 
culture ou par des influences atmosphériques indépendantes de la volonté 
de l’homme sur tous les autres terrains, quelle que fût leur nature, pourvu 
qu'ils présentassent la composition minérale indispensable à la formation 
des plantes. 

« On peut sans doute, sur ces mêmes terrains, obtenir, à laide de fu- 
mures exagérées, des pailles plus abondantes : mais ces pailles, exposées 
à bien des accidents, n’ont point la même rigidité et ne sont point couron- 
nées d’épis aussi fructifères que celles recueillies sur l’engrais Boutin. 

« Cet engrais semble vraiment déterminer, sur les terrains qui lui con- 
viennent, les limites extrêmes de la production des grains. » 

La quantité d’engrais dont nous pouvons disposer cette année étant peu 
considérable, nous avons réduit à 1 litre les lots d’engrais liquide Boutin, 
et à 10 kilog. ceux de l’engrais Ville; nous vous engagerons aussi à ne faire 
porter vos essais que sur la plus importante de nos cultures, sur le blé, et 
d’opérer de la manière suivante : 

Engrais Boulin. 

Le terrain soumis à l'essai ne sera pas nouvellement défriché, ni humide, 
ni de couleur rouge, ce qui indiquerait un sol ferrugineux, et il aura été 
famé avec l’engrais de ferme à la dose ordinaire, qui est presque toujours, 
dans x notre pays, au-dessous de celle qui donnerait le maximum de récolte. 

La veille du jour choisi pour les semailles, on placera dans un baquet 
10 litres de blé de semence sur lequel on répandra peu à peu le litre d’en- 
grais Boutin qui forme un lot , en remuant bien le blé pour que tous les 
grains en soient également imprégnés, et l’on continuera de le remuer jus- 
qu’à ce que tout l’engrais soit absorbé. Le blé sera alors prêt à semer. 

On tracera sur le champ deux portions de terrain égales et de 4 ares 
(environ une ouvrée) chacune^ et autant que possible de même quab’té. Dans 
la première portion on sèmera les 10 litres du blé trempé dans l’engrais 


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— 318 - 


Boutin, qui n’a pas dù être vitriolé; dans la seconde portion on sèmera 
10 litres de blé, suivant la méthode ordinairement employée par l'expéri- 
mentateur. 

A la récolte, on comptera le nombre de gerbes du lot de 4 ares semé avec 
l’engrais Boutin , et on les pèsera pour avoir le poids total de la récolte, 
paille et grains; ces gerbes seront battues à part; on pèsera également le 
blé produit et l'on en déduira, par une différence, le poids de la paille seule. 
Ou opérera de même sur la seconde portion du terrain , qui donnera très- 
probablement une récolte inférieure à la première. On pourra donc évaluer 
en argent l'accroissement du produit dù à 1 litre d’engrais Boutin, dont le 
prix est de 2 fr. 25, et le cultivateur saura par la comparaison des prix, s'il 
a gagné ou perdu par l'emploi de cet engrais. 

Engrais chimique . 

Le lot d’engrais est de 10 kilog. pour un are. Il sera mélangé avec son 
volume de terre fine et sèche ; on le sèmera à la volée lors du dernier labour, 
et l’on complétera son exacte répartition dans les couches superficielles du 
sol au moyen d’un hersage énergique. On procédera, pour le reste de l’essai, 
de la manière indiquée pour l'engrais Boutin. 

Le Secrétaire procède ensuite à la distribution de ces engrais, aux 
personnes ci-après : 

Engrais chimique G. Fille . 

10 kilog. à M. Jacquin, de Barretaine; 10 kilog. à M. Gindre, de 
Molain; 10 kilog. à M. Fa ton, de Poligny; et 10 kilog. h M. Morin, de 
Saint-Cyr. 

Engrais liquide Boutin . 

1 litre à M. Sauria, de Saint-Lothain ; 1 litre ù M. Jacquin, de Barre- 
taine; 1 litre à M. Romanet, du Viseney; 1 litre à M. Etienne, de 
Poligny; 2 litres & M. Gindre, de Molain; 1 litre à M. Faton, de Poligny; 
1 litre h M. Morin, de S‘-Cyr; et 2 litres à M. Blondeau, de Poligny. 

La séance, ouverte à 1 heure 1/2, est levée & 4 heures 1/4. 


CONCOURS D’ANIMAUX GRAS 

à Lons-le-Baunler 

Les vendredi 11, samedi 12 et dimanche 13 février 1870. 

Des primes d’une valeur de 100, 200, 300, 400 et 800 fr. seront 
décernées aux animaux gras des espèce bovine (bœufs et vaches), 
ovine et porcine, sans distinction de race. 


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— 319 — 


Le programme de ce concours sera affiché prochainement dans lés 
principales communes des départements du Jura, de l’Ain, du Doubs, 
de la Haute-Saône , de Saône-et-Loire et de la Côte-d’Or, appelés à 
prendre part au concours dont il s’agit. 


CHIMIE INDUSTRIELLE. 


Coloration des Vins* 

La coloration des vins rentre dans le domaine des manipulations 
permises, quand l’opération est pratiquée avec des substances recon- 
nues comme innoffensives. La loi tolère cette pratique, parce qu’elle 
est faite dans un but utile, celui de satisfaire aux exigences de l’usage 
et au goût des consommateurs, cl d’assurer la conservation du vin. 
Mais il n’en est pas de même quand la couleur provient de l’introduc- 
tion dans le vin de substances dangereuses ou de nature à l’altérer ; 
telles sont les colorations à l’aide des baies d’yèble, de troène, de myr- 
tille; des racines de garance, de bois de campéche, etc. 

La coloration se produit avec un grand nombre de substances ; il im- 
porte donc de pouvoir déterminer, sans employer de méthodes trop 
scientifiques, laquelle de ces substances a servi à la coloration artifi- 
cielle du vin. 

Pour cela, on verse dans un verre de liqueur une dissolution de 3 gr. 
d’alun dans 30 grammes d’eau ; on ajoute ensuite 2 gramme^ de potasse 
qu’on a fait dissoudre dans 15 grammes d’eau. 

L’alun, uni au vin, est précipité par la potasse, et c’est la couleur de 
ce précipité qui permet de déterminer la nature de la teinture. 

Si la couleur tourne au vert, c’est une preuve que le vin n’est pas arti- 
ficiellement coloré. 

Si le dépôt est violâtre, c’est que le vin a été coloré avec des baies de 
sureau ou de mures. 

Un précipité couleur de lie sale se produit dans un vin coloré avec 
l’airelle. 

Si le dépôt est rouge, c’est qu’on a fait usage de la betterave ou du 
bois de fernambouc. 

Un dépôt jaune dénote la présence des baies de phytolaquc. 

Un dépôt violet-bleu se produit dans un vin coloré avec des baies de 
troène. 

* Un dépôt violet-clair provient de la présence du tournesol. 


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Un dépôt rouge-violacé indique la coloration par le bois de campécbc. 
Encore un indice que la coloration est produite artificiellement, c’cst 
la difficulté qu’on éprouve à faire disparaître les tacbes produites par les 
vins sur le linge. 

[Moniteur de la brasserie et des spiritueux). A. Frentz. 


DONS. 

Il est offert à la Société, par : 

M. le D r Dupasquier, de Julliénas (Rhône) : 18 exemplaires d’un opuscule 
dont il est l’auteur, intitulé : Traité d'hygiène à Vusage des écoles rurales. 
Ce don est destiné à être distribué gratuitement à quelques instituteurs. 

M. Marcellin Barrière, de Bordeaux : Une Brochure, avec planches, con- 
tenant une explication très-succincte du système plauétaire officiel. 

M. le D r Tamisier : Thèse pour le Doctorat en Médecine , par M. de La- 
pervanche , sur le Tabac. 

M. Bondivenne : U Initiative individuelle en religion . en politique , en lit- 
térature dans les relations sociales et la vie pratique. Un vol, in-8°, dont il 
est l’auteur. 

M. Isidore Merle : Production du phosphate neutre de magnésie et de 
son dérivé , le phosphate magnésien ammoniacal. Brochure in-8°, dont il 
est l’auteur. — Traité élémentaire d' agriculture , par MM. J. Girardin, doyen 
et professeur de chimie à la Faculté des sciences de Lille, etc., etc., et A. 
Dunreuil, chargé du cours d’arboriculture et de viticulture au Conserva- 
toire impérial des arts et métiers, etc., etc. 2 vol. in 12, de 700 pages. 

M. Faton, de Poligny : Sept photographies représentant divers plants de 
vigne : Le Trousseau, le Valet noir, le Maldoux, pour les raisins noirs; le 
Sauvagnin et le Melon, pour les raisins blancs. 

M. Martin-Laüzer : Les Eaux de Luxeuil, bibliographie dont il est l’au- 
teur. Un vol. in-8°. 

M. Fernand Gibert : Dix exemplaires de sa Prévision du temps de 1870 
à 1880, précédée d’une nouvelle combinaison barométrique. Petite bro- 
chure in-8°. 

M. Gall, receveur de l’enregistrement à Poligny : La Vigne , par E.-A. 
Carrière. Un vol. in-12, avec un grand nombre de figures dans le % texte. 

M.le D t Güïllaumot, de Poligny : De la nécessité d un capital inaliénable 
pour servir à l'assistance médicale des campagnes. Petit opuscule in-8°, 
dont il est l’auteur. 

M. le docteur Grandclément : Elude sur l'Education physique des enfants 
et sur quelques réformes importantes. Petite brochure in-8°, dont il est 
l’auteur. 

M. Chervin aîné : Du Bégaiement considéré comme vice de prononciation. 
Petite brochure in-8°, dont il est l’auteur. * 

M. Jean-Joseph Doigneaux, de Grozon : Une hache trouvée dans les cen- 
dres des anciennes salines. 

M. S. Benoit, vérificateur des poids et mesures à S^Claude (Jura) : Cours 
de Législation usuelle , rédigé conformément aux programmes officiels de 
l’enseignement secondaire spécial. Les deux premiers vol . in-12, dont il 
est l’auteur. 


POLIGNY, I1IP. DE MARESCHAL. 


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— 321 — 


SCIENCES MÉDICALES. 

LA MER 

au point de vue médical, 

PAR M. CHONNAUX - DT B1 SSOK , 

DocUîifr en médecine à Vittera-Socage (Calvados), membre correspondant, 
{Suite). 


Du bain froid. — Ses effets . 

Nous avons dit que nous entendions par bain froid celui qui est pris 
à une température inférieure a -J- 15° centigrades. 

Le plus souvent, il ne peut être que d’une fort courte durée, et dé- 
termine généralement une sensation pénible, douloureuse même, sur^ 
tout si Ton entre graduellement dans Peau , et même en s’y jetant 
brusquement. 

L’oppression épigastrique est quelquefois assez forte pour s’opposer 
h P exécution normale de ht respiration, qui devient aussitôt enhélantc, 
comme singultueuse , spasmodique, et accompagnée d’une souffrance 
sous-sternale, vive et anxieuse. 

La peau, les articulations sont le siège d’une douleur toute particu- 
lière; les muscles, de crampes quelquefois atroces, surtout dons les 
membres inférieurs. La perspiration cutanée étant suspendue , l’urine 
devient abondante; les exhalations pulmonaires et abdominales aug^ 
mentent pour la remplacer. Le cerveau , douloureusement affecté, n’a 
plus le pouvoir de commander des mouvements réguliers; la face sc 
contracte, se grippe, devient pâle, livide; les lèvres sc violacent et sc 
rident, les mâchoires sc heurtent spasmodiquement Pune contre l’autre, 
et, chez quelques personnes, on voit survenir des nausées, des vomisse- 
ments et même des convulsions. 

Quant aux effets consécutifs de ce bain, s’il était possible de le pro- 
longer, avec FcnscmMc des phénomènes douloureux que nous venons 
d’esquisser, nul doute que les conséquences les plus fâcheuses ne tar- 
deraient pas à en être le résultat 

S’il s’est volontairement et sciemment exposé à cette immersion, 
l'homme ne peut y résister longtemps. Il sc retire de l’eau. Une fois 
qu’il a cessé d’être en contact avec elle, la plus grande partie des acci- 

21 


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— 32Î — 


dents ne larde pas à disparaître , sauf une céphalalgie plus ou moins 
intense qui, le plus souvent, persiste ; et, sous l’influence d’une réaction 
salutaire, provoquée par l’exercice ou seulement par les forces vitales, 
toutes les fonctions rentrent bientôt dans leur ordre quasi normal. 

Par l'habitude, ce bain perd une partie des effets que nous venons de 
signaler et devient très-tonique. On peut donc en réserver l’emploi à 
quelques cas spéciaux de thérapeutique; mais, comme moyen d’hygiène, 
il doit être rejeté. 

Ajoutons encore qu’à température égale , le bain froid ,ou frais pris 
dans l’eau courante, déterminera nécessairement, à cause du renouvel- 
lement continuel de l’eau, une soustraction plus prompte de calorique, 
que celui qui est pris dans une eau stagnante, et devra être supporté 
moins longtemps. 

La théorie au moins le voudrait ainsi ; mais malheureusement pour 
le principe, quelque rationnel qu’il soit, l’expérience vient le détruire. 

Quelle en est la cause? Je pense qu’il faudrait la rechercher dans des 
considérations toutes morales, qui ne peuvent pas trouver place ici, où 
nous ne voulons constater que le fait sans en discuter la cause. 

Toujours est-il qu’expérimenlalement parlant , le bain froid, pris en 
baignoire, est plus intolérable encore que le bain, à la même tempéra- 
ture, pris dans une eau courante ou agitée, et ne peut être supporté 
aussi longtemps. 

Des bains de mer èn général. 

Parmi les moyens thérapeutiques que l’on met généralement en usage, 
il en est peu qui puissent, plus que les bains de mer, bien maniés, indi- 
qués à propos , modifiés suivant les cas, et surtout employés avec mé- 
thode, produire un plus grand nombre de résultats heureux. C’est qu’il 
en est peu qui soient doués d’une action aussi énergique et aussi 
efficace. 

Ce moyen peut être considéré comme un moyen complexe, agissant 
de plusieurs manières et sur plusieurs ordres d’organes à la fois. 

D’abord, le changement de lieu, l’action d’un air plus vif et plus pur, 
les effets du voyage, le spectacle imposant d’une masse d’eau incom- 
mensurable, avec les mille péripéties cl incidents qui viennent à chaque 
moment modifier le tableau, l’espérance qui anime le malade, le chan- 
gement de régime alimentaire, l’exercice qu’il prend dans un pays 
nouveau et dans des conditions nouvelles ; toutes ces circonstances 
réunies, jointes à l’action médicamenteuse de l’eau de mer, sont un 
des moyens les plus avantageux que l’on puisse proposer aux personnes 


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faibles, languissantes, et dont l'organisation débilitée, souvent par de si 
divers excès, a besoin d’étre tirce d’une funeste inertie. 

Puis, à toutes ces causes que nous pourrions appeler physiques , ne 
s’en joint-il pas une autre d’un effet tout moral, dans le temps surtout 
où nous vivons? 

La vie, dans les conditions actuelles de la société, est partout si 
agitée !... Politique, plaisirs, affaires, littérature, théâtre, tout est con- 
vulsif et dévorant; les sens suffisent à peine â la multitude et à l’intensité 
des émotions. Ne dirait-on pas que l’on veut suppléer par l’énergie, la 
promptitude et la diversité de l’action, à ee que la vie a d’imparfait, de 
borné , de défini? — On veut vivre deux fois dans le cours d’une seule 
«existence. 

Quel doit être le résultat de cette dépense exagérée des forces? — 
tJne fatigue qui les accable, une décrépitude morale et physique pré 1 - 
malurée, et le besoin si généralement senti , à une certaine époque de 
l’année, de donner trêve aux affaires, de détendre pour quelques jours 
les ressorts de l’esprit, de vivre enfin d’une vie douce et calme, et de 
retremper, dans le repos et la méditation, l’énergie physique cl intel- 
lectuelle dont bientôt il faudra faire' un nouvel usage. 

Et quels lieux, plus que les rivages de la mer, sont aptes à neutraliser 
cet état violent et funeste? Où le corps trouvera-t-il une tranquillité plus 
parfaite, l’âme une quiétude plus grande que sur ses bords? 

La contemplation de l’infini, dont l’image s’offre â la vue; la monoto- 
nie active, si je puis m’exprimer ainsi, des vagues dont le mouvement 
fascine tellement les regards, que souvent an surprend des promeneurs 
fixés â la plage , dans une rêverie profonde; le retour â des penchants 
Innocents, qui s’annonce par le plaisir avec lequel de grandes dames et 
des hommes sérieux s’occupent à ramasser des coquilles, de petits cail- 
loux, des brins d’herbes marines, des varecs détachés des rochers et re- 
jetés par la mer; les sentiments de moralité, qui alors se réveillent plus 
forts que jamais dans l’âme; le retour aux idées véritablement reli- 
gieuses , qui s’opère dans risofemenl et en présence de toutes ces 
grandes scènes de la nature; qui pourra nier que toutes ces causes n’ont 
point un effet salutaire Sur la santé du corps et ne secondent pas puis- 
samment les efforts du médecin ? 

Envisagées maintenant d’une manière générale, sousle rapport de leur 
composition chimique, les eaux de mer doivent être rangées, ainsi que 
nous aurons’ occasion de le voir, dans la classe des eaux minérales salines ; 
et, dans cette classe, elles tiennent assurément le premier rang, par la 
richesse et l’énergie des principes salins qu’elles renferment. 


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— 324 — 

Effet des bains de mer. 

Les bains dè mer sont pris le plus ordinairement frais , c'est-à-dire 
à une température variable entre ■+ 15 à 25° centigrades. 

Ils ont donc d'abord une action analogue à celle que nous avons dit 
appartenir aux bains frais , pris dans l’eau ordinaire. 

Mais là ne se borne pas leur effet. 

Les sels, les matières végéto-animales et autres principes que l’eau de 
mer contient en si grande abondance, soit en dissolution, soit simple- 
ment en suspension, ainsi que nous le verrons prochainement, rendent 
d’abord sa densité plus grande, et par suite, sa pression sur toute la 
périphérie du corps plus forte, sons que je pense pourtant que celle 
densité plus considérable influe d'ailleurs en rien sur la difficulté de res- 
pirer que certaines personnes éprouvent au moment de l’immersion, en 
sc mettant à la mer. 

J’ai vu si souvent un effet analogue se produire, à la simple immersion 
dans l'eau douce, à une température identique, que je suis forcé de le 
regarder comme un phénomène tout nerveux dû au saisissement occa- 
sionné par le changement de température, sans que la densité plus ou 
moins grande du milieu ambiant, y soit pour rien, ainsi que l'ont avancé 
certains auteurs pour lesquels je professe le plus profond respect. 

Un autre effet des bains de mer, que je dois signaler ici, c’est l’espèce 
d’irritation, assez vive parfois, que les sels et autres principes contenus 
dans l’eau de mer déterminent sur la peau. C’est à celle irritation que 
cette sorte de bain doit en partie son efficacité. Il est, de plus, hors de 
doute que quelques-unes de ces substances sont absorbées et agissent 
comme toniques, comme résolutifs, soit que l’absorption sc fasse par la 
surface cutanée ou par la muqueuse pulmonaire ou digestive. 

Toujours est-il, et l’expérience est là pour le prouver, que des indi- 
vidus pâles, souffrnnts,éliolés, les enfants et les adolescents surtout, chez 
lesquels l’absorption est plus active, ne tardent pas, après un court séjour 
sur le littoral cl l’usage de quelques bains, à en subir l’heureuse influence 
et à voir leur constitution se modifier d’une manière avantageuse. 

A toutes ces causes efficientes , nous devons ajouter que l’action des 
flots qui, par leurs oscillations répétées, occasionnent une percussion 
plus ou moins vive à la surface du corps; les mouvements gymnastiques 
que le baigneur est forcé de faire dans l’eau, même sans s’en apercevoir, 
entrent aussi pour beaucoup dans l’action de cette espèce de bains. 

En résumé : les effets généraux des bains de mer sont de raffermir les 
tissus, surtout ceux qui sont soumis à l’immersion, et le plus immédia- 


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— 328 — 


tement en contact avec l’eau ; de donner du Ion à l'ensemble de l’écono- 
mie, en un mot d’augmenter l’énergie de tous les organes et l’activité de 
toutes les fonctions. 

Mais , par cela meme qu’ils sont un moyen thérapeutique actif, on 
concevra qu’administrés intempestivement, ils peuvent occasionner des 
accidents et produire un résultat contraire à celui que l’on en attendait. 
Il faudra donc, avant de les prescrire, que le médecin discute, dans sa 
sagesse, leur opportunité, et qu’il se garde bien de les ordonner comme 
un remède banal et insignifiant. 

11 arrive, chez quelques personnes, que l’effet des bains de mer n’est 
pas immédiat et qu’il ne commence ù se manifester d’une manière avan- 
tageuse , qu’après la cessation de leur emploi ; j’ai vu meme des per- 
sonnes, surtout dans les affections chroniques très-invétérées, éprouver 
une sorte de recrudescence de leurs maux après les premiers bains, et 
même tant qu’elles en faisaient usage, et n'en ressentir l’influence sa- 
lutaire qu’après être rentrées dans leurs foyers; mais c’est le plus petit 
nombre, il faut le dire. 

Dans les affections fort anciennes , cette manière lente d'agir n’est 
peut-être pas un des moindres éléments des succès que l’on peut 
obtenir. 

L’expérience ne nous démontre-t-elle pas tous les jours, qu’en gé- 
néral les médications très-promptes et à grand effet, que l’on pourrait 
presque appeler héroïques, ne réussissent que rarement dans ces sortes 
de maladies. Une thérapeutique rationnelle doit s’accoutumer, avant 
tout, à leur chronicité, et combattre, pour ainsi dire, un à un, tous les 
éléments du mal. 

Excitation plus ou moins grande et tonicité plus ou moins pronon- 
cée, tels sont, en résumé, les résultats auxquels on doit s’attendre de 
l’usage des bains de mer. Ces deux effets peuvent se produire isolément, 
ou, ce qui est plus avantageux, se combiner ensemble; mais il faut, 
pour atteindre ce double but, que les organes soient encore susceptibles 
d’une force de réaction suffisante pour que l’excitation que le bain déter- 
mine chez eux, ne se borne pas à un réveil momentané de leur énergie, 
mais bien que cet état persiste, devienne permanent; et il est nécessaire 
qu’ils aient en eux-mémes assez de vitalité pour se maintenir au niveau 
de stimulation que cet agent leur aura imprimé. 

Aussi voit-on chez les sujets sur lesquels cet effet mixte est obtenu, 
l’action des solides se relever graduellement, la circulation des fluides 
s’accélérer, et l’organisation entière recevoir un mouvement général 
d’impulsion dont les résultats seront d’autant plus utiles et persistants, 


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— 32G — 

qiTils se seront manifestés d'une manière plus lente et plus insensible. 

Considéi'ations générales sur la mer. 

Comme nous n'avons pas la prétention de faire un traité de Thalas - 
sographie , nous nous contenterons simplement d'appeler l'attention du 
lecteur sur plusieurs généralités que nous pensons indispensables à 
l’application des préceptes relatifs aux bains de mer, généralités qui, 
du reste , sont souvent étrangères a la plupart des baigneurs qui arri- 
vent du centre de la France. Ils me sauront gré, je n'en doute pas, des 
quelques chapitres qui vont suivre, quoique ne se rattachant pas d’une 
manière toute directe à l’idée médicale et hygiénique qui m’a dirigé dans 
la* rédaction de ce travail. 

Tout le monde sait ce qu'on entend par la mer, et que la surface du 
globe sc compose de grandes masses de terre appelées continents et de 
grands bassins d’eau, que l’on est convenu de nommer mers. 

A proprement parler, il n’y a qu’une seule mer, qui s'étend d’un pèle 
a l'autre, en couvrant à peu près les trois quarts de la surface du globe. 
C’est donc pour plus de commodité dans l'étude que l’on a divisé cette 
mer en plusieurs sections, auxquelles on a donné des noms différents. 

C’est ainsi qu'on a distingué les mers en extérieures , selon qu'elles 
bornent les continents, et en intérieures ou mèditerranèes si elles sont, au 
contraire, comprises entre le6 continents et bornées par eux. 

• Quelle que soit la variété de la mer, qu'elle soit intérieure ou exté- 
rieure, on a donné , à la partie des terres qu'elles baignent , le nom de 
côtes. Ces cotes sont formées de rochers ou d’escarpements plus ou moins 
élevés, ou de plages , lorsque les eaux viennent insensiblement mourir 
et se briser sur un sol plat, quelle que soit du reste sa nature. 

La mer reçoit encore , à quelques rares exceptions près , toutes les 
rivières et tous Les ruisseaux qui sillonnent en tous sens la surface des 
continents. Ces eaux, généralement douces , viennent, à l'embouchure 
des canaux qui leur servent de lit, se confondre avec les eaux salées de 
la mer, et apportent ainsi de très-sensibles modifications dans scs pro- 
priétés physiques et chimiques, ainsi que nous le verrons bientôt. 

(.1 suivre). 


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— 3*7 — 

NOTICE HISTORIQUE 

SUR L’ABBAYE DE ROSIÈRES (Jura), 
DE L’ORDRE DE CITEAUX, 

Par M. M.-B. Prost (de PoUgny), ancien élève de l'école des Chartes. 

(Suite). 


ABBÉS DE ROSIÈRES. * 

Bernard I, premier abbé de Rosières, était cellerier de l'abbaye de la 
Chanté quand Anséric, archevêque de Besançon, l’appela au siège abba- 
tial du nouveau monastère. Il l'occupa de l’an 1132 jusqu'en 1134, ou 
même jusqu’en 1135, selon M. Monnier. Sur sa demande, Humbert, 
archevêque de Besançon, lui confirma tout ce qu’Humbert III, sire de 
Salins, avait donné h la communauté naissante. Cette charte énonce les 
limites des vastes possessions des religieux à cette époque, mais il est 
bien difficile, sinon impossible, de les reconnaître et de les déterminer 
aujourd'hui. 

On trouve un Gui, abbé de Rosières, figurant comme témoin dans une 
donation qu'Hurobert, sire de Salins, sur le point de partir pourla Terre- 
Sainte, fit à l'abbaye de Billon. Guillaume, qui la rapporte dans scs 
preuves de Y Histoire généalogique des sires de Salins (1), croyant qüc 
cet Humbert est Humbert III, fixe cette donation a l'an 1130, et con- 
jecture qu’un moine, du nom de Gui, fut le premier abbé de Rosières. 
Celte hypothèse , dénuée de tout fondement et neanmoins admise par 
M. Rousset, se trouve détruite par des preuves positives, tirées d'un 
grand nombre de chartes authentiques; de plus, l’abbaye de Billon no 
date que de 1136. Il faut donc attribuer la donation que nous venons 
de mentionner à Humbert IV, sire de Salins, vivant du temps de Gui, 
abbé de Rosières, en 1183. 

Ascelin ou Ancelin , successeur de Bernard I , demanda à Humbert, 
archevêque de Besançon, et en obtint, en 1135, la confirmation des pos- 
sessions de son monastère. On le trouve aussi mentionné comme té- 
moin dans un acte de 1137. 

Quelques auteurs font vivre, en 1137, un abbé appelé Ulrich; je 


(t) Tome ) , preuves, p. 42 . 


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considère son existence comme fort douteuse. Ce qui est certain, c'est 
qu’en l’année 1137, Humbert, archevêque de Besançon, prit solennel- 
lement sous sa protection l’abbaye de Rosières, et ratifia toutes les dona- 
tions que lui avaient faites Renaud, comte de Bourgogne, Jean Lemoine 
d’Arbois, Bernard Fèvre de Montigny, Gaucher d’Arbois, Pahin de 
Belmont, et Odon, son neveu, Bernard de Tramelay, Pierre et Robert, 
prévôts de Vadans, Simon de Ncublans, Huguc de Thoirc, et Guillaume, 
son fils, Guillaume-le-Beau, Etienne et Alaid de Mallant, Etienne de 
Fertans, Garnier de Souvans, Rainaud de Molamboz, Wilburge de Gro- 
son, etc., etc. 

Chrétien était abbé de Rosières en 1137, selon M. Monnier. Le pre- 
mier acte qui fasse foi de son existence est une charte du mois de fé- 
vrier 1143, N. St., dans laquelle Gui de Trave confirme des dons faits à 
l’abbaye de Bellevaux par Bernard de Rosières. L’administration de 
Chrétien fut marquée par un traité conclu avec les chanoines de Saint- 
Analôilc, au sujet d’un meix situé h Charnay, et par des donations de 
la dame d’Eclans, veuve de Bigaud de Vadans, chevalier, de Robert 
FAÜemand , de Constance, curé de Dole , d’Othe d’Arguel et d’Hugue 
d’Orchamps; donations que confirma l’archevêque Humbert, en 1143. 

Humbert I succéda h l’abbé Chrétien en 1144 ou 1145. En 1145, le 
16 des calendes de juillet, le pape Eugène III prit sous la protection 
spéciale du Saint-Siège notre monastère avec ses possessions, et menaça 
des anathèmes de l’Eglise tous ceux qui enfreindraient ses privilèges ou 
envahiraient scs propriétés. A cette époque, il possédait les granges de 
Charnay, de Mathenay, des Iles, de la Tournelle, de Tilleray, un cellier 
à Montigny, le droit d’usage dans les forêts de Vaudrey, et jouissait de 
l'exemption de toute dbne. La même année, c’est-à-dire en 1145, Hum- 
bert acheta un fonds de terre de l’abbesse de SWean d’Aulun et obtint 
de l’archevêque Humbert la ratification de tout ce qu'avaient donné à 
l’abbaye Renaud et Guillaume, comtes de Bourgogne, Guntier et Beuve 
de Groson, Etienne de Fertans, Renaud de Molamboz, Odilon, Gui et 
Rerthe de Vadans, Odilon de Mallant, Joceran dlvory, Ardouin Ri- 
ehild et Poncette de Montigny, Rainaud, Ardouin et Udebert de Salins, 
Hugue et Richard de By, Fould, Beuve et Robert de Montigny, Re- 
Baud de Champvans, Aiwin de Cernans, Humbert de Groson, etc. 
Gaucher 1U, sire de Salins, donna aux religieux, en 1149, pour le repos 
de son àmc et des Ames de ses prédécesseurs, trois bouillons de sel sur 
les sauncrics de Salins, a prendre l’un à Pâques, l’autre à la Pentecôte, 


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— 329 — 


cl le troisième à Noël. Au mois de mars 1155, N. St., les chanoines de 
S l -Etienne de Besançon cédèrent à Rosières la terre et le bois de Bru- 
leux, à condition qu’on leur paierait à perpétuité une cense annuelle 
de cinq sous. 

Humbert 1 vit s’accroître encore singulièrement les biens de son 
abbaye par les libéralités d’ Etienne et de Bernard de Mornoy, d’Odilon 
de Liesle, d’Hubald de Naisey, d’Hugue de Charency, d’Hugue de 
Cbatillon, de Pierre de Belmont, d’Hugue de Choisey, de Gui de Chaux, 
de Beuve de Groson, de Beuve de Saint-Pierrç, etc. Cet abbé vivait 
encore en 1156. 

Etienne 1, qui le remplaça, ne se trouve pas dans la liste des abbés 
de Rosières donnée par les frères de Sainte-Marthe, d’après les papiers 
du P. Chifflet, dans le lV m * volume de leur Gallia Christiana. 11 traita, 
en 1159, avec Alis, abbesse de S l -Jean d’Autun, qui lui abandonna la terre 
de Cbatillon , source de longues et vives contestations entre les deux 
parties , sous la condition d’un cens de quatre sous , payable chaque 
année a la S l -Martin. Cette transaction fut approuvée la même année 
par l’abbesse Aremburge, qui venait de succéder à Alis. En 1160, Etienne 
transigea avec les moines de S*-Jean-de-Losne. Peu de temps après, il 
résigna sa charge et reprit à Rosières le simple habit de religieux. Mais 
il ne laissa pas d’y conserver une certaine influence et une grande con- 
sidération. Dans plusieurs actes postérieurs à son abdication, il figure 
comme témoin, sous le titre de : Stephanus quondam abbas. 

Le nom de Jean 1 apparaît pour la première fois en 1162, dans une 
donation de deux sous de renté faite h l’abbaye par Aimon Guntel, pré- 
vôt de Lons-le-Saunier, et dans un traité conclu la même année entre 
les religieux et Gaucher 111, sire de Salins, relativement aux limites de 
la grange de la Tournelle. Les principaux actes qui signalèrent son ad- 
ministration fut l’achat de deux fermes de Thibaut, cuisinier de Gaucher 
de Salins, en l’an 1163, et en 1164, un accord avec Guillaume, fils de 
Robert, prévôt de Vadans, au sujet des droits d’usage dans la forêt de 
Brainans. Sous Jean L, les religieux reçurent à titre d’aumône, de Pierre, 
curé de Groson, une vigne sise à Groson ; de Simon de Chancin, la terre 
de Bruleux; et de Girard Faisandier, grand-maître du Temple, une 
plantation d’aunes sur les bords de la Cuisance. 

Jeanl mourut en 1166 ou 1167. Bernard H, son successeur, gou- 
verna l’abbaye pendant d’heureuses années. En 1168, Guillaume de 


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— 330 — 


Tramelay lui octroya tout ce qu’il possédait dans le village et le terri- 
toire de Vesclcs, avec le droit de pâturage dans ses domaines, donation 
que Bernard fit confirmer l’année même, h Cileaux, par Guichard, ar- 
chevêque de Lyon et légat du Saint-Siège. Deux ans après, Etienne, 
comte de Bourgogne, partant pour la Terre-Sainte, donna aux moines 
de Rosières huit charges de sel à prendre aux salines de Lons-le-Saunier, 
et nn serf de cette même ville, nommé Guichard, avec ses enfants et ses 
biens. Les donations se succèdent. En 1173, l’abbé de la Chanté aban- 
donne à notre communauté tout ce qu’il possédait à Groson , et Louis* 
comte de Ferrelte, la comble de largesses en confirmant les donations 
de Gaucher de Salins et de ses prédécesseurs. 

Humbert de Vadans avait cédé à l’abbé Bernard les dîmes de Vadans; 
Robert et Garnier, ses fils , refusèrent de ratifier cette donation et 
eurent à ce sujet, avec l’abbaye, de vives et longues contestations. Elles 
ne furent complètement terminées qu’en 1173, grâce à l'intervention 
de Bernard, abbé de Bellevaux. Les années suivantes furent marquées 
par les libéralités d'Humbert de Groson et de Roger de Monnet. Dans 
deux bulles consécutivement adressées â Bernard, le 7 des calendes de 
mai 1177 et le 4 des nones de juillet 1178, le pape Alexandre III prend 
sous sa protection et sauvegarde l’abbaye de Rosières , ses privilèges 
et ses propriétés. Il la déclare de nouveau exempte de toute espèce de 
dlme, défend sous les peines les plus graves de violer sa clôture* et 
permet aux religieux *dc recevoir dans leur communauté , sans qu’on 
puisse rien leur dire pour cela , toutes les personnes qui voudraient se 
retirer chez eux pour embrasser la vie monastique : sorte de droit 
d'asile implicite. Enfin , il menace des plus terribles anathèmes ceux 
qni inquiéteraient les moines dans leurs privilèges ou leurs biens. Ces 
deux bulles nous indiquent les possessions de Rosières h ce moment : 
Outre celles qui sont citées dans la bulle d'Eugène III, en 4145, on y voit 
énumérés la grange de Vesclcs, la terre de Bruleux, des droits d’usage 
dans les terres de Vaudrcy, Vadans, Salins, Tramelay, Binans; des 
biens fonds à Groson, Poligny, Salins, Dole, Arbois, Bly, Lons-le-Saunier, 
Ivory, etc. L’abbé Bernard mourut en 1179, peu de temps après la con- 
sécration solennelle de l’église de l’abbaye, par Everard, archevêque 
de Besançon. 

Gautier succéda à Bernard II, en 1180. Son administration ne fut 
signalée que par des donations faites aux religieux, entre autres 
par Odilon, prévôt de Lieslc, Robert de Champdiyers et les seigneurs 
de Vadans. 




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— 331 — 


Gui I fut nommé ubbé en 1182 ou en 1183. Le 14 mai 1183, r impé- 
ratrice Béalrix traita avec l’abbaye au sujet de certains droits, et con- 
firma toutes ses possessions , accrues encore les années suivantes par 
les largesses de Gaucher, sire de Salins, d’Humbert, seigneur d’Aresehes, 
de Robert, prévôt de Vadans, d’Humbert d’Arlay, de Guillaume et de 
Gui de Lieslc, d’Androuin de Vaux , etc. En 1187, Gaucher de Salins 
ratifia toutes les donations de ses prédécesseurs aux moines de Rosières, 
et Thierry, F archevêque de Besançon, confirma tout ce que leur avaient 
antérieurement octroyé les seigneurs de Vadans. Le nom de Gui se 
trouve encore dans quelques chartes de la même année ; mais nous 
devons retourner de quelques pas en arrière pour assister aux dé- 
mêlés de cet abbé avec la puissante famille de Vaudrey. En l’an 1180, 
Aimon de Vaudrey, à cette époque , l’un des plus altiers et des plus 
influents seigneurs de la Comté , se prit un jour à contester les droits 
d’usage des religieux dans les bois de Vaudrey, à prétendre que ces 
droits étaient périmés, si jamais ils avaient eu aucun fondement. L’af- 
faire est portée devant l'archevêque de Besançon, qui la décide en faveur 
des moines , et fait confirmer sa sentence par le Souverain Pontife. 

Réduit a l’impuissance de faire révoquer cette décision et se croyant 
lésé dans ses droits , Aimon résolut de tirer de ses ennemis une écla- 
tante vengeance. Il arme ses vassaux , ses sujets, se met à leur tète, 
porte l’incendie et la dévastation dans les possessions du monastère, 
pendant qii’Hugue et Gui, ses fils, vont assaillir l’abbaye, la livrent an 
pillage , accablent l’abbé d’injures et de coups , et l’emmènent captif 
dans le château de leur père. A cette nouvelle , l’archevêque Thierry 
somme Aimon, ses fils et leurs complices de comparaître devant la cour 
épiscopale pour justifier leur conduite. Sur leurs refus réitérés , il les 
excommunie et lance l’interdit sur toute la terre de Vaudrey. Ces me- 
sures de rigueur, ne firent qu’augmenter le ressentiment d’ Aimon et 
aigrir son orgueil. Fort peu effrayé par les foudres de l’Eglise , il ne 
cessa d’inquiéter les moines, ses voisins, par de continuelles menaces et 
d’incessantes vexations. Après la mort de l’abbé Gui, arrivée en 1187, 
les seigneurs de Vaudrey entretinrent quelques années encore ces re- 
grettables querelles; elles ne furent complètement apaisées qu’en 1191, 
à l’instigation de l’archevêque de Besançon, Amédée de Tramelay, allié 
à la maison de Vaudrey, et protecteur dévoué de Rosières. 

On voit pour la première fois mentionné l’abbé Ulrich II, dans un 
traité conclu entre les religieux et les habitants de Biesnay, au sujet de 
ta terre de Moidon , l’an i\88. L’année suivante , Roger, seigneur de 


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Monnet, lui donna tout cc qu’il avait h Salins et à Groson. En 1189 
également , cet abbé parait comme témoin dans une charte de Louis, 
comte de Ferrelte, faisant de nombreux dons aux abbayes de Bitbaine 
et de Lieu-Croissant, avant de partir pour les Saints-Lieux. M. Cas tan, 
dans son remarquable ouvrage sur les origines de la commune de Be- 
sançon , conjecture que l’abbé Ulrich prit part à la troisième croisade, 
mais cette supposition semble peu fondée, car en 1190, notre abbé se 
trouvait au château de Bracon , où Gaucher de Salins confirma toutes 
les possessions de l’abbaye et lui fit de nouvelles largesses. 

Ulrich 11 eut pour successeur Gui H, qu’on voit traiter On 1192 avec 
Pierre de Groson. La même année, Maurette, comtesse de Vienne et de 
Mâcon, ratifia une transaction entre cet abbé et le chevalier Morestin de 
Toulouse, qui lui contestait certains droits et certaines propriétés. Dans 
cette charte datée d’Ounans (Hunnens), Gui est appelé Gui II , preuve 
évidente qu’il n’y eut pas un Gui I, abbé de Rosières en 1130, comme 
le croit l’abbé Guillaume , et après lui M. Rousset, car alors l’abbé du 
nom de Gui, vivant en 1192, serait Gui III, tandis qu’il est clairement 
nommé : Guido secundus Roseriensts abbas. Gui I, comme nous l’avons 
vu, occupa l’abbatiat de l'an 1182 ou 1183 à 1187. 

Après la mort de Gui II, Guillaume I monta sur le siège de Rosières. 
En 1193, Gaucher III, sire de Salins, fit de nouvelles largesses aux reli- 
gieux et leur promit que ni lui, ni ses successeurs ne mettraient jamais 
à réquisition les charrues , les chariots et les bêtes de somme de l’ab- 
baye. Les années suivantes, nous n’avons toujours a citer que de nom- 
breuses donations ! Robert de Groson donne b l’abbé Guillaume une 
grande partie de ses biens, b condition qu’on l’ ensevelisse dans l’église 
du monastère et qu'on dise pour lui l’office des défunts ; Othon, comte 
de Bourgogne , prend le monastère sous sa protection et lui accorde 
d’importants privilèges , entre autres celui de n'être soumis qu’à la 
juridiction de sa cour; Aimé de Thoire, seigneur de Vaudrey, et Ponce, 
son épouse, cèdent aux moines les droits d’usage dans les bois de Vau- 
drey et de parcours sur leurs terres ; Gaucher de Salins leur fait une 
rente de sel et confirme toutes ses donations antérieures. Noufe ne ferons 
que mentionner les libéralités d’Hugue de Montdidier, de Guillaume, 
comte de Vienne et de Mâcon, de Girard, seigneur de Vadans, d’Otbon 
et d’Etienne , comtes de Bourgogne , de la comtesse Marguerite et du 
chevalier Oudot de Chaucin . Le pape Innocent III prit, en 1203, l'abbaye 
sous Sa défense, et interdit d’en traduire les religieux devant les tribo- 


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— 333 — 


naux séculiers. L’abbé Guillaume occupait encore le siège de Rosières 
en 1218. Il le conserva, selon quelques auteurs, jusqu’en 1225; mais je 
n’ai trouvé aucune preuve a l’appui de cette assertion. 

Dans un acte de l’année 1198, figurent, parmi les témoins, Guillaume* 
abbé de Bellevaux, et Lambert, abbé de Rosières. A cette époque, pour- 
tant, il est reconnu que l’abbé de Bellevaux était Herbert, et nous 
venons de voir que l’abbé de Rosières portait le nom de Guillaume. En 
présence de cette difficulté , il me semble permis de supposer que ld 
rédacteur de l’acte aura par mégarde confondu les noms des deux abbés 
et changé leur ordre respectif; alors il faut lire : Guillaume, abbé de 
Rosières , et Herbert ou Lambert (deux noms assez faciles à prendre 
l’un pour l’autre), abbé de Bellevaux. 

Durand 1 trouva l’abbaye chargée de dettes. Le 16 août 1229, il ven-* 
ditàCitcaux, moyennant 650 livres csievenanls, plusieurs des pro- 
priétés de Rosières. 11 existe de celte vente un vidimus de 1259, qui fit 
commettre au Pcre Chifflet l'erreur de donner ce Durand comme abbé 
de Rosières en 1259. 

Le Père Chifflet cl M. Monnicr insèrent dans leurs listes, à l’année 
1231 , un abbé qu’ils n^ désignent que par l’initiale A... Je n’ai con- 
naissance d’aucun acte qui le mentionne, et je suis porté a croire que 
cet abbé est le même que le précédent. On aura pris la lettre initiale D 
pour un A, confusion facile à faire, vu la similitude de ces deux lettres 
dans l'écriture gothique du xui me siècle. 

Simon I , inconnu au Père Chifflet, énumère dans une charte de 1232 
ce que Jean de Cbambornay donna en gage h l’abbaye de Bellevaux. En 
1234, il appose son sceau à un acte de Pierre d’Alaisc, ratifie un enga- 
gement de son père envers la même abbaye. Il était encore abbé de 
Rosières en l’année 1236. 

Humbert I fut son successeur. Il est nommé dans des chartes de 1248, 
1251 et 1257. Les principales fondations d’anniversaires et donations 
pieuses qui furent faites aux religieux sous son régime, sont celles de 
Jean, comte de Bourgogne, des seigneurs de Vaudrey, de Jean de Ccr- 
nans et d'Humbert de Vadans. 

Durand II était abbé de Rosières en 1259. Perrin et Robert de Groson, 
Girard de Monlbarrev, Etienne et Guy de Villers-les-Bois, lui octroyè- 


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— 334 — 

rcnt à litre d’auméne de vastes propriétés. 


Simon II appareil en 1261. Etienne de Groson lui donne Ions ses 
biens, à condition qu’on prie Dieu pour le repos de son âme ; André de 
Groson et sa femme lui vendent une pièce de terre située â Rosières, 
Jean de Mathenay et Girard de Vadans, deux vignes à Groson. En 1262, 
Jean, comte de Bourgogne et sire de Salins, abandonna aux religieux 
une censc de 10 sols, qu’ils lui devaient sur un chasal de Salins, dit la 
cure de Rosières. Autres donations faites â la communauté , pendant 
l'administration de Simon, par Rodct de S^Michcl, Bernard de Vadans 
et Besançon de Groson. 

A la mort de Simon II, le sceptre abbatial passa dans les mains d*Au- 
bry, en 1269. Cet abbé ne laissa pas de traces importantes de son gou- 
vernement. Il mourut vraisemblablement en 1275. 


Son successeur fut Humbert III , mentionné pour la première fois 
dans une charte de 1277. L’an 1278 , il apposa son sceau à un acte 
émané d’Alix, comtesse de Bourgogne. 


Besançon fut nommé abbé de Rosières en 1279. L'année suivante, 
Guillaume de Ruai , damoiseau , remit aux religieux une censé de 14 
deniers qu’ils lui devaient. Signalons encore les donations faites à l'ab- 
baye par Huguc et Aimé de Vadans, Richard d’Arbois , chevalier, Eli- 
sabeth de Scllièrcs, Gui de Groson, et Jean, comte de Bourgogne. Be- 
sançon apparait pour la dernière fois dans un acte du 3 avril 1282. 


11 fut remplacé par Etienne II qui, scion le Père ChifÜct, occupa le 
siège de Rosières de 1299 à 1307. 

(A suivre ). 


Chacun connaît la répugnance souvent invincible que le public 
éprouve pour le seul nom de médicament , car Juvénal, ce poète 
de satyrique mémoire, appelait medicamentum, le fard des dames 
romaines. 

C*est pour ce motif que nous cherchons à encourager tout pra- 
ticien qui dirige ses travaux vers le but si utile d’épargner aux 
pauvres malades, la souffrance attachée au dégoût qu inspire 
toute préparation purement pharmaceutique, et dont on n’a pas 


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— 335 — 

cherché à diminuer la saveur désagréable et les inconvénients 
quelle peut présenter au point de vue de la sensualité du patient. 
Le praticien qui a réellement le goût de son art et le talent suffi- 
sant pour l'exercer consciencieusement, doit se préoccuper de ce 
vieil axiome : Curare tutà, cità et jucundè. Guérir sûrement, 
promptement et agréablement 

Nous avons naguère fait connaître le procédé de M. P. Lavigne, 
pharmacien à Bordeaux , pour les emplâtres. Aujourd’hui , nous 
allons faire T historique d’un élixir purgatif découvert et préparé 
par un praticien dont le nom est bien connu de nos lecteurs. 

H. -G. Cler. 


L’Élixir Herrmdotte. 

Un purgatif doué d’un goût agréable, n’irritant pas les voies diges- 
tives , ne dérangeant pas des occupations habituelles , est assurément 
une bonne fortune pour l’art de guérir, et aux yeux de bien des per- 
sonnes, c’est le rara avis in terris de Juvénal. 

Eh bien ! un de nos correspondants, M. Jules Léon, pharmacien de 
l r# classe à Bordeaux, vient de retrouver, apres de longues et pénibles 
recherches, la recette et la légende historique de Y Elixir Bernadotte , 
préparation possédant le goût de l’anisette surfinéc et des propriétés 
toni-purgatives, anti-rhumatismales, anti-goutteuses, dépuratives. 

Nous pensons que les lecteurs de notre Bulletin accueilleront avec 
intérêt l’histoire abrégée de celte précieuse liqueur, et apres lecture en 
séance publique, nous nous faisons un devoir de la publier dans notre 
reeueil, avide de propager les bonnes choses. 

C’était un jour de fête au couvent de Stromberk, aux environs de 
Stokolm. 

Le prieur des Barnabites fut pris tout-h-coup d’une colique néphré- 
tique qui vint changer la joie en affliction, car le prieur était aimé et 
vénéré de tous. Tout le monastère était en émoi. Soudain , une bril- 
lante fanfare fait retentir les échos d’alentour. On entend les cris en- 
thousiastes de : Vive le roi de Suède! Vive Bernadotte, le père chéri 
et adoré de ses sujets 1 

Et à l’instant, une pompeuse suite formant le royal cortège, pénètre 
dans le couvent. 

En voyant le vénérable prieur se tordre sur son lit de souffrances, 


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9. M. Bcmadolte, profondément ému, renvoie scs courtisans, et tirant 
un petit flacon de sa poche, il en administre le contenu au respectable 
moine, dont les douleurs se calmèrent par enchantement. Quelques 
instants après, de copieuses selles amenaient la guérison radicale. 

Le miraculeux liquide, administré par S. M. Bernadette, n’était autre 
que l’Elixir Bcrnadollc, dont M. Jules Léon, pharmacien de t** classe, 
ex-pharmacien en chef des hôpitaux, lauréat de plusieurs concours 
(10 médailles, or , argent , vermeil), vient de retrouver la recette perdue 
depuis longtemps. Cet élixir purge sans coliques ni mauvais goût; il 
offre, avec peu de liquide à boire, les avantages précieux de purifier le 
sang, d’expulser les humeurs âcres, cl bien plus encore, contrairement 
aux autres purgatifs, il relève les forces abattues; il est de plus anti- 
rhumatismal, anti-névralgique, et convient dans les dépôts de lait, les 
hydropisics. Avec l’arôme d’anisette, cet Élixir BernadoUc est composé 
de sucs de plantes. 

(Voir aux annonces ). D r J. de Blainvilliers, 

Chimiste-expert assermenté. 


SCIENCES APPLIQUÉES. 


L’IIerbler photographique de AI. de MEYER. 

L’examen des végétaux sur la nature même constitue l’une des étu- 
des les plus importantes du botaniste. Celte pratique seule donne une 
idée véritable de la réalité, et on ne saurait la remplacer ni par les 
dessins les plus habilement exécutés, ni même par des épreuves pho- 
tographiques. 

Cependant les herbiers, tels qu’on les forme généralement, présen- 
tent d’assez graves inconvénients. Veut-on étudier les plantes dessé- 
chées, il faut une extrême prudence pour ne point en briser les parties 
délicates. Avec le temps, les plantes finissent par être détruites par les 
insectes ; ou bien clics moisissent, si l’on n’a pas eu soin de les conser- 
ver dans un endroit très-sec. 

Le botaniste serait heureux de posséder un herbier qui ne se dété- 
riore point en vieillissant, et qu’il puisse manier sans crainte; les mé- 
decins et les professeurs applaudiraient un progrès de ce genre, sur- 
tout s’ils pouvaient eux-mêmes le réaliser â peu de frais et seulement 
avec un peu d’habitude et de soin. 


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— 337 


C’e&t une découverte de cette nature que M. A. T. de Meyer vient 
d'annoncer à la Société de pharmacie de Broxelles, et que jem’emr 
presse de cojnmuniquér a mes collègues de la Société de Poligny. 

M. de Meyer a recours à un procédé photographique. L'opération 
n'exige pour tout appareil que deux glaces, ou plus simplement deux 
verres à vitre assez épais. 

On mcle 30 grammes de pcrchlorure de fer liquide à 30° avec 90 
grammes d’eau distillée, ou au besoin d'eau de pluie; on y ajoute 5 
grammes de sucre de lait et 5 grammes d'acide tarlrique. 

On prend une feuille de papier bien collé, qui ne boit pas, et qui est 
assez solide pour supporter le lavage ; on y met, à l'aide d'un pinceau 
ordinaire, une couche bien égale de la solution ci-dessus, et l'on fait 
sécher. 

On étend sur ce papier la plante qu’on veut reproduire, et qui a été 
préalablement assez fortement comprimée pendant quelque temps entre 
des feuilles de papier non collé, afin d'enlever la plus grande partie 
de l'humidité qu'elle contient; car celle-ci pourrait enlever la couche 
de pcrchlorure. 

On pose le papier avec la planche 6ur une des glaces, sur laquelle 
on a d'abord mis, soit plusieurs feuilles de papier, soit un morceau 
de drap ou de flanelle ; on recouvre avec la seconde glace, et on les 
assujettit toutes les deux avec une presse de photographe au au moyen 
de quatre petites pinces, de telle sorte que la plante soit suffisamment 
comprimée pour toucher partout le papier chloruré. On expose alors 
aux rayons solaires, et, au bout de quelques instants, le papier perd sa 
couleur jaune et devient blanc dans toutes les parties exposées à l'ac- 
tion de la lumière. 

Lorsque la réduction est suffisamment faite, on ôte la plante et Ton 
voit son dessin reproduit en jaune sur le papier. On le lave a grande 
eau et on laisse égoutter quelques instants, puis on l’étend sur une 
des glaces, et on verse dessus une solution d’acidc gallique au millième; 
on laisse en contact jusqu'à ee qu’on trouve le dessin suffisamment noir. 
On lave de nouveau à grande eau et on laisse sécher. 

Pour obtenir que les nervures des feuilles se dessinent bien, laissez 
sécher en grande partie la plante à reproduire; le tissu cellulaire 
devient alors plus transparent et l'on obtient en même temps le dessin 
du tissu vasculaire. Pour obtenir le dessin des fleurs, soit blanches* soit 
roses, bleues ou rouges, il faut coller extérieurement, sur la glace, un 
mince morceau de papier blanc , afin de diminuer l’intensité de la lu- 
mière en cet endroit; sans celle précaution, le dessin de la fleur aurait 

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disparu avant que celui des feuilles ne fut achevé, le tissu de la fleur 
étant beaucoup plus transparent* 

On pourrait encore, par ec procédé , reproduire des dessins et des 
gravures, pourvu que le papier n'en fût pas trop épais, et permit à 
la lumière de réagir sur le perchlorurc. Les photographies ainsi obte- 
nues, seraient heureusement complétées par des épreuves directement 
obtenues, comme celles que la Société désire pour la vigne. 

D r Rouget, membre fondateur. 


Une Excursion botanique dune 
le déportement de l’Arlège. — Voyage à Uasat, 

PAR MM. LAVIGNB BT JULES liotf, 

Pharmaciens à Bordeaux, membres correspondants. 

Au point de vue botanique et géologique, le département de 1* Ariège 
a été assez peu exploré. Aussi est-il peu connu sous ce rapport, et c’est 
ce qui nous a décidés k entreprendre quelques recherches k cp sujet. 

Quelques rares adeptes de la science ont seuls cherché à éclaircir 
l’histoire naturelle des plantes de cette région, qui nous a paru fort 
intéressante et digne de fixer l’attention des amateurs de botanique 
descriptive et géographique. 

Avant d’aller plus loin, hâtons-nous de dire que quelques bota- 
nistes du département de l’ Ariège sc sont non-seulement joints à nous 
pour nous guider dans nos excursions, mais encore nous ont fourni les 
moyens les plus propres à nous renseigner sur l’identité et la classifi- 
cation de quelques espèces litigieuses. Nous devons entre autres une 
mention spéciale à M. Bord de Pamiers, Officier de l’Université, bota- 
niste d'un mérite incontestable, qui a bien voulu mettre à notre dispo- 
sition son riche et magnifique herbier, lequel nous a été réellement 
utile pour classer certaines espèces critiques. 

Parmi ces dernières , nous avons récolté assez abondamment VE u- 
phrasia lutea Z»., l’Euphraise & fleurs jaunes, — Odontite s luteaGr. 
God. fl. fr. T. III, à Gudas. 

Cette personnée est remarquable par la beauté de son port et par 
scs luxuriantes panicules de fleurs d’un jaune d’or éclatant. Assuré- 
ment, si Virgile eût connu cette brillante inflorescence, il aurait échappé 
â la mordante et spirituelle critique de Scarron, qui blâme le chantre 
de l'Enéide d’avoir comparé le rameau d’or d’Enée 


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A la gomme jaune qui luit 
Sur le tronçon qui la produit. 

(Virg. travesti, Ht. VI). 

irar Virgile eût comparé ce rameau d’or à la panicule de YEtiphraise 
jaune qui croit sur le côleau calcaire du terrain crétacé inférieur a 
Gudas, près Varilles. 

En poursuivant notre pérégrination linnéenne, et pour accorder un 
souvenir à l’endroit qui vit naître l’un de nous (M. P. Lavigne), nous 
nous dirigeâmes vers Moulet, où nous fûmes agréablement surpris de 
découvrir sur le céteau aride de Bigourda, dans la direction du sud, 
de riebes et magnifiques touffes d’une espèce non moins rare que la 
précédente, V Euphrasia viscosa, croissant en compagnie des Euphrasia 
rubra et serotina. Les fleurs de Y Euphrasia vïseosa sont d’un jaune plus 
foncé que celles de VE. lutea , et celles des E. rubra et serotina sont 
rose foncé. 

Nous ajouterons à cette liste le Carlina acaulis , commun dans tout 
le département de l’Ariège, à Artix, au Pcicht et à Gudas. 

Au reste, cette synauthérée se rencontre dans toute la chaîne pyré- 
néenne, ainsi que le Galeopsis intermedia , fort intéressante labiée, dont 
nous parlerons plus en détail dons notre petit fl orula, qui terminera la 
partie botanique de cet article. 

On s’étonnera peut-être de la fougueuse pompe de style que nous 
avons consacrée à ccs deux Euphrasia (E. lutea , E. viscosa), mais on 
en sera moins surpris quand on saura que ces deux espèces, extrême- 
ment rares, ont souvent été cherchées en vain dans les Alpes et dans 
les Pyrénées, vu la sporadicilé des habitants où résident ces plantes.— 
Disons de plus que M. Lavigne et moi, nous y avons constaté la pré- 
sence d’une proportion de matière astringente (tannin et extractif) en 
quantité plus considérable que dans YEuphraise Commune , E . offîci - 
nalis . — C’est à ce dernier point de vue que M. Lavigne vient d’écrire 
à plusieurs membres du corps médical de l’ArZègc, pour les engager a 
cultiver ces plantes pour les besoins de la thérapeutique oculistique, vu 
la spécificité des Euphraiscs dans les maladies de la vue. Nous faisons 
les vœux les plus ardents pour que ces essais de culture aient le succès 
qu’ils nous semblent mériter. 

Nous croyons utile de terminer notre aperçu botanique par un petit 
Florula de ccs rares espèces, où nous mentionnerons la synonymie , la 
description sommaire et la localité. 

Odontites lutea. Rchb. Euphrasia . L. Sp. Plante de 1-5 décimètres; 
— feuilles alternes, linéaires; — calice pubescent, non velu,glandu- 


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leux; — corolle tris-ouoerte, pubescente, à poil» épars; — capsule 
ovale, velue; — fleurs jaune d’or; — fleurit en juillet-septembre; — 
* Gudas (Ariège). — Terrain crétacé. 

Odontite s viscosa. Rch. Mêmes caractères, ii l’exception du calice 
velu, glanduleux, et de la corolle non pubescente. — Fraîche, cette plante 
exhale l’odeur de la bergamolle. Linné classait celte plante dans les 
Eupbraises. — Ariège. — Côtcau calcaire de Bigourda. T. crétacé, li- 
mite entre Saint-Bauzeille et Pamiers. 

Odontiles rubra. Pers. Euphrasia odontites. L. Sp. Caractères spé- 
cifiques : — Bractées lancéolées, plus longues que les fleurs rouges. — 
Plante rude au loucher. — Fl. juin-septembre. 

Odontites serotina. Rcbb. fl. Euphrasia Lamk. Car. spéc. : Bractées 
plus courtes que les fleurs. — Rameaux étalés. — Fl. rouges, juin- 
septembre. 

Localité de ces deux espèces : — Comme l’Eupbrasia viscosa seu 
odontites viscosa. 

Carlina acaulis. L. — Feuilles roncinées-lyrées seniles. — Fleurs en 
capitules larges étalés à terre, à demi-fleurons scarieux jaune d’or. — 
Fl. juillet-août. 

Arlix, le Peicbt, Gudas (Ariège). Céteaux calcaires. T. crétacé. 
Pyrénées. 

Galeopsis intermedia. Vill. — Fleurs rouges en gloraérulcs écartés. 
Bractées plus courtes que les Calices. — Fl. août-septembre. 

Calcaire crétacé. — Artix, le Peicbt. 

Les exigences de la périodicité du Recueil où nous publions cette 
revue, nous obligent à être extrêmement laconiques pour ce qui con- 
cerne la géologie et la faune de l’Ariègc. — Bornons-nous donc à 
mentionner les Stalactites et les Stalagmites des grottes d’Ussat ; — 
les fragments de quartz hyalin trouvés dans les montagnes de celte 

r £gi on . Chacun sait également que les bains d’Ussat sont chaque 

année très-fréquentés par les malades et par les touristes. 

Dans la faune ornithologique, l’amateur d’oiseaux pourra observer 
une infinité de variétés de corneilles et de corbeaux à bec rouge sang, 
encore peu connus des ornithologistes. 

Nous terminons ici ce court aperçu, heureux si nous avons réussi à 
attirer l’attention de plus habiles observateurs que nous, sur une con- 
trée qui nous parait fort intéressante au point de vue de l’histoire na- 
turelle spéculative et pratique. 


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BIBLIOGRAPHIE. 

Notre confrère, M. Ed. Girod, bibliothécaire de la ville de Pontar- 
lier, va livrer à l'impression un intéressant guide du touriste à l’usage 
de l’amateur des beaux sites, du peintre, du géologue et du botaniste, 
dans les trois eantons de Champagnole, des Planches et de Noseroy» si 
favorisés de la nature pour les beautés en tous genres dont elle les a 
dotés. — Il conduit en chemin de fer son voyageur de Mouchard h 
Andelot, puis à Champagnole, dont il fait le point central de ses excur- 
sions, pour visiter successivement toutes les localités des trois cantons, 
avec ce qu’elles renferment sur leur territoire de curieux ou de remar- 
quable sous tous les rapports. — Ecrit dans la spécialité de ceux que 
l’auteur se plait h cultiver, car il a déjà publié dans le même genre, 
entre autres : Douze excursions du touriste dans le Haut-Jura (Doubs), 
et un Itinéraire pittoresque en chemin de fer , de Neuchâtel (Suisse) à 
Pontarlier y dont les éditions sont épuisées; cet ouvrage a pour titre : 

a En chemin de fer de Mouchard a Andelot et a Champagnole, et 
a Itinéraire du touriste dans les trois cantons de Champagnole f 
« des Planches-en-Montagnr et de Nozeroy. » 

M. Ed. Girod veut bien nous donner les prémices de son livre dans 
la description suivante, extraite de la monographie de la ville de 
Champagnole^ 

Panorama depuis MonMUvel. 

Les environs de Champagnole offrent, parleur charme, de nombreux buts 

de promenade à ses habitants Mais c’est le Mont-Rivel qui réclame 

spécialement et tout d’abord notre attention à différents titres. — Suivons, 
en quittant la ville, le chemin à voiture qui serpente sur le versant sud- 
ouest de la montagne, à moins que nous ne préférions gravir le sontier pres- 
que à pic, longeant à gauche la prise d’eau de la gare; et quand nous aurons 
franchi une ombreuse ceinture de sapins, après avoir rencontré avec sur- 
prise, sous nos pas, à cette hauteur, de fréquents petits lits de ruisseaux 
babillards (revuli susurrantes) auxquels est dû sans doute le nom de Mont- 
Rivel, atteignons le plateau dans les environs de l’observatoire octogone que 
l’on distingue si nettement de la plupart des lieux environnants. Une scis- 
sure pratiquée dans le rocher, taillée de main d’homme et placée au-dessous, 
nous en facilitera l’accès. 

Cet observatoire n’est pas exactement situé à la partie la plus culminante. 


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Il faut la chercher à quelques cents pas, plus au nord, en delà de la ferme 
laissée sur la droite. — Ici vous êtes à 789 mètres au-dessus de la mer, et, 
suivant feu le capitaine Pernet (i), à 49C mètres au-dessus de l’Ain, sous le 
Pont-de-l’Epée, à Champagnole. — Respirez un moment et recueillez-vous. 
Puis d'un prompt coup-d œil jeté tout autour de vous, faites connaissance, 
avant de vous livrer à des observations de détail, avec l’immense horizon 
que vous dominez. 

Si, comme nous en avons eu la bonne fortune, vous avez exécuté votre 
ascension dès l’aube d’une belle matinée d’automne, à ce moment où le 
soleiL, escaladant les dernières sommités alpestres, s'empare de l'espace, 
et dissipe d'un seul de ses rayons les brumes diaphanes de la nuit répan- 
dues dans les campagnes, vous assistez alors à l’un des plus admirables 
spectacles que l’on puisse rechercher à quelque heure que ce soit du jour 
depuis cette sommité, et vous comprenez l’amour du poète pour Mont-Riveh 

Souvent pour être seul avec ma rêverie, 

Je dirige mes pas vers notre Mont-Rivel ; 

Oubliant sur ce roc les ennuis de la vie, 

Mon cœur s’élance jusqu’au ciel. 

Debout sur son château qui lentement s'écroule. 

Que l’orgueil ou la peur jadis édifia. 

Oui, je me sens grandir,... à mes yeux se déroule 
Un immense panorama. 


C, Blondeau (2). 

Plus de cent vingt-cinq kilomètres de pays se développent sous vos yeux, 
et naturellement votre regard se fixe d’abord vers le sud-est, sur les lignes 
lointaines du gigantesque massif jurassique. Vous les voyez s’étager les unes 
au-dessus des autres jusqu’au point où les plus élevées confondent leurs 
profils indécis avec l’estompe cendrée des vapeurs matinales qui s’élèvent 
des eaux du Léman jusque dans les profondeurs du firmament. — Mais sur 
un des points du ciel de cette zône helvétique immergée dans l’azur du 
plus transparent éther, quelle est celte éblouissante pyramide d’albâtre aux 
flancs empourprés çà et là par les feux du soleil? — C'est la Dôle, ce pro- 
blème géologique posé par la nature aux savants de toutes les nations, qui 
n'ayant pu tomber jusqu’ici d’accord pour la résoudre au moyen d’une ex- 
plication plausible sur les causes de son isolement du système orographi- 
que du Jura, continuent à la comprendre dans la première et la plus haute 
de scs chaînes, dont elle est, avec le Reculel, le point culminant d’altitude 
de 1,720 mètres étant rigoureusement la même pour l’une et l’autre de 
ces sommités). Dans leur Voyage pittoresque et romantique dans le Jura , 


(1) Auteur d’une notice inédite sur Champagnole et ?on canton. 

(2) Membre correspondant de notre Société. 


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Ch. Nodier et le baron Taylor se félicitent « d’avoir atteint, sur la Dôle, le 
point le plus élevé de ioutes les anciennes Gaules. >» — Surgissant de la 
vallée des Dappes, elle dresse sa tête curieuse pour regarder en France par 
dessus nos frontières jusqu’aux monts de la Bourgogne. — À vol d’oiseau, 
la Dôle est ici à 50 kilomètres de vous; et de Mont-Rive! à cette montagne, 
votre rayon visuel suit, à d’insignifiants écarts près, la direction de la route 
de Paris à Genève, qui reste toujours à votre droite. Presque à la ligne de 
faite, il passe juste sur la grande redoute du fort des Rousses (altit. 1,635 m.) 

Nous avons le regret de ne pouvoir découvrir, avec ses neiges éternelles, 
le Mont-Blanc , dont le front se voile derrière les nuages, et les flancs, encore 
dans l’ombre, nous sont cachés par les brouillards nocturnes qui s’élèvent 
des vallées de la Savoie. En été, par un temps propice, aux dernières heures 
do jour, on voit d'ici ses pics étinceler des feux du soleil couchant, en arrière 
de la Dôle et du Léman. 

Mais ramenez vos regards jusqu’au-dessous de vous, et remontez successi- 
vement de l’œil, le vaste amphithéâtre des montagnes. Presque sous vos 
pieds , un peu à gauche , prenant le centre du bois de Sapois pour point de 
départ d’une ligne qui coupe perpendiculairement celle du massif du Jura 
observé de ce côté, vous voyez les moutonnements de nombreux reliefs oro- 
graphiques couverts de sapins et sillonnés dans tous les sens par des gorges 
sauvages, aller s'élargissant, au fur et à mesure de l’éloignement, dans un 
angle de plus en plus ouvert, jusqu’au pied de la chaîne des Ilautc&doux. 

C’est ici que commence le 3 m « plateau des montagnes, où sont assis, dans 
l’aire de notre horizon, du nord au sud, Cemiébaud , Bief-des- Maisons, les 
Chalcsmes , Fort-du-Plasne, Saint-Laurent, y al fin. Derrière ce premier gra- 
din de la grande scène, se superposent les trois autres immenses étages 
jurassiques, ou chaînes dites du Mont-Noir, du Bizou, du Mont-Tendre. Cette 
dernière chaîne, qui s’étend jusqu’au Beculet, confondant les dômes, les 
arêtes, les courtines, les pics de ses cimes capricieuses avec les nues. 

Qui soupçonnerait les inégalités de niveau, les couloirs, les ravins, les dé- 
filés cachés dans les plis de ce massif, d’une épaisseur d’au moins vingt-huit 
kilomètres, depuis la Perrena aux landes du Bois-d' Amont, dans le Noirmont, 
sans parler des quatre grandes vallées parallèles à ces chaînes, qui les di- 
visent à des profondeurs variables de cent cinquante à six cenls mètres? 
Que de rochers à franchir, quels abîmes vous séparent de leurs plus hautes 
sommités ! 

Maintenant, eu vous tournant vers le sud-ouest, donnez, dans la vallée 
même de l’Ain, en face et en aval de Champagnole, votre attention à la falaise 
si étrangement contournée qui, de la pointe du bois de Surmont , au-dessus 
do Cise, jusqu’à celle du Bois-des-Ghaumois, près de Monnet-la-Ville, fes- 
tonne la partie septentrionale du plateau où s’étagent Pillemoine, LouUe, 
Mont- sur - Monne t , le Vaudioux, Châtelneuf. — Les formes arrondies avec 
une précision quasi géométriques des promontoires de Surmont, de Béné- 
degand, entre Champagnole et Ney, des deux côtes entre lesquelles s’on- 


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fonce le Talion de Balerne, et de celui dn Vhaumois , n échapperont pointa 
vos remarques. Ensuite» rasant du regard le plateau où les clochers Mes 
villages que nous venons de nommer» miroitent an milieu de la verdure 
des forêts» parmi lesquelles ils sont éparpillés» vous surprenes en arrière 
et sur votre droite» depuis la hauteur de Ponbdtt-Naeoy, en suivant la ligne 
vigoureusement profilée de la chaîne dé YUeute, un nouveau pêle-mêle de 
montagnes» dômes et aiguilles» chatnes et chaînons, dont» cette fois, vous 
distinguez la plupart du temps» les tranches longitudinales entrecoupées 
de vallées» jusqu’à ce que l’éloignement et les vapeurs du matin, lentes à 
se dissiper dans cette atmosphère humide de la région des lacs, ne permet- 
tent plus de prolonger la perspective qu’aux yeux de votre imagination. 

Parfois, néanmoins, avec le secoars de la longue-vue, grâce à la sérénité 
du ciel et à la transparence de l'air, on peut, dit-en, scruter l'espace avec 
assez de bonheur pour dépasser l'horizon à' Orgelet, et même celui de Moi- 
ransy jusqu’aux monts d'Avignon, voisins de SainlrClaude. La ligne du faite 
de l lleute présente çà et là des dentelures fort pittoresques, et, sur certaines 
de ses cimes, d’importantes ruines, parmi lesquelles, fort distinctes pour 
nous, sont celles dn château de Mirebel et de la tour de Monlrond. 

Nous pouvons suivre d’ici le cours de l’Ain qui serpente, en quittant Chain* 
pagnole, profondément encaissé au milieu de terrains ravinés, dans la direc- 
tion du couchant. Avant de s'engager, a gauche du village deCroUnay, dans 
une gorge qui 6épare deux mamelons surprenants par leur ressemblance 
en dimensions de hauteur et de configuration circulaire quand on les con- 
sidère d’un certain point de vue , 1’ub , portant les ruines du Château de 
Mont-Saugeon, l’autre, en partie couvert de bois et occupé par la ferme de 
la Buchtüe, ancienne maison forte, il reçoit YAngiUon en avant du Moulin- 
des-Anes. S’infléchissant ensuite à gauche, sur la longueur d’environ deux 
kilomètres, il semble courir s'abîmer au pied du versant oriental de la côte 
de l’Heute, mais il se détourne brusquement par un angle droit vers le midi, 
gagne Ponl-du-Navoy, d'où il continue à descendre, sans déviation d’orien- 
tation, jusqu’à la limite méridionale du Jura, pour «lier donner son nom an 
département limitrophe. 

La contrée sous-jacente nous présente successivement , en remontant la 
chaîne de l’Heute vers le nord, en deçà et au delà, de vastes étendues de 
forêts d’essences feuillues, surtout entre Ardon, Crotenay et Montrond. Les 
profondes déchirures des vallons de Vaux-sur-Poligny et des Planches-sur- 
Arbois , auxquelles aboutissent les deux routes de Poligny et d’Atbois presque 
continuellement tracées dans les bois, sont parfaitement distinctes au-dessus 
de la falaise qui domine le vignoble. De là, le regard franehit, dans l’espace 
vide , par-dessus les cours de la Loue et du Doubs , toute la distance qui 
sépare la falaise de Mont-Rolland (50 kilom. environ), derrière Déle, s’y pro- 
mène un moment, puis, se replongeant dans l’espace, va de nouveau se re- 
poser aux extrémités de l’horizon, sur les lignes vaporeuses dessinées par 
es monts Sombemou et S^-Afrique, en Bourgogne. 


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Sur toute cette grande région forestière qui occupe vers le couchant et le 
nord, par rapport à nous, une étendue de dix-huit kilomètres en longueur, 
sur quinze en largeur, sont disséminés, au milieu des grandes clairières 
pratiquées par l'agriculture des villages de belle et riche apparence : Besain, 
Molain (le vieux Médiolan des Séquanes), Montrond, et, plus au nord, Valem - 
poulières à la sommité même de la chaîne de VUeule. 

Pour mieux apprécier le paysage du vallon de l’Angillon et ce qu’il reste 
à explorer de notre panorama circulaire, il serait à propos de vous trans- 
porter au sommet d’un petit belvédère à ciel ouvert, simulant la base dune 
tour ruinée, de quatre mètres de haut à peu près, non loin de l'angle nord- 
ouest du plateau. Dans peu d’années, malheureusement, cette échappée de 
vue sera masquée par l'élévation de jeunes et vigoureuses sapinières qui, 
dans cette double orientation , croissent sur les versants du Mont-Rivel. De 
Vannos à Andelot, quel tableau ravissant! quel frais et paisible vallon, s'ar- 
rondissant en gracieux berceau entre deux rangées parallèles de céteaux 
doucement inclinés , dont les pieds se rejoignent en se baignant sous un 
verdoyant tapis de prairies, dans les eaux de la limpide petite rivière. Pour 
compléter le charme, au fond , dans un encadrement de collines, la longue 
file des arches d’un blanc viaduc de chemin de fer, où les rayons du soleil 
qui s’élide, avec les ombres portées par les piles sur le6 pelouses d’où elles 
surgissent, produisent, à cette distance de près de 10 kilomètres, de surpre- 
nants effets kaléidoscopiques. 

Autre circonstance bien digne de remarque dans cette vallée, d’un écar- 
tement moyen de 4 kilom. : Sur les hauteurs, à gauche, les claires nuances 
des bois feuillus; à droite, les sombres teintes des forêts de sapins for- 
ment la ligne de démarcation bien tranchée entre la végétation luxuriante 
de la plaine, dont participe encore, en certains cantons, le premier plateau 
des montagnes et celle de l’austère climat jurassique, qui commence à la 
chaîne de la Fr esse, d’où part le second plateau. 

La ligne du chemin.de fer, avec son viaduc, semble tracée à dessein pour 
indiquer carrément, au nord, l’extrémité du parallélogramme du bassin de 
l'Angillon, comme la base septentrionale du Mont-Rivel, l’extrémité opposée. 
Ces habitations aux toits rouges, qui frappent nos regards à gauche d’Àn- 
delot, parmi des bouquets de chênes et de hêtres, sont les constructions de 
la gare. Plus sur la gauche encore , par-dessus les forêts de la Fatje-de- 
Valempoulières et des Moidons , sous l’abrupte falaise où brille le clocher 
d’Aresche, vous apercevez la naissance du Val-d’Héry, avec les villages de 
Chilty et à’Ivqry, les forts de Saint-André et de Belin qui défendent , en 
deçà et au-delà de la gorge de Salins, les approches de cette ville. 

Mais Poupet a déjà frappé votre regard. Saluez ! c'est le roi des montagnes 
de la contrée dignement chantée par notre ami Max. Buchon, le poète sali- 
nois, dont les lettres franc-comtoises regrettent si douloureusement la perte 
(décembre 1869), ce 


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.... Vieux Poupet, tel qu’un pâtre de Brie, 

Sur son coude appuyé, près de sa bergerie, 

Recomptant, aussitôt qu'un peu de jour a lui, 

Son Salins qui, là-bas, s’allonge devant lui. 

Poupet qui, par-dessus les montagnes, renvoie 
Ses salutations au Mont-Blanc de Savoie, 

Sans trop s’inquiéter des monticules nains, 

Car il est aussi, lui, frère des Apennins. 

Bien qu’à près de 20 kilomètres à vol d’oiseau, rien ne vous échappe de 
la configuration orographique de cet imposant massif, d’une altitude de 
850 mètres, avec ses pics ardus, ses larges croupes qui cachent dans leurs 
replis des forêts, des champs cultivés, des pâturages, voire un village, 
S^Thiébaud. À droite, dans le département du Doubs, voilà le plateau d’Alaise, 
à droite encore, une partie de celui d’Amancey, théâtres tous deux de la 
lutte héroïque où nos pères furent écrasés par Rome , en défendant la na- 
tionalité de la Gaule expirante. A l’angle de la lisière des sapins , tout au 
fond de l’horizon, c’est la Roche-de-Haule-Pierre, dont le vaste front s’illu- 
mine aux feux du soleil, tandis que, à peu de distance, se fait remar- 
quer avec peine la sombre Côte-de-Maillol ; l’une et l’autre voisines de la 
source de la Loue. Plus près de nous, le dôme chauve et arrondi de Mont - 
Mahou, isolé comme la Dôle; sur la gauche, toujours en se rapprochant, 
la silhouette des ruines du château-féerie de Sainte-Anne, cet autre théâtre 
d’une autre lutte suprême de l’indépendance franc-comtoise contre la valeur 
française, lors de la soi-disant conquête. Le fossé qui l’entourait de tous 
côtés, à la vérité sans eau, ne gardait rien de ce qu’il recevait, et versait les 
combattants tombés des remparts ou du pont, dans d’affreux précipices de 
plus de 300 mètres de profondeur. 

L’altitude considérable des reliefs du sol dans les forêts de sapins de la 
Joux , de la Basse-Joux et de la Fresse , dont l’épais rideau s’étend à l’ex- 
trême droite, dérobe complètement à la vue toutes les sommités orientales 
des montagnes au nord du val de Miêges, tant sur le département du Jura 
que sur celui du Doubs et en Suisse. 

Mais après le splendide spectacle que l’on vient d’avoir sous les regards, 
on se résigne sans peine à la contrariété de ne pouvoir découvrir un coin 
de l'immense tableau caché par le rideau des noires sapinières dont la zône, 
depuis les villages de Lemuy et de Mont-Marion, situés aux confins du dépar- 
tement du Doubs, se prolonge sans solution de continuité sur celui du Jura 
jusqu’à Dortan, localité limitrophe du département de l’Ain.* 

Ed. Girod. 


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SÉANCE GÉNÉRALE DU ii NOVEMBRE i869. 

La séance est ouverte à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc- 
Outhier, président, par la lecture du procès-verbal de la dernière séance. 

Correspondance : Lettre de remerciements de M. Ernest Breton, 
médecin aide-major de l r • classe, reçu membre correspondant. 

M. le docteur Télèpbe Desmartis appelle ainsi notre attention sur 
une nouvelle maladie de la vigne : 

« Une nouvelle épidémie, bien plus terrible que l’oïdium, frappe 
depuis quelque temps les vignobles du midi de la France. Cette épi- 
démie, vous le savez assurément, est occasionnée par un aphis micros- 
copique, le Phylloxéra vastatrix. Plusieurs domaines du Bordelais ont 
déjà été atteints par la récente épipbylre. 

« Je vous serai très-reconnaissant de me faire savoir si les vignobles 
de votre département ont subi les atteintes de ce puceron dévastateur. 

« J'ai publié, il y a déjà plusieurs mois, un long mémoire sur ce sujet, 
dans Y Indicateur vinicole de la Gironde. » 

« Château du Ilaut-Brisay, par l’ile Bouchard (Indre-et-Loire). 

« J’ai reçu le N° de vos annales que vous avez bien voulu m’adresser, 
cl je vous préviens que par le courrier de ce jour, j’ai remis à la poste, 
à votre adresse, un échantillon de 50 grammes de blé hybride pour 
M. Gindre, qui voudra bien, je l’espère, apporter tout le soin possible 
à la récolte du grain. « Goussard de Mayolles. » 

A l’occasion du rapport de M. Blondeau sur son appareil cosmogra- 
phique, M. l’ingénieur Trcmeschini nous écrit : 

« Je viens de recevoir à l’instant le bulletin que vous avez eu l'ex- 
trême obligeance de m’envoyer. 

« Il me serait bien difficile, impossible même, d’exprimer par des 
paroles et des phrases la gratitude que j’éprouve du fond de mon cœur 
envers une Société dont la tâche très-honnête est d’encourager les 
efforts des travailleurs de bonne volonté. 

M. le docteur Chereau : 

« Dans ma courte préface , en parlant d’un écrit de Devillaine : les 
maladies sur les bes liaux, j’émets le doute sur la question de savoir si cet 
écrit a été publié ou s’il est resté manuscrit. Aujourd’hui, il n’y a plus 
de doute, il y a certitude. 


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— 348 — 


« Le travail de Devillaioe, sur le9 maladies des bestiaux , a clé im- 
primé et porte ce titre : Tableau des maladies aiguës et chroniques 
qui affectent les bestiaux de toute espèce . 

« Ouvrage couronné par la Société royale de médecine , en 1780, par 
M. Dcvillainc, correspondant de la même Société, avec cette épigraphe : 
Sola experientia docet ea quœ prosunt quœ que nocent (Galien). Neuf- 
châle], Fabre et C îe , 1782, in-8°, de 136 pages. » 

M. le docteur Rouget, d’Arbois : 

a Je prends la liberté de vous adresser quelques strophes émanant 
d’un de nos compatriotes qui désirerait les voir reproduites dans le Bul- 
letin de la Société. 

« J’espère que vous ferez droit à sa demande et à la mienne. 

« Les strophes de M. Armand Vuillaume sont extraites d’un poème 
sur la Franche-Comté. A ce titre, elles présentent de l’intérêt. 

« Elles ont été composées par un de nos jeunes compatriotes , M. 
Vuillaume, chef du bureau télégraphique de la principauté de Monaco. 

« 11 est déjà connu dans le monde littéraire par diverses poésies 
iambiques, humoristiques, satiriques, et des odes imprimées h Bar-le- 
Duc ou à Monaco, et éditées à Paris chez les principaux libraires. 

« M. A. Vuillaume serait heureux de faire partie de notre Société; 
ce serait un lien de plus qui l’unirait au pays natal. Je viens donc vous 
prier de vouloir bien lui octroyer le diplôme de membre correspond 1 . » 

M. Chervin ainé : 

« Un ardent désir de profiter des travaux de votre savante compagnie 
me conduit à faire une démarche dont je m’empresse de reconnaître 
toute la témérité. J’ai l’honneur de solliciter le titre de membre corres- 
pondant de la Société d’agriculture, sciences et arts de Poligny. 

u A l’appui de ma demande, je vous adresse différents écrits sur le 
bégaiement, mais tout mon espoir est dans l’indulgence de la Société et 
dans l’intérét qu’elle porte â tous les genres d'enseignement, etc. » 

Ministère de l’Instruction publique. Avis que les numéros des deux 
dernières livraisons qui leur sont destinés, ont été transmis aux Sociétés 
correspondantes. 

Derniers mois de la campagne littéraire d’une correspondante, 
M 1U Mélanie Bourotle : 

Médaille d’argent à Metz et à Cambrai ; prix de 100 fr. à Besançon ; 
lis d’argent et myosotis au Rosier de Marie ; ouvrage sur le concours 
régional de Guéret, dont l’impression, aux frais du département, a été 


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— 349 — 


votée ii l’unanimité par le conseil général de la Creuse ; et dont nous 
recevronsun des premiers exemplaires. 

Après avoir entendu la lecture de la circulaire du Comité du Jura, en 
faveur de la souscription ouverte pour compléter les préparatifs d’ar- 
mement de l’expédition française au pôle nord, sous le commandement 
de M. Gustave Lambert, la Société décide qu’elle s’inscrira pour 20 fr., 
et que son Bulletin sera ouvert à toutes les publications du Comité. 

Elle adopte à l’unanimité le vœu émis par M. le Président, que le 
prix de l’abonnement au Bulletin soit réduit à 3 fr. pour les instituteurs. 

Elle décide aussi que tous les cultivateurs qui auront assisté à une 
séance agricole, recevront gratuitement, sur leur demande, le bulletin 
qui en renfermera le compte-rendu. 

Sur la proposition de M. Blondeau, Vice-Président, la Société, con- 
sidérant les services rendus à la science par M. Jules Marcou, de Salins, 
membre correspondant , soit par ses nombreuses publications sur la 
géologie du Jura, soit par ses voyages scientifiques en Amérique, con- 
fère à ce savant le titre de membre honoraire . Elle prie M. le Président 
d’exprimer h M. Marcou la satisfaction qu’elle éprouverait de le voir s’in- 
téresser a scs travaux, et particulièrement à ceux qu’elle entreprend 
pour le tracé d’une carte agricole communale. 

Lectures à l’ordre du jour : De M. le docteur Télèphe Dcsmarlis : Sur 
l’Epidémie qui frappe, depuis quelque temps, les vignobles du Midi. — 
De M. Jules Léon : Nouveau purgatif, connu sous le nom d'Elixir Bcr- 
nadotte. — De M. A. Vayssière : Les stalles de l’église cathédrale de 
S l -Claudc. — De M. le D r Grandcléracnt : Etude sur l’éducation phy- 
sique des enfants et sur quelques réformes importantes (analyse par M. 
H. Cler). — De M. Evariste Carrance : André Chénier. 

Sont admis membres de la Société : Honoraire : M. Marcou, géologue 
& Paris; correspondants : MM. Ethevenon, notaire à Arbois; Trcraes- 
chini, ingénieur-constructeur à Paris; Chervin ainé, directeur-fondateur 
de l’institution des bègues, h Paris; Vuillaume, chef du bureau télé- 
graphique de la principauté de Monaco. 

Le Secrétaire-Général, H.-G. Cleh* 


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— 350 — 


CONCOURS RÉGIONAL D’ANIMAUX GRAS 

à Lons-le-Saunier, 

Les vendredi H, samedi 12 et dimanche 13 février 1870. 


PBOGRAMMK DES PRIMES. 

I™ DIVISION. — ESPÈCE BOVINE. 

1®® CLASSE. — BOEUFS. 

l re Catégorie. — Animaux âgés de moins de 4 ans. 

l or prix, 500 fr.; 2® prix, 300 fr.; 3® prix, 200 fr.; 4® prix, 100 fr. 

2® Catégorie. — Animaux âgés de plus de 4 ans. 

1 er prix, 500 fr.; 2®ï>rix, 300 fr.; 3® prix, 200 fr.; 4® prix, 100 fr. 

3® Catégorie. — Bœufs exposés par paire composée de deux animaux de 
même âge et de même race. 

1 er prix, 300 fr.; 2® prix, 250 fr.; 3® prix, 200 fr.; 4® prix, 100 fr. 

2® CLASSE. — VACHES ET GÉNISSES. 

1*® prix, 400 fr.; 2® prix, 300 fr.; 3° prix, 250 fr.; 4® prix, 200 fr.; 
5® prix, 100 fr. 

Il® DIVISION. - ESPÈCE OVINE. 

(Les lots seront composés de deux animaux mâle et femelle, de même 
âge et de même race, et ils devront être tondus depuis moins d’un mois. 

1®® Catégorie. — Moutons âgés de moins de 18 mois. 

I er prix, 200 fr.; 2® prix, 100 fr. 

2® Catégorie. — Moutons âgés de plus de 18 mois. 

I e ® prix, 200 fr.; 2® prix, 100 fr. 

III® DIVISION. - ESPÈCE PORCINE. 

1®® prix, 150 fr.; 2® prix, 100 fr.; 3® prix, 75 fr.; 4® prix, 50 fr. 

Un prix d'honneur , consistant en une Médaille dor offerte par la Société 
d Agriculture de France , sera attribuée au meilleur animal du Concours , 
sans distinction de classe et de catégorie. 

DISPOSITIONS GÉNÉRALES ET CONDITIONS DU CONCOURS. 

Article 1®®. — Ne sont admis à concourir que les animaux engraissés 
dans les départements du Jura, de l'Ain, du Doubs, de la Haute-Saône, de 
la Côte-d’Or et de Saône-et-Loire , ayant au moins trois mois de résidence 
dans ces départements. 

Art. 2. — Les exposants devront adresser avant le 20 janvier 1870, à M. 
le Président du Comice de Lons-le-Saunier, une déclaration écrite portant 


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— 351 — 


la désignation exacte de la race, de l’âge et de la robe de chaque animal, la 
catégorie dans laquelle il doit concourir, et l’affirmation qu’il est en leur 
possession depuis trois mois au moins. Tous ces renseignements sont con- 
sidérés comme attestés snr l’honneur par les exposants. S’ils étaient re- 
connus inexacts après une enquête sérieuse, l’animal serait exclu du con- 
cours et le propriétaire signalé publiquement, et au besoin, par la voie de 
la presse. 

Art. 3. — Les Membres du jury seront désignés par le Coûiice de Lons- 
le-Saunier et choisis, autant que possible, dans les six départements formant 
la circonscription du concours. 

Art. 4. — Le jury dispose, sans contrôle, des différents prix et peut opé- 
rer des virements. Il juge sans appel toutes les réclamations, et peut sup- 
primer les prix qui ne lu û paraîtraient pas suffisamment méntés. En cas de 
mérite égal , il est invité à donner la préférence aux animaux les plus 
jeunes. 

Art. 5. — Les animaux devront être présentés le vendredi il février, de 
midi à cinq heures, pour les opérations de pesage et de classement. 

Art. 6. — Le jury se réunira le samedi 12, à huit heures du nlatin. L’ex- 
position sera ouverte toute la journée, moyennant un droit d’entrée de un 
franc par personne. Le dimanche, l’entrée sera gratuite. 

Art. 7. — Les animaux seront soignés par les exposants, sans* aucune res- 
ponsabilité de la part du comice. Ils ne peuvent être enlevés que le diman- 
che 13, à partir de quatre heures du soir. 

Art. 8.— Le paiement des prix se fera aux lieu et heure qui seront ulté- 
rieurement indiqués. 

Art. 9. — La direction et la surveillance du concours appartiendront aux 
membres du bureau du Comice. 


Le programme ci-dessus a été approuvé le 29 novembre 1869 , par Son 
Excellence M. le Ministre de V Agriculture et du Commerce. 


NOTA. — La compagnie du chemin de fer de Paris à Lyon a bien voulu 
accorder, pour les animaux qui se rendront au Concours, la réduction de 
tarifs habituelle pour les concours régionaux. 


ÉCOLES D’AGRICULTURE. — AVIS. 

Un concours sera ouvert à Paris, le 14 mars 1870, pour la chaire de syl- 
yiculture et de botanique vacante à l’école impériale d’agriculture de Grand- 
Jouan. 

Le programme de ce concours est déposé à Paris, dans les bureaux du 
Ministère de l’agriculture et du commerce (division du secrétariat général 


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et du personnel, bureau du personnel}» au chef-lieu de chaque département, 
dans les bureaux de la préfecture et au secrétariat des écoles d'agriculture, 
où les personnes qui désireraient en prendre connaissance pourront se le 
procurer. 

Les candidats devront se faire inscrire.au moins vingt jours avant la date 
de l'ouverture du concours et, au plus tard, le 22 février 1870, au Ministère 
de l’agriculture et du commerce (division du secrétariat général et du per- 
sonnel, bureau du personnel). 


CONCOURS RÉGIONAL AGRICOLE 

& Chambéry 

DU SAMEDI 21 AU DIMANCHE 29 MAI 1870, 

Comprenant les departements du Jura , de l’Ain, de la Loire, du 
Rhône, de Saône-et-Loire, de la Savoie et de la Haute-Savoie. 

Pour être admis à exposer, on doit adresser au Ministre de l'agri- 
culture et du commerce une déclaration écrite au plus tard le 15 mars 
1870. 

Pour les animaux, cette déclaration contiendra le nom et la résidence 
du propriétaire (commune, canton et département), la catégorie et 1a 
section dans lesquelles ils doivent concourir, leur origine, leur race, leur 
Age, leur robe, la durée de possession, et en quel lieu ces animaux ont 
résidé pendant cette durée. 

Pour les instruments, elle indiquera : le nom et la résidence de l’ex- 
posant ( commune , canton et département), la désignation, l’usage cl le 
prix de vente; si l’exposant a importé, inventé ou seulement perfec- 
tionné, ou enfin s’il a exécuté ou fait exécuter, sur des données anté- 
rieurement connues, la machine ou l’instrument exposé; s’il y a lieu, le 
nom et la résidence de l’ouvrier exécutant. 

Pour les produits agricoles, la déclaration portera la nature, la pro- 
venance, la quantité et la valeur vénale. 

Les exposants d’animaux sont responsables de leurs déclarations, et 
si, par leur fait et volontairement, les animaux sont mal classés et re- 
connus tels par le jury, ils devront être mis hors de concours. 

Toute déclaration qui ne^era pas parvenue au Ministère le 15 mars 
1870, et qui ne contiendra pas, en caractères lisibles, les renseignements 
indiqués ci-dessus, sera considérée comme nulle et non avenue. 


ERRATUM. 

Page 307 du dernier numéro, 36 m ® ligne, au lieu de : ils volaient vers, 
lisez : ils routaient vers. 


POLIGNY, IM P. DS Jf ARR8CHAL. 


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K" 18. 


— 353 — 


Nous nous empressons de mettre sous les yeux des membres de 
la Société, les deux documents suivants, émanant : le premier, de 
Son Excellence M. le Ministre de l'Instruction publique; le deu- 
xième, de M. le Sous-Préfet de Poligny. 

MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE. 

Le Ministre, Secrétaire d’État au département de l'Instruction publique; 

Vu la demande formée par la Société d’agriculture , sciences et arts de 
Poligny; 

Vu les statuts de cette Société ; 

Vu les avis favorables du Préfet du département du Jura et do Recteur 
de l’Académie de Besançon ; 

Arrête : 

Article i° r . — La Société d'agriculture, sciences et arts de Poligny, est 
autorisée à se constituer définitivement comme Société savante , conformé* 
ment à ses statuts, qui sont approuvés tels qu’ils sont joints au présent 
arrêté. 

Article 2. — Aucune modification ne pourra être faite à ses statuts sans 
l’autorisation du Ministre de l’Instruction publique. 

Fait à Paris, le 23 janvier 1870. 

Signé : Ségris. 


SOUS-PRÉFECTURE DE POLIGNY. 


Poligny, le 28 décembre IMS. 

Monsieur le Président, 

M. le Préfet a transmis à M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, 
en la recommandant d’une manière toute particulière, la demande de sub- 
vention formée par la Société d’agriculture , sciences et arts de Poligny. 

Par dépêche du 23 décembre 1869, Son Excellence annonce qu’elle est 
disposée à encourager et à seconder les efforts de cette association ; qu’en 
conséquence, elle a fait prendre bonne note de la demande dont il s'agit, 
qui lui sera représentée en temps utile, lors de la répartition du crédit des 
encouragements aux Sociétés et Comices agricoles. 

Je suis heureux de vous faire part de ces dispositions, que je vous prie 
de porter à la connaissance de la Société. 

Recevez, Monsieur le Président, l’assurance de ma considération la plus 
distinguée. Le Sous-Préfet, Vivaüx. 


23 


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— 3#4 — 


L LA MER 

an point de vue médical, 

FA A H. CBORNAUX-DCBlSSOlf, 

Docteur en médecine à YiUen-Bocage (Calvados), membre oorreepondant. 

{Suite). 

Des différentes plages et variétés de littoral . — De leur choix. 

On peut prendre les bains de mer partout où la mer existe ; pourtant; 
le choix des lieux n’est pas indifférent. 

A part les commodités, les avantages, les agréments qui doivent ré- 
sulter de telle ou telle plage, de telle ou telle localité, de sa disposition, 
de ses sites, de ses alentours plus ou moins pittoresques et accidentés, 
je crois qu’envisagés sous les points de vue hygiénique et thérapeutique, 
les plages et les lieux, ainsi que les différents fonds sur lesquels vient 
battre la mer, doivent avoir une influence marquée sur la composition 
de l’eau et sur l’effet des bains; et je pense que le médecin devrait pren- 
dre en considération ces différentes distinctions dans la prescription 
des bains de mer, selon le tempérament, la constitution, l’idiosyncrasie 
des malades, et la nature des accidents que l’on veut combattre. 

Ainsi, le littoral peut être formé de plaines arides, sablonneuses, ou 
de terrains bas, marécageux, sillonnés par de nombreux fossés plus ou 
moins vaseux; ou bien encore de prairies, de vergers plantés çè et là, 
d’arbres plus ou moins nombreux et chargés d’une végétation luxu- 
riante. 

On concevra sans peine combien , selon ces diverses conditions du 
littoral , les conditions hygiéniques du sol et de l’atmosphère devront 
être modifiées et différentes. 

Ainsi, je poserai en principe, et je tire ma conviction de la seule obser- 
vation des faits et de l’expérience que, toutes choses égales d’ailleurs, 
les bains de mer sont plus actifs et plus profitables, pris sur un littoral 
plat, sablonneux, aride même, incessamment, et sans qu’aucun obstacle 
s’y oppose, balayé par les vents, que dans toute autre localité d’aspect 
et de topographie différente. 

Ces localités ont l’avantage d’une élévation barométrique plus con- 
sidérable, puisque, sans l’aide des falaises et de l’escarpement des ro- 
chers, un sol droit et uni suffit pour opposer, au niveau de la mer, une 
digue infranchissable, et là, presque toujours, la plage est exclusivement 


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— 355 — 


formée cf un sable jaune, siliceux, ou de galets propres, et ne contenant 
ni tangue de mer, ni principe vaseux ; inconvénients que l’on retrouve 
dans toutes les plages plus basses. 

Rien ne s'oppose là au renouvellement incessant de l'air; aucune 
émanation nuisible, aucune couse d’msalubrité n’y existe; l'nir de lo mer 
peut y être respiré dans toute sa pureté, sa vivacité, sans avoir subi ni 
altération, ni décomposition, ni mélange avec d'autres gaz. De plus, les 
baigneurs y seront forcément exposés, tout le long du jour, à une inso- 
lation constante, dont ils ne parviendront que difficilement à se garantir, 
et que, bon gré, malgré, il leur faudra subir; et cette insolation, soit 
directe, soit en retour, alors que les rayons solaires seront répercutés 
par un sable jaune, doré, pétillant au soleil, n’est pas un des moindres 
auxiliaires des effets du bain. 

Un littoral boisé et paré d’une riche cl verdoyante végétation , est 
assurément plus agréable à la vue; mais celte végétation fait supposer 
déjà un sol plus humide, plus riche en matières végélo-animales décom- 
posées, une action moindre de cet air de la mer, vif, excitant, brûlant 
même, à tel point que, par sa trop grande oxygénation, il devient nui- 
sible aux végétaux ; air dont le malade, au contraire, va rechercher les 
salutaires effets dans les affections de langueur. 

La plage, dans toutes ces localités, se ressent de la nature du sol du 
littoral ? sa composition géologique est la même; elle n’est plus exclu- 
sivement, comme dans les premiers lieux que j'ai signalés, formée de 
ces débris de coquilles, de ces petits graviers, de ces galets lisses et 
propres, mais bien d'un mélange de ces divers éléments plus ou moins 
combinés avec une matière terreuse, vaseuse, et qui, par l'agitation des 
vagues, se dissout incessamment dans Tenu, s'y combine, la trouble et 
en modifie ostensiblement l’apparence et certainement l'action. 

Aussi» lorsque la mer vient à monter sur ces plages, quelle différence 
d'aspect avec celui qu'elle présente dans les premières localités ! Là, 
vous voyez l'eau limpide, déplacer, en se jouant, un sable propre, jaune 
doré, beaucoup plus pesant qu'elle, et qui tend aussitôt à retomber sur 
le lit dont il a été momentanément soulevé : la transparence du liquide 
en est à peine un instant troublée; il semble que par sa limpidité il 
appelle le baigneur et l’invite à s'y plonger. 

Ici, au contraire, en montant, la mer remue le sable fin, tangueux, de 
triste cl grisâtre couleur, qui constitue la plage, et elle vient expirer au 
bord avec la teinte sombre et d'un vert glauque qu'elle a conservée. 

Loin d'inviter au bain, elle semble éloigner le désir qu’on pourrait 
en avoir. 


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— 356 — 

Assurément cette eau est moins saine que la première : l’immersion 
doit y être moins salutaire. 

Ne dirait- on pas que la nature elle-même ne lui a départi celte cou- 
leur sombre, cette triste physionomie, que comme elle Ta généralement 
aussi fait aux plantes vénéneuses pour éloigner l’homme de leur contact 
et de leur usage? 

Un assez bon moyen encore de juger de la qualité hygiénique d’une 
plage, c’est de manger du poisson pêché sur la côte même. S'il est déli- 
cat et franc de goût, la plage est bonne, on peut la choisir; si, au con-r 
traire (ce qui arrive parfois), il laisse à la bouche une saveur vaseuse, 
c’est que le littoral est vaseux aussi, et que l’eau qui le baigne se ressent 
de cette composition géologique que je regarde comme la moins salubre 
de toutes. 

Loin de moi pourtant, l’idée de prétendre que les bains de mer soient 
pernicieux et doivent être absolument proscrits sur le littoral qui se 
trouve dans de telles conditions ; trop d’endroits, et même des plus en 
vogue, seraient bientôt ruinés si tous les baigneurs allaient me prendre 
& la lettre, et assurément, je fais des vœux pour la prospérité de tous. 
Peut-être même leur habitation , dans certains cas , conviendrait-elle 
mieux aux personnes d’un tempérament très-sanguin, d’une constitu- 
tion nerveuse très- irritable; mais ces cas seront néanmoins les plus 
rares, et & tout considérer, j’accorde aux premiers une préférence mar- 
quée; l'effet des bains devra y être, généralement parlant, beaucoup 
plus salutaire. 

Quant au littoral formé de terrains marécageux, sillonné par de nom- 
breux fossés remplis d’eau plus ou moins stagnante , je n'en dirai un 
mot que pour recommander au baigneur de l’éviter avec soin, de le 
fuir. 

Il devient une source d’infection permanente et périodique; de fièvres 
endémiques quelquefois fort graves et très-meurtrières, lorsque sur- 
viennent les chaleurs de l’été, à tel point que, souvent, les habitants do 
ces malheureuses localités sont obligés, à cette époque de l'aonée, d’a- 
bandonner pendant quelques mois leurs foyers pour se soustraire è leurs 
pernicieuses influences , et disputer ainsi , à ces causes incessantes de 
destruction, le peu de santé qui leur reste. 

Il y aurait donc folie au baigneur de faire choix d’un pareil littoral. 

Il devra encore visiter, à la marée basse et lorsque la mer s’en est 
entièrement retirée, la plage sur laquelle il prendra ses bains. 11 s’ar- 
rêtera de préférence à celle qui lui offrira la surface la plus plane ou qui 
n’aura qu’une pente légère et non accidentée. Il se sera ainsi à l’avance 


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assuré d’un bain agréable , commode et nollcmenl dangereux , alors 
même qu’il ne saurait pas nager. 

Enfin je lui recommanderai de choisir, autant que possible, un séjour 
de bains pourvu d'un établissement de bains cbauds ; de nombreuses 
circonstances, que nous étudierons par la suite, pourront souvent le 
mettre dans la nécessité d’y avoir recours. 

Des différents fonds de la mer . 

Le fond de la mer, quelle que soit sa profondeur sur les côtes, par- 
ticipe toujours, sous le rapport géologique, de la natope des côtes voi- 
sines. Ainsi, il est vaseux, sablonneux, graveleux, pierreux ou rocailleux, 
selon que le littoral présentera ces mêmes éléments : aussi, à part l’a- 
vantage hygiénique qu’il y a à prendre son bain sur un terrain entière- 
ment sablonneux , on voit que l'agrément et la commodité du bain 
lui-même exigent encore que l'on choisisse de préférence une plage 
ainsi composée. 

Pourtant, à ce sujet, je ferai une observation. Il arrive fréquemment 
que les gros temps ou même simplement les fortes marées, changent la 
nature du fond de la mer : ainsi, lé où existait un vaste banc de sable, 
Tannée suivante, ou mèmè d’un mois & l’autre, peut se trouver un 
banc de galets. Le sable n’a, du reste, le plus souvent que changé de 
place et a été seulement reporté soit à droite, soit & gauche, par le mou- 
vement des flots; mais survienne une nouvelle tempête ou une nouvelle 
forte marée, les choses ne tarderont pas h reprendre leur état primitif. 

11 ne faudrait donc pas conclure de ce qu’une plage qui, ordinairement 
était belle et sablonneuse, serait devenue rocailleuse l’année suivante, 
qu’elle serait pour cela perdue à tout jamais pour les bains. 

Ces modifications ne sont que passagères, et il est bien rare qu’elles 
se prolongent même pendant toute une saison d'été. 

Du voisinage des fleuves et rivières d'eau douce. 

Les fleuves et les rivières, en venant se jeter dans la mer, confondent 
leurs eaux avec celles de cette dernière. Il doit en résulter nécessaire- 
ment, aux environs de l’endroit où se fait cette confusion, ce mélange, 
une modification dans les propriétés physiques et chimiques de l'eau 
de mer. 

Cette mixtion des eaux de la mer avec celles des rivières, ne se fait 
pas toujours d’une manière intime au moment même et au point de con- 
tact. Cela tient è deux Causes : d’abord, à la densité plus grande de l’eau 
de mer, ensuite à la force du courant de l’eau douce. Ce phénomène est 


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— 358 — 


souvent très- sensible à l'œil à l'embouchure des rivières un peu con- 
sidérables, et l'on aperçoit très-distinctement, par les différentes nuances 
de la mer, l’espace que parcourt l'eau douce avant que ce mélange ne 
s'opèrent, graduellement, le point ou il se fait et devient complet. 

Les modifications chimiques que l'eau de mer en éprouve, sont unt 
salure, une densité moins forte, et partant, une diminution sensible sons 
un volume donné dans la quantité de sels et de principes médicamen- 
teux qu’elle tient en dissolution. 

Son action thérapeutique sera donc moindre en ces lieux. De plus, 
dans le voisinage de l’embouebure des rivières, la plage est générale- 
ment vaseuse et se présente plus ou moins dans les conditions d’insa- 
lubrité que nous avons signalées plus haut. 

C'est dans ees lieux encore que l'on sera exposé à rencontrer des 
sables mouvants, accidents de terrain qui peuvent devenir très-dange- 
reux pour le baigneur. Nous n'en parlerons pourtant pas davantage; ces 
sables mouvants n’existent sur aucune des plages que nous engageons à 
choisir, mais bien seulement sur celles que nous recommandons de fuir. 

Je conseillerai donc, pour ces raisons, d’éviter, en faisant choix d’un 
lieu de séjour sur le littoral, les plages qui se trouveraient trop rappro- 
chés de l’embouchure de rivières un peo considérables. 

Des sources d'eau douce sous-marines . 

On rencontre dan» quelques localités, lorsque la mer est retirée* des 
sources d’eau douce sur le sable qu'elle a laissé à découvert. 11 est hors 
de doute qu’il doit en exister do pareilles dans la profondeur des mers. 

Les deux seules que j’aie jamais observées sur les cèles de la Nor^ 
roandie, sourdent à environ 250 mètres du point où vient battre la mer 
dans son plein, aux grandes marées. 

L’eau de ces deux sources est douce au goût, bonne à boire, et ne 
participe en rien à la saveur saumâtre de celle de la mer. 

Lorsque celle-ci les recouvre, leurs eaux respectives doivent néces- 
sairement sc mêler ensemble, et le liquide qui en résulte doit présenter» 
quant à scs propriétés chimiques et dans une proportion subordonnée 
à la quantité d’eau douce qui est entrée dans le mélange, les mêmes 
modifications que celles que nous avons indiquées dan9 le précédent 
chapitre. 

Du reste, celles que je sigoale sont tellement peu considérables, com- 
parativement à l’eau marine, qu'elles ne peuvent avoir aucune influence 
>ur elle sous le point de vue des bains de mer et de leur action sur le 
corps. 


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— 359 — 


Du choix de Vhabitaiion. 

Doc fois fixé sur la localité et sur les conditions de salubrité qu’elle 
doit réunir, il restera encore au baigneur à faire un autre choix qui, 
bien que n’offrant qu’un intérêt de second ordre, comparativement à 
l’élection du littoral, n’en a pas moins pourtant une certaine impor- 
tance. Je veux parler de l'habitation. 

Les maisons qui, dans les lieux propices aux bains de mer, se trou- 
vent d’ordinaire, pendant la belle saison, envahies par les baigneurs v 
sont loin d’offrir toutes une égale commodité et un égal avantage, sous 
le point de vue des bains de mer. 

Les unes, en cfict, sont situées & une plus ou moins grande distance 
de la plage, dans l’intérieur des rues (si l’on peut appeler ainsi de mi- 
sérables et étroites ruelles en général, souvent sans alignement aucun, 
défoncées et boueuses, grâce à la vigilance de l’administration munici- 
pale, comme de véritables fondrières, et dans lesquelles, pour peu qu’il 
ait plu, on n’osc pas se hasarder après le coucher du soleil); les autres, 
au contraire, ouvrent directement sur la mer. 

Ces dernières sont généralement les plus commodes, les mieux bâ- 
ties et les plus confortablement disposées. 

J’engage le baigneur à les choisir de préférence; ce sont aussi partout 
les plus recherchées, et, quoique les plus chèrement louées, presque 
toujours, néanmoins, elles sont retenues d’avance. Il faut bien payer 
leur commodité. 

A part l’agrément de pouvoir, sans se déplacer, jouir, quelque temps 
qu’il fasse, de la vue de la mer, de se saturer à toute heure des émana- 
tions salutaires qui s’en dégagent, on aura encore l’immense avantage 
de pouvoir se deshabiller et se rhabiller chez soi, et sortir de sa chambre 
en costume de bain pour aller se jeter à l’eau , sans qu’il soit besoin 
d’avoir recours à ces cages en toile ou baraques en bois, appelées ca- 
banes de bain 9 dont le moindre inconvénient est leur incommodité pour 
les soins indispensables de la toilette au sortir de l’eau. 

Ces petites maisons volantes n’ont réellement d’utilité que pour le 
baigneur trop éloigné de la plage, et qui , ne pouvant mieux faire , est 
obligé d’y recourir, trop heureux encore d’en rencontrer! Mais, comme 
nous aurons nécessité de revenir sur ce sujet en parlant des soins préli- 
minaires et consécutifs au bain, nous n’insisterons pas davantage ici 
sur ces considérations. 

Inutile d’ajouter que là , comme partout , les appartements devront 
être choisis , autant que possible, bien secs, bien aérés» d’une capacité 


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— 360 — 


relative au nombre des personnes qui devront les habiter le jour et sur- 
tout la nuit; en un mot, ils devront se recommander par toutes les con- 
ditions hygiéniques qui doivent être prises en considération dans le 
choix d'un logement. 

A ce sujet, je ferai une remarque qui n'est pas sans importance. Beau- 
coup de personnes, par un motif d’économie bien louable, certainement, 
s'il n’était capable de porter une grave atteinte a la santé, lorsqu'elles 
viennent s’installer aux bains, s’entassent dans les appariements, et dou- 
blent, triplent même pour la nuit, le nombre de lits que devrait rai- 
sonnablement comporter une chambre. 

Qu'en résulte-t-il pour les individus qui l'habitent? Une viciation per- 
nicieuse de l’air nécessaire à la respiration, et les inconvénients , suite 
inévitable de toute infraction aux exigences d'une sage hygiène; de telle 
sorte qüe je ne crains pas d'être démenti en affirmant que pendant la 
nuit, ainsi entassées, ces mêmes personnes perdent, sans s’en douter, 
tout ou partie au moins , du bénéfice qu'elles ont retiré pendant la 
journée de leur séjour 6ur le littoral. 

Elles doivent en être d'autant plus fâcheusement impressionnées que 
les organes, pendant tout le jour, auront pris l'habitude d'être exposés, 
chacun suivant scs fonctions , à un air plus actif, plus excitant, que 
celte habitude aura dégénéré pour eux en une sorte de besoin, et 
qu’ils en sentiront ainsi plus vivement la cessation. 

(i4 suivre). 


NOTICE HISTORIQUE 

BUR L’ABBAYE DE ROBIÈREB (Jura), 

DE L’ORDRE DE CITBAUX, 

Par JÉ/M.-B; Phost (de PoUgnj), ancien élève de récote des Charte*. 

{Suite et fin). 

Barthélemi était à la tête de notre ipaison cistercienne en l’an 1307. 
Humbert Arrier lui donna à cette date un meix qu’il avait à Salins, au 
faubourg appelé Chantavc. Des chartes de 1309 le mentionnent égale- 
ment, et peut-être vivait-il encore en 1320, quand Mabaud, comtesse 
d’Artois et de Bourgogne, fonda un. anniversaire dans l'église abbatiale 
de Rosières. 

Pierre I succéda h Barthélemi. En Pan 1328, Jean de Cbarobly lui 


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- 361 — 

vendit un pré, et Guérard de S l -Pierre lui donna une censé de 10 sols 
estevenans. 

Nicolas gouverna le monastère de l’an 1330 n Tan 1349 ou 1360. Ni- 
colas de S u -Marie, de Groson, Marguerite de Vergy, dame de Vadans, 
Oudot Vincent et Henri Raigot, tous deux de Poligny, lui firent d’im- 
portantes donations. 

Hugue de Salins vivait en 1361, d’après le père Cbifflet. Il ne reste, 
à ma connaissance , aucune trace de son abbatial. 

Etienne III de S^Germain donna à Guillaume de Pupillin, en 1362, 
une maison située à Arbois, à charge d’une cense de 16 sols estevenans. 
De 1364 jusqu’à 1368, les libéralités faites à l’abbaye sont nombreuses : 
citons celles de Marguerite de Chàtcauncuf, dame de la Ferlé, de Guil- 
laume Roi, curé de Vadans, de Renaud de Vautravers, de Renaud de Vau- 
cluse, d’Etienne et de Jean de Vadans, de JoufTroi de Vaugrigneux, etc. 

Etienne IV de Vadans est relaté, sous la date de 1379, dans la liste 
des abbés de Rosières du père Cbifflet. Qui fut avant lui à la tète des 
religieux, de 1368 à 1379? Ce problème est impossible à résoudre si Ton 
ne découvre de nouveaux documents. Les chartes concernant Rosières, 
comprises entre ces deux dates, ne font pas connaître le nom de l'abbé 
vivant à celte époque. 

Etienne Vdc Beaurcgard ou d’Aumont n’est connu que par une do- 
nation qu’il reçut, en 1382, de Marguerite de Santans, et un traité qu’il 
conclut, en 1386, avec Guillaume de Pupillin, relativement à la maison 
dite de Rosières, à Arbois. Il mourut le 7 des ides de juillet de l’an 1386. 

Selon M. Monnier, ce fut Jean II qui lui succéda et qui occupa l’ab- 
batiat de 1396 à 1404. M. Roussel prétend, au contraire, qu’Hugue 
Quanteal I l’occupait en 1400: L’absence de preuves m’empêche de 
me prononcer pour Fune ou pour l’autre de ces assertions. On ne trouve 
en effet pas de nom d’abbé dans les donations faites à cette époque à 
l’abbaye par Jean Bailly, de Groson, et Richard, son fils, par Jean de 
Châlon, seigneur de Cbatelbelin, par Perrin de Bracon et par la maison 
de Vaudrey/ 

Etienne VI, d’Aumont, vivait en 1409. Sous son régime, Jcan-sans- 
Peur, duc de Bqyrgogne, concéda à nos religieux le droit de couper dans 


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— 362 — 

les bois de Mouchard tout le bois nécessaire à leur usage. 11 mourut 
durant l'année 1416. 

Simon III, de Vadans, régit l'abbaye depuis 1416 jusqu'en 1429. Cet 
intervalle fut marqué par les largesses que lui firent Charles de Poitiers, 
seigneur de Vadans, Jacquette de Scey, Etienne de Vautravers, etc. 

Jean 111, le Galardon , de 1430 à 1441 ou 1442. Son administration 
n’offre aucune particularité intéressante. 

Hugue 111 Quanteal, de Salins, administra Rosières pendant de lon- 
gues années. Comme ses prédécesseurs, il eut part aux inépuisables 
libéralités des ducs de Bourgogne. Le 2 septembre 1461 et le 24 sep- 
tembre 1463, la communauté fut visitée par les abbés de Citeaux, Hum- 
bert et Rodolphe de Luxembourg, qui essayèrent, mais en vain, de 
remédier au relâchement de la discipline, aux désordres et aux abus de 
toutes sortes introduits chez les religieux. Signalons aussi les longues 
contestations que, pendant toute la durée de son abbatiat (1443-1477), 
Hugue 111 eut avec les seigneurs de Vadans, et les interminables procès 
qui en furent souvent les suites , tantôt â l'occasion des dimes de Va- 
dans, tantôt à propos de la grange de la Tournelle , tantôt pour les 
droits de justice ou pour le fait d’élire des messiers et des forestiers 
communs. En 1477, le seigneur de Vadans prétendit que « l'abbaye, 
en temps de guerre, devait rctraire â son château, y faire guet et 
garde, » contribuer « aux menus emparements et artillerie dudit châ- 
teau », et fournir 4 chevaux et un charriot avec un valet « poursuivre 
la bannière de Vadans quand elle va aux champs. » De là, un nouveau 
procès porté au Parlement de Dole qui, par arrêt du 18 juin 1483, dé- 
bouta de sa demande le seigneur de Vadans, et jugea l’affaire en faveur 
des moines de Rosières. 

A la mort de Hugue III, arrivée le 26 juin 1477, Jean IV Quanteal, de 
Salins, fut nommé son successeur. Le Père Chifflet le fait vivre jusqu'en 
1484; cet abbé, omis dans la liste de M. Monnier, n'a, du reste, pas joué 
un rôle bien important. 

Jean V Droz , de Salins , prieur de Rosières depuis 1478 , remplaça 
Jean IV sur le siège abbatial , en 1486 ou 1486. Il reçut des donations 
du cardinal Georges, d'Hugue du Pasquier, de Jean, duc de Bourgogne, 
et des seigneurs de Vadans, désireux de réparer leurs torts envers l'ab- 
baye. En 1609, cet abbé abdiqua spontanément en faveur de 


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~ 363 — 


Claude 1 de Nantoz, qui mourut le* 10 juin 1515, sans avoir signalé 
son passage à l’abbaye par aucun fait important. 

A peine est-il mort, que trois compétiteurs briguent sa succession. 
Ces trois compétiteurs sont Jean de Maisièrcs, docteur en théologie, rec- 
teur du collège de Citeaux, à Paris, et déjà abbé de la Grâoe-Dieu ; Pierre 
de la Baume, abbé de S‘-Claude, et Louis-Simon de Rye, clerc, à peine 
âgé de 14 ans. 

Les religieux élurent Jean, qui leur était présenté par l’abbé de Ci- 
teaux, et le pape Léon X confirma cette élection par bulles du 12 des 
calendes d’août 1515. Mais, par suite de nombreuses difficultés et de 
multiples obstacles, Jean ne put pas entrer aussitôt en charge ; il ne prit 
possession de son abbatîat que le 10 janvier 1517. Rien d’intéressant 
n’est à remarquer pendant le long intervalle que Jean VI de Maisièrcs 
administra la communauté. 11 mourut le 18 août 1546. 

Marc Cussemenet, déjà abbé de Bellevaux, lui succéda comme abbé de 
Rosières, et mourut en 1548 ou 1549. 

Guillaume 11 de Poligny, prit possession de la dignité abbatiale le 18 
novembre 1551, cl fit confirmer sa nomination par l’abbé de Citeaux, le 
25 du même mois. Mais il n’obtint ses bulles du pape Jules 111 qu’en 
1552, le 7 des calendes de juin. En 1567, lors du siège de Besançon par 
les troupes des Réformés ou Huguenots, Guillaume réunit tous les su- 
jets et les serfs de l’abbaye, leur donna des armes, et se mettant lui-même 
à leur tète, les conduisit au secours de cette ville, où il fut reçu avec ses 
« troupes, » aux grandes acclamations de tout le peuple. 11 mourut deux 
ans après, en 1569. 

Labbey de Billy, dans son Histoire de V Université du comté de Bour- 
gogne , et après lui M. Monnier, font vivre, en 1556, un Gérard de Rye, 
abbé de Rosières, figurant selon eux comme témoin dans l’acte où Fran- 
çois Bonvalot se démet des fonctions d’administrateur de l'archevêché 
de Besançon. Celte erreur provient d’une lecture peu attentive de l’acte 
en question : les témoins en sont, en effet, Gérard de Rye, chevalier, et 
l’abbé de Rosières, qu'on ne nomme pas. 

Claudell Marinier assista aux Etats de Bourgogne le8novcmbre 1574. 

Jean-Philibert Cbarreton de Chassey, fils de Benoit Charreton et 
d’Henriette d’Acns, prit possession du monastère le 7 décembre 1581, 


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— 364 — 


sur la présentation de bulles, par lui obtenues, de Grégoire XIII. Il 
fut nommé abbé de Mont-S le -Maric en 1590, et mourut au château do 
Pin le 12 mars 1619, sans avoir laissé de trace» importantes de son 
régime abbatial. 

Après lui, M. Monnier donne par erreur, N. d’Arinthod, comme abbé 
de Rosières. 

Philibert dcChasscy eut pour successeur Baudouin Moreau, origi- 
naire du Hainaut, qui commença à remplir les fonctions d*adminislraleur 
le 25 mars 1619. Pour pouvoir être nommé abtié, il se fit naturaliser 
le 14 décembre de la même année, et après avoir ribtenu du Parlement, 
le 2 mars 1620, ses lettres de possession , il partit pour Rome , dans 
l’intention de faire ratifier sa nomination par le Souverain-Pontife. A 
peine arrivé dans Cette ville, il y mourut. 

M. Ruty, appelé à le remplacer, mourut également à Rome, en 1622, 
sans avoir encore pris possession de ses fonctions. 

Antoine-François de Battefort reçut ses bulles le 6 août 1623, et fut 
intronisé le 20 décembre. Philippe IV, roi d’Espagne, le nomma prieur 
de Vaucluse, le 12 novembre 1639. A sa mort, l’abbaye resta longtemps 
en vacance. 

Le 5 septembre 1645, Pierre ou François Besançon fut nommé abbé; 
mais il ne fut envoyé en possession que le 23 mars 1649. En 1657, il 
siégea aux Etats de Bourgogne, et en 1664, reçut dom Claude Vaussin, 
abbé de Cilcaux qui, en qualité de supérieur de l’ordre, visita en détail 
l’abbaye. Besançon mourut le 21 décembre 1668, date marquée sur le 
monument en marbre que lui fit élever son neveu. Benoit Besançon, 
prieur de Rosières. A sa mort, la cour de Besançon, remplaçant le Par- 
lement aboli par Louis XIV, confia à un chanoine de cette ville, le 25 
décembre 1668, l’administration temporelle du monastère, en attendant 
la nomination d’un abbé. 

Le 4 mai 1669, Eugène-Ernest de Bcth, baron de Leyde et abbé de . 
Mont-S u -Marie, fut désigné pour occuper le siège de Rosières; mais il 
ne put en prendre possession qu’en décembre 1691, date de la mort de 
Jean de Berkel, nommé à cette abbaye en mémo temps que lui. 11 mou- 
rut le 16 septembre de l’année suivante. De Betk fut le premier abbé 
eommendatairc de Rosières. 


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Pierre III de U Chaise-Beaupoirier, clerc né à Paris, que M. Roussel 
qualifie à tort d’abbé de la Chaise, fut désigné par Louis XIV pour suc- 
céder ou baron de Leyde, le 1 er novembre 1692, et envoyé en possession 
de l’abbaye par un arrêt du Parlement, du 23 mai {693. Il occupa l’ab- 
batiat jusqu’en 1718, époque de sa mort. : 

Le 20 mars de cette même année , Louis XV nomma abbé Claude- 
François Bersot, grand archidiacre de l’évêché d’Arras, intronisé le 10 
mai; il n’obtint pourtant ses bulles que le 20 mars 1726. Son adminis- 
tration fut longue, maïs n’offre aucun intérêt. 

L’abbé Bersot étant mort en 1776, un chanoine de S*-Claude, Jouffroy 
d’Abbans, fut appelé b le remplacer. Mais à peine eut-il reçu sa nomi- 
nation, qu’il résigna ce bénéfice pour accepter l’abbatiat de Vallemagne 
ou Vaugrain, dans le diocèse d’Agdc. 

François-Marie Desmarcts prit sa place et l’occupa jusqu’en 1778. 

Son successeur, François-Marie Joachim de Grimaldi, fut le dernier 
abbé de Rosières. Il était encore à la tête de l’abbaye en 1790, lors de 
la suppression des communautés religieuses en France. 

NOTE SUR LES ARCHIVES DE ROSIÈRES. 

Un premier inventaire de ces archives, fait en 1692, comprend 
925 numéros classés sans aucun ordre, ni de dates, ni de matières. 

En 1756, un religieux de Rosières en fit un nouveau plus rationnel 
et mieux ordonné que le précédent, quoique loin de valoir pour la mé- 
thode, la précision et l’exactitude, certains inventaires faits à cette 
époque, celui de Baume, par exemple. 

Une rapide analyse de l’inventaire de 1756 servira de complément a 
l’histoire de Rosières, et nous fera connaître, dans une certaine me- 
sure, les relations et les propriétés de l'abbaye : 

1° Pièces relatives à la fondation de Rosières; donations faites par les 
comtes et ducs de Bourgogne ; donations en général et concessions de 
privilèges. 

2° Bulles des Souverains- Pontifes confirmant ces donations et ces 
privilèges. 

3° Bulles d’indulgences accordées par les papes. 

4° Fondations d’anniversaires. 

5° Titres concernant les biens attachés b l’office du sacristain. 


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— 3C6 — 

6* Fondation de la chapelle de la Tournelle; biens qui en dépendent. 

7° Pièces justifiant que l'abbaye est exemple du droit d’éminage 
à Àrbois et à Dole. 

8* Droits utiles, ordonnances des intendants, etc. 

9* Dîmes, partages de fruits. 

10° Rentes. . 

I1M2° Amodiations. 

13° Manuels. 

14* Contrats en général. 

45°-17° Quittances. 

!8®-20° Comptes. 

21° Plans des bois , terres et bâtiments de Pabboye. * 

22° Visites des abbés de Citeaux, Morimont et Bcllevaux. 

23* Traités avec les abbés commendataires. 

24° Déclarations, arrêts, édits et mandements de l’archevêque de 
Besançon. 

25°-29° Actes concernant la justice de la Tournelle. 

30°- 33° Pièces sur la Ferté. 

34° Traités faits avec les seigneurs de la Ferlé et de Vadans. 

38°-73° Titres relatifs aux propriétés de l’abbaye (fonds, droits, cen- 
sés, dîmes), h Molaniboz, Montholicr, Vadans , S l -Pierre, Mathenay, 
Vaudrcy, Ounans, Brainans, Monlbarrcy, Montigny, Arbois, Changins, 
Montmalain, Cernans, aux Arsures, a la Villette, Mesnay, Oiselainc, au 
Petit-Abergement, â Groson, Souvans,Oussières, Cbissey, Monnet, San- 
tans, Vescles, Pont-d'Héry, Andelot, Chamay. 

74* Droits, rentes de l’abbayc sur les saunerics de Lons-le-Saunier 
et de Salins. 

78° Biens situés â Salins. 

Lors de la révolution , les archives de l’abbaye de Rosières ont été 
transportées en partie â Lons-le-Saunier, et sont aujourd'hui aux ar- 
chives départementales. Malheureusement, elles sont fort incomplètes; 
j’ai pu y constater des lacunes nombreuses et de regrettables pertes. 

NOTE SUR LE CARTULAIRE DE ROSIÈRES. 

Le carlulaire original de l’abbave de Rosières est perdu aujourd’hui 
comme tant d’autres dont nous avons à regretter la disparition; mais 
il en existe une copie dans la collection de documents manuscrits rela- 
tifs â l’histoire de la Franche-Comté, formée durant la seconde moitié 
du xviii ma siècle par M. Droz, conseiller au Parlement de Besançon et 
secrétaire perpétuel de l'Académie de cette ville, collection se trouvant 


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— 367 — 

maintenant en double à la bibliothèque nationale et à la bibliothèque 
de la ville de Besançon. 

Ce précieux recueil contient 298 chartes, toutes comprises entre les 
années 1135 et 1193. Plusieurs n’ont pas de date, mais il est facile de la 
fixer, au moins approximativement, grâce au grand nombre de témoins 
qui figurent dans chaque pièce. 

Dans le cartulaire de Rosières, on trouve non-seulement toute l’his- 
toire de ce monastère au xu m * siècle, mais aussi de nombreux et curieux 
matériaux sur les abbayes de la Charité, d’Acey, de Balerne,dc la Ferté, 
de Bellevaux, etc., et sur la généalogie de la noblesse franc-comtoise, 
entre autres des maisons de Thoire, Vaudrey, Tramclay, Vadans, Dole, 
Arbois, Yaugrenans, Binans, Mont-Didier, Neublans, Chancin, Groson, 
Mornay, Salins, Molamboz, Charency, Montigny, Poligny, Belmont, Cui- 
sel, Mathenay, Chaux, Vaugrigneuse, Mallant, Fertans, Eclangeot, la 
Ferté, Souvans, Arguel, Orchamps, Etrabonne, Monnet, Liesle, Parccy, 
Vertamboz, Noisey, Châtillon, Choisey, By, Champagne, la Roche, Re- 
vigny, Ivory, Vaudrey, Brainans, Champdivers, Alaise, S l -Michel, Arlay, 
Afiègcs, Aresches, SWean, Vers, Villers-lcs-Bois, Villers-Farlay, Mon- 
tholier, Rye, la Châtelaine, Germigney, Changins, Sellières, etc. 

Cette même source fournit des documents précieux sur l’origine des 
noms propres; sur la géographie d’une grande partie de notre province; 
sur les institutions féodales, les mœurs, les usages du xir* siècle; sur 
les attributions et le rôle respectif des villici , des majores , des preepo - 
siti et des vice-comités, question à l’ordre du jour pour la science his- 
torique et qui n’a encore reçu aucun éclaircissement. 

Comme on le voit, une semblable série de près de 300 pièces de dates 
aussi reculées, forme un recueil de documents d’incontestable impor- 
tance, et assure au cartulaire de Rosières une grande valeur historique. 
M. Droz, bon connaisseur en pareille matière, sut si bien l'apprécier, 
qu’il en fit le sujet d’un long mémoire lu par lui à l’Académie de Besan- 
çon , dans la séance du 25 janvier 1769. Ce qu’on peut affirmer après 
M. Droz, sans crainte de recevoir un démenti, c’est que, de tous les car- 
tulaires copiés dans sa collection, aucun certainement n’est aussi pré- 
cieux et ne mérite â plus juste titre d’étre édité. Sa place marquée est 
dans les « Mémoires et documents inédits pour servir à V histoire de 
Franche-Comté , publiés par V Académie de Besançon . » Tous ceux qui 
portent quelque intérêt à l’histoire si glorieuse de notre province ap- 
plaudiraient à cette publication. 


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— 308 — 


BIBLIOGRAPHIE. 

Notice biographique sur Jacques-Séraphin Lànqubtin, ancien 
député, par Edouard Girod, bibliothécaire de la ville de 
Vontarlier. 

Assurément , à ceux des champions de la vie militante qui ont su 
conquérir le titre flatteur d'hommes d’action, est réservé de droit l'hon- 
neur d'occuper les premiers degrés de Péchclle sociale, et de figurer 
sans conteste aux premiers rangs de la scène. Mais enfin, une fois par- 
venus au terme fatal et à la déchéance inévitable, qu’arriverait-il si, 
tandis que le pinceau s’occupe de conserver sur la toile leurs traits ex- 
térieurs, le burin de l'historien ne sc faisait un devoir de transmettre 
la plus belle, la plus noble partie de leur être aux générations à venir, 
et de les faire profiter des pensées, des actes, des aspirations dont ils 
ont offert l'exemple ? 

Ces réflexions découlent naturellement de la lecture de l'excellente 
biographie que M. Girod vient de consacrer à un de ses compatriotes 
du Doubs et un des plus éminents. En quoi, disons-nous, il a rempli 
une tâche également sainte et nécessaire, tout en associant son nom i 
la renommée de l’intelligence d’élite dont il glorifie et perpétue la mé- 
moire. 

Aucune existence n’était plus propre â éveiller de meilleurs senti- 
ments, â inspirer des accents plus émus et plus sympathiques. En tel 
moment de son âge, en tel lieu de ses pérégrinations, en telle difficulté 
des péripéties qui l'enveloppent, qu’on prenne son héros, il s’impose à 
notre surprise, à notre étonnement, par des qualités supérieures et par 
une ampleur de moyens au-dessus des proportions ordinaires. 

Né au village des Longevillcs (Doubs), te 19 juillet 1794, Larquetik, 
Jacques-Séraphin, a bien vile compris les exigences de son époque, et 
à 18 ans a peine, il est entré au service militaire. 

Retiré après les campagnes de 1813 et de 1814, il reprend la carrière 
des armes au retour de l’Empereur de l'Ile d’Elbe, assiste, avec le grade 
d’adjudant, à la bataille de Waterloo, et sous l'influence des évène- 
ments de 1815, quitte définitivement l'uniforme. 

Mais en abandonnant le champ de bataille, il en avise un non moins 
chanceux et non moins vaste dans le terrain disputé de la capitale elle- 
même, où, dès 1818, grâce à ses merveilleuses aptitudes, il prenait la 
direction de la maison de vins en gros si honorablement connue depuis 


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— 309 — 

sons la raison sociale de Lanquetin oncle et neveu , quai de Béthune, ile 
Saint-Louis. 

C’est là que les élections de 1834 vinrent l’appeler h la fois au Conseil 
municipal et au Conseil général dé la Seine, au sein desquels, investi à 
plusieurs reprises des fonctions de secrétaire, il fit sur les questions 
les plus importantes des rapports qui témoignent de son zèle et de son 
activité. — En 1843, d’unanimes suffrages l’appelèrent à la Chambre de 
commerce de Paris. 

On eût dit qu’aucun établissement important ne pouvait se passer de 
ses services : Administrateur du collège Rollin pendant douze ans, il y 
provoqua des améliorations incessantes; le Mont-de-Piété de la capi- 
tale dut & son initiative la réorganisation du personnel et une économie 
annuelle de plus de 80,000 fr. 

Ce dévouement indiscontinu valut à notre regretté franc-comtois, la 
croix de Chevalier de la Légion-d'Honneur, en 1832, et en 1840, celle 
«l'Officier, distinction qu’il partagea avec son illustre compatriote, le 
grand philosophe Théodore Jouffroy. 

Dans sa carrière administrative, M. Lanquetin n’avait du moins ren- 
contré que des visages pacifiques. Faut-il le suivre au milieu de nos 
discordes civiles, et nous édifier aux actes de courage militaire, mis au 
service du citoyen intrépide, dont il fit preuve : En 1831, au sac de 
l’archevêché? — En 1832, au blocus de la Mairie du 9*« arrondissement? 
— En 1848, à la prise de rHôtel-de-Villc, où il eut à déployer le sang- 
froid de Boissy d’Anglas, en face de la tète sanglante de son collègue? — 
Enfin, aux funestes journées de juin, où, chef de bataillon, il fut blessé 
à côté de M. Elic Lanquetin, son neveu et son associé, qui comman- 
dait une compagnie sous ses ordres? 

Tirons plutôt un voile sur ces tristes pages de notre histoire. 

La même année le vit appeler à faire partie de la Commission muni- 
cipale de Paris et départementale de la Seine, et promouvoir, porté sur 
sa capacité hors ligne , à la présidence de ces assemblées , ainsi mis a 
même de contribuer puissamment aux mesures considérables qui ont 
signalé ces vingt dernières années. 

Aussi sa démission, en 1852, eut-elle paru inexplicable, si cette année 
n’eût été celle du renouvellement du Corps législatif et s’il n’eût posé 
•sa candidature dans la 7“* circonscription. La forte majorité qu’il obtint 
ne fut qu’un juste hommage rendu à sdh patriotisme. 

Par un déplorable malentendu , ce mandat ne lui fut pas continué 
aux élections de 1857; ce mécompte tourna au profit de l’agriculture, 
et laissa M. Lanquetin libre de diriger pendant quelques années lui- 

24 


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— 370 — 

meme, dans le département de Seinc-et-Oise, aux environs de Mantes, 
une vaste exploitation agricole, d’une étendue de 1200 hectares, où 
subsisteront longtemps les traces des améliorations qu'il y a pratiquées. 
Un accident de voiture le força de s’en éloigner, vers 1864. 

Ce fut au tour de Pontarlier, de donner un gage non équivoque des 
sentiments que cette ville avait voués au grand citoyen né presqu’è scs 
portes, en le nommant, le 11 août 1867, à la tête du canton, membre 
du Conseil général du Doubs. 

Mais c’était le rejeter dans le mouvement pénible des affaires, et il 
aurait eu besoin de repos. Le temps était passé où il pouvait impuné- 
ment travailler 14 heures par jour, et cette nouvelle tâche, prise au 
sérieux comme toutes les précédentes , le conduisit promptement à sa 
fin. C’est le 8 décembre dernier qu’il a rendu à Dieu sa belle âme, et 
lui a rendu compte de ce talent de l’Évangile qu’il avait su faire fruc- 
tifier si abondamment. 

Notoirement honoré de l'amitié et de la confiance de M. Lanqueün, 
M. Girod n’a cependant émis sur son compte aucune assertion sans 
l’appuyer dénotés justificatives, extraits de procès-verbaux, etc. 11 est 
d’ailleurs resté bien au-dessous des discours prononcés sur la tombe du 
défunt , ces appréciations peu suspectes de ceux qui ne sont plus. La 
Société académique de Poligny qui, depuis sa fondation, avait l’honneur 
de le compter parmi scs membres , y joint l'expression sincère de ses 
regrets, en reportant ses affections sur le digne neveu qu’il a constitué 
son héritier. 

H.-fc. Cleu, professeur émérite . 


Histoire de le Littérature contemporaine 
en Province (1838-1870). 

A MM. les Auteurs et amis des lettres, 

La province n'a qu'un but aujourd'hui, celui de mettre au grand jour une 
infinité de talents qui, jusqu'à ce jour, n'ont pas obtenu tout le succès qu’ils 
méritent, par suite du manque de publicité. Pour remédier à ce grave incon- 
vénient, j'ai entrepris, il y a bientôt deux ans, d'écrire un grand ouvrage 
concernant tous les écrivains des départements. 

Grâce à l'empressement avec lequel les auteurs m'ont adressé leurs œuvres, 
j'ai pu terminer mon travail assez promptement. Je suis en mesure mainte- 
nant pour le mettre sous presse. — Cet ouvrage formera deux beaux volumes 
grand in-8°, de 400 pages chacun, et comprendra : t° Une introduction gé- 


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aèrde à V histoire de la littérature ; — 2° Une longue étude sur chaque écri- 
vain (prosateur et poète), avec de nombreux morceaux cités ; — 3° Un appen- 
dice et une récapitulation de tous les ouvrages, avec la date de la publication 
et des notes sur toutes les Sociétés littéraires de France; — 4® Enfin une étude 
sur l’état actuel des lettres françaises . 

Chaque auteur est placé à la date de l'apparition de son premier Viorne; 
c’est le genre de classement le plus rationnel dans l'histoire. 

Les frais de publication étant très-élevés, j'ai besoin de recourir aux sous- 
criptions qui, j’espère, m’arriveront en grand nombre, puisque toute la France 
littéraire attend impatiemment mon œuvre. 

La souscription sera close le 1 er mai 1870. — Prix : 10 fr. — En librairie, 
ce prix sera élevé à 14 fr. 

Je tiens des bulletins très détaillés à la disposition des auteurs et amis 
des lettres. 

Toute souscription à b exemplaires donne droit à un 6 «"gratis. 

Tbéodomire Geslàin, 

Membre de plusieurs Sociétés académiques de Paris et de province, 
k S*-Maarice-lès-Ch arencey (Orne). 


AVIS 

La distribution des récompenses aux Sociétés savantes des départe- 
ments et la proclamation du prix de 3000 francs institué par décret du 
30 mars 1869, auront lieu à la Sorbonne le samedi 23 avril 1870, k 
midi. Cette solennité sera précédée de trois jours de lectures et confé- 
rences publiques, les mercredi 20 mars, jeudi 21 et vendredi 22 avril. 

Les inscriptions pour les lectures et l'envoi des mémoires qui en fe- 
ront l’objet devront avoir lieu, au plus tard, le 31 mars 1870. Aucun 
mémoire ne sera admis pour les lectures de la Sorbonne, s’il iv’en a été 
préalablement jugé digne par une société savante du département. Celte 
mesure n’est pas applicable aux travaux scientifiques qui seront pré- 
sentés à la Action des sciences. 


SÉANCE GÉNÉRALE DU 9 DÉCEMBRE 18G9. 

» 

La séance est ouverte à 2 heures, sous la présidence de M. Clerc - 
Outhicr, président, par la lecture du proces-verbal de la dernière 
séance. 


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— 372 — 


Correspondance manuscrite. — Remerciements de MM. Marcou et 
Vuillaume, pour les diplômes de membres honoraire et correspondant 
qui leur ont été décernés* 

M. Charrière nous fait l'honneur de nous écrire d’Abun (Creuse), 
23 nyembre : qu’un surcroit de travaux a suspendu une foule de notes 
qu’il se proposait d’envoyer h notre Société, mais que ce n’est là qu'un 
retard. Dès le mois de décembre, il se trouvera en mesure de nous faire 
connaître les résultats qu’il a obtenus dans ses récoltes à l’engrais chi- 
mique, et celles du blé hybride Galland, les premières très-satisfaisantes, 
les secondes laissant beaucoup à désirer. Ces envois seront suivis , en 
janvier, du tableau des observations météorologiques qu'il a recueillies 
en 1869. 

M. Charrière a fait aussi beaucoup d’expériences sur la conservation 
des œufs , et il se trouvera heureux de les joindre h celles de M. le D r 
Rouget, et consignées dans le N° 9 du Bulletin de la Société. 

Quant à l’indication du procédé pour la préparation et la conser- 
vation du fulmi-coton, que les savants, parait-il, ne peuvent conserver 
longtemps sans qu’il se détériore, et auquel il avait longtemps réfléchi, 
ce procédé a été publié dans le Journal scientifique des Mondes , rédigé 
par l’abbé Moigno. 

M 11 * Gabrielle de Poligny nous rend compte , dans les plus gracieux 
détails, des démarches qui lui ont été confiées dans l’intérêt de la 
Société. Qu’elle veuille bien agréer le témoignage de toute notre gra- 
titude. 

M. le D? Tamisîer, en nous remerciant de l’empressement qui a été mis 
à insérer dons le Bulletin la note de son ami sur la campagne de Russie, 
nous annonce deux nouveaux manuscrits : un travail de notre collègue, 
leD r Doquin, et un autre d’un jeune vétérinaire de son régiment, qu’il se 
propose de joindre à une demande de membre correspondant. Il serait 
heureux de faire ces commissions en personne. Il y a 30 ans, dit-il, avec 
l’expression du regret, et presque avee les accents de ce gree qui tourne 
les yeux vers la patrie, et tune reminiseüur Arqos, 11 y a 30 ans qu’il n’a 
vu notre bon et beau Jura, le pays de sa famille, celui ou il a reçu lui- 
même la naissance et l’ éducation. Sans l’esprit de réserve et de discré- 
tion imposé au militaire, il y a plusieurs années qu’il eût cherché à s’y 
faire attacher à un régiment. 11 n'a cependant pas perdu tout espoir. 

En attendant qu’il puisse nous amener sa personne , il nous envoie 
ses cadeaux. Près Se faire un voyage à Paris, il nous prie de lui faire 
connaître quels sont les livres qui conviendraient à la bibliothèque de 
la Société. 


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— 373 — 


Notre cher compatriote n’en poursuit pas moins ses observations sur 
l’influence du tabac; il reçoit de différents côtés des documents assez 
intéressants, mais il ne veut rien admettre avant qu’il n’ait vu, et il ne 
complétera son travail que quand la Société contre l’abus de cette plante 
lui aura fait Fbonneur d’insérer la première partie, in extenso , dans le 
recueil de ses annales. 

Correspondante imprimée. — Société pour l’instruction élémentaire. 

Cette Société, qui contribue par tous les moyens en son pouvoir, et 
notamment par des récompenses et des encouragements, h la propagat- 
ion et au perfectionnement de l’instruction primaire, nous prie de 
vouloir bien lui faire connaître d’ici au 1$ avril 1870, terme de rigueur, 
les persotihes vouées à renseignement, dont le zélé nous aurait paru 
digne de lui être signalé. 11 est -question des écoles libres. 

Par la même Société, il sera décerné un prix de 1000 fr. à l’auteur 
de la meilleure histoire nationale & l’usage des écoles élémentaires, his- 
toire qui devra s’étendre jusqu’au 24 février 1848 inclusivement. 

Société protectrice des animaux. 

Cette Société, reconnue d’utilité publique, et placée sous le patronage 
de S. Ex. le Ministre de l’agriculture, décernera, en 1870, des médailles, 
des primes en argent et d’autres distinctions, h quiconque, d’une ma- 
nière ou d’une autre, se sera distingué par sa compassion envers ces 
serviteurs domestiques. 

Société des agriculteurs de France. 

Par scs relations avec toutes les associations agricoles* et par le nom- 
bre de ses membres qui sont dispersés sur tous les points de l’empire, 
la Société des agriculteurs de France est, à vrai dire, d’après l’esprit de 
sa fondation, une enquête agricole en permanence, faite par l’agricul- 
ture elle-même, sans pression extérieure, sous l'impulsion de rinitia- 
ttve individuelle 

Le 24 février 1870 commencera la session générale annuelle. Dans 
ces assises, seront débattus les intérêts divers de notre économie rurale, 
notamment ceux de la production des céréales, des laines, de la viande, 
du vin, du sucre et des alcools. 

Les intéressés peuvent consulter le questionnaire déposé aux ar- 
chives, et adresser leurs observations le plus tôt possible, au siège de 
la Société,, 43, rue du Bac, à Paris. 

Lectures à Tordre du jour. — De M. le D r Rouget : Les Sources ar- 
tificielles. L’Herbier photographique deM.de Meyer. — De M. E. Blon- 
deau : Note sur les observations météorologiques de MM. Midre et Aris- 
tide Charrièrc. — De M. Fauconnet : La Folle des buttes Chaumont (fin). 


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— 374 — 

— De M M. Jules Leon et Lavigne : Une Excursion bolaniquc dans le dé- 
partement de l'Ariège. — De M. Girod : Bibliographie : En chemin de 
fer de Mouchard à Andelot et à Champagnole. — De M. Benoit, véri- 
ficateur des Poids et Mesures à S^Claude : Cours de législation usuelle, 
rédigé conformément aux programmes officiels de renseignement se- 
condaire spécial (analyse par M. Cler). — Poésie : De M. Vuillaume : 
Les vieux Gaulois; Franche-Comté au moyen-Âgc; Franche-Comté dans 
les temps modernes. — De M. Victor Leroy : Le Bouquet de fleurs 
(fable). — De M. A. B. : Stances funèbres sur la mort récente d’un 
professeur de notre collège. 

Sont admis membres de la Société : Titulaire, M. Bcijot, professeur 
de rhétorique au collège de Poligny; Correspondant, M. Monnier, pro- 
fesseur de rhétorique au collège d’Arbpis. 

La séance est levée à 4 heures i|4. 

Le Secrétaire-Général, H. -G. Cjlebl. 

SÉANCE AGRICOLE PUBLIQUE DU 6 DÉCEMBRE 1869. 

À 1 heure fj2, M. le Président Clerc-Outhier ouvre îa séance. 

M. Gindre, Vice-Président , donne lecture de la notice suivante, sur 

L'influence préjudiciable d'un régime trop salin sur la com- 
position chimique du lait , et méthode à suivre pour que 
chaque animal ne prenne jamais de set que suivant ses 
besoins . 

De nombreuses expériences ont mis dans tout leur jour les heureux 
effets du sel sur le bétail; mais on en a fait d'autres également fort con- 
cluantes, qui prouvent que si le sel est très-utile, pour ne pas dir<e indis- 
pensable à l’animal, tant au point de vue de sa santé que sous celui de l'a- 
bondance de ses produits, c’est à la condition que ce condiment lui soit 
administré avec mesure. 

Dans la séance du 8 février dernier (ij, à propos du sel , et après avoir 
cité les expéricuces faites par M.Turk sur des lots de moutons, nous en 
tirions logiquement cette conséquence ; ni point , ni trop. 

11 y a quelques années déjà qu'un Prussien, M. Laué , a fort un essai qui, 
sous une faec concernant d’une manière spéciale les caséiculteurs, c’est-à- 
dire les sociétaires de dos fromageries, montre une fois de plus que, donné 

(I) Voirie Bulletin de 1969, page 3S. 


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— 375 — 


au-delà d’une certaine dose, le chlorure de soude ne peut que nuire aux 
intérêts des possesseurs de bétail. Cet agriculteur ayant fait élever à 140 gr. 
ht ration de sel destinée à ses vaches, et qui n'était auparavant que moitié 
de ce chiffre, remarqua que le lait qni, jusque-là, contenait 13 p. 0 /q, tant 
en principes organiques que salins, et 87 p. 0/0 d'eau, ne donnait plus à l’a- 
nalyse que 8 p. 0/o des premiers éléments et 92 parties aqueuses. Ce ne fut 
que plusieurs jours après la reprise de l'ancienne ration, que le lait attei- 
gnit enfin les proportions chimiques qu’il avait perdues. 

Quelques cultivateurs prétendent aussi que l'habitude d'une dose de sel 
trop copieuse finit bientôt par rendre taurellières les Taches. Le fait n'est 
peut-être pas impossible; mais, comme jusqu'à ce moment, nous ne le savons 
étayé par rien de bien précis, il convient, pour en parler, d'attendre que des 
observations plus concluantes et faites sur une plus large échelle aient eu 
lieu sur ce point. 

Quoiqu'il en soit, on doit regarder comme constant que lorsqu'on dépasse 
certaine limite, le sel devient préjudiciable. Le difficile est de savoir au-delà 
de quel point, pour chaque espèce, commence le trop. Jusqu’où l’éleveur 
ou le nourrisseur peuvent-ils aller sans crainte? Doivent-ils adopter aveu- 
glément les doses indiquées par les auteurs qui ont écrit sur la matière? 
Vais ces auteurs diffèrent presque tous entre eux d’une manière sensible, 
et cela doit être , car la question du dosage du sel tient nécessairement à 
l’individualité, au genre de vie et à l’alimentation des animaux. On sent, en 
effet, qu'il faut plus de sel à un sujet lourd qu'à un autre qui l’est moins; 
davantage à certains tempéraments qu'à certains autres; davantage avec des 
fourrages médiocres ou avariés qu'avec ceux qui sont de bonne qualité; 
qu'il faut une ration plus forte à la bête en stabulation qu’à celle qui jouit 
de sa liberté dans les pâturages, et peut ainsi choisir les plantes qui intro- 
duisent dans son économie une somme de sel suffisante. 

Dans ce dédale de circonstances exigeant des modifications de la quan- 
tité de sel, et dont l’appréciation demande souvent un certain tact, une cer- 
taine intelligence, quel fil d'Ariane servira dono de guide à la masse des 
éleveurs? Ce fil, ce sera l'instinct de l’animal, instinct qui indiquera bien- 
tôt à celui-ci la limite où il doit s'arrêter, dès qu’il aura du sel à sa portée 
et qu’il en pourra prendre quand et ce qu'il en désirera. 

Rendre seul juge de la ration de sel qui lui convient, chaque habitant 
d’une étable, est une méthode tout-à-fait rationnelle que bon nombre d’agri- 
culteurs ont déjà admise et dont ils se trouvent très-bien. 

En été et dans les contrées où les troupeaux vont deux fois par jour à la 
pâture, il suffirait, pour que tous les individus aient du sel à leur disposi- 
tion, d’en déposer à proximité de l’auge; mais en hiver, où le bétail est 
constamment enfermé et attaché, il deviendrait nécessaire d'agir autrement, 
c'est-à-dire de placer du sel à l'écurie, de manière qu'un même dépôt pût 
servir à deux bêtes voisine^. Pour effectuer ces dépôts de sel entre les stalles, 
on a jugé à propos, en Prusse, et l’expérience a démontré qu’il est avanta- 


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— 376 — 


geux de gemmi/ier le sel, c'est-à-dire de l'amener à un état qui le rapproche 
du sel en roche ou sel gemme. MM. Hoyer et C ie ont créé une fabrique à 
Schonebeck-sur-Elbe, dans le but de gemmifier le sel destiné aux animaux. 
Cette société achète la matière première à la saline royale de Strassfurt, car, 
comme chez nous, le sel est en Prusse un monopole de l'État. Pulvérisé dans 
leur établissement, le sel y est ensuite dénaturé en présence d’un agent du 
fisc, par l’adjonction de 1/4 p. 0/q d'oxyde de fer, pareille proportion de 
goudron minéral, et 1 p. 0/q de farine de tourteaux. Ce mélange est ensuite 
humecté avec de la saumure concentrée, puis mis dans des formes cylin- 
driques, et enfin réduit en masse dure sous la presse hydraulique. Soumise 
à une faible chaleur, cette masse devient cassante et acquiert la consistance 
de la pierre. Chaque cylindre pèse 100 kilog., et est perforé dans le sens 
de sa longueur pour y placerai l’on veut, une tringle en fer destinée à former 
axe. Pour rendre ces cylindres capables d’un mouvement gyratoire, mouve- 
ment nécessaire pour empêcher le massif de se dissoudre trop inégalement 
à sa périphérie , les cultivateurs les fixent sur deux supports, et les inter- 
posent entre les animaux pour que chacun d’eux puisse lécher quand l’envie 
lui en vient. 

Pfesqu’à leurs débuts, pendant le seul mois de janvier 1862, MM. Hoyer 
et C io ont vendu 30759 cylindres. Une extension si rapide de débit prouve 
que les agriculteurs transchéniens ont très-vite reconnu les avantages d’une 
pareille manipulation du sel. Si cette industrie rend des services aux éle- 
veurs prussiens, en rendrait-elle moins en France, et ne serait-il pas à sou- 
haiter qu'il s’établit chez nous des fabriques analogues à celle de MM. Hoyer 
et C'«? Du moment où le sel de saline parait mieux convenir aux bestiaux 
que le sel marin, surtout que les sels impurs dont se servent actuellement 
les fermiers de cet arrondissement, nous n’bésitons pas, pour notre part, à 
mettre au rang des desiderata de la aoopédie française, l’implantation sur 
notre sol, de manufactures similaires de celle de Scbonebeck. 

Les lignes qui précèdent étaient déjà écrites, lorsque l'Empereur, dans 
sa sollicitude incessante pour tout ce qui intéresse l’agriculture, a, par dé- 
cret du 8 novembre 1869, supprimé tous droits fiscaux sur les sels destinés 
à la nourriture des bestiaux, à la préparation des engrais on à l’amendement 
direct des terre?, et est ainsi venu inopinément donner un commencement 
de satisfaction, par l’article 2 dudit décret, au voeu que nous émettions en 
dernier lieu. Le reste dépendra maintenant en partie de nos salines , que 
rien n’empêchera désormais plus, si elles le veulent, et surtout si elles tien- 
nent à triompher de h concurrence que leur ont jusqu’ici faite les sels de 
coussins, de nous confectionner, à prix réduit, des produits salins pareils 
& ceux qui se font en Prusse. 

Constatons en finissant, bien que cela ne rentre pas directement dans le 
cadre que comporte l’intitulé de notre sujet, que l'impression produite par 
l’ordonnance du 8 novembre a été , dans nos campagnes , très-favorable au 
Gouvernement; on regretterait seulement que des dépôts de sels dénaturés 


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- 377 — 

ùe puissent être établis que dans les lieux où il existe un poste d'agents de 
l'administration des douanes ou de celle des contributions indirectes (art. 3), 
et on désirerait, pour éviter des déplacements trop onéreux aux habitants 
des localités un peu éloignées de ces postes, que tous les entrepositaires des 
sels destinés spécialement aux usages culinaires fussent autorisés à tenir 
également des sels mélangés. 

L’importante question de l’usage du sel comme condiment de la # 
nourriture du bétail avait été déjà, au mois de février dernier, mise à 
l'ordre du jour; restait à en réglementer les doses. Après bien des tâ- 
tonnements, on est arrivé è conclure que les animaux seraient les 
meilleurs juges en ce cas. Pour cela, il fallait en mettre à la disposition 
de chaque individu sous la forme la plus convenable. C’est ce qu’ont 
tenté depuis longtemps certaines personnes, et spécialement MM. 
Hoyer et C ;# , comme nous l’apprend M. le Vice-Président. 

Une discussion s'engage alors entre plusieurs personnes présentes. 

M. le docteur Bousson nous dit s'être parfaitement trouvé de l’emploi 
d’eau salée mélangée à du fourrage donné à des vaches qui, eu absor- 
bant une plus grande quantité de nourriture, produisaient plus de lait 
que lorsqu’elles étaient alimentées avec ce même fourrage non salé. 

M. Romanet, du Viseney, mélange depuis longtemps à ses fourrages 
du sel à raison de 4 kilog. pour 50Q de foin. 

M. Blondeau, pour répondre à la question de durcissement du sel, 
propose de le faire fondre dans des creusets pour lui ôter une partie de 
son eau et le rendre par là même moins déliquescent. Ce sel serait 
ensuite mis à la portée des animaux, qui pourraient en user à leur guise. 

L’assemblée décide qu’il sera fait quelques essais dans ce sens. 

M. Gindre passe au second paragraphe de l’ordre du jour, en lisant 
les noies suivantes, sur la 

Durée comparative des échalas, palis, pieux, etc., 
provenant des différentes espèces ligneuses , et le procédé le 
plus efficace pour la prolonger. 

Pour drainer, pour établir des passages à voitures sur un fossé ou sur des 
points humides et mouvants; pour des rames de haricots, des perches à 
houblon, des tuteurs, des échalas, des palis, des poteaux de clôture, des 
madriers, etc., les cultivateurs, comme les viticulteurs, se trouvent journel- 
lement dans le cas d'avoir à employer des bois dans des conditions tout-à-^ 
fait défavorables à leur conservation , c’est-à-dire en partie ou en totalité 
dans terre ou dans l’eau. Poiir éviter des dépenses trop souvent répétée» 
de main-d'œuvre et de fournitures , il est par conséquent important pour 


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— 378 — 

eux de ne se sertir que des espèces forestières qui durent le plus dans un 
milieu hygrofère, c’est-à-dire humide, ou tout au moins de connaître les 
préparations qui , en pareille circonstance , leur donnent la plus grande 
somme de résistibilité possible. 

Cette considération nous a fait penser que, malgré le bon quart de siècle 
qui nous sépare déjà de l'époque où elles ont eu lieu, l'énumération des 
expériences faites par un sayant sylviculteur allemand, Georges-Louis Hartig, 
aurait une raison d'être dans notre Bulletin, d'autant plus que beaucoup de 
gens, par exemple, s'imaginent encore aujourd'hui à tort que le simple 
charbonnage conserve les bois enterrés. 

Voici donc succinctement, et sans autre préambule, les résultats des étu- 
des qui ont occupé une partie de la vie de ce patient et consciencieux obser- 
vateur. 

I. Les fascines d' épicéa et de genévrier sont celles qui durent le plus 
dans terre ou dans l'eau. Ces, bourrées, comme toutes les autres, du reste, 
résistent plus longtemps dans l'eau que dans la terre, et dans un sol argi- 
leux que dans le sable. 

II. Fichés en terre jusqu'à mi-longueur, les perches, les échalas, les pieux, 
les poteaux en hêtre, charme, bouleau commun, aulne blanc, tremble, peu- 
plier noir, peuplier d'Italie, saule, tilleul, marronnier d'Inde, érable-plane, 
érable à feuilles de frêne, platane, sont ceux qui durent le moins. Ceux en 
érable à fruit cotonneux, érable sycomore, orme, bouleau noir, frêne, sor- 
bier des oiseleurs, ont une durée un peu plus longue. Enfin, c’est dans les 
essences chêne, acacia, châtaignier, mélèze, pin sylvestre, épicéa, sapin, pin 
de lord Weymouth, pin hérissé, pin cembro, thuya, genevrier commun et 
de Virginie, que l'heure de la décomposition arrive le plus tard. 

III. Toutes choses égales d'ailleurs, les échalas, les perches, les pieux, 
etc., confectionnés avec des bois coupés en hiver, valent mieux, quant à la 
durée , que ceux fabriqués avec des bois abattus pendant la sève ou l'été. 
Ceux qui sont faits avec du bois de quartier provenant de vieux arbres 
sains, durent aussi davantage que ceux d'une égale grosseur, pour lesquels 
on emploie du rondin de 20 à 25 ans. La terre glaise ou le sable humide 
sont plus favorables à la conservation des perches, pieux, poteaux, etc., que 
le sable sec. 

IV. Les tuteurs, palis, poteaux, etc., non écorcés, durent plus que s'ils 
étaient pelards, et la nature du sol où ils ont crû n’influe pas sur leur durée. 

V. C’est un abus de n'en pas enlever immédiatement l’aubier, parce que 
celui-ci se corrompt au bout de peu de temps et communique promptement 
la pourriture au bois fait. 

Yl. Pour les bois employés sous terre, ce sont ceux de mélèze, d’acacia 
et de vieux pins qui doivent être préférés : ils résistent mieux que le chêne. 
Dans une position horizontale et souterraine, toutes les essences pourrissent 
moins vite que si elles étaient placées verticalement. 

VU. Les bois flottés durent plus longtemps que ceux qui ne l’ont point ôté. 


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- 378 - 

VIII. Les bois imbibés ; 1° d'huile de lin ; 2° d'huile de baleine; 3° d'acide 
pyroligneux d'arbres feuillus; 4° d'acide pyroligneux d’arbres résineux; 
5° d’une dissolution de carbonate de soude ; 6° d’une dissolution de sulfate 
de fer;7°d'une dissolution d'oxydo de fer dans de l'acide pyrpligneux; 8°d une 
dissolution pyroligneuse de plomb, ne résistent pas plus longtemps dans la 
terre que ceux des mêmes espèces pour lesquels on n'emploie aucun pré- 
servatif. 11 en est de même lorsqu'on couvre le bois : 1° d’une triple couche 
de bois feuillu; 2° lorsqu’on l'enduit trois fois avec de la litbarge et de l'huile 
de lin, ou bien avec un mélange formé de colophane, de soufre, de goudron 
et d'ocre; 3° lorsqu'on passe au feu l’extrémité qui doit être enterrée jus- 
qu’à ce qu’elle soit charbonnée; 4° lorsqu'on le lessive ou le plonge dans 
de l'eau bouillante. 

II. On triple ou même on quadruple la durée des bois en charbonnant 
leur superficie Jusqu* à 6 et* 7 millimètres de profondeur, et en appliquant sur 
la partie noircie un triple enduit de goudron d'arbres résineux , qu'on laisse 
sécher après l'avoir saupoudré de sable fin. Toutefois, ce préservatif à la fois 
le plus sûr et le plus économique, ne produit tout son effet qu'autant qu'on 
a soin de charbenner les pieux, poteaux, perches, etc., de façon qu'il y ait 
tant en terre qu’au-dessus, au moins 30 centimètres. 

Les expériences de Hartig ont mis en relief un fait, qu'en terminant, nous 
tenons à faire remarquer : c’est le haut degré de conservabilité de l’acacia 
placé dans le sol; qualité qui* entre tous les bois feuillus, lui donne du prix 
en agriculture, et militerait, ce nous semble, pour que cette robuste essence 
remplaçât l'aubépine ou le prunellier sur le périmètre de nos héritages. 

A propos de ce bois, les Annales forestières (tome II, année 1843, page 199) 
citent un fait qui laisserait penser que ses racines sont vénéneuses. De jeunes 
élèves d'un pensionnat (Vendôme) ayant, trouvé quelques tronçons de racine 
de robinier, plus généralement connu sous le nom d'acacia, s'avisèrent de 
les mâcher, leur trouvant une saveur suerée analogue à celle de la réglisse. 
Deux ou trois heures après, ils furent atteints de coliques accompagnées de 
vomissements violents. Les secours qu'on administre ordinairement dans 
les cas d’empoisonnement leur furent prodigués, et leur guérison complète 
n'eut lieu qu'après quelques jours de souffrances. 

Des accidents pareils à celui-là. avaient déjà eu lieu précédemment à 
Paris. 

Des expériences ont été faites;pour reconnaître si l'écorce de l’acacia ne 
contenait pas aussi des principes vénéneux, mais jusqu'ici on ne lui accorde 
qu'une action purgative. 

A la suite de celte leelure, plusieurs personnes font des observations 
qui toutes tendent à confirmer ce qu’avance M. le Vice-Président dans 
son article. 

On passe ensuite au troisième paragraphe, Du Vin de Glucose . 


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M. Blondeau lit cc qui suit, relativement vA la préparation de cette 
boisson : 


he vin de seconde cuvée au glucose . 

Nos vins du Jura sont en général dun prix trop élevé pour servir à désal- 
térer dans les chaleurs les travailleurs de la campagne; aussi s'est-on in- 
génié à tirer parti des marcs pour se procurer une boisson plus à la portée 
des petites bourses. La plus usuelle se prépare ordinairement en faisant 
fermenter une seconde fois les marcs pressés ou non pressés, et simplement 
additionnés d’une certaine quantité d'eau; mais l'on n'obtient ainsi qu'une 
boisson très-acide et trop peu alcoolique pour supporter les chaleurs de 
l'été, et il est rare qu'elle arrive au mois de juillet sans tourner au vinaigre. 

Pour l'améliorer et lui donner les qualités du vin, il faut laisser le pres- 
surage dans le marc, et remplacer l’eau pure par de l'eau sucrée, car Ton 
sait que par la fermentation , la partie sucrée du vin se transforme en al- 
cool. Le sucre en pains est à un trop haut prix pour être employé & cet usage, 
et la cassonade renferme trop de matières étrangères. On a recours au sirop 
de glucose, qui est un véritable sucre, et qui se trouve aujourd'hui à très- 
bas prix dans le commerce (25 centimes le 1/2 kilog.), et asseï pur pour ne 
donner pendant la fermentation aucun produit de mauvais goUt. 

On obtient ainsi ce que nous appellerons le vin de seconde cuvée au glu- 
cose, dont l'usage commence à se répandre dans le Jura. 

Voici comment ou opère : 

Au moment de l'entonnaison , après avoir soutiré le vin, on le remplace 
sur le marc par une même quantité d’eau tiède renfermant 15 p. 0/o de sirop 
de glncose. Si, par exemple, on a retiré 3 hectolitres de vin , on introduira 
à leur place, dans le tonneau, 3 hectolitres d'eau chauffée à la tempé- 
rature d'un bain de 25 à 30 degrés centigrades, dans laquelle on aura 
fait dissoudre 45 kilog. de glucose. On mélangera bien cette eau avec le maro 
au moyen du refouloir, et bientôt la fermentation recommencera avec une 
grande vigueur. Au bout de 15 jours au plu6, on soutirera et l'on obtiendra 
3 hectolitres d'une boisson économique, saine et agréable. 

Dans cette opération, le sirop de glucose s'est décomposé en deux parties 
à peu près égales, et formées, l’une, d'acide carbonique 'qui se dégage dans 
l’atmosphère, et l’autre, d'alcool qui dissout la matière colorante du marc, 
l’acide tartrique , le tannin et divers autres éléments du vin qui n’ont pas 
été complètement épuisés par la première cuvée. 

La boisson ainsi préparée renfermera 7 p. 0/0 d'alcool lorsque la fermen- 
tation lente, qui se continue en tonnean, sers entièrement terminée. Le pres- 
surage retiré du marc sera misA part et pourra être consommé dès qu'il se 
sera éclairci. A la distillation, le marc donnera encore, à très-peu près, la 
même quantité deau-dc-vic que s’il n’avait pas été soumis à une seconde 
cuvée. 


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- 381 — 


Le prix de revient de cette boisson ne s’élèvera pas à plus de 10 centimes 
le litre. On peut l’étahlir ainsi qu'il suit : 

DÉPENSES. 

Le marc n'ayant pas été pressé après la première cuvée, il faut compter 
en dépense le pressurage qu'il renferme. On peut l’estimer à 75 litres pour 
300 litres de vin an soutirage, et en le cotant à 20 fr. l’hectolitre, ces 75 litres 


auront une valeur de 15 f. 

Les 45 kilog. de glucose à 50 fr. les 100 kilog. vaudront . . . 22 50 

Total des dépenses . . . . 37 f. 50 


RECETTES. 

300 litres de boisson an soutirage. 

75 — de pressurage, 

ou 375 litres de boisson, coûtant 37 fr. 50. 
Soit 10 centimes le litre. 

La séance est levée à 4 heures du soir. 


DONS. 

Il est offert à la Société» par : 

M. Gàll, receveur d'enregistrement à Poligny : Le pincement court ou 
pincement de» feuiUes , méthode de direction des arbres, et notamment du 
pécher, par Grin ainé. Une petite brochure in-12.~- Arbres fruitiers, taille 
et mise à fruit, par A. Puvis. Brochure in-12, 1861 — Taille raisonnée des 
arbres fruitiers et autres opérations relatives à leur culture, parle baron de 
Butret. 20 m ® édition in-18, avec planches. 

M. Faton, de Poligny ; Cinq photographies de vigne (bois, feuilles et fruits 
de grandeur naturelle). 

M. le D p Tamisieh : De l'influence des Sociétés savantes surTétud* des 
sciences, discours prononcé à la séance publique de l'Académie d’Amiens, 
par M. J. Lrnorl.— Sonnets, iambes et ballades, par M. E. de Sars. Brochure 
in-12. — Lièvres, lapins et téporides , par Eug. Gayot. Un volume in-12, 
avec planches. 

M. le D r E.-L. Bertherand, d’Alger : Les sciences physiques et naturelles 
chez les Arabes de l'Algérie. Petite brochure in-8°, dont il est l’auteur. 

M. H aii et : Son Almanach des cultivateurs d'abeiUes pour 1870. Brochure 
in-12, avec figures. 

M. Barral : Son Almanaeh de V agriculture pour 1870, avec de nom- 
breuses figures. 

M. Chervin aîné : Divers rapports relatifs à l’institution des bègues qull 
a fondée. — Deux pièces de poésie dont il est l’auteur. 

FIN DE LA i0 me ANNÉE (1869). 


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TABLE DES MATIÈRES 



Abbaye de Rosières, pages 296, 327, 360» 

Alimentation économique du bétail, p. 255. 

Allaitement artificiel, cause d'insuccès, p. 139. 

Appareil Tremeschini, p. 264. 

Arrêté ministériel approuyant les statuts, p. 353. 

Assistance médicale, p. 269. 

A un Ami, poésie, p. 247. 

Avis aux Poètes de province, p. 32. 

Baillis et Echevins à Saint-Omer, p. 20. 

Baroscope ou Baromètre chimique, p. 111. 

Bibliothèque de Polignv, p. 192. 

Blé Hybride Galland et l’Avoine de Sibérie, p. 280, 312. 

Blé Moutct jaune, p. 313. 

Café, p. 84. 

Caisses d’assurances en cas de décès ou d'accidents, p. 215. 

Caoutchouc, son incorporation dans les Emplâtres pharmaceutiques, p. 46. 
Changements récents dans les climats de llarlem et de l'istlime de Snez, p. 1 74 . 
Chcvassu, maire de Poligny, notice nécrologique, p. 152. 

Chou (la Piéride du), p. 224 
Coiffures d’été en Algérie, p. 207. 

Coloration des Yins, p. 319. 

Concours de Fromages, p. 311. 

Concours régional d’animaux gras, p. 311, 318, 350, 352. 

Concours régionaux, arrêté ministériel, p. 94. 

Conservation des Œufs, p. 273. 

Dieu, poésie, p. 87. 

Distribution des Récompenses à la suite du Concours de 1868, p. 26. 
Documents relatifs à la Société, p. 225. 

Dons, p. 63, 160, 320, 381. 

Droits curiaux du curé de Vers, p. 171. 

Eaux minérales phosphatées ferrugineuses, p. 86. 

Echalas; leur durée comparative selon leur provenance, p. 377. 

Ecoles contemporaines. — Gustave Courbet, p. 39. 

Ecoles d’agriculture. — Avis, p. 351. 

Education, p. 241. 

Efficacité de la Saignée sur les Vaches taurelières, p. 58. 

Eglise de Saint-Iiippolyte de Poligny, p. 201. 

Elixir Bemadotte, p. 335. 


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— 383 — 

Engrais chimiques, p. 185, 285. 

Engrais Ville et Boutin, p. 315. 

Entretiens sur les Fromageries, p. GO, 128. 

Epicéa, p. 140. 

Errata, p. 256, 307. 

Essai sur les Affections cutanées, p. 226. 

Etudes sur le Lait, pour servir aux Fromageries, p. 142. 

Etymologie du nom propre Trousseau, p. 232. 

Eumolpe de la vigne et Phylloxéra vastatrix, p. 287. 

Excursion botanique dans le département de l'Ariège, p. 338. 

Fabrication du Beurre, p. 256. 

Ferrure nouvelle, p. 83. 

Fromageries, p. 60. 

Fumiers d'étable, p. 95. 

Galium Sylvaticum var. B. Juranum, p. 80. 

Histoire de la Littérature contemporaine, p. 370. 

Herbier de la Flore de Franche-Comté, p. 79. 

Herbier photographique, p. 336. 

Hiboux, p. 30. 

Hygiène, p. 198, 257. 

Hymne au Soleil, poésie, p. 308. 

Hydropisies en général ; de leur mécanisme et de leurs divers modes de 
développement, p. 1, 33, 65, 97, 129, 161. 

Influence d un régime trop salin sur la composition du lait, p. 374. 
Ladrerie du Porc, p. 121. 

La Grâce et la Charité, poésie, j>. 209. 

Lait (Etude sur le), p. 142. 

Lanquetin, notice biographique, p. 368. 

La Mer au point de vue médical, p. 289, 321, 354. 

La Mère et l'Enfant, poésie, p. 24. 

Le dernier Ami, p. 205. 

Le Fusil Chassepot, poésie, p. 89. 

Le Mariage de Chapour Tcbélébi, p. 175. 

Le Martyre de Saint-Hippolyte, poésie, p. 180. 

Lettres de grâce accordées par Philippe 111, le Bon, duc de Bourgogne, p. 37. 
Les Brises du Soir, poésie, p. 211. 

L'Immortelle et la Rose, poésie, p. 246. 

L'Oiseau du Prisonnier, poésie, p. 115. 

Maladie des Poules, p. 191. 

Médaille d'honneur de M. Perraud, p. 203. 

Monuments et traditions druidiques, p. 10. 

Moyens de prévenir la chute des Blés, p. 313. 

Nécrologie, M. Guyétant, p. 50. 

Notice historique sur Sellières, p. 266. 


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— 384 — 


Orages. Causes de leur fréquence dans les montagnes du Jura, p. 16, 81. 
Panorama depuis Mont-Rivel, p. 341. 

Phosphate ammoniaco-magnésien, p. 253. 

Programme du Concours de 1870, p. 158. 

Recettes diverses, p. 192. 

Récompenses aux Sociétés savantes , p. 37 1 . 

Récompenses de la Société pour l'instruction élémentaire, p. 211. 
Salaison et Conservation des Jambons, p. 48. 

Séances agricoles, p. 56, 121, 310,374. 

Séances générales, p. 27, 33, 90, 117, 153, 182, 211, 248, 276, 347, 371. 
Société botanique de France, p. 236. 

Société protectrice des animaux, p. 52. 

Souvenirs de la campagne de Russie, p. 305. 

Subventions. Dépêche ministérielle, p. 353. 

Tabac, p. 7. 

Topographie médicale de Cbampagnolc, p. 70, 103, 133, J 68, 193. 
Trichina spiralis d’Owen, p. 109. 

Un Dévouement sublime, poésie, p. 270. 

Une livre de Sel fait dix livres de viande, p. 57. 

Un Pendu à Orgelet, p. 233. 

Vigne. Procédé pour obtenir la maturité de son bois, p. 314. 

Vin de Glucose , p. 380. 

Viticulture, p. 156. 

Zéa Mais de Tétuan, p. 312. 


FIN DE LA TABLE. 


POLIGNY, III P. DE MARESCHAL. 


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